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Les uniformes de la guerre de Sécession (2/3)

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En attendant de pouvoir distribuer des uniformes réglementaires, l’armée nordiste dut s’en remettre au bon vouloir des États quant à l’habillement des recrues qu’ils levaient. Tous avaient des milices, mais leurs propres uniformes réglementaires n’étaient pas forcément similaires. Les couleurs dominantes étaient le bleu, comme dans l’armée régulière, et le gris, en raison de son faible coût. Pour ne rien arranger, ces régulations n’avaient pas systématiquement un caractère impératif, lorsque toutefois il y en avait – ce qui n’était pas toujours le cas, loin s’en faut.


 

De ce fait, les régiments de certains États étaient libres de choisir leur uniforme suivant la fantaisie de leur commandant. Il en résulta de très grandes disparités dans l’habillement des troupes, et encore aujourd’hui, beaucoup d’historiens comparent plus volontiers les armées de 1861 à une parade de cirque qu’à une véritable force militaire.

 

Cacophonie visuelle

Cette diversité fut trop grande pour être explorée ici de manière exhaustive, et nécessiterait des recherches interminables. Au mieux se limitera-t-on à quelques exemples, car les volontaires de 1861 utilisèrent à peu près toutes les couleurs imaginables pour se vêtir. Au lendemain de la guerre de Crimée et de la guerre d’Italie, l’influence française était plus forte que jamais, et l’intérêt des recrues en matière vestimentaire se porta surtout vers un corps de troupe en particulier : les zouaves. Créés pratiquement dès le début de la conquête de l’Algérie en 1831, les zouaves étaient initialement recrutés parmi une tribu berbère ralliée, les Zouaoua, mais devinrent dès 1838 un corps de troupe à recrutement exclusivement français – souvent des volontaires parisiens, qui contribuèrent grandement à forger leur réputation haute en couleurs.

Sous le Seconde Empire, les zouaves portent un uniforme d’inspiration orientale, plus adapté aux conditions qu’ils rencontrent en Algérie : large pantalon, blanc ou rouge suivant la saison, sans séparation d’entrejambe (sarouel) ; veste bleue coupée « à la turque » ; et bien sûr le fameux bonnet rouge à gland (chéchia). Le sentiment d’appartenir à un corps d’élite et l’attrait de l’exotisme étaient autant de facteurs expliquant la popularité des uniformes de zouaves parmi les volontaires de la guerre de Sécession. Il s’y ajoutait une question de confort. Idéale pour les climats chauds, comme peuvent l’être le Sud et l’Est des États-Unis en été, la tenue des zouaves était pour cette raison beaucoup plus supportable. C’était en particulier le cas du sarouel, jugé plus confortable que le pantalon ajusté de la tenue réglementaire de l’armée fédérale – bien que la plupart des zouaves de la guerre de Sécession portaient plutôt un pantalon bouffant qu’un véritable sarouel.

red_leggedPour toutes ces raisons, plus de 70 régiments de volontaires nordistes adoptèrent un uniforme de zouaves, une particularité qui se retrouvait dans le surnom qu’ils s’attribuaient eux-mêmes. Plusieurs milliers d’uniformes de ce type furent importés de France et d’Europe au cours de l’année 1861. Peu d’entre eux étaient similaires d’un régiment à l’autre. La tenue du 5ème régiment de New York, les « Zouaves de Duryee », était celle qui se rapprochait le plus de l’original. Le 11ème de New York, les « Zouaves pompiers » du colonel Ellsworth, portaient quant à eux une tenue à dominante grise par-dessus leur chemise écarlate. De manière générale, les uniformes variaient en fonction des goûts et des disponibilités, et beaucoup n’avaient en fait de « zouave » que le nom. Le 14ème régiment de Brooklyn (plus tard rebaptisé 84ème de New York) portait une tenue ressemblant davantage à celle de l’infanterie de ligne française, leur pantalon garance éclatant leur valant le surnom de « Diables aux pattes rouges » (Red-legged Devils). D’autres recevaient des uniformes bleus clairs à parement jaunes évoquant ceux des « Turcos » – les tirailleurs.

Le Sud céda lui aussi à cette mode, et une bonne vingtaine d’unités de zouaves furent recrutés, bien que celles-ci fussent souvent de taille modeste – compagnies ou bataillons plutôt que régiments. Le bataillon d’infanterie de la Louisiane envoyé en Virginie au début de la guerre est sans doute le plus connu : chéchia et chemise rouges, veste bleue foncée, ceinture bleue et pantalon blanc rayé de rouge et de bleu. Cette dernière particularité leur vaudra – semble-t-il – d’être surnommés plus tard les « Tigres de la Louisiane », un surnom qui s’appliquera ensuite à l’ensemble de la brigade à laquelle ils appartenaient, bien que les autres régiments de celle-ci n’eussent jamais porté ce genre de tenue.

ccrrL’armée française n’était pas la seule inspiratrice en matière d’uniformes. Par exemple, le 39ème régiment de New York empruntait le sien aux bersagliers du royaume de Sardaigne. Ils en reprenaient notamment le chapeau rond orné de plumes de grand tétras. Bien qu’elle ne comptât dans ses rangs qu’une seule compagnie d’Italiens, cette unité ouverte aux New-yorkais de toutes origines fut baptisée « Garde Garibaldi ». Le célèbre révolutionnaire et nationaliste italien inspira un autre accessoire à la mode de 1861 : la chemise rouge. Une référence à l’expédition des Mille, à la tête de laquelle Garibaldi venait tout juste de jeter à bas le royaume des Deux-Siciles, et dont les soldats portaient ce même vêtement. Il fut donc repris par beaucoup de régiments de volontaires et ce, dans les deux camps.

D’autres uniformes étaient moins basés sur les effets de mode que sur l’appartenance ethnique ou nationale des volontaires. Nation d’immigrants, les États-Unis comptaient avant la guerre de nombreuses compagnies de milice organisées selon l’origine de leurs membres. C’était particulièrement vrai dans le Nord, et plus encore à New York. Ces compagnies s’étaient souvent dotées d’uniformes correspondant au pays natal de leurs membres, qu’elles conservèrent lorsqu’elles se muèrent en régiments de volontaires en 1861. Ainsi, le 79ème régiment de New York, regroupant des soldats d’origine écossaise, reprenait la tenue des Highlanders de l’armée britannique, à ceci près que le bleu foncé se substituait au rouge. Calot glengarry et pantalon de tartan aux couleurs du clan Cameron (d’où leur surnom de Cameron Highlanders) étaient donc de rigueur, sans parler de la tenue de parade, où le pantalon se voyait remplacé par un kilt.fatigue_marching_order

Nécessaire standardisation

L’équipement des volontaires se fit dans le chaos. Ni le gouvernement central, ni les États ne parvenaient toujours à fournir en temps et en heure des uniformes aux régiments nouvellement créés. Dans bien des cas, les officiers durent commander eux-mêmes des uniformes là où le régiment s’était rassemblé, ce qui en obligea plus d’un à s’adapter à ce qui était disponible. D’autres unités durent même se mettre en marche alors qu’elles n’avaient pas encore été équipées, et acheter leurs uniformes en route, à leurs frais. Les plus démunis ne portaient même pas d’uniformes du tout, se contentant de tenues civiles d’allure plus ou moins martiale. En la matière, le Sud était nettement plus défavorisé que le Nord.

Quand débutèrent les opérations militaires d’envergure à l’approche de l’été 1861, la diversité dans les uniformes allait générer des situations calamiteuses. Dans un camp comme dans l’autre servaient des régiments aux uniformes similaires. La prépondérance du bleu et du gris ne réglait rien, puisque les troupes des deux belligérants portaient ces couleurs. Le début de la guerre fut marqué par de meurtrières méprises aux conséquences parfois majeures. Dans la confusion visuelle et sonore du champ de bataille (fumée, vacarme), il était très difficile de savoir si le régiment auquel on faisait face était ami ou ennemi, quand bien même les uniformes étaient de couleurs similaires. Pour ne rien arranger, les drapeaux des deux camps utilisaient les mêmes couleurs et se ressemblaient beaucoup.

La plus connue de ces erreurs est celle qui eut lieu lors de la bataille de Bull Run (21 juillet 1861) : avancée pour bombarder les positions confédérées, une des batteries nordistes suspendit son feu en voyant approcher un régiment vêtu de bleu. Il s’agissait en réalité du 33ème régiment de Virginie, une unité sudiste qui profita de l’aubaine pour abattre la plupart des canonniers avant qu’ils n’aient pu reprendre leurs tirs. L’incident contribua grandement à changer le cours de la bataille. Dans d’autres occurrences, des soldats furent abattus par erreur par des combattants de leur propre camp. Pour clarifier la situation, le secrétariat à la Guerre nordiste finit par demander aux États, le 13 septembre 1861, d’arrêter de fournir des uniformes gris à leurs régiments de volontaires.

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Cette mesure était le premier pas vers une standardisation des uniformes dans l’armée de l’Union, progressivement menée jusqu’en 1862. Le soldat nordiste type portera donc, en substance, la tenue de corvée de l’armée régulière : képi bleu foncé, vareuse courte de même couleur, pantalon bleu ciel et les habituels chaussures cloutées, portées sans guêtres (et le plus souvent, par confort, avec le pantalon par-dessus). À cela s’ajoutera un lourd manteau en hiver, de couleur bleue ciel, ainsi, dans la mesure du possible, qu’un poncho en caoutchouc pour protéger les soldats de la pluie. La qualité souvent quelconque des uniformes distribués au début de la guerre, synonyme d’usure prématurée, facilitera leur remplacement progressif par la tenue réglementaire.

Malgré tout, cette uniformisation ne sera jamais complète. Plusieurs régiments conserveront jusqu’à la fin de la guerre leur tenue propre, bien que cela allait toujours être l’exception plutôt que la règle. Les deux régiments de Sharpshooters levés par Hiram Berdan allaient ainsi garder leur uniforme vert caractéristique. Plusieurs régiments de « zouaves » obtinrent également le privilège de continuer à porter leurs tenues excentriques, à partir du moment où la couleur dominante en restait le bleu. Cette faveur leur était généralement accordée comme un privilège si le régiment s’était bien comporté au feu. Plus tard dans la guerre, l’attribution d’uniformes ou d’éléments spécifiques à une unité fut employée pour récompenser les formations les plus méritantes et marquer leur statut de troupes d’élite.

Plusieurs régiments reçurent ainsi des tenues de zouaves alors qu’ils n’en avaient pas porté jusque-là. Le chapeau « Jeff Davis » était également un honneur très prisé, bien qu’il ne fût plus appelé ainsi pour d’évidentes raisons. Assez méprisé des soldats de l’armée régulière, qui le trouvaient d’allure peu martiale et surtout très inconfortable, il était en revanche apprécié de ces civils en armes qu’étaient, à la base, les volontaires. Beaucoup plus cher à fabriquer que le képi de corvée, il fut distribué avec parcimonie aux unités d’élite de l’armée. Il équipait ainsi la célèbre « Brigade de fer » de l’armée du Potomac, un signe distinctif qui lui valut son autre surnom de « Chapeaux noirs » (Black Hats). Dans l’Ouest, c’est la Highland Brigade de John McArthur qui conservera ses bérets écossais Balmoral.

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