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Les tactiques de la guerre de Sécession (4/5)

cavaliersPour Napoléon Bonaparte, la cavalerie était l’arme décisive du champ de bataille. C’étaient ses charges qui brisaient l’armée ennemie après que celle-ci eût été usée à ses points les plus faibles par des attaques d’infanterie et les tirs concentrés de l’artillerie. Par sa puissance de choc et sa capacité à poursuivre l’ennemi, elle pouvait muer sa retraite en déroute, lui causant des pertes élevées. La guerre de Sécession ne connut rien de tout cela. Cinquante années d’évolution militaire avaient réduit la cavalerie à un rôle secondaire, et les Américains furent parmi les premiers à en faire l’expérience.

 

Une arme sur le déclin

Une charge de cavalerie traditionnelle est normalement menée au pas, les chevaux ne passant progressivement au trot, puis au galop, que dans les derniers hectomètres avant le contact avec l’ennemi. Il est en effet important de ménager les montures, dans la mesure où un régiment peut être amené à charger jusqu’à dix ou douze fois dans la même journée. Les deux plus grands ennemis de la cavalerie sont l’artillerie, dont les boulets et la mitraille peuvent lui causer des pertes sensibles, et la formation d’infanterie en carré, qui s’avère pratiquement impossible à briser si sa cohésion n’a pas été au préalable amenuisée par une préparation d’artillerie.

Des charges menées de cette manière purent réussir tant que l’infanterie adverse était armée de mousquets lisses à silex. La « zone mortelle » dans laquelle la mousqueterie était réellement une menace ne dépassait pas quelques dizaines de mètres ; face à des cavaliers au galop, les fantassins ne pouvaient généralement tirer qu’un seul coup de feu avant le contact. Il n’en fut plus de même dès lors que l’infanterie fut équipée de fusils rayés tirant des balles Minié et soutenue à distance par une artillerie moderne.

La guerre de Crimée avait déjà fourni, durant les années précédentes, un sérieux avertissement – par le biais d’un des plus célèbres épisodes de ce conflit, la fameuse « charge de la brigade légère ». Cette unité de cavalerie britannique avait été décimée par les feux croisés de l’artillerie et de l’infanterie russes en chargeant, au cours de la bataille de Balaklava (25 octobre 1854), une batterie couverte sur ses flancs par d’autres canons. Pilonnée et tiraillée de trois côtés, la brigade avait perdu 40% de ses effectifs en moins d’une demi-heure.

charge

Il était désormais quasi suicidaire de lancer une charge de cavalerie contre une ligne d’infanterie bien soutenue et, comme cela allait être de plus en plus souvent le cas au cours de la guerre de Sécession, bien retranchée. La formation en carré, auparavant la meilleure défense des fantassins contre les cavaliers, n’était même plus nécessaire. Le feu de l’infanterie pouvait décimer une charge de cavalerie avant même qu’elle n’arrive au contact. Déjà peu habitués à l’employer, les commandants de cavalerie évitèrent aussi souvent que possible de recourir à cette dangereuse tactique.

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Les rares fois où ils passèrent outre, l’issue leur fut souvent fatale. Lors des combats du 3 juillet 1863 à Gettysburg, le général nordiste Elon Farnsworth reçut l’ordre de son supérieur, Hugh Kilpatrick, d’exécuter une charge avec sa brigade de cavalerie. Il refusa, et ne s’exécuta que lorsque Kilpatrick le taxa de lâcheté. Farnsworth mourut criblé de balles avec nombre de ses cavaliers, abattus comme à l’exercice par les tireurs sudistes au cours d’une action qu’un des officiers confédérés présents qualifia de « parodie de guerre ». La réussite de la charge de J.E.B. Stuart à Bull Run (21 juillet 1861), beaucoup plus psychologique que réelle, ne doit qu’à ses circonstances propres – en s’abattant par hasard sur des troupes en pleine retraite – de ne pas avoir tourné au désastre.

En dehors telles occasions, les charges de cavalerie n’avaient de chances de réussir que contre… d’autres unités de cavalerie. Encore fallait-il pour cela que la cible fût elle-même montée, car le feu des carabines à chargement par la culasse pouvait faucher l’assaillant aussi rapidement que les tirs de l’infanterie. De tels combats de cavalerie montée restèrent cependant assez rares, et furent souvent le fruit de rencontres fortuites. La bataille de Brandy Station (9 juin 1863), le plus gros engagement de cavalerie de la guerre avec près de 20.000 combattants, en offrit plusieurs occasions.

Des cavaliers... à pied

Paradoxalement, les cavaliers de la guerre de Sécession allaient le plus souvent combattre… à pied. Les chevaux servirent bien plus souvent de moyens de transport que de montures de guerre à proprement parler. Les antécédents de la cavalerie américaine n’y étaient pas pour rien. Celle-ci était habituée à employer des tactiques visant à se déplacer à cheval pour en suite combattre à pied. Les deux régiments de dragons existant avant la guerre étaient équipés et entraînés pour combattre montés ou non, utilisation traditionnelle de ce corps de troupe. Le régiment d’infanterie montée, comme son nom l’indique, n’utilisait le cheval que pour se déplacer. Quant aux deux régiments de cavalerie, armés seulement de sabres et de révolvers, ils n’avaient été formés qu’en 1855 et correspondaient davantage à une recherche d’économies qu’à un véritable choix tactique.

skirmish-line13texasLes officiers de cavalerie étaient de toute manière habitués à combattre de la sorte. Hormis en de rares occasions, comme la guerre contre le Mexique (1846-48), les cavaliers américains avaient passé l’essentiel des décennies précédentes à affronter les Amérindiens. Face aux formations clairsemées employées par ces derniers, l’effet de masse qui constituait l’atout habituel de la cavalerie montée n’était d’aucune utilité. En revanche, les vastes espaces sans routes et souvent montagneux du Far West nécessitaient une mobilité que seule la cavalerie possédait. Se déplacer à cheval pour ensuite combattre à pied y était donc tout naturel.

Plusieurs déploiements sont alors possibles. Le plus courant est la ligne de tirailleurs : les cavaliers démontés forment une ligne de soldats espacés, de la même manière que l’infanterie. Le principal problème, dans ce cas de figure, est de savoir quoi faire des chevaux. Les cavaliers peuvent continuer à les tenir par la bride : si elle a l’avantage de permettre à tous les soldats de combattre, et de se remettre en selle rapidement si nécessaire, elle s’avère toutefois peu pratique car il n’est pas évident de viser et tirer correctement à la carabine tout en tenant les rênes d’un cheval plus ou moins stressé par les bruits du combat.

Brandy-StationL’autre solution consiste donc à confier les chevaux à la garde d’un détachement restant en arrière. L’inconvénient de cette pratique est qu’elle immobilise facilement jusqu’à un soldat sur quatre, réduisant d’autant la puissance de combat effective de l’unité considérée. Si nécessaire, on pouvait même former une ligne en rangs serrés, similaire à celle de l’infanterie. La différence majeure était que la taille plus réduite de leurs carabines, et leur rechargement se faisant de plus en plus fréquemment par la culasse, permirent aux cavaliers de profiter davantage du couvert fourni par le terrain. Il leur était en effet plus aisé de recharger leurs armes en étant couchés ou avec un genou en terre, ce qui n’était pas évident avec les longs fusils de l’infanterie.

Toutefois, l’armement même des cavaliers les rendaient difficilement en mesure de tenir tête à l’infanterie dans ce type de combat. Sur le plan balistique, les carabines de cavalerie étaient généralement inférieures en portée comme en précision aux fusils d’infanterie. Dans certaines circonstances, néanmoins, la cavalerie sut employer sa meilleure utilisation du terrain, sa flexibilité et la cadence de tir supérieure de ses armes pour tenir la dragée haute à l’infanterie adverse. Durant les premières heures de la bataille de Gettysburg, le 1er juillet 1863, la division de cavalerie nordiste du général Buford gagna ainsi un temps précieux qui permit au reste de l’armée fédérale d’arriver à temps sur le champ de bataille.

 

Un nouvel emploi stratégique

Burnham-Fort-001L’emploi de la cavalerie évolua non seulement sur le plan tactique, mais également à l’échelon opérationnel et stratégique. Désormais privée de la puissance de choc qui constituait jusque-là son principal intérêt sur le champ de bataille, la cavalerie allait se concentrer sur des missions qui étaient déjà siennes auparavant, et d’autres plus inédites. Dans ce cadre, c’était la mobilité qui allait constituer son principal atout. Si la Confédération allait assez rapidement entrevoir les possibilités que lui offraient ce nouvel emploi, l’Union allait davantage tarder à la suivre dans cette voie.

Quand éclate la guerre de Sécession, l’armée fédérale n’envisage pas de confier un rôle important à la cavalerie. Les régiments de volontaires sont presque tous d’infanterie, et peu d’unités montées sont constituées. Les compagnies prélevées sur les régiments de l’armée régulière sont jugés suffisantes pour les missions qu’elles devront mener à bien : reconnaissance, escorte et liaison. Cette certitude est à ce point ancrée au sein du commandement nordiste qu’il fut même envisagé pendant un temps de réarmer tous les régiments existants sur le modèle de la cavalerie légère, avec un armement limité aux sabres et aux révolvers. C’est dans cette optique que les régiments réguliers de dragons, d’infanterie montée et de cavalerie seront tous renommés et renumérotés en août 1861. Toutefois, les carabines s’avérèrent rapidement trop utiles pour qu’on en fît l’économie, et furent progressivement distribuées à toutes les unités.

Ashby2pEn conséquence de cette approche, durant les premiers mois de la guerre, les régiments de la cavalerie nordiste ne furent pratiquement jamais employés en tant que tels. Le plus souvent, leurs compagnies furent dispersées à travers les différents échelons de l’armée ; elles étaient parfois groupées en bataillons ad hoc. Brigades, divisions et corps d’armée se voyaient affecter ces détachements en fonction de leurs besoins pour effectuer des reconnaissances, fournir une escorte aux états-majors ou assurer la protection des convois de ravitaillement.

Les Sudistes, pour leur part, eurent très vite une autre vision de l’emploi de la cavalerie. Ils comprirent rapidement que regroupées et dirigées indépendamment, les unités de cavalerie pouvaient avoir un impact nettement plus important sur le développement des opérations. L’un des précurseurs de cette doctrine fut Turner Ashby, dont le régiment de cavalerie joua un rôle décisif dans les succès remportés par Stonewall Jackson au cours de sa fameuse « campagne de la Vallée », début 1862. Ashby renseigna précisément Jackson sur les forces ennemies et leurs mouvements, tout en lui fournissant un écran de cavalerie qui empêchait les Nordistes de connaître ses effectifs et ses intentions réels.

Surnommé « le chevalier noir de la Confédération » en raison de l’image romantique qu’il affectait de se donner et de son habitude de monter des chevaux entièrement noirs, Ashby fut tué le 6 juin 1862 dans une action d’arrière-garde à Good’s Farm. Toutefois, il allait faire des émules. Quelques jours plus tard, le général Lee confia à J.E.B. Stuart l’essentiel de la cavalerie de son armée et l’envoya mener une vaste opération de reconnaissance. Non seulement Stuart s’en acquitta, mais il contourna entièrement l’armée nordiste qui menaçait Richmond, pillant pratiquement sans opposition pendant tout un mois ses arrières et ses dépôts de ravitaillement, au cours d’une chevauchée aussi audacieuse que spectaculaire.

Sheridan-General-CusterDès lors, la cavalerie, groupée au sein de divisions voire de corps autonomes, allait s’avérer particulièrement efficace pour menacer le ravitaillement des forces ennemies. Les raids sur les arrières adverses allaient se multiplier, et plusieurs généraux confédérés allaient exceller dans ce domaine. Ce fut particulièrement vrai dans l’Ouest, où l’étirement des lignes de communication nordistes les rendait particulièrement vulnérables à ce type d’action. Des officiers comme Forrest, Wheeler ou Morgan menèrent de nombreux raids de cavalerie, causant aux Fédéraux des difficultés logistiques considérables.

Les Nordistes tardèrent à trouver les contre-mesures adéquates. Le général Rosecrans ne forma la première division de cavalerie autonome qu’à l’automne 1862, et le corps de cavalerie de l’armée du Potomac se constitua seulement en avril 1863. Il fallut du temps pour que les Nordistes n’apprennent à maîtriser les tactiques de leurs ennemis. Une fois au niveau de sa contrepartie sudiste, la cavalerie fédérale prit le dessus en 1864 grâce à une nouvelle génération de généraux plus agressifs, tels Custer ou Sheridan, et un meilleur équipement – carabines à répétition en tête. Désormais à même de prendre l’initiative, les cavaliers nordistes firent à leur tour subir à leurs adversaires des raids dévastateurs, contribuant eux aussi à l’effondrement de l’effort de guerre sudiste.

 

Vidéo

Ces reconstituteurs d’une unité de cavalerie forment une ligne de tirailleurs typique pour combattre à pied.

 

Sources

- Alain GOUTTMAN, La guerre de Crimée, 1853-1856, Paris, Perrin, collection Tempus, 2006.

- Philip COOKE, Cavalry Tactics, Philadelphie, 1862.

- Page du Civil War Preservation Trust consacrée à la bataille de Brandy Station.

Article consacré aux engagements de cavalerie de la bataille de Gettysburg. Ceux-ci sont intéressants car une large palette de tactiques y furent employées.

Article général sur la cavalerie durant la guerre de Sécession.

Article d’Eric Wittenberg sur l’emploi de la cavalerie pendant le conflit.

Biographie en ligne de Turner Ashby.

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