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Guerre de Sécession : la prise de la Nouvelle-Orléans (5/5)

Charles_H_DavisLes goélettes à mortier de David Porter étant à voiles, il fallut attendre d’avoir suffisamment de remorqueurs à disposition pour leur faire remonter le Mississippi simultanément. Pendant ce temps, les éléments avancés de la flotte de Farragut engagèrent à plusieurs reprises les batteries sudistes de Grand Gulf, du 7 au 9 juin. C’est finalement le 17 juin que Porter put quitter la Nouvelle-Orléans. Après avoir réduit au silence les canons de Grand Gulf, les goélettes apparurent devant Vicksburg le 27 juin en fin de journée, et commencèrent aussitôt à bombarder la ville.


 

Loups de mer et marins d’eau douce

Avant l’aube du 28 juin, Farragut réédita son coup des forts Jackson et St.Philip : il emmena neuf de ses navires en amont, avec le soutien des goélettes à mortier. Les canonniers de Vicksburg manquaient encore d’expérience, et les navires de tête purent passer sans être endommagés. Une fois que les artilleurs sudistes eurent ajusté leur feu, initialement trop long, ils firent mouche, s’acharnant sur les deux derniers vaisseaux nordistes – l’USS John P. Jackson et l’USS Clifton, des canonnières que Porter utilisait initialement comme remorqueurs pour sa flottille. Toutes deux eurent leurs chaudières percées par des projectiles et, privées de vapeur, elles ne purent aller plus loin. Se laissant dériver, elles se retirèrent en aval du fleuve.

Une fois à l’abri des canons de Vicksburg, les sept navires restant de Farragut firent leur jonction avec la flottille de navires-éperons nordistes, désormais commandée par Alfred Ellet, le frère aîné de feu Charles Ellet. Sur l’insistance de Farragut, Ellet dépêcha un de ses navires à Memphis pour demander à la flottille fluviale du commodore Davis de venir les rejoindre. Appareillant le 29 juin, Davis fit occuper le lendemain la ville de Helena, dans l’Arkansas, pour y établir une base d’opérations avancée. Amenant avec lui les radeaux à mortier qui avaient déjà servi contre l’île numéro 10, il rejoignit Farragut et Ellet le 2 juillet. Les mortiers lourds des deux flottes – ceux de Porter en aval et ceux de Davis en amont – unirent aussitôt leurs efforts en bombardant Vicksburg. Ils redoublèrent leurs coups à la date symbolique du 4 juillet, mais n’obtinrent guère de résultats.

Main_Deck_New_Orleans_1862Porter en convint, faisant remarquer que « Des navires ne peuvent escalader des falaises de 300 pieds ». Le bombardement ne pouvait réussir que s’il était mené avec une opération terrestre pour réduire au silence les batteries confédérées les moins accessibles. Or, les troupes promises par le général Butler n’arrivaient pas. À sa décharge, les forces dont il disposait alors étaient à peine suffisantes pour contrôler la Nouvelle-Orléans et ses environs immédiats. Pour ne rien arranger, la situation sur le front de Virginie s’était brusquement détériorée pour l’Union. Après sept jours d’offensive, l’armée du général Lee avait contraint celle de McClellan, vaincu plus moralement que militairement, à lever le siège de Richmond et à se réfugier sous la protection des canons de la flotte nordiste à Harrison’s Landing. Pour en renforcer les défenses, Porter reçut l’ordre d’envoyer 12 de ses goélettes en Virginie.

Elles quittèrent la flotte le 11 juillet. Dans les jours qui suivirent, les escadres combinées de l’Union, à la puissance de feu sérieusement diminuée, restèrent à proximité de Vicksburg sans mener d’entreprise significative contre la ville. Durant cette période, Farragut et Davis eurent vent des rumeurs de plus en plus insistantes sur la présence d’un cuirassé sudiste à Yazoo City. Le second détacha de sa flotte un groupe de trois navires pour aller vérifier directement sur place de quoi il retournait : la canonnière cuirassée USS Carondelet, le timberclad USS Tyler et le navire-éperon USS Queen of the West.

L’équipée du CSS Arkansas

CSS_Arkansas_2Les trois navires nordistes allaient être renseignés plus tôt que prévu sur l’état d’avancement du cuirassé sudiste. En effet, l’Arkansas venait tout juste d’être achevé, et appareilla le 15 juillet de Yazoo City – soit le jour même où les vaisseaux de Davis entamèrent leur mission. Les quatre bateaux se rencontrèrent un peu en amont de l’endroit où la Yazoo se jette dans le Mississippi. Dépourvu de canon et ne pouvant compter que sur son éperon, le Queen of the West s’empressa de faire demi-tour lorsque l’Arkansas le visa en premier. Tentant de s’interposer, la Carondelet reçut un obus qui mit son gouvernail hors service, et s’échoua. Craignant de s’échouer à son tour s’il s’en approchait, le capitaine Brown, de l’Arkansas, résista à la tentation de venir l’achever et se lança plutôt à la poursuite de la Tyler, qui faisait elle aussi route à toute vapeur vers le reste de la flotte.

La course-poursuite coûta néanmoins au cuirassé confédéré ses cheminées, touchées par le canon arrière de la Tyler, et ses machines commencèrent à perdre en pression à cause de cette avarie. Lorsque l’Arkansas déboucha dans le Mississippi, il se trouva nez à nez avec les forces combinées de Farragut et Davis, une quarantaine de navires en tout. Cela ne dissuada aucunement Brown, bien décidé à atteindre Vicksburg, de poursuivre sa route – si bien que l’Arkansas fonça droit à l’ennemi dans une folle fuite en avant. Toutefois, les bâtiments de l’Union avaient leurs chaudières éteintes, si bien qu’ils furent incapables de manœuvrer pour lui barrer la route. Seul le navire-éperon USS General Bragg, capturé à Memphis et remis en service par les Nordistes sous le même nom, tenta de l’intercepter, mais l’Arkansas lui logea un projectile dans la chaudière, coupant court à sa tentative.

n-Isaac_N_Brown-1Le cuirassé fluvial fut bien touché à plusieurs reprises, essuyant des pertes sensibles – dont Brown blessé à la tête – mais en dehors de la perte de puissance de ses machines, aucun des coups portés par ses adversaires ne le mit en danger. Les canonnières cuirassées USS Benton et USS Louisville, qui furent les plus promptes à mettre leurs chaudières en marche, se lancèrent à sa poursuite, mais l’Arkansas était déjà à portée des canons de Vicksburg. Lorsque la Benton fut touchée à son tour, les deux navires fédéraux abandonnèrent la partie. Rudoyé mais toujours à flot, l’Arkansas atteignit le port de Vicksburg, sous les acclamations des civils.

Cet exploit était pour Farragut un véritable camouflet, et le commodore au tempérament bien trempé décida aussitôt de ne pas laisser les Confédérés profiter trop longtemps de leur succès. Le soir même, il allait emmener ses navires, renforcés par une partie de ceux de Davis, vers l’aval. Au passage, il espérait bien attaquer et couler l’Arkansas au mouillage. La colère n’était pas la seule motivation à cette manœuvre. En plein cœur de l’été, le niveau des eaux commençait à baisser dangereusement. Conçus pour la haute mer, les grands bâtiments de Farragut avaient un tirant d’eau important et risquaient fort de se retrouver pris au piège par l’étiage. Aussi était-il plus prudent de se préparer à redescendre le fleuve jusqu’à la Nouvelle-Orléans, le cas échéant.

L’opération fut menée après le coucher du soleil, par une nuit sans lune. L’obscurité ne facilita pas la tâche des marins de l’Union qui, pour la plupart, ne réussirent pas à viser correctement l’Arkansas et encore moins à le toucher. Le navire sudiste reçut bien un coup dans ses machines, mais cela ne l’affecta pas puisqu’il était déjà à l’arrêt. En revanche, deux bateaux nordistes, la canonnière Winona et le navire-éperon USS General Sumter, furent sérieusement endommagés durant l’action. Ironie du sort, Farragut fut promu le lendemain au grade de contre-amiral, créé spécialement pour l’occasion – ce qui faisait de lui le tout premier amiral de l’U.S. Navy.

Vicksburg résiste

uss_essexTandis que l’Arkansas pansait ses plaies, les navires de l’Union demeurèrent sur le qui-vive pour parer à toute nouvelle sortie du cuirassé confédéré. Afin d’être prêts à la moindre alerte, ils firent chauffer leurs machines jour et nuit, transformant en étuves les coques déjà surchauffées par le soleil estival. Agressif, Farragut était également tenace, et bien déterminé à en finir avec son adversaire le plus rapidement possible. Puisque son plan précédent avait échoué, il conçut pour le 22 juillet une attaque en tenailles dans laquelle la canonnière cuirassée USS Essex et le Queen of the West, par le nord, et le cottonclad à peine réparé General Sumter, par le sud, prendraient entre deux feux l’Arkansas.

Derechef, goélettes et radeaux à mortiers ouvrirent le feu pour soutenir l’opération, qui fut cette fois menée en plein jour. L’attaque faillit réussir, car l’Arkansas n’avait plus qu’un équipage réduit à son bord pour servir les canons, et un tir bien ajusté de l’Essex en tua la moitié après avoir pénétré la casemate blindée par un sabord. Toutefois, le pilote du navire sudiste était indemne, et parvint à éviter le coup d’éperon de l’Essex, qui glissa sur la coque de l’Arkansas sans l’endommager. Emportée par son élan, la canonnière nordiste s’échoua, offrant aux artilleurs de Vicksburg une cible facile qu’ils s’empressèrent d’accabler de coups. Les deux autres bâtiments fédéraux attaquèrent eux aussi avec leurs éperons, mais les manœuvres de l’Arkansas les obligèrent à perdre de la vitesse pour frapper et ils ne lui infligèrent que des dégâts mineurs. Aucun d’entre eux ne s’éternisa. Le Queen of the West parvint à retourner en amont, mais le General Sumter fut de nouveau endommagé et se réfugia tant bien que mal, avec l’Essex enfin dégagée, auprès des navires de Farragut.

a-David_G_Farragut-1Afin de parer à toute nouvelle tentative des Fédéraux pour l’éperonner, l’Arkansas fut amarré entre deux barges. Il n’y eut toute fois pas d’autre action contre le cuirassé sudiste. Le 24 juillet 1862, Farragut reçut un télégramme de Henry Halleck, nommé la veille commandant en chef des armées de l’Union. Il lui indiquait qu’à la suite des combats livrés en Virginie, il ne lui serait pas possible de lui envoyer les troupes qu’il réclamait pour prendre Vicksburg. Le niveau des eaux continuant à baisser, l’amiral nouvellement promu appareilla le soir même pour la Nouvelle-Orléans. Simultanément, la flottille fluviale de Davis et les navires-éperons d’Ellet se retirèrent jusqu’à Helena. La première tentative – exclusivement navale – pour s’emparer de Vicksburg et ravir le contrôle du Mississippi à la Confédération s’achevait en défaite pour les Nordistes. Natchez, trop exposée, allait être évacuée le 25 juillet.

 

Sources

Article sur la Nouvelle-Orléans durant la guerre de Sécession.

Site permettant de télécharger les données du recensement de 1860.

Carte des résultats de l’élection présidentielle de 1860, par comtés.

Article général sur le fleuve Mississippi.

Page consacrée au fort St.Philip.

Ce site remarquable résume les opérations fluviales de la marine nordiste durant toute la guerre. On se référera particulièrement aux pages suivantes :

-      Sur les opérations du blocus et la bataille de Head of Passes ;

-      Sur celles de la flotte de Farragut, entre janvier 1862 et août 1863, y compris la bataille des forts Jackson et St.Philip et les opérations contre Vicksburg ;

-      Sur celles de la flottille fluviale, incluant une partie des actions menées contre Vicksburg, et celles accomplies sur la rivière Yazoo en 1862.

Le département d’histoire de la marine des États-Unis a réalisé un Dictionary of American Naval Fighting Ships, librement accessible en ligne, répertoriant et décrivant chaque navire employé par l’U.S. Navy depuis sa création. Une section particulière y est consacrée à ceux de la marine confédérée. Les fiches sont classées par ordre alphabétique : pour avoir des renseignements sur n’importe quel navire, il suffit d’en connaître le nom.

Article sur la bataille de Head of Passes.

Biographie de David Farragut.

Biographie de Benjamin Butler.

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