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Guerre de Sécession : la bataille de Shiloh, 6-7 avril 1862 (4/5)

acw-shiloh-hornets-nest-1Lorsque le général Grant débarque du transport Tigress à Pittsburg Landing, les arrières de son armée sont – comme dans toute bataille – en proie au chaos. Les blessés affluent dans les ambulances débordées, et des centaines de fuyards répandent des bruits alarmistes. Le général en chef nordiste a déjà vu semblables scènes au fort Donelson et ne perd pas sa contenance. Il envoie une estafette vers le nord pour rameuter la division de Lew Wallace, et fait aussi demander à Buell, dont la division de tête est à Savannah, de se hâter. Puis il se rapproche du front pour motiver ses subordonnés : il faut qu’ils tiennent à tout prix, les renforts approchent… Il est à présent 10 heures passées, et la bataille atteint un moment charnière.

 

Le Nid de Frelons

C’est en effet à ce moment-là que la division de W.H.L. Wallace, dont le camp était le plus en retrait, peut entrer en action. S’installant en plein centre de la ligne de front, elle se déploie sur la gauche de McClernand tout en suppléant à l’aile gauche de l’Union, qui recule encore. La nouvelle position nordiste est solide. Elle s’appuie notamment sur le « chemin creux », en fait un vague sentier à peine dessiné qui aujourd’hui encore n’est pas creux du tout et ne l’a probablement jamais été. Ce chemin est situé en bordure d’un champ ceinturé d’une lourde clôture en bois qui offre un vaste angle de tir aux défenseurs. Derrière le chemin creux, d’épais sous-bois fournissent aux soldats nordistes un couvert appréciable, et la configuration des lieux permet aux différents éléments de la défense de se soutenir mutuellement.

Bushrod-JohnsonC’est la division Cheatham qui, la première, entre en contact avec cette redoutable position. Sa brigade de tête, commandée par Bushrod Johnson, est accueillie par un feu d’enfer. Johnson avait été capturé lors de la reddition du fort Donelson, mais il était parvenu à s’en échapper deux jours plus tard, profitant de l’inexpérience et du relâchement de ses gardiens en quittant les lieux à pied comme si de rien n’était. Il n’aura pas autant de chance à Shiloh : sonné par l’explosion d’un obus, il doit laisser le commandement de sa brigade à Preston Smith. Cette résistance nouvelle de la part des Nordistes pousse Albert Johnston à lancer dans la bataille son deuxième échelon de réserve. Breckinridge reçoit l’ordre d’étendre la ligne de bataille vers la droite afin de déborder la nouvelle position de l’ennemi.

L’intervention de W.H.L. Wallace permet aux restes de la division Prentiss et aux hommes de Hurlbut de se replier sur une position plus sûre sur la gauche de l’Union. Parallèlement, McClernand transfère la brigade Veatch à l’autre bout de sa ligne de bataille, pour faire le lien avec W.H.L. Wallace. Vers 10h30, l’armée de la Tennessee présente enfin un front cohérent. L’attaque confédérée est de plus en plus désorganisée, mais elle demeure puissante. Les Sudistes ont capturé de très nombreux fusils, abandonnés dans les camps ou jetés par des Nordistes en fuite. Ils les récupèrent immédiatement pour remplacer leurs armes souvent vétustes, si bien que beaucoup d’entre eux sont à présent mieux armés qu’ils ne l’étaient au début de la bataille. D’importants stocks de munitions ont aussi été saisis, mais l’épaisseur des forêts et l’état des routes rend très difficile, sinon impossible, l’avancée des chariots.

shiloh_phase3Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation entre 10 heures et 11 heures 30.

 

Les Confédérés renouvellent leur attaque à 11 heures. Breckinridge s’en prend à l’aile gauche fédérale avec le soutien de Cheatham et d’éléments du corps d’armée de Bragg. Cheatham, qui attaque cette fois avec la brigade de William Stephens, se dirige droit sur le chemin creux et subit de lourdes pertes. Stephens est blessé quand son cheval est tué sous lui, Cheatham lui-même étant superficiellement touché. Flanqués par la brigade Lauman, ses hommes se retrouvent rapidement dans une situation intenable et se replient. Privée de soutien, l’attaque de Breckinridge s’enlise rapidement : eux aussi à couvert dans d’épais fourrés, les hommes de Prentiss et Hurlbut résistent. Gardant à l’esprit son plan de bataille, A.S. Johnston décide d’insister encore contre la gauche nordiste, et envoie la division Withers pour tenter de la déborder.

randall_gibsonToutefois, le régiment de cavalerie du colonel Clanton, qui chevauche en flanc-garde de cette force, découvre une mauvaise surprise : il y a là tout une division de Nordistes qui pourrait flanquer à son tour la division Withers pendant qu’elle exécute son mouvement. Johnston doit altérer son plan d’attaque pour se débarrasser d’abord de cette menace, et déroute Withers pour qu’il s’en charge. En fait de division, il s’agit seulement de la brigade Stuart. Elle n’est pas de taille à menacer sérieusement l’aile droite confédérée, mais son positionnement à cet endroit va permettre aux Fédéraux de gagner un temps précieux. En attendant, la situation devient de plus en plus confuse au centre. Bragg, notamment, va tenter d’enlever la redoutable position qui lui fait face, mais ses attaques manquent de coordination et ses brigades vont monter à l’assaut les unes après les autres, sans soutien, plutôt que simultanément. La brigade de Randall Gibson sera particulièrement éprouvée, attaquant en vain à quatre reprises. Les lourdes pertes subies par les Sudistes dans ce secteur du champ de bataille vaudront à la position nordiste d’être surnommée le « Nid de Frelons » (Hornet’s Nest).

General-Wallace-003Pas de pause déjeuner à Shiloh

À 11 heures et demie, Lew Wallace reçoit enfin l’ordre de rejoindre le reste de l’armée nordiste, et il se met aussitôt en marche. Mais les cartes manquent et quand il y en a, elles sont imprécises. Et Lew Wallace va se tromper de chemin : au lieu d’obliquer vers l’est pour franchir l’Owl Creek et rejoindre Pittsburg Landing et le champ de bataille, lui et sa division vont continuer en direction du sud. Ce n’est que dans l’après-midi qu’un aide de camp de Grant va parvenir à localiser la « division perdue » et lui indiquer la bonne route. Elle est alors très avancée au-delà du front des combats, et Wallace veut en profiter pour prendre l’armée confédérée à revers ; toutefois, il se retrouverait complètement isolé et menacé de destruction si d’aventure les choses tournaient mal. Après un moment d’hésitation, il décide finalement de se plier aux ordres de Grant et fait demi-tour. À cause du temps perdu, sa division n’arrivera sur les lieux du combat qu’après le coucher du soleil.

Alors que l’avancée sudiste vers la droite connaît une pause et que des attaques décousues mais meurtrières font rage contre le Nid de Frelons, les combats vont bientôt reprendre sur la gauche confédérée. Celle-ci ne lâche pas sa proie, et accentue sa pression sur les divisions de Sherman et McClernand. Les Confédérés vont d’abord tenter de déborder la droite de Sherman en y envoyant des éléments de cavalerie, mais cette manœuvre n’aboutit à rien. Les ravins escarpés et boisés qui bordent les rives marécageuses de l’Owl Creek sont autant d’obstacles à la progression des chevaux et plus encore à l’emploi tactique de la cavalerie. De façon générale, le champ de bataille, et plus encore l’intensité du combat, y sont peu propices et Sherman ne manquera pas de le faire remarquer dans son rapport : « c’eût été de la folie que d’exposer les chevaux au feu de mousquèterie auquel nous avions été soumis ».

shiloh_phase4Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation entre 11 heures 30 et 13 heures.

 

Toutefois, la pression renouvelée contre l’aile droite nordiste, notamment par la division Ruggles, finit par payer. Les heures de combats accumulées pèsent de tout leur poids sur les soldats fédéraux, pour lesquels les renforts promis n’arrivent toujours pas – et pour cause puisque la division Lew Wallace s’est perdue en route. Les pertes sont sévères et beaucoup d’hommes manquent à l’appel. Également préoccupant est le manque de munitions : la confusion règne dans l’approvisionnement et de plus en plus de régiments ont épuisé leurs cartouches. Si McClernand n’hésite pas à envoyer ses hommes vers l’arrière pour y remplir leurs cartouchières avec tout ce qu’ils peuvent y trouver, Sherman s’y refuse par crainte de nuire à la cohésion de ses troupes et de ses lignes. Sans doute peu après midi, la brigade d’Abraham Hare, qui tient la gauche de la division McClernand, est en passe d’être flanquée. Pour refermer la brèche, les Fédéraux sont obligés de se replier encore, cette fois sur une position dont la gauche est alignée sur le Nid de Frelons. Elle y restera quatre heures encore, mais sa capacité à soutenir le reste de la ligne nordiste s’amenuise de minute en minute.

patrick_cleburneCe nouveau succès coûtera cependant cher aux Confédérés, qui reçoivent autant de coups qu’ils en portent. Ainsi, la brigade Cleburne est pratiquement hors jeu. Son chef la laissera en retrait pendant plus d’une heure après le repli nordiste, laps de temps durant lequel il fera son possible pour regrouper ses forces et rameuter les traînards. Deux de ses régiments – le 6ème du Mississippi déjà cité, et le 2ème du Tennessee – sont à ce point éprouvés qu’ils doivent être renvoyés en arrière. Les autres se regroupent tant bien que mal, mais de l’aveu même de Cleburne, ce qui reste de sa brigade « n’aurait pas soutenu quoi que ce soit qui ressemblât à un feu nourri ». Natif d’Irlande, Sudiste d’adoption, cet ancien caporal de l’armée britannique allait ramener sa brigade en avant vers 14 heures. À la fin de la journée, il ne lui restera que 800 hommes sur les 2.700 dont il disposait avant le combat, et une bonne partie d’entre eux devront ramener à bras des caisses de munitions sur près de deux kilomètres, car les chariots de l’intendance n’ont pas pu suivre.

C’est sans doute aux alentours de 13 heures que la brigade Stuart, tout à gauche des lignes de l’Union, est assaillie par la division Withers. Confuse pour ceux qui l’ont livrée, la bataille de Shiloh l’est aussi pour l’historien. Tous les officiers ne citent pas les heures dans leurs rapports, pas plus qu’ils ne savent quelles unités ennemies leur font face, ou sur quel point précis du champ de bataille ils se trouvent. Leur vision de l’engagement est généralement réduite à l’unité dont ils ont la charge, sans vue d’ensemble sur le combat – d’autant plus si le commandant de l’unité en question a été tué ou blessé durant l’action et remplacé par un autre officier. Collecter, croiser et assembler cette multitude de récits fragmentés peut s’avérer ardu, et parfois même frustrant lorsque le chercheur bute sur l’imprécision des sources. Pour autant, il semble qu’incapable de tenir bien longtemps face à un ennemi supérieur en nombre, la brigade Stuart se soit repliée en deux temps, avant de s’aligner tant bien que mal sur la gauche de Hurlbut – non sans avoir perdu son chef blessé au passage.

Isham-HarrisMort d’Albert Sidney Johnston

Il est à présent 14 heures, et A.S. Johnston est là où il voulait être : il va pouvoir coordonner en personne l’attaque qu’il veut lancer depuis la fin de la matinée pour tourner la gauche des Nordistes. Désormais épaulés par la division Withers, les hommes de Breckinridge repartent à l’assaut, tandis que Cheatham reçoit l’ordre d’attaquer encore une fois le Nid de Frelons en soutien. Les Sudistes progressent, mais ils rencontrent une forte résistance. Le colonel Daniel Adams, qui a remplacé feu Adley Gladden au commandement de sa brigade, est sérieusement touché à la tête et doit passer la main à Zachariah Deas – un riche négociant en coton qui avait armé son régiment à ses frais en achetant des fusils Enfield importés d’Angleterre. L’attaque commence à faiblir, les Confédérés perdent de leur élan. Leur commandant en chef, infatigable, chevauche parmi eux pour les encourager à poursuivre l’action et à aller de l’avant. C’est un peu avant 14h30 qu’il reçoit une balle perdue – sans doute tirée par un de ses propres hommes – qui blesse superficiellement son cheval avant d’atteindre le général derrière le genou droit.

De toute évidence, Johnston n’a pas senti la blessure ou n’y a pas prêté attention. D’après l’historien Wiley Sword, cette insensibilité serait la séquelle d’une blessure reçue lors d’un duel en 1837, à l’époque où Johnston était général dans l’armée texane. De fait, le général en chef sudiste continue à donner des ordres à son état major pendant plusieurs minutes, et envoie même son médecin personnel soigner des blessés nordistes capturés. Mais en réalité, la balle a sectionné l’artère poplitée, et Johnston se vide de son sang. Son entourage remarque qu’il devient de plus en plus pâle et qu’il semble affaibli. Ce n’est que lorsque sa large botte de cavalier est remplie de sang et commence à déborder qu’on réalise la gravité de son état. Ses aides de camp ont juste le temps de l’aider à descendre de cheval avant qu’il ne perde connaissance. On fait rappeler son chirurgien en catastrophe, mais faute d’avoir posé un garrot, Johnston meurt quelques minutes plus tard dans les bras du gouverneur du Tennessee, Isham Harris, qui l’accompagnait.

shiloh_phase5Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation entre 13 heures et 15 heures. Le point rouge marque l'endroit où Albert S. Johnston a été mortellement blessé.

 

McArthur-John-002Une estafette part aussitôt annoncer à Beauregard qu’il commande désormais l’armée du Mississippi. Au même moment, l’attaque contre l’aile gauche nordiste cesse complètement. Cette simultanéité sera abondamment commentée après guerre, notamment par les tenants de la « Cause Perdue », un courant historiographique animé par d’anciens généraux et dirigeants sudistes et défendant l’idée que la Confédération aurait pu gagner la guerre. Pour eux, le coup du sort que représente la mort de Johnston fut le tournant de la bataille de Shiloh, car il coupa l’élan de l’attaque sudiste et donna aux Fédéraux un répit précieux qui leur permit de recevoir des renforts. Le général Hardee, d’ailleurs, défendait déjà cette idée au lendemain même de la bataille. Mais corrélation n’est pas causalité et la réalité, vraisemblablement, est tout autre : les Sudistes commencent à manquer de munitions et doivent stopper momentanément leur attaque. Withers, notamment, le mentionne explicitement dans son rapport, et c’est sans doute pour cette raison que l’attaque commençait à faiblir avant même la blessure mortelle de Johnston.

Sitôt informé du décès de son supérieur, Beauregard décide d’en finir avec le Nid de Frelons. Il ordonne à toutes les unités qu’il peut trouver de converger sur la position nordiste, au besoin en se guidant au son du canon. La confusion règne dans la chaîne de commandement confédérée. En apprenant la mort de Johnston, Hardee abandonne ce qui reste de son corps d’armée après l’avoir confié à Hindman et se dirige vers la droite, puis il fait demi-tour lorsqu’il apprend que Bragg a pris en main la coordination des forces de l’aile droite. Après avoir récupéré tant bien que mal quelques cartouches, les hommes de la division Withers repartent à l’assaut vers 15 heures. Cette fois, c’est la bonne : la brigade Stuart craque et reflue vers l’arrière. Grant fait aussitôt envoyer une des brigades de la division W.H.L. Wallace, celle de John McArthur, pour colmater la brèche. Ses régiments sont composés en majorité d’immigrants écossais, dont McArthur lui-même, qui portent le traditionnel béret écossais Balmoral en lieu et place du képi réglementaire de l’armée fédérale. Ils ne parviennent toutefois qu’à retarder l’échéance, et la situation de l’aile gauche nordiste devient plus critique de minute en minute.

ruggles750aaLa victoire à portée de main

Simultanément, les troupes qui convergent contre le Nid de Frelons commencent à l’assaillir, mais elles se heurtent toujours au feu meurtrier déchaîné par les Nordistes. La division de Daniel Ruggles est ainsi repoussée, notamment parce que son soutien d’artillerie s’est avéré insuffisant. Qu’à cela ne tienne, Ruggles envoie alors ses aides de camp rameuter toutes les batteries disponibles. Imitant une des tactiques favorites de Napoléon Bonaparte, il veut les concentrer pour lancer un bombardement décisif. En tout, il récupérera dans l’heure qui suit douze batteries, soit en théorie près de cinquante canons. La « batterie Ruggles » ouvre le feu à 16 heures, prenant en enfilade la droite, désormais mal couverte, de la division W.H.L. Wallace. Cette dernière est accablée de mitraille et de shrapnell à courte distance pendant vingt minutes et, rapidement, les hommes commencent à reculer pour se mettre à l’abri.

Au même moment, l’aile gauche craque et la division Hurlbut ne tient plus : la ligne de l’Union est en passe d’être enfoncée en deux endroits. Sherman, McClernand et W.H.L. Wallace tombent rapidement d’accord : les ordres de Grant, qui étaient de résister à tout prix, ne peuvent plus être suivis sans courir le risque de voir l’armée anéantie. À 16h30, un repli général est décidé. Les troupes iront se repositionner sur une ultime ligne de défense, à la hauteur de Pittsburg Landing, que Grant a fait préparer en y plaçant ses réserves d’artillerie. Si les divisions Sherman et McClernand reculent en bon ordre sans être trop menacées, il n’en est pas de même du reste de l’armée. La division Hurlbut a retraité si précipitamment que la brigade McArthur s’est retrouvée isolée. Elle doit percer vers l’arrière pour se dégager, et son chef est blessé dans l’action.

shiloh_phase6Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation de 15 heures à 17 heures 30.

 

whl_wallace
La confusion règne également au sein de la division W.H.L. Wallace, qui subit une forte pression de la part des Confédérés. Outre les hommes de Ruggles, elle est assaillie par des éléments du corps d’armée de Polk, et par Hardee qui a rassemblé tous les régiments isolés qu’il a trouvés pour les renvoyer au combat. Prentiss accepte de se sacrifier pour permettre à Wallace de se dégager, et reste en avant. Malgré tout, la retraite est désordonnée, et les Fédéraux subissent des pertes élevées. Hare est touché au bras et à la main et Wallace lui-même est grièvement blessé ; dans la panique ambiante, il ne sera pas évacué. On le retrouvera le lendemain là où il était tombé, mourant. Il expirera le 10 avril. Sentant venir la curée, Polk et Hardee lancent leur cavalerie à la poursuite de l’ennemi. Celle-ci parvient à capturer une batterie nordiste au complet, mais ne va pas beaucoup plus loin : stoppant momentanément sa retraite pour faire face au danger, la division McClernand l’accueille avec un feu nourri, brisant la charge des cavaliers sudistes.

Malgré tout, le sacrifice de la division Prentiss s’avère payant : les forces sudistes convergent vers ses positions, négligeant la poursuite du reste de l’armée. Tentant de décrocher à son tour, Prentiss se retrouve complètement encerclé et, à 17h30, il capitule pour éviter un massacre désormais inutile. Lui et ce qui reste de sa division, soit quelque 2.200 hommes, sont faits prisonniers. Le général Prentiss sera échangé quelques mois plus tard. Sous un ciel désormais couvert, la journée approche de son terme, et les Fédéraux se sont repliés sur leur dernière position défensive. Celle-ci court entre Pittsburg Landing, à l’est, et le pont sur l’Owl Creek, à l’ouest, par où la division de Lew Wallace doit arriver d’une minute à l’autre, en s’appuyant sur la route qui relie l’un à l’autre. Si la droite, avec les divisions Sherman et McClernand, est en bon ordre, la situation à gauche est plus préoccupante, car les divisions Hurlbut et W.H.L. Wallace (cette dernière désormais sous les ordres du colonel James Tuttle) sont très désorganisées et ont subi de lourdes pertes. Pour compenser cette faiblesse, Grant a fait masser une dizaine de batteries autour du débarcadère, soit plus de cinquante canons ; même les lourdes pièces destinées au siège de Corinth ont été mises à contribution. Mais les artilleurs ne disposent d’aucun soutien d’infanterie dans leur voisinage immédiat.

shiloh_phase7Bataille de Shiloh, 6 avril 1862 : situation de 17 heures 30 jusque dans la nuit.

 

withers750aaCôté sudiste, Bragg se rue en avant avec l’aile droite. Guidée par un habitant du crû, la division Withers est parvenu à contourner la résistance offerte par Prentiss et marche droit sur Pittsburg Landing pour y livrer l’assaut final. La brigade de John Jackson est très désorganisée, et celle de James Chalmers n’a plus de munitions ; qu’à cela ne tienne, on attaquera baïonnette au canon. Mais quand les troupes confédérées débouchent dans le ravin situé au pied du plateau où est situé Pittsburg Landing, une mauvaise surprise les attend. Si le gros des forces fluviales de l’Union est désormais concentré sur le Mississippi, Grant n’en dispose pas moins sur la Tennessee de deux timberclads, USS Tyler et USS Lexington. Leurs canons ne peuvent pointer suffisamment haut pour atteindre le sommet des rives escarpées du cours d’eau, sauf, précisément, là où ces rives sont entaillées par des ravins. Les deux canonnières accueillent donc les hommes de Withers par un tir d’enfilade meurtrier.

Bientôt, l’artillerie placée sur le plateau se joint à elles, et les Sudistes encaissent des pertes sensibles avant même d’être arrivés au contact. Et pour enfoncer le clou, l’armée de l’Ohio est enfin là. Les premiers soldats ont débarqué à 16 heures, et la brigade de tête, celle de Jacob Ammen, est maintenant au complet. Alors qu’elle monte sur le plateau pour prêter main forte aux artilleurs, Beauregard a déjà compris que son attaque est vouée à l’échec. Ses forces sont trop dispersées et désorganisées pour coordonner leurs efforts, et il ne reste guère qu’une heure de jour. Il ordonne que l’action soit interrompue et que les troupes se retirent hors de portée du feu des canonnières. Vers 18h30, la bataille s’interrompt complètement pour la première fois depuis treize longues heures. Le commandant en chef sudiste demeure néanmoins optimiste : demain, il regroupera ses forces, reposées et ravitaillées, pour donner le coup de grâce à son ennemi affaibli.

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