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Guerre de Sécession, la lutte pour les États-frontière : le Maryland

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Au printemps 1861, alors que s’organisent les armées des deux camps, la sécession de quatre nouveaux États, et l’incertitude qui entoure l’attitude de trois autres, posent un nouveau problème stratégique aux dirigeants des deux belligérants. Pour le Sud, la première urgence est d’intégrer les nouveaux États à la Confédération, et d’assurer la défense d’un territoire devenu excessivement grand par rapport à ses moyens militaires. Pour le Nord, en revanche, s’assurer le contrôle des États-frontière s’avère vital, car leur situation géographique menace la profondeur stratégique de l’Union.

 

Maryland : un passage obligé

Le premier enjeu crucial, pour l’Union, fut de maintenir le Maryland à tout prix sous son contrôle. La raison en était simple : Washington, la capitale fédérale, se trouvait dans une minuscule enclave (le District de Columbia, administré directement par le gouvernement fédéral) coincée entre cet État esclavagiste et la Virginie, qui venait de faire sécession. Que les rebelles prennent le contrôle du Maryland, et ils pourraient alors aisément isoler Washington, puis s’emparer de la ville et du gouvernement.

La situation était d’autant plus critique, à la mi-avril 1861, que la ville était pratiquement vide de troupes. Le commandant de l’armée, le général Winfield Scott, avait fait son possible pour y ramener autant d’unités de l’armée régulière que possible durant les semaines précédentes. L’ennui est qu’il devait aussi s’assurer que ses forces étriquées renforçassent les forts Pickens (Floride) et Monroe (Virginie), sans pour autant dégarnir les postes militaires du Far West et de la côte Pacifique. Les quelques compagnies de fantassins, cavaliers et marines rassemblées à Washington n’étaient pas de taille à la protéger contre un coup de main de la milice virginienne, une des mieux entraînées et équipées de tout le pays.

Aussitôt après l’appel aux volontaires signé par Lincoln le 15 avril, plusieurs États du Nord mirent à sa disposition des régiments de leur milice, qu’ils avaient mobilisée préventivement. Le président, très inquiet pour la sécurité de la capitale (une préoccupation qui allait l’obséder durant la majeure partie du conflit), leur ordonna aussitôt de converger sur Washington. Grâce aux moyens de communication modernes (télégraphe et chemin de fer) qui desservaient abondamment la côte Est, plusieurs unités du Massachusetts, de Pennsylvanie et de l’État de New York, notamment, prirent aussitôt le chemin de la capitale.

Ces forces, toutefois, devaient pour ce faire traverser la plus grande ville du Maryland, Baltimore. Cette dernière était un nœud ferroviaire crucial. Non contente d’avoir vu naître le chemin de fer aux États-Unis (par le biais d’une petite liaison locale allant jusqu’à Ellicott’s Mill), elle se trouvait sur l’axe reliant Washington au reste des États du Nord, donc, mais servait également de point de départ au Baltimore & Ohio. Cette ligne de chemin de fer était l’une des rares traversant les Appalaches, et constituait le plus court chemin pour se rendre dans le Midwest à partir de la capitale fédérale.

maryland_mapCarte du Maryland en 1861. En bleu, le tracé des principales voies de chemin de fer (carte réalisée par l'auteur à partir d'une carte de 1861).

Des sympathies sudistes

La métropole du Maryland était également la ville de l’État où la sécession comptait le plus de partisans. Ce fait patent avait fondé les craintes d’Allan Pinkerton pour la sécurité du président élu lorsque celui-ci traversa Baltimore pour se rendre à Washington afin d’y prêter serment, en février. Si le « complot de Baltimore » était sans doute imaginaire, l’adhésion à la cause sudiste sinon de toute la ville, au moins d’une minorité très active, était notoire. La cité comptait alors plus de 200.000 habitants, ce qui la plaçait au quatrième rang des villes américaines.

L’État en lui-même comptait environ 687.000 habitants dont 87.000 esclaves. C’était une proportion relativement modeste en regard d’autres États du Sud. La population servile était surtout concentrée dans les comtés de l’est de l’État, autour de la baie de Chesapeake, où elle était essentiellement employée à la culture du tabac. En dépit de l’importante industrialisation de Baltimore, les planteurs du Maryland conservaient une influence non négligeable sur la politique interne de l’État.
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Celle-ci se traduisit par une certaine solidarité vis-à-vis du Sud. Si les autorités locales avaient initialement rejeté la sécession, elles estimaient à présent illégal le recours à la force pour la réprimer. Le gouverneur Thomas Hicks refusa de recruter des volontaires à cette fin. À ces sympathies sécessionnistes affichées (lors de l’élection présidentielle, c’est Breckinridge qui avait remporté de justesse l’État) s’ajoutait l’impopularité manifeste de Lincoln. Le candidat républicain n’avait obtenu que 2,5% des suffrages, et son comportement lors du « complot de Baltimore » n’avait pas contribué à relever sa cote d’amour dans le Maryland.

En dehors de cela, la ville de Baltimore en elle-même était devenue un foyer majeur de violence politique, au cours des années précédentes. Centre important d’immigration, en particulier irlandaise, la ville subit les tensions qui en découlèrent, et notamment la montée en puissance du « parti américain » ou Know Nothing, nationaliste et violemment hostile aux migrants. À partir de 1856, rares furent les élections qui se déroulèrent sans violence à Baltimore, et l’on eût à déplorer des morts à peu près chaque année.

L’émeute de Baltimore

Appelée à Washington sitôt connue la sécession de la Virginie, la première unité de volontaires, un régiment de Pennsylvaniens, traversa Baltimore sans encombre le 18 avril. Cette rapidité d’exécution surprit les sécessionnistes de la ville, qui s’organisèrent pour barrer la route aux unités suivantes. La tâche leur fut facilitée par les particularités du réseau ferré états-unien, ainsi que par la ville de Baltimore en elle-même.

En effet, un arrêté municipal interdisait à tout véhicule à vapeur d’y circuler. De surcroît, les lignes de chemin de fer desservant Baltimore appartenaient à deux compagnies distinctes, chacune ayant sa propre gare et ses propres voies. En d’autres termes, il n’était pas possible de traverser Baltimore en train sans s’y arrêter. Une fois arrivées à la gare de President Street, terminus de la Philadelphia, Wilmington and Baltimore Railroad, il fallait atteler les voitures à des chevaux pour les transférer une par une à la gare de Camden, d’où les locomotives du Baltimore and Ohio (qui utilisaient le même écartement) les emmenaient ensuite vers le sud.
Baltimore_Riot_1861Les deux gares n’étaient pas très éloignées l’une de l’autre (une dizaine de pâtés de maisons, tout au plus), et le chemin à suivre était simple puisqu’il suffisait d’emprunter Pratt Street. Lorsque le 6ème régiment du Massachusetts arriva en gare de President Street vers 10h30 du matin, une large foule s’attroupa à l’intersection de Pratt et Gay Street. Elle eût tôt fait de bloquer les rails avec les matériaux disponibles, immobilisant environ deux douzaines de voitures remplies de soldats.

Lorsqu’il devint clair qu’il ne serait pas possible de dégager la voie, les officiers nordistes firent mettre pied à terre à leurs hommes, les dirigeant vers la gare de Camden. La foule, qui jusque-là s’était contentée d’être bruyante en jouant force chansons sécessionnistes, se fit menaçante. Bientôt, objets divers et pavés commencèrent à voler en direction des soldats. Perdant leurs nerfs, certains d’entre eux (peu étaient armés) déchargèrent leur fusil, après quoi l’émeute devint générale, les civils ripostant avec leurs armes personnelles.

Le régiment, après quelques salves, parvint tant bien que mal à se frayer un chemin jusqu’à la gare de Camden, où la police municipale s’efforçait de contenir l’émeute et de calmer les civils. Cela n’empêcha pas briques et pierres de continuer à pleuvoir sur les soldats, et des coups de feu furent encore tirés jusqu’à ce que le train embarquant le régiment ne quitte la ville pour Washington, où il arriva le soir même. Lorsqu’un calme précaire revint à Baltimore, quatre soldats et douze civils avaient été tués, et les blessés se comptaient par dizaines.

L’Union reprend le contrôle

Dans la foulée de l’émeute de Pratt Street, le gouverneur Hicks mobilisa sa milice et demanda au président Lincoln de ne plus faire transiter de troupes par le territoire du Maryland, ce qui revenait à isoler complètement Washington du reste de l’Union et fut évidemment rejeté. Dans le même temps, le maire (sécessionniste) de Baltimore, George Brown, ainsi que le chef de la police municipale, suggérèrent à Hicks d’employer la milice de l’État pour brûler les ponts de chemin de fer et couper les lignes de télégraphe à Baltimore, ce qui fut fait.

benjamin_butlerLes communications avec Washington ne furent toutefois pas coupées très longtemps. Dès le 22 avril, un autre régiment du Massachusetts, qui faisait route par voie maritime, débarqua à Annapolis, la capitale du Maryland. Les autres unités furent déroutées vers celle-ci et le 27 avril, la liaison ferroviaire Annapolis-Washington était sécurisée, permettant de nouveau l’afflux de renforts vers la capitale fédérale. Le commandant des forces nordistes dans la région, l’ambitieux politicien du Massachusetts Benjamin Butler, fut autorisé à employer la loi martiale si nécessaire, ainsi que la levée du droit d’habeas corpus – la disposition légale qui protège les citoyens américains contre les arrestations arbitraires.
Dans le même temps, les pro-sudistes du Maryland firent pression pour que celui-ci quitte l’Union, appelant à ce que la législature de l’État se réunisse pour statuer sur la question. Le gouverneur Hicks, qui souhaitait plutôt que son État reste neutre, se débrouilla pour que l’assemblée se réunisse non pas à Baltimore – Annapolis étant occupée par les troupes fédérales – mais à Frederick. Dans cette ville majoritairement unioniste, il lui fit plus facile d’user de son influence, et la législature du Maryland rejeta la sécession le 29 avril.

Dans les semaines qui suivirent, les partisans des deux camps recrutèrent des troupes dans le Maryland ; en tout, on estime que, durant la guerre, 60.000 citoyens de l’État servirent dans les armées nordistes, et 25.000 autres dans les forces sudistes. Lincoln toléra la neutralité du Maryland à partir du moment où celle-ci ne menaçait plus la sécurité de Washington. Toutefois, il fut pris de court par le général Butler, qui prit l’initiative d’occuper le reste de l’État, entrant à Baltimore le 13 mai 1861 sans rencontrer de résistance. Il y décréta la loi martiale.

De nombreuses arrestations s’ensuivirent, à commencer par celle du maire de la ville, et le Maryland demeura ferment sous contrôle nordiste pour le restant de la guerre. La Confédération tenta bien de faire jouer le sentiment sécessionniste de l’État, mettant sur pied une invasion en août-septembre 1862. Mais les espoirs de soulèvement qu’avaient formés les dirigeants sudistes ne se concrétisèrent pas, et l’offensive confédérée tourna court après la bataille d’Antietam (17 septembre 1862), un des rares engagements majeurs à avoir été livrés sur le sol du Maryland pendant la guerre de Sécession.


Sources

-    L’article du Wikipedia anglophone sur le Maryland durant la guerre de Sécession
-    L’article du Baltimore Sun du 20 avril 1861 sur l’émeute de Pratt Street
-    Un ensemble de documents (rapports, correspondance) sur l’émeute de Baltimore et la reprise en main du Maryland par l’Union

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