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Les uniformes de la guerre de Sécession (3/3)

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Si les uniformes ne furent jamais complètement standardisés dans l’armée fédérale, il en fut de même dans l’armée sudiste – mais pour des raisons différentes. Lorsque la Confédération s’était dotée d’une armée, le choix s’était rapidement porté sur le gris. La raison principale était d’ordre à la fois économique et pratique...


 



En l’absence de colorants artificiels, la couleur des vêtements provenait de teintures naturelles parfois difficiles à trouver sur place, et qui coûtaient d’autant plus cher si elles devaient être importées. La teinture grise, pour sa part, présentait le double avantage d’être facilement accessible et peu coûteuse. En partie pour ces raisons, elle n’était pas exempte de liens avec la tradition militaire états-unienne. En plusieurs occasions, l’armée fédérale avait substitué le gris au bleu pour vêtir certains de ses régiments, notamment pendant la guerre de 1812. Toujours en raison de son faible coût, le gris était la couleur de l’uniforme des cadets dans la plupart des académies militaires du pays, à commencer par celle de West Point.

Difficultés pour la Confédération

Le département de la Guerre sudiste formalisa l’adoption du gris en juin 1861. C’est d’ailleurs une autre école d’officiers, l’Institut militaire de Virginie à Lexington, qui allait servir de modèle pour la coupe de l’uniforme réglementaire. À n’en point douter, c’était une autre façon de « récompenser » la Virginie d’avoir rejoint le camp sudiste après le bombardement du fort Sumter. Si l’on excepte la couleur, l’uniforme, pour l’essentiel, restait très similaire à celui de l’armée fédérale : redingote grise et pantalon bleu ciel. Le couvre-chef se limitait à un képi, dont la couleur – tout comme les parements de l’uniforme – variait en fonction de l’arme à laquelle appartenait le soldat : bleu ciel pour l’infanterie, jaune pour la cavalerie, rouge pour l’artillerie et noir pour le service de santé. Généraux et officiers d’état-major, pour leur part, se voyaient attribuer un képi gris, mais des parements roses. En outre, tous les officiers avaient leurs manches brodées d’un « nœud autrichien », décoration ensuite abandonnée car elle faisait d’eux des cibles trop évidentes pour les tireurs ennemis.butternutsPeu de ces tenues furent effectivement distribuées aux soldats sudistes.

La modeste armée régulière confédérée était prioritaire dans leur attribution, et l’histoire de leur utilisation se confond avec celle, méconnue, de ce corps de troupe. L’armée provisoire de la Confédération, qui formait les gros des forces sudistes, était théoriquement astreinte à porter la même tenue. En pratique, ce ne fut jamais le cas. Si le Sud produisait suffisamment de matière première, coton et laine, pour confectionner des vêtements, il lui manquait l’industrie textile nécessaire pour vêtir une armée de plusieurs centaines de milliers d’hommes. L’importation était une solution possible, mais elle avait ses limites. Même si son efficacité ne s’accrût que progressivement au cours de la guerre, le blocus imposé par la marine de l’Union limitait les possibilités. D’autres articles – armes et munitions, mais également chaussures – s’avéraient prioritaires. Sans parler du fait qu’il était souvent plus lucratif, pour les forceurs de blocus, d’importer des vêtements de luxe revendus ensuite à des prix exorbitants plutôt que des uniformes.

Les soldats sudistes durent donc recourir à d’autres expédients. Les tenues portées en 1861, obtenues avec des difficultés encore plus grandes que celles de leurs homologues nordistes et tout aussi disparates, furent bien vite usées jusqu’à la corde. Les Confédérés n’eurent le plus souvent d’autre choix que de se faire confectionner leurs tenues par leur famille, quand ils ne durent pas se les procurer par eux-mêmes par tous les moyens imaginables. Le choix du gris s’avéra ici heureux : il était aisé d’obtenir une teinture grise par des moyens artisanaux. Ou, du moins, quelque chose qui s’en approchait. Le moyen le plus répandu consistait à utiliser le brou des fruits du noyer cendré (Juglans cinerea). Le nom vernaculaire de cet arbre, butternut, servait à désigner la couleur qui en résultait, un gris-brun d’intensité variable. Par extension, on en vint à surnommer les soldats sudistes Butternuts en raison de la couleur de leurs uniformes.

Dans de telles conditions, parler d’uniforme en devient même assez exagéré. Les régiments de l’armée confédérée présentaient au mieux un aspect visuel vaguement homogène, mais certainement pas uniforme. Pour ne rien arranger, les soldats sudistes, contrairement à leurs ennemis, ne pouvaient pas compter sur leur intendance démunie pour remplacer leurs uniformes une fois qu’ils étaient usés. De ce fait, la vision des troupes confédérées souvent en haillons, voire pieds nus, devint récurrente. Dans ces conditions, toute occasion pour se procurer vêtements et chaussures neufs était mise à profit. Chaque victoire voyait le pillage systématique des dépôts nordistes capturés, les uniformes bleus étant ensuite déteints avec les moyens du bord. Dans le même ordre d’idées, dépouiller un prisonnier pouvait s’avérer très profitable. À mesure que les victoires se firent de plus en plus rares, rafraîchir son uniforme devint de plus en plus complexe pour le soldat sudiste.

Officiers et généraux
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Contrairement à leurs hommes, les officiers avaient leurs uniformes à charge : ils devaient en supporter eux-mêmes le coût, ce qui pouvait s’avérer une lourde charge pour un lieutenant frais émoulu de l’académie, à la solde encore modeste. Ce d’autant plus que la qualité d’officier rajoutait à la tenue réglementaire quelques accessoires propres à en accroître le coût : galons, épaulettes, ou encore écharpe rouge portée autour de la taille. Ces éléments, à l’instar des « nœuds autrichiens » des officiers sudistes, rendaient leurs porteurs aisément identifiables de loin et en faisaient par conséquent les cibles toutes désignées des tireurs d’élite. Pour cette raison, beaucoup d’officiers finirent par ne plus porter que les éléments les plus discrets rappelant leur grade, quand cela ne leur était pas tout simplement ordonné par leur hiérarchie.

Bien qu’ils fussent en principe tenus à la stricte observance de la tenue réglementaire, leur qualité d’officiers leur autorisait quelques variations que les nécessités du conflit, en reléguant au second plan le respect des moindres détails du règlement, facilitaient d’autant plus. Cette latitude pour l’excentricité vestimentaire augmentait à mesure que l’on grimpait dans la hiérarchie, un général ayant beaucoup moins de risques qu’un lieutenant de se voir reprocher que sa tenue n’est pas forcément en adéquation avec celle prévue par le règlement sur le service en campagne. George Custer était aussi célèbre dans l’armée nordiste pour ses charges de cavalerie téméraires que pour l’excentricité de ses uniformes, un goût qui ne le quitta pas tout au long de sa carrière. La future légende du Far West ne se séparait jamais de sa très voyante cravate rouge. Lorsqu’il fut promu brigadier-général en 1863, il put laisser libre cours à son imagination : chemise rayée, dolman de hussard en velours noir orné de « nœuds autrichiens » argentés et pantalon vert olive.Ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup, J.E.B. Stuart et d’autres étant réputés pour leurs uniformes plus ou moins flamboyants.

Custer_BG_Geo_A_in_velvet_ca_1864Beaucoup d’officiers qui s’engagèrent dans la guerre de Sécession, dans un camp comme dans l’autre, avaient quitté l’armée fédérale depuis plus ou moins longtemps. Plutôt que de s’en procurer un nouveau, beaucoup ressortirent du placard leur ancienne tenue – parfois désuète. Pour cette raison, et aussi parce que les toutes premières régulations de l’armée confédérée prescrivaient le port de l’uniforme fédéral réglementaire, plusieurs officiers et généraux sudistes prirent part aux premiers combats de la guerre vêtus d’un uniforme bleu, duquel ils avaient hâtivement fait changer les galons – ce qu’on peut voir à l’occasion dans certaines reconstitutions. L’application progressive des régulations de juin 1861 permit de remplacer ces tenues. D’autres généraux n’avaient jamais été militaires auparavant et certains partirent au combat tout simplement habillés en civil.

Au Nord comme au Sud, la redingote des généraux se distinguait essentiellement de celles des autres officiers par leur double rangée de boutons. Certains d’entre eux, toutefois, ne furent jamais de grands amateurs de ces uniformes et préféraient des tenues plus discrètes. Robert Lee en est un exemple connu : en campagne, il lui substituait le plus souvent une redingote civile grise sur laquelle il avait fait broder un insigne de colonel, le grade qu’il occupait lorsqu’il avait quitté l’armée fédérale. D’autres devinrent célèbres pour leur tenue négligée. Stonewall Jackson ne se séparait ainsi presque jamais d’une vieille capote de simple soldat élimée jusqu’à la corde. Ulysses Grant lui-même n’accordait guère d’importance à sa mise, se promenant le plus souvent avec une tenue de campagne maculée de boue. Dans les deux camps fut portée une grande variété de couvre-chefs, allant du chapeau Jeff Davis de parade au simple képi en passant par le large et confortable chapeau rond (slouch hat).

Marins et marines
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Si la guerre de Sécession est souvent perçue comme un conflit essentiellement terrestre, elle n’en fit pas moins une large part aux opérations navales, notamment combinées, et le Nord doit à ses marins une part non négligeable dans la victoire finale. Les uniformes navals méritent donc qu’on s’y attarde quelque peu. L’U.S. Navy avait hérité de sa contrepartie britannique l’usage du bleu marine et celui-ci n’avait pas été remis en cause. Les premières régulations concernant les uniformes n’avaient pas été appliquées avec une grande rigueur, et c’est seulement à partir de 1841 que les officiers obligèrent réellement leurs hommes à porter la tenue réglementaire. Celle-ci consistait en un pantalon bleu, une veste bleue marine à parements blancs, un foulard noir et un chapeau rond verni de couleur noire.

La mécanisation croissante de la marine, dans les années 1850, rendit le service sur les navires – désormais de plus en plus souvent à vapeur – toujours plus salissant, ce qui poussa à rendre les tenues plus pratiques. En 1852, le chapeau verni fut remplacé par un bonnet de marin souple et en 1859, les parements disparurent. Seule concession au confort : l’adjonction d’un surcot blanc qui se portait par-dessus le bonnet, dans le but de permettre au matelot de mieux supporter le soleil estival. Les uniformes changèrent peu durant la guerre, hormis l’adoption par les aspirants et les quartiers-maîtres d’une veste à double rangée de boutons, similaire à celle portée par les officiers. Ces derniers portaient pour leur part une casquette au lieu du bonnet de marin, remplacée dans la tenue d’apparat par un bicorne. Ils troquèrent souvent la casquette contre un canotier en période estivale ou dans les eaux subtropicales du golfe du Mexique.Marines01Initialement, la marine confédérée ne fit qu’imiter celle des États-Unis en prescrivant le port d’uniformes bleus marine, seuls les grades et insignes différant.

Ce n’est qu’en 1862 que le secrétariat sudiste à la Marine s’aligna sur l’armée en adoptant des uniformes gris. La coupe, pour sa part, demeurait assez similaire à celle de la flotte nordiste. La marine confédérée étant soumise aux mêmes restrictions que le reste des forces armées en matière d’habillement, elle ne fut généralement pas très regardante sur la tenue des simples matelots. Il existait également un corps des fusiliers marins confédérés (Confederate States Marine Corps), calqué sur le modèle de l’U.S. Marine Corps fédéral. Les marines sudistes portaient (théoriquement) un uniforme assez similaire à celui des soldats : gris avec un pantalon et des parements bleus marine.

Leurs homologues nordistes, pour leur part, avaient connu jusque-là une histoire vestimentaire un peu plus originale. Les premiers fusiliers marins américains, les Continental Marines créés en 1775, portaient un uniforme vert. Dissouts en 1783, reformés en 1798, les marines portèrent alternativement le bleu et le vert avant d’adopter une tenue entièrement bleue foncée en 1841. À l’instar de l’armée, ils adoptèrent en 1859 un uniforme de coupe française : redingote longue et shako à pompon pour la tenue de service, vareuse et képi pour celle de corvée. Les différences les plus visibles concernaient le pantalon, bleu marine et non bleu ciel, et les larges bandoulières blanches croisées sur la poitrine.


Sources

- David COLE, Survey of U.S. Army Uniforms, Weapons and Accoutrements, en ligne.
- Oscar LONG, Changes in the uniform of the army, 1895.
- Deux articles de Brooke Stoddard et Daniel Murphy sur les uniformes de la guerre de Sécession et l’habillement quotidien des combattants.
- James McPHERSON, La guerre de Sécession, Paris, Robert Laffont, collection Bouquins, 1991.
- Michael VAROLHA, Blue, gray, and everything in between, 2011, en ligne.
Biographie de Simon Cameron.
Les célèbres fascicules des éditions Osprey, bien qu’en anglais, permettent d’embrasser pleinement (et visuellement) la grande variété des uniformes des volontaires.
Site consacré au 5ème régiment de New York, les « Zouaves de Duryee ».
Article consacré aux « Tigres de la Louisiane ».
Article général consacré aux uniformes réglementaires sudistes.
Site consacré aux uniformes de la Confédération et de la milice de ses États.
Article sur le noyer cendré.
Biographie de George Custer.
Page consacrée à l’évolution des uniformes de l’U.S. Navy.
Description des uniformes réglementaires de la marine sudiste.

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