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Guerre de Sécession : la bataille de Shiloh, 6-7 avril 1862 (2/5)

dc_buell2De son côté, le commandement nordiste ignore toujours qu’il est à la veille d’une bataille majeure. Trop concentré sur ses propres plans et convaincu d’avoir arraché l’initiative pour de bon aux Confédérés, il n’a pas cherché à deviner ce qu’allaient faire ses ennemis. Dans les premiers jours d’avril, alors que l’armée sudiste est déjà en marche vers Pittsburg Landing, Grant continue à attendre tranquillement l’arrivée de Buell, désormais imminente. Pourtant, sur le terrain, des signes avant-coureurs commencent à couver. À défaut d’être prête, l’armée de la Tennessee paraît pressentir quelque chose.

 

Une armée au repos

À ce moment, Grant a sous ses ordres 49.000 hommes répartis en six divisions. Celles-ci sont commandées respectivement par McClernand, W.H.L. Wallace (qui remplace l’infortuné C.F. Smith), Lew Wallace, Stephen Hurlbut, William Sherman et Benjamin Prentiss. Environ la moitié de ces forces a déjà combattu, principalement au fort Donelson. L’autre moitié, par contre, n’a qu’une expérience très limitée de la chose militaire. Tous ces hommes, en revanche, sont assez correctement équipés. En dehors de la division de Lew Wallace, ces troupes sont concentrées immédiatement au sud-ouest de Pittsburg Landing. Le débarcadère en lui-même résume le pays qui l’entoure : il se réduit à « un entrepôt, une épicerie et une habitation » comme l’écrira plus tard le colonel Wills De Hass, un vétéran nordiste de la bataille de Shiloh et auteur d’un récit très instructif sur les prémices de l’affrontement.

La région du Tennessee qui l’entoure – le comté de Hardin – est encore très sauvage, et sa densité de population est de l’ordre de 6 à 7 habitants au kilomètre carré. Le futur champ de bataille présente un terrain vallonné qui surplombe la Tennessee de 20 à 30 mètres en moyenne. Il est couvert d’épaisses forêts, principalement de chênes, et les sous-bois peuvent y être tantôt relativement dégagés, tantôt très denses. C’est également un terrain très humide. De nombreux ruisseaux alimentent de petits tributaires de la Tennessee, creusant des ravins qui coupent assez profondément le paysage. Comme souvent aux États-Unis, les routes rurales, non pavées, y sont mauvaises, quand elles ne se muent pas en simples sentiers à peine marqués. Dans les creux, l’eau a tendance à stagner, formant des mares. Seules quelques fermes isolées parsèment cette étendue restée pour l’essentiel à son état originel, abstraction faite des quelques champs qui y ont été défrichés ici et là. Pour établir leurs camps et se procurer du bois de chauffage, les troupes nordistes ouvriront d’autres clairières, sans pour autant réduire sensiblement l’épaisseur du couvert forestier.

General-Stephen-HurlbutPittsburg Landing est situé au niveau d’un coude de la rivière Tennessee, à partir duquel son cours, jusque-là orienté globalement vers l’ouest, s’infléchit en direction du nord, où elle va se jeter, bien plus loin, dans l’Ohio. Parallèlement à la Tennessee courent deux petites rivières : la Lick Creek, qui protège la gauche des forces nordistes, et l’Owl Creek, dont le cours marécageux sert d’ancrage à leur droite. Ses arrières couverts par la présence de Lew Wallace à Crump’s Landing, l’armée de la Tennessee n’a guère qu’à se préoccuper de ce qui se passe en face d’elle, c’est-à-dire au sud. Halleck a bien ordonné que les camps soient fortifiés, mais ni Grant ni ses subordonnés n’ont jugé utile d’y donner suite. Les cinq divisions de la force principale ne sont donc pas retranchées, mais il y a plus grave : par commodité, elles sont dispersées sur un espace relativement vaste et incapables de se soutenir immédiatement en cas d’attaque.

Celle de Prentiss (qui comprend deux brigades) est la plus au sud, cinq kilomètres au sud-sud-ouest du débarcadère. Trois kilomètres au nord-ouest de Prentiss, la division Sherman (quatre brigades) s’est établie autour d’une petite église rurale protestante, baptisée Shiloh – « lieu paisible » en hébreu. Une de ses brigades, celle de David Stuart, a été détachée pour couvrir un pont qui enjambe la Lick Creek, 6,5 km à l’est du QG de Sherman. McClernand et ses trois brigades campent immédiatement sur les arrières de Sherman, Hurlbut (trois brigades également) un petit plus loin à l’est. La division la plus en arrière est celle de W.H.L. Wallace et ses trois brigades. Avec les trois de la division Lew Wallace, Grant dispose en tout de 18 brigades et 24 batteries (soit environ 144 canons en théorie, moins en réalité car certaines batteries n’ont que quatre pièces). La cavalerie représente l’équivalent de trois régiments, mais elle est dispersée en compagnies à travers toute l’armée.

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Disposition des camps nordistes à la veille de la bataille. La division de Lew Wallace est plus au nord, à Crump's Landing. Carte réalisée par la Civil War Landscapes Association.

Effet de surprise

General-BraggEn temps normal, Pittsburg Landing est à deux jours de marche de Corinth. Mais en ce début de printemps, le temps est incertain et les averses fréquentes. Dans la nuit du 3 au 4 avril, une forte pluie s’abat sur l’armée confédérée. À cause de la visibilité réduite, la marche, qui devait reprendre avant l’aube, doit être retardée jusqu’à ce qu’il fasse suffisamment jour. De surcroît, les précipitations ont rendu la route difficilement praticable, surtout pour les attelages de l’artillerie et les chariots de munitions. Il n’y a pas de chariots de vivres : les soldats ont reçu des rations pour cinq jours. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais accompli de marche aussi soutenue, et faute d’expérience, consomment leur nourriture à un rythme trop élevé. Pour ceux-là, la bataille de Shiloh sera livrée, ou du moins entamée, le ventre vide.

L’organisation de l’armée, mise en place quelques jours plus tôt seulement et insuffisamment rodée, n’arrange pas les choses. A.S. Johnston a divisé ses forces en quatre corps d’armée. Le premier, sous Leonidas Polk, comprend quatre brigades réparties en deux divisions, respectivement commandées par Charles Clark et Benjamin Cheatham. Le second, aux ordres de Bragg, comprend six brigades, en deux divisions également – celles de Daniel Ruggles et Jones Withers. Le troisième est confié à William Hardee, un ancien officier de carrière considéré comme un brillant tacticien (on lui doit le manuel d’instruction de l’infanterie en vigueur dans l’armée fédérale) et comprend trois brigades. Enfin, le quatrième corps regroupe trois brigades lui aussi. Son commandant n’est autre que John Breckinridge, l’ancien vice-président des États-Unis et adversaire malheureux de Lincoln à l’élection présidentielle de 1860.

General-William-HardeeLe plan conçu par A.S. Johnston implique une attaque sur un front étroit, pour conserver une masse de manœuvre importante et un dispositif en profondeur. Schématiquement, il s’agit d’asséner à Grant un « crochet du droit » en marchant directement sur Pittsburg Landing. L’objectif de cette manœuvre, dans laquelle l’effet de surprise est essentiel, est de s’emparer des camps de l’armée nordiste, puis de la couper de la principale voie par laquelle elle pourrait recevoir des renforts : le débarcadère (il n’y a en effet pas de pont sur la Tennessee à cet endroit). À cette fin, les corps d’armée sudistes seront disposés non côte à côte, mais l’un derrière l’autre. Hardee mènera l’attaque principale avec le soutien immédiat de Bragg. Quant à Polk et Breckinridge, ils formeront deux échelons de réserves.

L’attaque doit normalement être lancée le 5 avril à l’aube, mais à cause de la pluie de la veille, seuls les éléments avancés de Hardee sont en place. L’armée est très étirée et ne peut être lancée au combat à l’heure prévue. Prêt à 3 heures, le corps d’armée Polk doit d’abord laisser passer devant lui celui de Bragg, très en retard. Ce dernier n’est en position qu’à 14 heures, et il est près de 17 heures quand les dernières troupes confédérées sont en place. Il ne reste qu’une à deux heures de jour, et l’attaque doit être annulée. Un accrochage avec une patrouille nordiste a eu lieu dans la journée du 4, et Beauregard est à présent persuadé que l’armée a été repérée et que l’effet de surprise est perdu. De surcroît, il estime que Buell a déjà fait sa jonction avec Grant. S’entretenant avec les commandants de corps (dont Polk, qui rapportera la scène), il préconise la retraite. Mais A.S. Johnston se joint bientôt à ce conseil de guerre impromptu et demeure inflexible : « Je les attaquerais même s’ils étaient un million ». L’attaque aura lieu le lendemain dès les premières lueurs du jour.

Signes avant-coureurs

jesse_hildebrandAu quartier général de Grant, on ignore encore que l’armée ennemie s’est mise en marche. Ou, pour être tout à fait exact, on veut l’ignorer. Grant est persuadé que les défaites qu’il a infligées à son ennemi en février l’ont complètement démoralisé, et qu’il est hors d’état de procéder à la moindre opération offensive. En outre, il tient à préserver l’allant de ses hommes, et craint que leur faire établir des fortifications n’agisse négativement sur leur moral. Autre raison, et non des moindres, de son absence de préparatifs : il a reçu de Halleck l’ordre formel de ne pas engager le combat avant son arrivée. Pour cette raison, il limite au strict minimum le déploiement de piquets avancés ou l’envoi de reconnaissances, car il ne souhaite pas qu’un accrochage puisse dégénérer en affrontement généralisé. Bien sûr, l’instruction a été transmise à ses commandants divisionnaires.

Si les généraux sont confiants, l’impression de la troupe est très différente. Lorsqu’il prend son poste au sein de la brigade Hildebrand, de la division Sherman, le 2 avril, Wills De Hass constate que « le sentiment général [était] qu’une grande bataille était imminente ». Le calme prolongé inquiète les hommes, auxquels l’inaction pèse. Beaucoup dans l’armée pensent que les Sudistes vont passer à l’attaque avant que Buell ne vienne renforcer Grant, et ils savent que le moment de cette jonction approche. Certains commandants de brigade partagent les vues de leurs hommes, notamment ceux qui sont postés le plus au sud. Ils font remonter leurs inquiétudes à leurs supérieurs, mais ceux-ci y demeurent sourds. Le 5 avril, Sherman ordonnera bien à ses troupes d’entamer des travaux de construction… mais pour ouvrir une route, en préparation à la marche sur Corinth.

Ralph_Pomeroy_BucklandLes commandants de brigade en sont donc réduits à lancer des reconnaissances à petite échelle et de leur propre initiative. La cavalerie est insuffisante, et doit souvent être supplémentée par des éléments d’infanterie. Dès le 4 avril, un de ces détachements mixtes appartenant à la division Sherman accroche une unité sudiste : il s’agit en fait de la brigade de Patrick Cleburne, un des éléments du corps d’armée de Hardee. Laissons ici la parole à De Hass : « Nous eûmes quelques tués et firent une demi-douzaine de prisonniers. Parmi les blessés se trouvait un sous-officier intelligent, qui allait mourir durant la nuit. Cet homme nous informa que l’armée confédérée toute entière avait fait route depuis Corinth, et devait nous attaquer le matin suivant. » L’information alerte les colonels Jesse Hildebrand et Ralph Buckland, qui commandent les deux brigades les plus avancées de la division Sherman.

Le lendemain, le détachement chargé d’aménager la route susmentionnée signale d’importants détachements de cavalerie ennemie immédiatement au sud des camps de Sherman, ce que Hildebrand et Buckland décident d’aller vérifier par eux-mêmes. Ils peuvent ainsi observer à loisir le régiment du colonel Forrest, celui-là même avec lequel l’officier sudiste s’était échappé du fort Donelson au moment de sa capitulation. De retour à leur camp, Buckland et Hildebrand sont d’avis que les cavaliers sudistes couvrent une force bien plus importante, et s’en ouvrent à leur supérieur. Sherman demeure incrédule : pour lui, il ne s’agit que d’une reconnaissance de l’ennemi, au pire d’une démonstration. Mais ses deux subordonnés ne sont pas convaincus par ses arguments. Dans la soirée, ils font renforcer les piquets de sentinelles et mettent leurs brigades en état d’alerte.

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