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Guerre de Sécession : Hampton Roads ou le duel des cuirassés, 8-9 mars 1862 (2/3)

franklin_buchananDébut mars 1862, le CSS Virginia est enfin achevé, et la marine confédérée est prête à lancer l’opération qui permettra de lever le blocus de la rivière James. Côté nordiste, la flottille qui bloque les eaux du chenal de Hampton Roads s’y prépare également, mais des renforts sont attendus sous la forme du singulier cuirassé USS Monitor. L’engagement qui s’annonce sera une des plus importantes batailles navales de la guerre de Sécession, et sans doute l’un des affrontements les plus cruciaux de l’histoire du combat naval.

 

 

Deux flottes inégales… en apparence

Une fois le Virginia mis en service, Stephen Mallory voulut aussitôt le confier à un officier agressif, afin de s’assurer que le navire puisse passer à l’action sans attendre – à Richmond, on savait que les Yankees construisaient des cuirassés eux aussi. Le lieutenant Catesby Jones, qui avait supervisé, entre autres, l’armement du cuirassé, paraissait le mieux à même d’en assumer le commandement. Malheureusement pour lui, l’appareil militaire sudiste avait hérité des forces armées états-uniennes de rigides règles de promotion basées sur l’ancienneté, et Jones était d’un grade trop modeste pour se voir confier un navire de cette importance.

Le choix de Mallory se porta donc sur le capitaine de vaisseau Franklin Buchanan, tout aussi impatient d’en découdre que son jeune subordonné. S’il détenait bien le grade le plus élevé alors attribué dans la marine confédérée, il n’était cependant pas le premier sur la liste, et Mallory dut se livrer à une véritable gymnastique administrative pour parvenir à ses fins. Il confia ainsi à Buchanan un « commandement des défenses de Norfolk » qui englobait à la fois le Virginia, ses navires de soutien, et l’escadron de la James. En tant que chef de l’escadre ainsi constituée, Buchanan pouvait hisser son pavillon sur le Virginia et diriger directement le navire. Jones demeura sur le cuirassé en tant que second, si bien que le Virginia allait, de manière assez insolite, livrer bataille sans capitaine nommément désigné.

Le Virginia et ses 10 canons étaient soutenus par deux petites canonnières en fer (mais non blindées) ramenées de Caroline du Nord : la CSS Raleigh, de 2 canons, et la CSS Beaufort qui n’en portait qu’un seul. L’escadron de la rivière James comptait pour sa part trois canonnières : la CSS Patrick Henry (10 canons), la CSS Jamestown (2 canons) et la CSS Teaser (2 canons). Les deux premières étaient des navires à roues à aubes, en bois, et la troisième un simple remorqueur armé. Ces trois navires étaient placés sous l’autorité du capitaine de frégate John Tucker. À l’exception du Virginia, tous les navires sudistes étaient des bâtiments civils achetés et armés par le gouvernement.

louis_goldsboroughLes forces navales nordistes qui leur faisaient face disposaient, du moins sur le papier, d’une supériorité écrasante en termes de puissance de feu. Elles dépendaient de l’escadron de blocus de l’Atlantique Nord, sous les ordres du capitaine de vaisseau Louis Goldsborough. Ce dernier, toutefois, n’était pas présent, étant occupé à couvrir des opérations amphibies en Caroline du Nord avec le reste de ses navires. L’officier le plus élevé en grade présent était le commandant de l’USS Roanoke, le capitaine de vaisseau James Marston. Ce dernier avait reçu comme instruction, en cas de sortie du Virginia, de faire converger tous ses bateaux vers le cuirassé sudiste afin de l’encercler et de l’accabler de tirs croisés.

Les Nordistes disposaient de cinq navires de guerre puissamment armés : deux frégates à hélice, l’USS Roanoke et l’USS Minnesota, portant chacune 44 canons ; deux frégates à voiles, l’USS Congress (52 canons) et l’USS St. Lawrence (50 canons) ; et une corvette à voiles, l’USS Cumberland, dotée de 24 canons. À cela s’ajoutaient trois petites canonnières improvisées à hélice, l’USS Mystic (5 canons), l’USS Zouave et l’USS Dragon (2 canons chacune), ainsi que trois remorqueurs armés : USS Whitehall (4 canons), USS Young America (3 canons) et USS Cambridge (2 canons). Avec 11 navires et 232 bouches à feu, la supériorité des Nordistes était manifeste, les Confédérés n’ayant à leur opposer que 6 bâtiments et 27 canons.

Le Virginia sème le chaos

cumberlandDès l’achèvement du Virginia, le capitaine Buchanan donna l’ordre d’appareiller sans plus attendre avec toutes ses forces, ce qui fut fait à 11 heures le 8 mars 1862. Le cuirassé sudiste et ses navires de soutien atteignent vers midi le chenal de Hampton Roads, qui relie l’estuaire de la James avec la haute mer. Face à eux, la Cumberland et la Congress se tiennent prudemment à l’abri des batteries côtières que les Fédéraux ont érigées à Newport News. Guidé et assisté par la Beaufort, le Virginia se met en position, et après deux heures de laborieuses manœuvres, ouvre le feu à 14 heures, visant la Cumberland avec son canon de proue. (NB : dans son rapport sur le combat, Catesby Jones écrit que l’action a débuté à 15 heures, mais les horaires qu’il donne par la suite n’ont de sens que si le combat a commencé à 14 heures)

Le feu sudiste s’avère immédiatement meurtrier, causant de sérieux dommages à la corvette nordiste. La Congress et les batteries côtières viennent à son aide, mais leur tir n’a que peu d’effet sur le blindage du Virginia. Deux de ses canons sont endommagés, mais le reste des projectiles n’a pas d’autre effet que celui de ricocher sur les flancs inclinés du navire. Le capitaine Marston lance aussitôt le plan prévu pour prendre le Virginia entre deux feux, et fait avancer le reste de ses forces, ancrées à la hauteur de la forteresse Monroe. Mais le chenal de Hampton Roads, encombré d’alluvions, sujet à de fortes marées et parcouru par de puissants courants, est un espace changeant et piégeur dans lequel les pilotes, sans phares ni bouées, ont fort à faire. La manœuvre nordiste tourne au désastre quand la St. Lawrence et la Roanoke s’échouent, suivies un peu plus tard par la Minnesota. La Congress et la Cumberland allaient devoir se débrouiller seules, alors que le Virginia continuait à se rapprocher aussi vite que lui permettaient ses poussives chaudières.

cumberland_james_gurneyLes Nordistes tiraient vite et bien – ils touchèrent le Virginia à 98 reprises – mais leur feu n’avait aucun effet sur sa cuirasse. Le navire confédéré finit par éperonner la Cumberland. Les deux bâtiments restèrent imbriqués l’un dans l’autre alors que la corvette nordiste commençait à prendre l’eau. La Cumberland ne cessa jamais de combattre, son commandant ordonnant même de tirer à travers sa propre coque pour atteindre le Virginia, mais c’était parfaitement vain. Le cuirassé parvint péniblement à s’extraire de la brèche qu’il avait ouverte, évitant de sombrer avec son adversaire. Il y laissa toutefois son éperon, trop hâtivement fixé, et qui s’était détaché sous le choc. La Cumberland sombra en vingt minutes, engloutissant avec elle 121 marins nordistes.

Réalisant le danger qui guettait son navire, le commandant de la Congress la jette volontairement à la côte pour l’empêcher d’être éperonnée et coulée à son tour. Échouée, elle subit pendant près d’une heure un bombardement dévastateur, d’autant plus que l’escadron de la James arrive pour se joindre à la curée. Les batteries côtières, toutefois, font mouche : la Patrick Henry reçoit un coup direct dans sa chaudière, obligeant la Jamestown à la remorquer à l’abri. Après une réparation de fortune, la canonnière sudiste reprendra sa place dans un combat devenu inégal. Dévastée par les obus du Virginia, la Congress finit par amener son pavillon vers 16 heures.

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Carte détaillée des combats du 8 mars 1862 à Hampton Roads, réalisée par Robert E. Pratt pour le Civil War Preservation Trust.

 

Alors que l’équipage de la frégate nordiste commence à évacuer le navire et que ses officiers présentent leur reddition en bonne et due forme, la Raleigh et la Beaufort, dont le tirant d’eau est moindre, abordent la Congress pour en prendre possession. Elles sont alors prises à partie par les batteries côtières, auxquelles se sont joints des éléments d’infanterie – l’action se déroule en effet à portée de fusil du rivage. Le combat reprend de plus belle ; Buchanan fait replier ses canonnières et ordonne qu’on tire à boulets rouges sur la Congress pour y mettre le feu. Puis, furieux, il s’empare d’un fusil et monte sur le pont du Virginia pour faire le coup de feu avec les 28 marines affectés au cuirassé. C’est là qu’il recevra une balle dans la hanche, blessure qui l’obligera à céder le commandement au lieutenant Jones.

catesby_jonesLes boulets chauffés jusqu’à l’incandescence tirés par les Sudistes allument rapidement sur la Congress un incendie qui la consumera jusque tard dans la nuit, quand les flammes atteindront la poudrière du navire – l’explosion qui s’ensuivra détruisant pour de bon la frégate fédérale. Elle avait eu 110 tués dont son commandant. Pendant ce temps, les remorqueurs nordistes s’efforcent de dégager la St. Lawrence et la Roanoke, sous le feu des batteries que les Confédérés ont installées à Sewell’s Point, de l’autre côté du chenal. Ils y parviendront, et les deux frégates iront se mettre à l’abri des canons de la forteresse Monroe. La Minnesota, néanmoins, demeure échouée, et c’est sur elle que le Virginia va porter son attention en cette fin de journée.

Toutefois, les éléments vont sauver le navire nordiste. La marée était à présent descendante, et avec son tirant d’eau de sept mètres, le Virginia risquait de se retrouver échoué lui aussi. De surcroît, le jour faiblissant rendait périlleuse la navigation dans les eaux traîtresses de Hampton Roads, obligeant Jones à suivre le conseil de ses pilotes en allant jeter l’ancre à Sewell’s Point. On en profita pour évacuer les blessés – dont Buchanan – et on remit au lendemain la destruction du Minnesota et du reste des navires nordistes, si toutefois ils n’avaient pas décampé d’ici-là.

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