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Guerre de Sécession : la prise de la Nouvelle-Orléans (3/5)

New_Orleans_h76369kLa décision d’exposer une flotte de navires de bois au feu de deux des plus puissants forts du continent américain était audacieuse, mais à la réflexion, c’était sans doute la meilleure solution possible. Les stocks d’obus de 13 pouces n’allaient pas durer éternellement et la flottille de Porter, malgré les précautions prises, allait probablement se retrouver à court de munitions d’ici à quelques jours. Dans le même temps, les forces terrestres du général Butler n’étaient pas encore à pied d’œuvre. Plutôt que d’attendre en aval, la flotte serait certainement plus utile en forçant le passage. Une fois en amont, elle pourrait couper les forts Jackson et St.Philip, déjà très isolés, de leur base de ravitaillement – et peut-être même menacer directement la Nouvelle-Orléans.

 

Passage en force

Côté sudiste, le capitaine Mitchell s’était résolu à lancer, au moins symboliquement et pour soutenir le moral de la garnison des forts, une petite démonstration. Aussitôt après son arrivée, le 20 avril, le Louisiana entra en action. On s’aperçut bien vite que ses machines manquaient de puissance pour résister au fort courant du Mississippi, si bien qu’il fallut le remorquer jusqu’à un point d’où il pourrait pilonner, de loin, la flottille de goélettes. Toutefois, cette action révéla de nombreux défauts dans l’installation des canons et l’entraînement de l’équipage. Concrètement, l’armement du Louisiana ne portait pas assez loin, et il fallut se résoudre à l’ancrer sur la rive gauche du fleuve, où sa mobilité réduite allait le limiter à un rôle de batterie flottante.

Le soir même, Farragut prépara son attaque en envoyant deux de ses canonnières s’en prendre au barrage flottant des Sudistes. Les officiers des deux navires auraient pu incendier les coques qui le constituaient, mais ils craignirent que la lueur des flammes, illuminant leurs canonnières, ne fassent d’elles des cibles faciles pour les forts confédérés. Sous un feu nourri, mais imprécis, leurs équipages s’en prirent donc à la chaîne qui barrait le cours du fleuve à la hache et à la scie. De longs efforts leur permirent de détacher deux des épaves composant le barrage, ouvrant ainsi une brèche suffisante pour permettre le passage de la flotte. Prévu pour le lendemain, celui-ci dût être reporté, car le courant était définitivement trop fort.

john_k_mitchellC’est finalement durant les premières heures du 24 avril que le passage eut lieu. Farragut divisa sa flotte en trois divisions : celle de tête comporterait huit bâtiments ; la seconde, les trois plus puissants navires de l’escadre, dont la Hartford ; quant à la dernière, elle formerait un groupe de six canonnières de petit gabarit. La Portsmouth, à voiles et par conséquent difficilement capable de lutter contre le courant du fleuve, fut laissée en arrière pour couvrir les goélettes de Porter. Celles-ci intensifièrent leurs tirs, tandis que les navires de Farragut faisaient monter leurs chaudières en pression. À deux heures du matin, le commodore nordiste donna l’ordre d’avancer. Dix minutes plus tard débuta un engagement que l’historien James McPherson résuma ainsi : « De mémoire d’Américain, on n’avait jamais vu pareil feu d’artifice. »

Dès qu’ils eurent franchi le barrage, les deux navires de tête, l’Oneida et la Varuna, se mirent à longer la rive au plus près pour échapper au feu des forts, réglé sur le milieu de la rivière. La riposte des navires sudistes fut désordonnée. Le Louisiana ne cause guère de dégâts depuis sa position avancée. Sa situation statique l’empêchait d’employer au mieux ses 16 canons, et limitait son feu à quelques minutes contre chaque vaisseau nordiste. Les forts ne firent guère mieux malgré le déluge de fer et de feu qui s’abattait sur cet espace d’un mile carré à peine. En retour, ils ne souffrirent pas non plus beaucoup des tirs nordistes, les navires fédéraux passant à pleine vitesse en ne prenant guère le temps de viser avec soin.

Sacrifice d’une flotte

USS_Varuna_drawingDe durs combats restaient néanmoins à venir. Pour les uns comme les autres, les premiers engagements entre navires avaient mal commencé. Côté sudiste, la Governor Moore s’était mise en route avec une telle précipitation qu’elle éperonna un de ses propres remorqueurs et l’envoya par le fond. Rejointe par le navire-éperon Stonewall Jackson, la canonnière louisianaise s’en prit alors à la Varuna, à présent dangereusement avancée. Ne pouvant faire face à deux adversaires à la fois, la canonnière nordiste fut éperonnée à deux reprises par chacun d’entre eux, non sans avoir au passage sérieusement endommagé le Stonewall Jackson. À l’agonie, la Varuna alla s’échouer sur la rive avant de s’enfoncer lentement dans l’eau, tandis que l’Oneida la vengea en obligeant l’équipage du Stonewall Jackson à l’abandonner en y mettant le feu.

Continuant seule, la Governor Moore se lança dans une charge insensée contre la Cayuga. Ce faisant, elle fut accablée de tirs par les six navires restants de la première division. Bientôt désemparée, et avec 64 marins tués sur un équipage de 93 hommes, la Governor Moore dériva et fut incendiée elle aussi. Lancés en avant sans souci de coordination, les autres navires sudistes passèrent l’un après l’autre à l’attaque, mais l’absence de commandement centralisé joua contre eux. Le redouté Manassas fut cette fois dépassé en agilité : la Pensacola évita son attaque, et le navire-éperon confédéré ne fit que glisser le long de la coque de la Mississippi sans lui causer de dégâts sérieux. Le cuirassé se désengagea, attendant de trouver une autre cible parmi les navires suivants.

USS_Brooklyn_1858_at_Naval_ReviewCette pause permit au remorqueur CSS Mosher, non armé mais poussant un brûlot, de se rapprocher. Le Manassas fonça alors droit sur la Hartford, semant la confusion dans l’escadre fédérale. Le navire-amiral de Farragut évita la charge du Manassas mais ce faisant, il s’échoua. Le Mosher poussa alors son radeau vers la Hartford qui, immobile, commença à brûler. La corvette fédérale se vengea par une salve dévastatrice, envoyant instantanément au fond de la rivière le remorqueur et tout son équipage. Heureusement pour Farragut, l’incendie fut rapidement maîtrisé, tandis que la première division envoyait à la rescousse la Mississippi et la Kineo pour couvrir la Hartford. Cette dernière finit par se dégager.

Pendant ce temps, le Manassas s’en prit à la Brooklyn, et la corvette, en évitant le coup d’éperon, entra en collision avec la Kineo, l’endommageant sérieusement. La Brooklyn évita de justesse une autre attaque qui la frôla seulement. Ce chaos fut le chant du cygne du cuirassé-éperon confédéré. Encerclé de toutes parts, accablé de coups, le Manassas se dirigea tant bien que mal vers la rive, où son équipage y mit le feu. Il dériva vers l’aval avant d’exploser. La Brooklyn, toutefois, n’était pas au bout de ses peines, étant cette fois prise à partie par le cottonclad CSS Warrior. La corvette nordiste l’accueillit d’une bordée meurtrière qui plaça simultanément onze coups au but, incendiant sans rémission le navire confédéré. Le reste de la deuxième division finit par passer sans essuyer plus de dégâts.

La voie est libre

Le Louisiana, pour sa part, continuait à faire feu sur les navires nordistes à mesure qu’ils se présentaient. Ceux-ci ripostaient, mais le blindage du cuirassé sudiste s’avérait efficace. Il n’eut à déplorer que trois tués durant tout le combat, dont son capitaine qui s’était imprudemment exposé. Lorsque vint le tour de l’Iroquois d’affronter brièvement le Louisiana, une des salves de ce dernier trouva pour une fois sa cible. La canonnière nordiste fut sérieusement endommagée, mais elle parvint malgré tout à poursuivre sa route. Ce ne fut que pour être aussitôt prise à partie par deux canonnières sudistes, la McRae et la General Quitman. Quelques coups bien placés endommagèrent gravement la première, obligeant la seconde à se retirer.

Fort_Jackson_Naval_BattleCarte du passage des forts.

 

L’engagement durait à présent depuis plusieurs heures. Le ciel commençait à s’éclaircir, permettant aux défenseurs des forts d’ajuster leurs feux. La Pinola connut ainsi un début d’incendie qui menaça un moment sa poudrière avant d’être maîtrisé, épargnant à la canonnière fédérale une destruction certaine. Ce fut le dernier navire nordiste à passer car derrière elle, les choses ne tardèrent pas à tourner au vinaigre. La Kennebec se trouva confrontée aux restes de la barrière de navires qui bloquait précédemment le cours du fleuve. Heurtant l’un d’entre eux, elle demeura immobilisée durant un laps de temps où elle servit de cible facile aux canonniers des forts. Ces derniers, une fois que le gros de la flotte nordiste eût franchi les défenses du fleuve et se fût mise hors de portée, n’avaient plus d’autre cible que les trois canonnières restantes, sur lesquelles ils concentrèrent leur feu.

Derrière la Kennebec, l’Itasca reçut un coup direct dans sa chaudière qui la priva de propulsion. Elle se mit à dériver vers l’aval, incontrôlable, et la Winona, qui la suivait, fut incapable de l’éviter. Il lui fallut une bonne demi-heure pour se dégager. Se regroupant, la Kennebec et la Winona prirent l’Itasca en remorque et s’apprêtèrent à faire une nouvelle tentative pour rejoindre le reste de la flotte. Toutefois, le jour était à présent pratiquement levé. Estimant que la manœuvre conduirait immanquablement à la perte des trois canonnières, Porter les rappela. Tandis qu’elles se mettaient à l’abri auprès de sa flottille de goélettes, il fit cesser le feu à ses mortiers. Il lui faudrait conserver des munitions en vue du siège à venir et, pour l’essentiel, il avait rempli sa mission de soutien à la flotte ce matin-là.

CSS_McRae_New_Orleans_1860Une fois le soleil levé, le calme était revenu sur cette portion du Mississippi, seulement perturbé par la fumée des incendies et les épaves de toutes sortes charriées par le fleuve. David Farragut avait atteint son objectif. Sur les 17 navires ayant tenté de forcer le passage des forts, 13 y étaient parvenus. L’escadre nordiste n’avait perdu qu’un seul navire, la canonnière Varuna, même si plusieurs autres vaisseaux avaient été endommagés à des degrés divers. On dénombrait toutefois 227 morts et blessés parmi les équipages. Néanmoins, les forts Jackson et St.Philip étaient effectivement isolés, et tout ce qui séparait les navires de Farragut des quais de la Nouvelle-Orléans était une batterie installée à Chalmette, huit kilomètres en aval de la cité.

La flotte confédérée, pour sa part, avait payé le prix fort. Qu’ils aient ou non participé au combat, presque tous les navires sudistes présents avaient été détruits. Trois des cottonclads de la flotte de défense fluviale avaient été abandonnés par leurs équipages sans réellement prendre part à l’engagement : le Resolute fut sabordé, le Breckinridge et le General Lovell incendiés. Les Louisianais mirent également le feu à la General Quitman pour qu’elle ne soit pas capturée. La canonnière Jackson, qui se trouvait plus au nord au moment de la bataille, se réfugia à la Nouvelle-Orléans lorsqu’elle vit la flotte fédérale s’approcher. Les mortiers nordistes avaient également détruit deux navires auxiliaires non armés, portant les pertes navales sudistes à douze vaisseaux en tout. Si bien qu’il ne restait plus sous les canons des forts que le Louisiana, que les deux remorqueurs survivants avaient ramené à proximité du fort Jackson, la McRae, le navire-éperon Defiance et un transport. Entre les navires et les forts, les pertes humaines s’élevaient, en tout, à 780 tués et blessés.

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