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Guerre de Sécession : la prise de la Nouvelle-Orléans (2/5)

GideonWellesPortraitL’embarrassante, mais évitable défaite de Head of Passes convainquit le commandement nordiste qu’une opération de grande envergure était nécessaire pour venir à bout de la Nouvelle-Orléans. Lorsqu’en novembre les forces navales de l’Union s’emparèrent de Port Royal et démontrèrent qu’une flotte pouvait venir à bout de fortifications côtières, il devint envisageable d’attaquer les forts Jackson et St.Philip depuis la mer, sans nécessairement devoir en faire un siège long et difficile au préalable. En décembre 1861, Lincoln et le secrétaire à la Marine, Gideon Welles, entamèrent la conception et les préparatifs de l’expédition à venir.

 

L’étreinte du serpent

Le général en chef George McClellan s’opposa fermement au plan initial, qui impliquait de lui retirer plusieurs dizaines de milliers d’hommes pour les affecter à l’opération – alors que lui-même n’en avait jamais assez pour son armée du Potomac. Lincoln finit par passer outre, et le 23 décembre, il fit un premier pas en scindant en deux l’escadron de blocus du golfe du Mexique. Le commandement nouvellement créé, l’escadron de blocus du Golfe occidental, avait officiellement pour mission de s’assurer le contrôle des côtes confédérées, de Pensacola jusqu’à la frontière mexicaine. C’était essentiellement une couverture pour permettre de préparer en toute quiétude – et discrétion – la flotte qui devrait affronter les deux forts gardant l’embouchure du Mississippi.

Cette astuce avait aussi permis la nomination à la tête de l’escadron – et donc de la composante navale de l’expédition – d’un marin expérimenté de 60 ans, David Glasgow Farragut. Lui-même fils d’un officier de marine d’origine espagnole, ce Sudiste né dans le Tennessee et ayant grandi à la Nouvelle-Orléans avait farouchement refusé de quitter l’U.S. Navy lorsque la guerre avait éclaté. À la mort de sa mère, il avait été recueilli par une autre famille de marins, celle du futur commodore David Porter. Grâce à celui-ci, Farragut avait été admis dans la marine des États-Unis comme aspirant à l’âge de 9 ans. À ce titre, il était l’un des derniers représentants de cette race d’officiers ayant passé toute leur vie ou presque dans la marine.

l-David_G_Farragut-3Les Porter formaient une véritable dynastie de marins, et Farragut devait en grande partie sa nomination à l’un de ses frères adoptifs, David Dixon Porter. Ce dernier, alors capitaine de frégate, avait l’oreille du secrétariat à la Marine. Il devait d’ailleurs faire partie intégrante de l’expédition. En effet, l’adjoint du secrétaire Welles, Gustavus Fox, avait émis l’idée qu’il serait possible d’affaiblir les forts Jackson et St. Philip en les soumettant au préalable à un bombardement par des mortiers. Il fut donc décidé d’adjoindre à la force d’attaque une flottille de goélettes sur lesquelles on aurait installé de puissants mortiers côtiers de 13 pouces. Cette dernière fut confiée à Porter, qui parvint en outre à obtenir une certaine autonomie de commandement – obligeant ainsi Farragut, qui ne plaçait guère de confiance en ces goélettes armées, à les inclure dans ses plans.

Sur le plan stratégique, la mission de Farragut était relativement simple. Il devait réduire les forts Jackson et St.Philip, s’emparer de la Nouvelle-Orléans, puis remonter le cours du Mississippi jusqu’à faire sa jonction avec la flottille fluviale du commodore Foote, alors basée à Cairo dans l’Illinois. C’était là la touche finale à l’Anaconda de Scott : ayant pris le contrôle du Mississippi, l’Union n’aurait alors plus qu’à serrer ses anneaux, lentement mais sûrement, pour étouffer la rébellion du Sud. Pour mener à bien ce plan, Farragut se vit adjoindre une petite armée de 18.000 hommes, dont le commandement fut confié à Benjamin Butler le 23 février 1862.

David_D_Porter-2
Cette nomination tenait beaucoup, là encore, à des questions politiques, ce qui n’avait rien de surprenant au moment où les républicains radicaux, notamment au travers de la commission du Congrès sur la conduite de la guerre, gagnaient en influence. Butler, homme politique avant d’être soldat, était justement l’un d’entre eux. À vrai dire, Lincoln faisait en quelque sorte coup double par cette nomination : d’une part, il satisfaisait l’aile la plus radicale de son parti et d’autre part, il éloignait un officier qui commençait à être gênant. En effet, au cours de son commandement des troupes de la forteresse Monroe, Butler avait pris une initiative qui en avait inquiété plus d’un. Lorsque des esclaves fugitifs se présentèrent devant les lignes de l’Union, Butler, abolitionniste notoire, avait refusé de faire ce qui se pratiquait normalement ailleurs – c’est-à-dire de renvoyer ces esclaves à leurs maîtres.

Au lieu de cela, le général avait profité d’une proclamation de Lincoln autorisant à saisir les biens des partisans de la Confédération. Il fit considérer légalement leurs esclaves comme « contrebande de guerre », ce qui lui permit de les conserver et, accessoirement, de s’en servir comme main d’œuvre. L’astuce avait fait polémique, et suscité l’inquiétude des républicains modérés ainsi que des démocrates ralliés au gouvernement. Ces derniers ne soutenaient la guerre que parce que celle-ci visait à préserver l’Union, et non à interférer avec l’esclavage ou a fortiori à l’abolir. La question était particulièrement délicate, notamment, pour la loyauté des États esclavagistes restés fidèles à l’Union – Delaware, Maryland, Kentucky et Missouri. Envoyer Butler loin de la capitale ne pouvait qu’apaiser les choses, sans compter que la fermeté dont il avait fait preuve pour imposer la loi martiale à Baltimore en mai 1861 lui serait sans doute très utile dans une grande cité comme la Nouvelle-Orléans.

USS_Hartford_1858Laborieuse mise en œuvre

Le 20 janvier 1862, Farragut, désormais commodore, reçut l’ordre d’appareiller sur ce qui serait son navire-amiral, la corvette à hélices USS Hartford, pour aller prendre le commandement de l’expédition sur le terrain. Après avoir rassemblé sa flotte, il parvint à Ship Island le 20 février, et entreprit aussitôt d’y installer sa base. Entre les goélettes à mortier et les navires de combat et de soutien, sa force navale comportait près d’une cinquantaine de bateaux, sans compter les transports pour les troupes de Butler. Le 22 février, les ingénieurs topographiques commencèrent un minutieux travail de relevés afin de préparer au mieux l’opération. La partie la plus difficile de celle-ci serait peut-être de faire franchir à cette armada les hauts-fonds et bancs de sable qui constellaient l’embouchure du Mississippi.

Outre la Hartford, dotée de 24 pièces d’artillerie, Farragut disposait d’une puissante frégate à hélice, l’USS Colorado de 44 canons, et d’une autre à roues, l’USS Mississippi (10 canons). On comptait également cinq autres corvettes : une à voile – l’USS Portsmouth de 20 canons – et quatre à hélice – la Richmond et la Brooklyn, déjà engagées à Head of Passes, ainsi que l’USS Pensacola (17 canons) et l’USS Oneida (10 canons). L’ensemble était complété par onze canonnières : l’USS Varuna, 10 canons, l’USS Iroquois, 6 canons, et pas moins de neuf navires de la classe Unadilla. Commandées à l’automne précédent, ces canonnières portaient chacune 5 pièces : USS Cayuga, USS Katahdin, USS Kineo, USS Wissahickon, USS Sciota, USS Kennebec, USS Pinola, USS Itasca et USS Winona.

txu-pclmaps-topo-la-forts-1891Carte du cours inférieur du Mississippi avec les forts Jackson et St Philip.

 

Dès le 10 mars, la flotte nordiste entreprit de franchir les bancs de la Passe a Loutre (une déformation du français « Passe à l’Outre »), le chenal le plus oriental de l’embouchure du Mississippi. Donnant le ton, la Brooklyn s’échoua. Les navires de Farragut, faits pour la haute mer et dotés d’un tirant d’eau conséquent, avaient les pires difficultés à naviguer dans ces eaux peu profondes et changeantes. Leur faire franchir les bancs de sable nécessitait souvent de les alléger le plus possible, en déchargeant vivres, canons, munitions et même le charbon qui n’était pas absolument nécessaire, pour ensuite rembarquer le tout une fois l’obstacle franchi. L’opération, du coup, s’éternisa durant des jours, puis des semaines. Seule satisfaction pour les Nordistes : la flottille de Porter arriva le 13 mars à Ship Island, entraînant dans son sillage les transports de troupes. Si les vingt goélettes à mortier entrèrent dans le delta dès le 18, en revanche, les soldats de Butler durent attendre que la flotte en eût fini de ses opérations de franchissement.

Fort_Jackson_Bombardment_DamageSans attendre tous ses navires, Farragut lança une reconnaissance avec deux de ses canonnières le 28 mars. Elles furent accueillies par un feu nourri des forts et ne traînèrent pas, mais étaient restées suffisamment longtemps pour recueillir d’importantes informations sur le dispositif confédéré. Les Sudistes, qui avaient largement eu le temps d’être informés du déploiement de forces de l’Union, avaient barré le cours du fleuve à la hauteur des forts Jackson et St.Philip. Une série de vieux navires, reliés entre eux par une chaîne, avait été solidement ancrée sur toute la largeur du fleuve en prévision de l’attaque nordiste. Si elle empêchait en l’état de remonter la rivière, elle avait aussi l’intérêt de protéger les navires nordistes des entreprises de la flottille confédérée, qui s’était massée juste en amont des forts.

La reconnaissance et les relevés topographiques effectués permirent aussi de peaufiner le plan d’attaque. Il fut convenu que la flottille de Porter chercherait le couvert derrière un des rares bosquets d’arbres des environs, permettant ainsi aux goélettes de se mettre à portée de tir des forts tout en les masquant à la vue des canonniers sudistes. Évidemment, cela signifiait que les mortiers nordistes allaient devoir, eux aussi, tirer à l’aveuglette. Pour y remédier, des ingénieurs de l’U.S. Coast Survey avaient calculé, à partir des relevés faits, quelles seraient les meilleures positions de tir possibles. Chaque goélette se vit ainsi assigner un emplacement et une direction de tir bien précis, et un ingénieur, installé en haut des mâts, se chargerait de corriger les éventuelles déviations dues au courant.

CSS_LouisianaPlace aux goélettes

Le 8 avril, Farragut était enfin parvenu à faire passer tous ses navires dans l’embouchure du Mississippi, à l’exception d’un seul. Définitivement trop lourde, la Colorado, le bâtiment le plus puissant de la flotte, allait devoir être laissée en arrière – une contrariété dont Farragut se serait bien passé. Lorsque tout fut prêt, les 18 navires de guerre et les 20 goélettes de la flotte combinée de l’Union mirent le cap au nord, le 16 avril, et vinrent s’ancrer légèrement en aval du fort Jackson, hors de portée de ses canons. Porter, pour sa part, poursuivit sa route avec trois goélettes, afin de tester leur matériel ainsi que leurs positions de tir. Les mortiers nordistes tirèrent quelques obus sous le feu distant et imprécis des canons du fort. Satisfait des résultats, Porter se retira au bout d’une heure.

En tout, les 38 navires nordistes alignaient 205 canons face aux forts Jackson et St. Philip, qui en renfermaient 177. La flotte sudiste, en comparaison, paraissait bien faible. Sa modeste puissance de feu était encore aggravée par une organisation chaotique. Le mois précédent, le commodore Hollins avait emmené l’essentiel de ses canonnières loin au nord pour les engager à New Madrid, où elles avaient été durement étrillées. Il n’en avait laissé que deux à la Nouvelle-Orléans, la McRae et la Jackson. Elles étaient toutefois renforcées par trois navires cuirassés… mais c’était essentiellement sur le papier. Si le Manassas avait été réparé, le Louisiana et le Mississippi n’étaient pas encore achevés. À l’approche des Nordistes, le premier avait été mis en service à la hâte mais le 18 avril, il était en route pour les forts et n’y arriverait que le 20. C’était un bâtiment original, à propulsion mixte : quatre hélices à l’arrière et deux roues à aubes au centre de la coque. Il portait 16 canons. Quant au second, il n’avait pas encore été lancé, et encore moins armé.

Pour pallier à ces faiblesses, l’État de la Louisiane avait accepté de détacher deux canonnières lui appartenant, General Quitman et Governor Moore, portant chacune deux pièces d’artillerie. Ne dépendant pas de la marine confédérée, ces navires formaient un commandement distinct. Même chose pour les six cottonclads, ces navires-éperons pas ou peu armés, mais protégés par un « blindage » comprenant notamment du coton compressé. Ces navires avaient été affrétés par l’armée, et obéissaient à leur propre chaîne de commandement. Pour ne rien arranger, les cottonclads (à savoir les CSS Stonewall Jackson, CSS Warrior, CSS Defiance, CSS Resolute, CSS General Lovell et CSS General Breckinridge) étaient servis par des équipages composés essentiellement de civils sous contrat, plutôt que de militaires. À cela s’ajoutait, enfin, une demi-douzaine de remorqueurs non armés dont le rôle consistait surtout à pousser les barges aménagées en brûlots que les Sudistes avaient concentrées en amont des forts. Le dispositif naval était sous l’autorité, plus théorique que réelle, du capitaine de frégate John Mitchell. Quant à la garnison des forts, elle était dirigée par le général Johnson Duncan.

Mortar_Schooner_New_Orleans_1862Finalement, l’action fut lancée le 18 avril, lorsque les goélettes à mortier rejoignirent leurs positions de tir et ouvrirent le feu sur les forts. Porter avait estimé que deux jours suffiraient pour les réduire au silence. Ses goélettes reçurent l’ordre de faire feu toutes les dix minutes, l’une après l’autre, soit un intervalle de trente secondes entre chaque projectile tiré par la flottille. À la fin de la journée, plus d’un millier d’obus avaient été lancés. Porter ordonna de réduire la cadence à la nuit tombée, afin de permettre à des patrouilles de s’approcher des forts pour en évaluer les dégâts. Le résultat fut décevant, en regard de la quantité de munitions utilisée. Si les deux forts étaient en feu, leur capacité de défense demeurait pratiquement intacte – même si Porter allait par la suite se vanter du contraire. De fait, le bombardement allait se poursuivre pendant six jours, laps de temps durant lequel deux soldats sudistes seraient tués et sept canons mis hors de combat dans le fort Jackson.

Dès le lendemain, Porter dût réduire encore la cadence de tir afin d’économiser les projectiles, portant le rythme des goélettes à un tir toutes les demi-heures. La riposte des Confédérés n’était pas nulle, mais condamnés à tirer aux limites de portée de leurs canons et à l’aveuglette, ceux-ci ne se montrèrent guère efficaces. Seul un coup chanceux leur permit d’envoyer par le fond une des goélettes, tuant au passage un marin nordiste. Un autre allait trouver la mort accidentellement en tombant d’un mât – la deuxième et dernière victime du bombardement côté fédéral. Au soir du 19 avril, il devint évident que l’objectif qu’avait fixé Porter à ses goélettes ne pourrait être atteint. En accord avec le reste de ses officiers, Farragut décida de forcer la main au destin : il allait faire franchir à sa flotte l’obstacle des forts.

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