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Guerre de Sécession : la bataille de Shiloh, 6-7 avril 1862 (3/5)

Shiloh_ChurchÀ l’aube du dimanche 6 avril 1862, l’armée confédérée du Mississippi est en position et prête à frapper. Tout paraît calme, alors que le soleil commence à éclaircir un ciel qui s’annonce dégagé. A.S. Johnston est même étonné de l’absence totale de réaction fédérale. Ses troupes ont 24 heures de retard sur l’horaire prévu, et n’ont pas été particulièrement discrètes lors de leur déploiement, les soldats ayant multiplié les coups de feu pour vérifier si leur poudre était encore utilisable après la pluie du 4. Le commandant en chef confédéré croit à peine à l’effet de surprise qu’il semble sur le point d’atteindre. Son adjoint Beauregard, lui, n’y croit même pas du tout et suspecte un piège. Une fois de plus, il suggère de battre en retraite, ce que Johnston refuse à nouveau. L’attaque aura bien lieu : il la mènera de l’avant tandis que Beauregard restera en arrière pour coordonner les mouvements de l’armée. Puis le général en chef ajoute, péremptoire : « Ce soir, nous abreuverons nos chevaux dans la Tennessee ».

 

Un bien rude réveil

Avant 5 heures, l’armée confédérée s’est mise en marche. Johnston a légèrement altéré son plan de bataille : le corps d’armée de Hardee, dont l’effectif est insuffisant pour tenir le front prévu, s’est vu renforcé par la brigade d’Adley Gladden, détachée du corps d’armée Bragg et positionnée sur la droite. La surprise, toutefois, n’est pas complète. Outre les colonels Hildebrand et Buckland de la division Sherman, un autre officier nordiste est persuadé que l’ennemi est présent en force : le colonel Everett Peabody, qui commande la brigade la plus avancée de la division Prentiss. Dès les premières lueurs de l’aube, il a envoyé un de ses régiments mener une reconnaissance en force pour éviter toute surprise. Vers 5h30, des coups de feu éclatent : les hommes de Peabody viennent d’accrocher les tirailleurs qui précèdent le corps Hardee. La bataille de Shiloh vient de commencer.

Peabody-Col.-EverettPlus tard, dans son compte-rendu de la bataille, Prentiss allait s’attribuer le mérite d’avoir décidé cette reconnaissance et épargné ainsi à l’armée nordiste d’être prise complètement par surprise. La réalité, pour l’heure, est bien différente : Prentiss, irrité, fait un bref aller-retour en première ligne pour reprocher à Peabody d’avoir engagé le combat en dépit des ordres formels qu’il a donnés à ce sujet, et lui dire qu’il le tiendra pour personnellement responsable si les choses tournent mal. Mais après la bataille, Peabody ne sera plus là pour justifier de ses actions, et son supérieur pourra tranquillement les mettre à son crédit. Aussitôt après sa tirade, Prentiss fait mettre en ordre de bataille le reste de sa division : la brigade de Madison Miller et quelques régiments indépendants dont l’un, le 16ème de l’Iowa, vient à peine d’arriver et n’a même pas encore reçu de munitions.

À 6 heures, les éclaireurs nordistes durement étrillés se sont repliés sur la ligne que tient la brigade Peabody, sur laquelle la première vague confédérée marche droit… ou presque. Tout à gauche du dispositif sudiste, la brigade Cleburne infléchit involontairement sa course vers l’ouest et continue à avancer, alors que le reste des hommes de Hardee attaque Peabody. Le terrain accidenté et boisé rend la progression difficile et complique singulièrement la tâche des officiers supérieurs, qui perdent souvent de vue les unités sur lesquelles ils doivent s’aligner. Il faut y ajouter la relative complexité du plan d’attaque sudiste : placées les unes derrière les autres, les unités se gênent, se déroutent, s’intercalent au milieu d’une autre. A.S. Johnston est trop en avant pour avoir une vision d’ensemble des événements, et Beauregard trop en arrière pour avoir un réel contrôle sur les troupes. Dans les bois, les estafettes chargées de transmettre les ordres perdent du temps ou s’égarent. Dès les premières heures de la bataille, la chaîne de commandement confédérée va se désagréger complètement.

General-Benjamin-PrentissHeureusement pour les Sudistes, il en est de même chez leurs adversaires. Grant est encore à son QG de Savannah, 15 kilomètres au nord, et pour l’heure ses commandants de division combattent par eux-mêmes, essayant tant bien que mal de coordonner leurs efforts. Dans les deux camps, les brigades vont se mélanger, des régiments perdus vont rejoindre spontanément d’autres brigades, les généraux de division rameuteront autant d’unités qu’ils pourront, y compris parmi les fuyards qui se compteront bientôt par milliers. Car en cette belle matinée d’avril, la fusillade est déjà d’une rare violence. Grant la décrira comme « le plus intense feu de mousquèterie et d’artillerie jamais entendu sur ce continent ». Pour beaucoup, c’est le premier combat – et pour nombre d’entre eux, le dernier – et les nerfs de bien des soldats n’y résistent pas. Tous ces facteurs vont contribuer à faire de Shiloh une bataille particulièrement confuse, aussi bien pour les belligérants que, par la suite, les historiens.

L’élan sudiste

William-Tecumseh-ShermanSur le front de la division Prentiss, l’engagement devient général avant 6h30. La brigade Peabody résiste autant qu’elle peut, mais elle est assaillie par des forces très supérieures en nombre et doit se replier sur le camp où Prentiss a installé son QG. Réunie, sa division parvient à ralentir la progression sudiste pendant quelques minutes. De son côté, la brigade Cleburne a continué à avancer droit devant elle. Un peu avant 7 heures, elle rencontre les premiers piquets de la division Sherman. Le général nordiste, réveillé comme tout le monde par le bruit du combat livré par Prentiss, ne croit toujours pas qu’il puisse s’agir d’autre chose que d’un simple accrochage sans suites. Lorsque la fusillade éclate à proximité de ses camps, il décide d’aller se rendre compte par lui-même. Il reçoit alors un feu nourri de la part des tirailleurs sudistes, qui abattent aussitôt un de ses aides de camp. C’est seulement alors qu’il réalise son erreur – ce qu’il admettra dans son rapport avec une franchise étonnante.

Sherman va ainsi s’efforcer de mettre en place une ligne de défense cohérente au beau milieu de son propre camp. Sa division est assez dispersée : outre la brigade Stuart, détachée et envoyée loin vers l’est, celle de John McDowell est encore en retrait. Seules sont disponibles immédiatement les brigades Buckland et Hildebrand, mais heureusement pour Sherman, elles sont déjà en alerte grâce aux initiatives que leurs commandants ont prises durant les jours précédents. Sherman les faits se déployer de part et d’autre de l’église de Shiloh. En fait d’église, il faut se représenter une misérable chapelle rurale en bois, dotée de deux portes et percée d’une fenêtre sans carreaux. Ses bancs ont été enlevés avant même la bataille pour servir de mobilier ou de bois de chauffage dans les camps militaires alentours, et après le combat, on la désossera presque entièrement pour fabriquer des cercueils avec ses planches. L’église qui se visite aujourd’hui sur le site de la bataille est une reconstitution.

shiloh_phase1Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation entre 5 heures et 8 heures. Cette carte les Suivantes sont réalisées par l'auteur à partir d'un fond de carte de la Civil War Landscapes Association. Légende : grandes majuscules = commandants d'armée, gras majuscule = commandants de corps, majuscules italiques = divisions ; miniuscules italiques = brigades.

 

adley_gladdenCleburne lance sa brigade en avant sans attendre de soutien. Son avancée est désorganisée par un bourbier dans lequel il manque de rester enlisé lui-même. Couvert de boue, il voit deux de ses régiments lancer une attaque partielle qui est repoussée avec de lourdes pertes. L’un d’eux – le 6ème du Mississippi – insistera pourtant et lancera encore deux autres attaques futiles. Il y laissera plus de 300 hommes sur les 425 de son effectif. Vers 7h30, la résistance nordiste devient suffisamment significative pour que Johnston fasse entrer en jeu sa deuxième ligne. Bragg envoie donc la division Withers soutenir Hardee sur la droite, tandis que la division Ruggles s’en va épauler Cleburne face à Sherman. Les Fédéraux eux aussi appellent des renforts. Sherman et Prentiss demandent ainsi de l’aide aux autres divisions, que l’intensité de la fusillade a vite alertées. À Crump’s Landing, Lew Wallace a été réveillé au son du canon et se tient prêt à faire mouvement dès qu’il en recevra l’ordre tandis qu’à Savannah, Grant – qui s’est blessé dans une chute de cheval quelques jours auparavant et marche encore avec des béquilles – embarque sur un vapeur en direction de Pittsburg Landing.

Ainsi, Stephen Hurlbut enverra à Sherman la brigade de James Veatch avant de se porter au secours de Prentiss avec le reste de sa division, alors que McClernand s’efforcera d’empêcher les Confédérés de tourner la gauche de la position qu’occupe Sherman. Postée plus en arrière, la division de W.H.L. Wallace sera un peu plus longue à intervenir. Pour l’heure, la division Prentiss est soumise à une forte pression de la part de Hardee. Le combat est intense. Le général sudiste Thomas Hindman se blesse légèrement en tombant de cheval, alors que sa brigade tente de fixer l’ennemi pendant que le reste du corps d’armée Hardee assaille ses ailes. Attaquant vers 8 heures pour contourner la gauche de la brigade Miller, Adley Gladden est mortellement blessé par un boulet de canon à la tête de ses hommes. Les pertes sont tout aussi sévères côté nordiste. En l’espace de deux heures, Everett Peabody a reçu quatre balles ; la dernière, en pleine tête, lui ôtera la vie. Finalement, la manœuvre confédérée réussit : débordés par la brigade Gladden sur leur gauche et par celle de Sterling Wood sur leur droite, les hommes de Prentiss craquent et abandonnent leurs camps.

julius_raithSanglante église

Toujours aux alentours de 8 heures, la division Ruggles s’efforce de déborder la gauche de Sherman. Poussant à chaque assaut le « cri des rebelles », importé dans l’Ouest par les régiments virginiens de John Floyd, les soldats sudistes s’acharnent sur le flanc de la brigade Hildebrand. Le soutien réclamé par Sherman tarde à venir, et avant 9 heures, le 53ème régiment de l’Ohio, qui forme l’aile gauche de la brigade Hildebrand, craque et reflue vers l’arrière. La brigade de Julius Raith, qui représente les premiers éléments de la division McClernand, contre-attaque aussitôt après, mais elle est accueillie par une grêle de balles. Elle doit battre en retraite, alors que son chef est mortellement blessé, et abandonner plusieurs canons aux Sudistes. Ce sacrifice a néanmoins permis à Sherman de regrouper sa division, la brigade McDowell couvrant son flanc droit, et celle de Veatch étant enfin arrivée pour prêter main forte à Hildebrand.

Dans l’heure qui va suivre, la bataille va encore s’intensifier autour de l’église de Shiloh, à laquelle Sherman entend bien s’accrocher coûte que coûte. Comme pour se racheter de sa lourde erreur d’appréciation concernant l’imminence de l’attaque confédérée, le général nordiste est partout, galopant le long de ses lignes en hurlant des encouragements et ralliant ses unités défaites. Constamment exposé, il perd trois chevaux tués sous lui et récolte une légère blessure à l’une de ses mains. Grâce à l’arrivée des deux autres brigades de McClernand, la résistance fédérale se raidit à nouveau, et Johnston doit cette fois faire appel à ses réserves : les hommes de Polk montent en soutien de Hardee et Bragg. Délestée d’une de ses brigades, la division sudiste de Charles Clark, qui ne compte plus alors que la seule brigade de Robert Russell, lance une première attaque, mais l’épaisseur des fourrés permettent aux Nordistes de les repousser en les accablant d’un feu nourri.

shiloh_phase2Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation entre 8 heures et 10 heures.

 

Les Sudistes vont rapidement se regrouper et remonter à l’assaut. La lutte, acharnée et incertaine, se poursuit tout le long de la ligne. L’artillerie est largement mise à contribution, mais l’épaisse végétation, qui oblige les canonniers à entrer en action à très faible distance de leur cible, rend sa tâche difficile et dangereuse. Les pertes parmi les servants sont élevées. Le général sudiste Patton Anderson, qui commande une brigade de la division Ruggles, leur rendra hommage dans son rapport : « je vis même [les] canonniers rester à leurs pièces sous un feu meurtrier, alors qu’il n’y avait aucun soutien à disposition ». Les pertes humaines ne sont pas les seules à avoir une incidence. Une des batteries de McClernand perd ainsi 70 chevaux tués ou blessés en quelques minutes, ne laissant plus assez d’animaux pour déplacer les pièces. Menacée, la batterie doit être abandonnée.

Charles_ClarkAprès de rudes combats, les Confédérés finissent par obliger les hommes de McClernand à reculer. Ils payent toutefois un prix élevé à ce succès, notamment le général Clark qui est grièvement blessé à l’épaule droite. Mais ils peuvent à présent installer leurs canons sur une position d’où ils sont en mesure de bombarder la division Sherman en la prenant à revers. Les environs de Shiloh deviennent intenables et vers 10 heures, Sherman doit abandonner son camp et la petite église. Dans la soirée, les Sudistes y installeront leur quartier général. Les Fédéraux, eux, se reforment sur une nouvelle position pour défendre le camp qu’occupait la division McClernand. La brigade Hildebrand est virtuellement détruite : seul son chef est encore présent, le reste des hommes a fui et leurs officiers tentent vainement de les ramener en avant.

De l’autre côté du champ de bataille, la situation n’est pas meilleure. Vers 9 heures, Hurlbut est parvenu à mener ses deux brigades restantes, celles de Nelson Williams et Jacob Lauman, au secours de Prentiss. Ce dernier parvient à se rétablir momentanément avec les restes de sa division : outre Peabody, six de ses onze commandants régimentaires seront tués ou blessés durant la journée. Hurlbut vient se placer sur sa gauche, mais les choses commencent d’emblée de travers pour lui. Dès la première salve de l’artillerie sudiste, Williams est blessé par un boulet de canon et remplacé par Isaac Pugh. Un peu plus tard, alors que Hurlbut place ses batteries, l’une d’entre elle est prise à partie par les canons sudistes. Officiers et soldats s’enfuient aussitôt sous les yeux d’un Hurlbut fou de rage, et abandonnent là leur batterie au grand complet. Faute d’artilleurs en nombre suffisant pour les atteler, il faudra enclouer les canons et les laisser sur place. Dans de telles conditions, la division Hurlbut ne peut tenir longtemps et doit reculer à son tour.

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