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Guerre de Sécession : de Belmont au fort Donelson (3/4)

tilghmanLe 30 janvier 1862, le général Halleck autorisa le général Grant à mener à bien l’opération qu’il préparait contre le fort Henry. La flottille du commodore Foote était déjà prête, et elle appareilla de Cairo le 2 février. L’attaque nordiste était prévue pour être de petite envergure, une première action en vue de futures avancées. En somme, Grant pensait creuser une première marche d’un escalier qui lui permettrait d’accéder au cœur de la Confédération alors qu’en réalité, il était sur le point d’en enfoncer la porte.

Forces en présence

Dès la sécession, le Tennessee avait entrepris de construire des fortifications pour protéger ses frontières. Construit en terre sur la rive droite de la rivière Tennessee, le fort Henry était flanqué d’une autre installation plus petite sur la rive opposée, le fort Heiman. L’un et l’autre avaient été quelque peu laissés pour compte au profit de Columbus, dont la défense était considérée comme prioritaire. Début février 1862, les quelques 3.000 hommes du brigadier-général Lloyd Tilghman n’avaient à leur disposition que 17 canons lourds dans le fort Henry.

Ce n’était pas le seul problème auquel le commandant sudiste était confronté. Le fort Henry avait fait l’objet d’un choix d’emplacement parmi les plus ineptes de toute l’histoire du génie militaire. Le lieu avait été sélectionné par Daniel Donelson, jusque-là ministre de la Justice de l’État du Tennessee, dont l’expérience militaire se limitait à une courte carrière d’officier dans l’armée fédérale 35 ans plus tôt. Il choisit pour construire le fort une position qui offrait un champ de tir dégagé vers l’aval de la rivière, mais qui se trouvait surplombée par les collines alentours.

Pire, le site du fort avait été désigné au mois de juin, alors que les eaux de la Tennessee étaient encore relativement basses, et Donelson n’avait tenu absolument aucun compte des crues hivernales. Si bien qu’en février 1862, le fort Henry était en grande partie inondé : la poudrière principale était sous l’eau et la moitié des canons était inutilisable. L’un des rares atouts défensifs du fort était constitué par l’emploi, alors nouveau, de « torpilles » : des tonneaux remplis de poudre à canon ancrés sous le niveau de la rivière et armés pour exploser au contact d’un navire – en d’autres termes, un champ de mines.

220px-Seth_L_PhelpsFace à cela, le général Grant avait amené 17.000 hommes, en deux rotations car il n’avait pas suffisamment de navires de transport. Ces forces étaient organisées en deux divisions commandées par McClernand et C. Ferguson Smith. La première fut débarquée sur la rive droite pour attaquer directement le fort Henry, tandis que la seconde, sur la rive gauche, assaillirait simultanément le fort Heiman. Les débarquements eurent lieu les 4 et 5 février à environ 5 kilomètres au nord du fort Henry, après quoi Grant envoya sa flottille de canonnières effectuer un bombardement préliminaire.

Le commodore Foote avait à sa disposition sept navires armés en tout. Trois étaient des timberclads : à la Tyler et la Lexington déjà engagées à Belmont s’ajoutait l’USS Conestoga. Ces trois bâtiments formaient une division séparée dirigée par le capitaine de corvette Seth Phelps. Foote, quant à lui, commandait directement les quatre ironclads, dont trois (USS Cincinnati, USS Carondelet et USS St. Louis) avaient été construits spécifiquement pour cet usage. Le quatrième, l’USS Essex, était un ancien navire civil armé et sommairement blindé.

Une lutte inégale

Tilghman, averti dès le départ des débarquements opérés par Grant, comprit aussitôt que sa situation était sans espoir. Dès le 4 février, il fit évacuer le fort Heiman. Le lendemain, il envoya l’essentiel de la garnison du fort Henry rejoindre le fort Donelson, à une vingtaine de kilomètres à l’est. Il ne garda avec lui qu’une centaine d’hommes pour servir les neuf canons encore en état de marche dans le fort Henry et tenir aussi longtemps que sa position précaire le lui permettrait.

James_Buchanan_Eads_-_Brady-HandyLes canonnières de l’Union durent surtout batailler contre les forts courants engendrés par la crue. Les torpilles que les Confédérés avaient disposées au milieu de la Tennessee furent sans effet : la plupart d’entre elles n’avaient pas été étanchéifiées suffisamment et avaient pris l’eau, rendant inopérants les explosifs qu’elles contenaient. De surcroît, la plupart d’entre elles avaient été emportées par le courant, et celles qui auraient pu être encore fonctionnelles dérivèrent au-delà de la flottille nordiste sans lui causer de dommages.

Le 6 février, Foote s’approcha du fort Henry et ouvrit le feu. Il avait laissé en arrière les timberclads, moins protégés, si bien que ce furent les ironclads qui subirent le plus gros de la riposte sudiste. Celle-ci, au demeurant, fut pratiquement sans effet. Conçus par un ingénieur de St-Louis, James Eads, les ironclads nordistes présentaient des flancs inclinés sur lesquels les projectiles confédérés ricochaient sans pénétrer. Leur pont, en revanche, n’était pas blindé, mais il aurait fallu pour les atteindre que les canons sudistes fussent situés en hauteur ; or, le fort Henry était – ô combien ! – au ras de l’eau. Seul l’Essex fit les frais de son blindage plus léger : un boulet transperça sa chaudière principale, ébouillantant 28 membres d’équipage dont 5 mortellement. Privée de vapeur, l’Essex se mit à dériver et quitta le combat.

Malgré ce coup au but, la lutte demeura inégale pour les artilleurs sudistes. Au bout d’une heure, cinq de leurs canons avaient été réduits au silence et les stocks de munitions accessibles baissaient dangereusement. Tilghman estima que l’honneur de la Confédération avait été défendu suffisamment longtemps et offrit sa reddition à Foote. Le fort était à ce point inondé que l’embarcation que Foote envoya récupérer Tilghman put y pénétrer en passant par la porte principale. Le fort Henry tomba ainsi entre les mains nordistes avant même que l’infanterie de Grant ne put s’en approcher.

USS_essex_1856Des conséquences inattendues

Grant télégraphia aussitôt la nouvelle à Halleck, ajoutant qu’il se disposait à marcher immédiatement sur le fort Donelson et à s’en emparer le surlendemain. Il dût vite se raviser, car les fortes pluies des jours précédents avaient transformé en fondrières des routes déjà très médiocres à la base. Il jugea plus prudent de regrouper et renforcer son armée avant d’aller plus avant. Initialement réticent, son supérieur finit par comprendre l’intérêt stratégique de la situation et lui expédia une division de réserve, aux ordres de Lew Wallace, qui porta les effectifs de « l’armée du district de Cairo » à un peu moins de 25.000 hommes.

Fort_Henry_Campaign
Le commodore Foote avait lui aussi réalisé que la chute du fort Henry ouvrait à ses canonnières une autoroute, tout anachronisme mis à part, vers le Sud profond. Dès le 7 février, il chargea Phelps de remonter le cours de la Tennessee pour tester la résistance des Sudistes. Celle-ci fut pratiquement nulle : la chute rapide du fort Henry avait persuadé bon nombre de généraux confédérés que les canonnières de l’Union étaient invincibles. Le positionnement inepte du fort et le fait qu’il fût pratiquement sous les eaux ne furent pas pris en compte. Les timberclads de Phelps remontèrent la Tennessee jusqu’à Muscle Shoals, point au-delà duquel la rivière cessait d’être navigable, et brûlèrent ou capturèrent de nombreux navires de transport sudistes. Phelps commit toutefois une grave erreur en accédant à la demande des habitants de Florence, dans l’Alabama, de ne pas brûler le pont de chemin de fer qui s’y trouvait. Ce pont allait jouer un rôle décisif dans les mouvements de troupes préliminaires à la bataille de Shiloh, en avril suivant.

Dans le camp confédéré, on réalisa aussitôt à quel point la situation était sérieuse. A.S. Johnston estima dès le lendemain de la chute du fort Henry que le fort Donelson tomberait tout aussi facilement, ouvrant aux Nordistes la route de Nashville et menaçant d’encerclement le gros de ses troupes déployées dans le Kentucky. Il ordonna à Hardee de quitter Bowling Green et de se replier sur Nashville. La perte du fort Henry démontrait surtout l’échec de la stratégie confédérée : dépourvue de profondeur stratégique, la ligne de défense des Sudistes était condamnée dès lors qu’un de ses maillons avait sauté.

Johnston convint malgré tout qu’il était nécessaire de défendre autant que possible le fort Donelson pour donner aux troupes sudistes le temps de se regrouper à Nashville et d’y organiser leurs défenses. Il dépêcha sur place 12.000 hommes, soit deux divisions aux ordres de Simon Buckner et Gideon Pillow. Ces renforts étaient placés sous le commandement de John Floyd, l’ancien secrétaire à la Guerre sous la présidence de James Buchanan, récemment transféré de Virginie occidentale. Avec les forces déjà présentes et celles ramenées du fort Henry, la garnison du fort Donelson s’élevait en tout à 16.000 soldats.
Fort_Henry_to_Fort_DonelsonCarte montrant l'attaque du fort Henry et la marche des Nordistes vers le fort Donelson (copyright Hal Jespersen via Creative Commons).

Sources

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