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Les tactiques de la guerre de Sécession (3/5)

Colonel-BerdanSi elle fut, pour l’essentiel, livrée avec les tactiques traditionnelles de l’infanterie lourde, la guerre de Sécession n’en réserva pas moins une place notable à celles, plus récentes, de l’infanterie légère. L’influence du manuel Hardee de 1855, déjà évoquée, était d’autant plus importante qu’au cours de la décennie précédente, l’infanterie fédérale n’avait guère affronté que des Amérindiens, contre lesquels le combat se résumait le plus souvent à des escarmouches en ordre dispersé.

 

 

Une mode française

Comme dans beaucoup d’autres domaines de la chose militaire, l’armée américaine était alors largement influencée par sa contrepartie française. Le prestige de cette dernière, malgré sa défaite finale de 1815, était alors inégalé. Elle restait alors sur une série de victoires, remportées face aux Néerlandais (siège d’Anvers, 1832), aux Russes (guerre de Crimée, 1853-56) et aux Autrichiens (guerre d’Italie, 1859), sans parler de la conquête de l’Algérie (à partir de 1830). L’armée française passait surtout pour être à la pointe de la modernité, tant technique que tactique, et était vue par conséquent comme un modèle à suivre.

C’est aussi de France que vint l’intérêt pour l’infanterie légère. Dès les guerres de la Révolution et de l’Empire, l’armée française créa des régiments d’infanterie légère, distincts de ceux d’infanterie de ligne. Leur entraînement mettait l’accent sur la rapidité de mouvement et la précision du tir individuel. Ces unités étaient utilisées prioritairement pour les manœuvres exigeant un déplacement rapide, en particulier sur terrain difficile, ainsi que pour couvrir les flancs de l’armée et mener des opérations de reconnaissance et de harcèlement. Toutefois, en dehors de ces missions, ces régiments combattaient en rangs serrés, comme l’infanterie de ligne.

Orleans_Ferdinand-Philippe_d_IngresLes choses changèrent à partir de 1838 sous l’impulsion du duc d’Orléans, le fils aîné du roi Louis-Philippe. De son expérience d’officier en Algérie, le jeune prince avait tirée l’idée de faire combattre l’infanterie légère en ordre dispersé, non plus seulement lors de missions spécifiques, mais en permanence. Il fit créer cette année-là les premiers bataillons de chasseurs à pied. Libérés de l’obligation de combattre en ligne, ces soldats devaient se déplacer en courant, pouvaient tirer à volonté et se voyaient encouragés à prendre des initiatives – chose relativement nouvelle tant les armées européennes avaient, jusque-là, fonctionné dans un respect rigide de la chaîne de commandement.

Les chasseurs à pied comptaient sur leur rapidité de mouvement et leur usage du couvert pour se rapprocher des lignes ennemies, et sur leur meilleur entraînement au tir pour abattre leurs adversaires. En théorie, ils pouvaient ainsi prendre le dessus sur l’infanterie de ligne en limitant leurs pertes. Dans la pratique, ce concept ne résista pas à l’épreuve des faits. Les armées européennes déployaient désormais une puissance de feu autrement supérieure à celle des guerriers d’Abd-el-Kader en Algérie. L’expérience de la guerre de Crimée, face aux tranchées qui ceinturaient Sébastopol, montra aux Français qu’ils avaient fait fausse route, et les chasseurs à pied apprirent à « rentrer dans le rang » au sens littéral du terme.

Une utilisation problématique

Ironiquement, les Américains commencèrent à s’intéresser aux tactiques de l’infanterie légère au moment précis où l’armée française était sur le point de les délaisser. Le fusil Springfield modèle 1855, doté d’un canon relativement court lui conférant une meilleure maniabilité que les mousquets traditionnels, se prêtait admirablement à ce type de combat. En outre, les engagements contre les Indiens présentaient de grandes similitudes avec ceux que les Français avaient livrés en Algérie. Le contexte se prêtait donc à diffuser au sein de l’armée américaine la « mode » des chasseurs à pied.

skirmish_line_chris_pieringLe manuel Hardee consacrait donc d’importants passages à la formation en ligne de tirailleurs (skirmish line). Il s’agit d’une ligne simple et clairsemée, au sein de laquelle les soldats sont espacés d’au moins un yard (0,91 m), généralement deux. Ainsi déployé, un régiment peut facilement couvrir le front d’une brigade entière. Les tirailleurs peuvent ainsi tenir l’ennemi à distance tandis que la brigade s’organise, mener des reconnaissances – surtout en l’absence de cavalerie – ou bien harceler l’adversaire. Ils étaient, chose relativement nouvelle, entraînés à se servir du couvert et même à faire feu en position couchée.

La ligne de tirailleurs fut abondamment utilisée au cours de la guerre, même si elle ne fut jamais la formation principale de l’infanterie. De fait, disperser les hommes revenait aussi à éparpiller leur puissance de feu, et on a vu que sans un entraînement adéquat – dont les volontaires bénéficiaient rarement – l’habileté au tir des combattants était toute relative. Malgré tout, la ligne de tirailleurs se montra utile et parfois même décisive en plusieurs occasions, comme à Chancellorsville (3 mai 1863) où deux régiments nordistes déployés de cette manière ralentirent suffisamment la progression des Confédérés pour permettre à l’Union de s’établir sur une nouvelle ligne de défense.

Une telle formation n’était cependant guère adaptée à l’offensive. Il y eut bien quelques tentatives pour employer les tactiques de l’infanterie légère à plus grande échelle. La plus connue est celle faite par le colonel nordiste Morgan Smith durant la bataille du fort Donelson (15 février 1862). Smith, qui se tenait crânement à cheval derrière son régiment de tête, avait ordonné à celui-ci de progresser par bonds successifs, courant quelques dizaines de mètres avant de se mettre à plat ventre pour éviter les salves de l’ennemi. Ses hommes purent ainsi s’approcher des retranchements adverses et les prendre d’assaut en limitant leurs pertes.

Berdan_Sharps_rifleMalgré ce succès, cette tactique ne sera que rarement employée par la suite. Les officiers voyaient en effet avec un certain scepticisme une formation où les soldats risquaient d’échapper à leur contrôle direct. De surcroît, elle était vue comme étant de nature à nuire à la cohésion de l’unité. Combattre efficacement de cette manière nécessitait un entraînement prolongé que les volontaires de la guerre de Sécession ne possédaient pas. Enfin – et surtout – le succès de cette tactique reposait sur l’utilisation par l’adversaire d’un feu de salve, qui permettait à l’assaillant d’avancer pendant que les défenseurs rechargeaient leur fusil. Un tir par file ou à volonté annulait l’effet escompté, et l’apparition d’armes à répétition, vers la fin du conflit, ne fit qu’aggraver le problème. Si les soldats se couchèrent fréquemment, ce fut le plus souvent en défense, pour échapper au tir de l’artillerie en l’absence d’autre couvert, ou pour se dissimuler.

Tireurs d’élite

Une des nombreuses nouveautés de la guerre de Sécession fut le recours élargi aux tireurs de précision. Le concept n’était pas nouveau, pas plus que les armes rayées d’ailleurs. Des fusils rayés existaient dès le XVIIIème siècle, mais leurs balles sphériques devaient être littéralement forcées dans le canon, ce qui impliquait un rechargement de l’arme difficile et long, toutes choses peu pratiques sur un champ de bataille. Pour cette raison, ces armes n’étaient distribuées qu’à quelques très bons tireurs et n’étaient par conséquent employées qu’à très petite échelle.

sharpshooters_brenda_robidouxL’invention de la balle Minié permit la généralisation du fusil rayé, changeant ainsi la donne en permettant la fabrication d’armes très précises et d’utilisation plus aisée. Dès le début de la guerre de Sécession apparut l’idée de former des unités entières constituées de tireurs d’élite. Hiram Berdan, un ingénieur qui passait pour être le meilleur tireur de l’État de New York, proposa au département de la Guerre la création d’un régiment constitué des meilleurs tireurs de tout le pays. Le président Lincoln ayant intercédé en sa faveur, Berdan obtint rapidement gain de cause. Pour être enrôlé, chaque candidat devait se montrer capable de placer consécutivement dix balles à l’intérieur d’un cercle de 25 centimètres placé à 180 mètres de distance.

L’initiative eut un tel succès qu’on eut assez de soldats pour former non pas un, mais deux régiments, désignés 1er et 2ème U.S. Sharpshooters regiments. Ces « tireurs de précision » (sharp signifiant « précis » en anglais) furent dotés d’uniformes verts pour leur permettre de se soustraire plus aisément à la vue de l’ennemi : une des premières tentatives d’utilisation du camouflage sur un champ de bataille, même si elle demeura limitée à ces deux seules unités. Initialement priés d’amener leurs propres armes, souvent des fusils de chasse, les recrues furent ensuite dotées d’une version spécialement modifiée du fusil Sharps modèle 1859.

sharpshooterRéputée pour sa précision, cette arme était à chargement par la culasse, ce qui lui permettait une cadence de tir allant jusqu’à 9 coups/minute. Berdan demanda notamment à son concepteur, Christian Sharps, d’en remplacer l’encombrant sabre-baïonnette par une baïonnette à douille. Il lui fit également installer un viseur métallique amovible, et modifier la hausse de sorte qu’elle permette de viser jusqu’à 1.000 yards, soit plus de 900 mètres. Ces modifications firent grimper le coût unitaire du fusil de 35 à plus de 45 dollars, contre 12 dollars pour un Springfield modèle 1861. À cause de la cadence de tir élevée de leur fusil, les Sharpshooters de Berdan se virent distribuer 100 cartouches par homme, là où le fantassin de base n’en recevait que 40.

Au grand déplaisir de Berdan – qui était colonel des deux régiments à la fois – ces unités ne furent jamais engagées en une seule brigade, comme il l'aurait souhaité, mais dispersées à travers toute l’armée du Potomac. Les compagnies furent détachées auprès des différents échelons de l’armée en fonction des besoins. Malgré tout, elles y excellèrent dans les rôles habituellement dévolus à l’infanterie déployée en tirailleurs. Elles se firent surtout une spécialité d’abattre les servants de l’artillerie ennemie, les officiers, les estafettes transmettant les ordres.

Leur feu précis, dense et meurtrier les vit rapidement être imitées, et d’autres unités du même genre furent créées. Dans l’Ouest furent ainsi employés le 64ème régiment de l’Illinois et le 1er régiment du Michigan, dont une des compagnies était constituée d’Amérindiens. Les Sudistes ne furent pas en reste, créant par exemple les Palmetto Sharpshooters de Caroline du Sud. Les quelques centaines d’exemplaires du fusil Whitworth que les Confédérés purent importer de Grande-Bretagne leur furent distribués en priorité. Dans les deux camps, certains tireurs assortirent des lunettes télescopiques à leur fusil, mais le caractère encombrant de ces premiers modèles – certaines étant plus longues que le fusil lui-même ! – rendait peu pratique leur utilisation au combat.

 

Sources

Un article sur la bataille de Chancellorsville.

Site consacré à Hiram Berdan et ses Sharpshooters.

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