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Guerre de Sécession : la prise de la Nouvelle-Orléans (4/5)

CSS_MississippiAussitôt après son exploit du 24 avril, la flotte du commodore Farragut, après un bref arrêt pour enterrer ses morts, poursuivit sur sa lancée et remonta le Mississippi en direction de la Nouvelle-Orléans. La batterie confédérée de Chalmette ne tint pas longtemps face au feu concentré des navires nordistes. Le 25 avril, les vaisseaux de l’Union approchèrent de la grande métropole sudiste dans une ambiance de fin du monde. Les Confédérés avaient incendié tout ce qui pouvait servir aux Nordistes, à commencer par la canonnière Jackson et le cuirassé inachevé Mississippi.

 

Une ville sans défenses

La flotte nordiste fut accueillie par une foule hostile et menaçante, mais impuissante face à l’envahisseur. Farragut fit braquer les canons de ses navires sur les quais de la Nouvelle-Orléans et envoya deux officiers demander au maire la capitulation de la cité – ce qui lui fut refusé. Ne pouvant raisonnablement occuper une ville aussi peuplée avec les quelques marines dont il disposait à bord de ses bateaux, Farragut se prêta au jeu d’une étrange comédie, celle d’une ville sans défenses cherchant malgré tout à négocier sa capitulation. Le commodore nordiste résista à la tentation de bombarder la ville et, au bout de trois jours de palabres inutiles, il se contenta de faire hisser le drapeau de l’Union sur les anciens bâtiments officiels fédéraux de la ville, l’hôtel des monnaies et celui des douanes. Farragut décida d’attendre que Butler en aient fini avec les forts pour occuper la ville en bonne et due forme.

Sur ce plan, le cours des événements n’allait pas tarder à lui donner satisfaction. Le passage de l’escadre nordiste avait laissé les forts Jackson et St.Philip complètement isolés, et le moral n’y était guère élevé. Le premier indice en ce sens fut donné le 26 avril, quand Porter fit reprendre le bombardement par ses goélettes à mortier, avant l’arrivée imminente de l’armée de Butler. Ses navires n’essuyèrent cette fois aucune riposte. C’était pour le moins surprenant, car le bombardement précédent et les combats de l’avant-veille n’avaient qu’assez peu endommagé les forts. Si ces derniers avaient subi d’importants dégâts en raison des incendies, ils conservaient l’essentiel de leurs canons, et les murs n’avaient guère été entamés.

duncan750aaLe véritable problème était ailleurs. Déjà isolée dans cet endroit inhospitalier et loin de tout, la garnison des deux forts était à présent encerclée, tandis que le passage des navires nordistes avait démontré son impuissance. De surcroît, le niveau élevé des eaux du Mississippi avait partiellement inondé les forts, dans une région déjà très marécageuse à la base. Pour échapper à l’interminable bombardement des mortiers nordistes, les soldats sudistes n’avaient d’autre choix que de se réfugier dans les casemates de leurs forts, où ils pataugeaient dans une eau croupie et insalubre. De nombreux Confédérés contractèrent la malaria, y compris le général Duncan qui allait en mourir en décembre 1862. Pour ne rien arranger, les incendies allumés par le bombardement avait privés les soldats de la plupart de leurs effets personnels, aggravant la dureté de leurs conditions de vie.

En fin de journée, Porter fit finalement reculer ses goélettes. Le lendemain, la McRae, réparée tant bien que mal par les Sudistes, quitta le fort Jackson pour ramener, sous la protection d’un drapeau blanc, des blessés vers la Nouvelle-Orléans. Une fois ceux-ci débarqués, son équipage l’incendia. Dans la nuit du 27 au 28, la garnison du fort Jackson finit par se mutiner, refusant d’exécuter les ordres. Quelques heures plus tard, Duncan signifiait à Porter, qui était resté en vue des forts avec les canonnières et une corvette, qu’il capitulait. Les marins confédérés incendièrent le cuirassé Louisiana et le navire-éperon Defiance avant de tenter de s’enfuir à bord des deux remorqueurs survivants, mais ils furent facilement cueillis par les canonnières nordistes. La flotte sudiste avait cessé d’exister, et le Mississippi était totalement sous contrôle nordiste jusqu’à la Nouvelle-Orléans.

À la conquête du Grand Fleuve

butlerb750abLes soldats de Benjamin Butler débarquèrent dans la ville le 1er mai, en prenant possession pour de bon. Avec un zèle encore plus affirmé qu’à Baltimore un an plus tôt, le général nordiste y imposa une occupation sans ménagements qui allait lui valoir la haine des habitants et plus généralement de tout le Sud – à tel point que le gouvernement confédéré allait finir par mettre sa tête à prix. Ses troupes ayant fâcheusement tendance à accaparer l’argenterie des demeures sudistes où elles logeaient, il y gagna le surnom moqueur de Spoons (« Petites cuillères »). Il se fit également détester en ordonnant que les femmes de la Nouvelle-Orléans qui insulteraient ou prendraient à partie ses soldats soient arrêtées pour… racolage, ce qui lui valut son autre surnom : Beast, « la Bête ». Son application sans merci de la loi martiale – il avait fait pendre un homme pour avoir déchiré un drapeau nordiste – et quelques démêlés avec le consul de Grande-Bretagne finirent par entraîner son transfert à un autre poste, en décembre 1862.

Pendant que Butler étayait son contrôle de la Nouvelle-Orléans et de ses environs, Farragut s’apprêtait à appliquer l’étape suivante de la stratégie nordiste. Le 7 mai, il emmena sa flotte remonter le cours du Mississippi, dans le but de faire sa jonction avec la flottille fluviale de l’Union, désormais commandée par Charles Davis, et qui assiégeait alors le fort Pillow, au nord de Memphis. Le 8 mai, ses navires les plus avancés atteignirent Baton Rouge, la capitale de la Louisiane, et un détachement de fusiliers marins en prit possession sans rencontrer de résistance. L’opération se répéta le 13 mai à Natchez, dans l’État du Mississippi. Le lendemain, la Hartford s’échoua dans le cours sinueux du fleuve, immobilisant le gros de la flotte pendant trois jours. Farragut envoya en avant-garde quelques-uns de ses navires, et ceux-ci se présentèrent devant Vicksburg le 18 mai.

WhistlingDickatVicksburg1863Avec 4.591 habitants en 1860, Vicksburg était la deuxième ville du Mississippi, derrière Natchez. Une position qu’elle devait essentiellement à sa situation géographique. Placée immédiatement en aval du confluent entre le Mississippi et la Yazoo, Vicksburg accueillait une ligne de chemin de fer qui la reliait au nœud ferroviaire de Jackson, également capitale de l’État. Cette ligne reprenait de l’autre côté du fleuve – une des rares liaisons ferroviaires du Sud existant à l’ouest du Mississippi. À ce titre, Vicksburg constituait un lien de tout premier ordre entre la partie occidentale de la Confédération, peu peuplée mais riche en ressources – notamment en bétail et en chevaux – et le reste du pays.

Par un heureux hasard, ce point stratégique était également facile à défendre. Vicksburg est située au fond d’un méandre très serré du Mississippi, où le fleuve fait pratiquement un virage à 180 degrés en l’espace d’un mile à peine. Qui plus est, elle est bâtie sur les pentes de falaises par endroits assez abruptes, les Chickasaw Bluffs, qui s’étirent parallèlement au fleuve sur une quinzaine de kilomètres. Ces escarpements dominent le cours du Mississippi, par endroits, de près de cent mètres. Des batteries installées au sommet de ceux-ci pourraient accabler d’un tir plongeant une flotte ennemie contrainte de négocier l’étroite épingle à cheveux formée par le fleuve à cet endroit. Les collines permettent également de fortifier la ville du côté de la terre ferme, où les approches de Vicksburg sont couvertes en outre par la Big Black River. Enfin, la rive droite du Mississippi n’est qu’un immense dédale de méandres, bras morts, étangs et marais impénétrables.

Le problème Vicksburg

UnionCampBanksBatonRouge1862Lorsqu’elle atteignit Vicksburg, l’avant-garde de Farragut demanda une reddition qui lui fut refusée avec aplomb. Les navires présents procédèrent alors à un bref bombardement avant de se mettre hors de portée des canons de la place. L’un d’eux fit demi-tour pour informer Farragut de l’état des défenses de la ville, bien supérieures à tout ce qu’ils avaient pu rencontrer depuis que la flotte avait quitté la Nouvelle-Orléans. Après avoir été prise à partie par des batteries confédérées installées à Grand Gulf, au confluent du Mississippi et de la Big Black River, l’escadre nordiste arriva au complet devant Vicksburg le 27 mai. N’ayant que 1.500 soldats et marines à sa disposition, Farragut convint de l’impossibilité de prendre Vicksburg d’assaut, les canons de ses navires ne pouvant pas pointer assez haut pour atteindre les batteries installées en haut des falaises.

Laissant quelques navires patrouiller sur le fleuve, Farragut rebroussa chemin avec le gros de ses forces. Le 28 mai, un détachement débarqué d’un de ses navires fut accroché à Baton Rouge par un groupe d’irréguliers sudistes, et la ville fut bombardée en représailles. Après avoir chassé les guérilléros confédérés de la capitale louisianaise, la flotte nordiste revint à la Nouvelle-Orléans le 30 mai. Il y trouva toutefois des ordres lui enjoignant derechef de s’emparer de Vicksburg. En attendant des renforts en troupes, Farragut demanda à Porter de lui expédier la moitié de sa flottille de goélettes à mortier, mais lorsque celui-ci parvint à la Nouvelle-Orléans, il avait amené avec lui la totalité de ses navires.

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Carte de l'État du Mississippi (annotations de l'auteur, sur un original de la cartothèque Perry-Castaneda de l'Université du Texas).

Charles_Rivers_ElletDans l’intervalle, la situation avait évolué avec la chute de Corinth. L’évacuation du fort Pillow et de Memphis était devenue inévitable, et le 6 juin, la flottille fluviale sudiste avait été anéantie en face de la ville. Les navires qui ne furent pas détruits ou capturés – la canonnière CSS Livingston et les navires-éperon CSS General Van Dorn et CSS General Polk – se réfugièrent dans la rivière Yazoo. Le 26 juin, Charles Davis envoya à leur poursuite deux navires-éperon, l’USS Monarch et l’USS Lancaster, les confiant au propre fils de Charles Ellet, mortellement blessé à Memphis. Âgé d’à peine 19 ans, Charles Ellet Jr. n’eut pas à combattre. Les Confédérés mirent le feu à leurs navires dès que les vaisseaux nordistes s’approchèrent, et Ellet, sa mission accomplie, rebroussa chemin sans pousser jusqu’à Yazoo City – ce qui allait s’avérer être une grave erreur.

En effet, si le Mississippi était à présent vide de navires de combat sudistes sur toute sa longueur, cela n’allait pas durer très longtemps. Au moment de la chute de la ville, deux cuirassés confédérés étaient toujours en construction à Memphis. Si le Tennessee avait été brûlé sur son berceau, l’Arkansas avait pu être remorqué jusqu’à Yazoo City. À ce stade, ce n’était guère qu’une coque inerte, que son commandant, le lieutenant de vaisseau Isaac Brown, s’employa fébrilement à transformer en navire de guerre. Il le dota d’une casemate cuirassée, ressemblant assez largement à celle dont avait été doté le CSS Virginia, et faite de bric et de broc – rails de chemin de fer et plaques de chaudière étant les matériaux les plus aisément accessibles. L’Arkansas portait dix canons, servis par des artilleurs de l’armée. Brown réussit l’exploit de mener à bien le gros du travail en à peine plus d’un mois, et à la mi-juillet, le cuirassé fluvial sudiste était sur le point d’être achevé.

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