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Guerre de Sécession : la campagne de la Péninsule (2/4)

Fort-MonroeLe lieu choisi pour l’opération nordiste ne semblait guère être moins adapté à une opération de ce genre. La forteresse Monroe était située à l’extrémité d’une péninsule d’environ 60 kilomètres de long, formée par les estuaires des rivières York et James. Large d’une vingtaine de kilomètres en moyenne, elle était de ce fait facile à barrer d’une ligne de fortifications de campagne, favorisant la défense. En dehors de ses caractéristiques physiques, la zone revêtait une certaine importance historique. C’est là que fut fondée Jamestown, un des premiers établissements britanniques en Amérique du Nord, et que la colonie de Virginie entama son développement. Pour cette raison, bien que les fleuves côtiers de l’État dessinent bien d’autres péninsules, celle-ci en particulier est appelée « péninsule de Virginie », voire plus simplement « la Péninsule ». De là découle le nom employé pour désigner la campagne qui allait y être livrée.

 

Une opération gigantesque

S’il pouvait sembler mal avisé d’un point de vue strictement stratégique, le choix de McClellan était essentiellement basé sur des considérations logistiques et, de ce point de vue, il était difficilement critiquable. La présence de la forteresse Monroe lui assurait une base sûre, que la supériorité navale écrasante de l’Union permettrait d’alimenter par voie maritime depuis les grands ports de la côte nord-est du pays. McClellan comptait aussi sur la marine pour accompagner et appuyer sa progression le long de la Péninsule, en remontant le cours de la James. Il dut toutefois abandonner cette idée avant même que l’opération ne commence, car la mise en service du cuirassé sudiste CSS Virginia avait mis l’U.S. Navy sur la défensive. Le navire confédéré allait faire peser sur la flotte nordiste une menace, plus fictive que réelle, mais prise très au sérieux par le commandement fédéral.

Du reste, McClellan ne pouvait pas se permettre de laisser quoi que ce fût au hasard. Il était à la tête d’une des plus grandes opérations amphibies jamais lancée jusque-là. En trois semaines, les navires de transport effectuèrent d’incessantes rotations entre Washington et la Péninsule pour y acheminer une armée de plus de 120.000 hommes, 250 canons et 15.000 chevaux. Ces forces venaient s’ajouter à la garnison de la forteresse Monroe, forte de 12.000 hommes. Cette dernière avait été initialement placée sous le commandement de Benjamin Butler, mais ce dernier venait d’être appelé à prendre la tête de l’expédition contre la Nouvelle-Orléans. Il fut remplacé par John Wool, le seul général d’avant-guerre à être encore en poste – et toujours compétent malgré ses 77 printemps, qui en faisaient le général le plus âgé de cette guerre.

wool500aoInitialement, McClellan avait divisé l’armée du Potomac en douze divisions qu’il s’estimait parfaitement capable de coordonner directement, sans l’établissement d’un échelon intermédiaire dans la chaîne de commandement. En dépit de son inexpérience de la chose militaire, Lincoln se montra préoccupé par les difficultés que risquaient d’amener une structure aussi décentralisée. Le 13 mars, il court-circuita McClellan et forma par décret quatre corps d’armée de trois divisions chacun, un échelon jamais employé jusque-là dans l’armée américaine. Numérotés de I à IV, ces corps furent confiés respectivement à Irvin McDowell, Edwin Sumner, Samuel Heintzelmann et Erasmus Keyes.

Ce ne fut pas la seule ingérence de Lincoln dans l’organisation de l’armée du Potomac. McClellan comptait bien employer la totalité de ses forces au cours de la campagne, mais le président tenait à conserver à Washington des moyens suffisants pour protéger la capitale d’une attaque impromptue de la part des Confédérés. Lincoln retint ainsi le Ier Corps et une des divisions du IIème. Devant l’insistance de McClellan, il accepta de lui laisser une des divisions de McDowell. Le président lui promit également que le reste du Ier Corps irait le rejoindre par voie terrestre, si la situation le permettait. Cet espoir ne se concrétisa pas, et les 30.000 hommes de McDowell furent bientôt envoyés à la poursuite des Sudistes de Stonewall Jackson dans la vallée de la Shenandoah.

Des forces disproportionnées

holmes750aaFace à cette puissance écrasante, du moins sur le papier, la Confédération n’avait guère que 70.000 hommes pour couvrir toute la Virginie, Shenandoah exceptée. J.E. Johnston commandait directement sa force principale de 43.000 soldats, désormais basée à Culpeper. Cette armée fut rebaptisée formellement « armée de Virginie septentrionale » en mars 1862 ; jusque-là, elle avait porté le même nom que sa contrepartie nordiste, l’armée du Potomac. Cette position était très éloignée de la Péninsule, mais elle présentait l’avantage d’être située sur la ligne de chemin de fer d’Orange et d’Alexandria. Cette dernière permettrait le cas échéant de transporter facilement l’armée à Richmond, via Charlottesville et le chemin de fer de Virginie centrale. Toutefois, Johnston devait faire face à la puissante garnison de Washington et au Ier Corps de McDowell, une menace qui fixait au moins une partie de ses forces à Culpeper.

Trois autres détachements principaux couvraient la droite du dispositif sudiste. Les 6.000 soldats de Theophilus Holmes tenaient Fredericksburg, par laquelle passait l’itinéraire le plus direct pour aller de Washington à Richmond. Mais c’était également le plus facile à protéger : les défenses de la ville s’appuyaient sur le Rappahannock, dont le cours s’élargissait rapidement, et leur gauche était couverte par d’épaisses forêts. Dans la Péninsule, John Magruder commandait une force de 11.000 hommes initialement destinée à protéger Richmond contre une entreprise des troupes nordistes de la forteresse Monroe. La principale ligne de défense de Magruder se trouvait à Yorktown, à l’endroit même où les forces franco-américaines de Washington et La Fayette avaient infligé en 1781 une défaite décisive aux Britanniques, les obligeant à reconnaître l’indépendance des États-Unis d’Amérique. Enfin, la base navale de Norfolk, de l’autre côté de l’estuaire de la James, était défendue par 9.000 hommes aux ordres de Benjamin Huger.

magruder500abMagruder profita autant qu’il put de ses avantages géographiques. Le terrain était difficile : boisée, coupée de nombreux ruisseaux et rivières, la Péninsule n’était traversée que par deux routes courant parallèlement aux côtes. Le général sudiste établit un camp retranché à Yorktown, et étendit ses défenses pour barrer la Péninsule dans toute sa largeur en s’appuyant sur la rivière Warwick. Il y établit notamment cinq barrages afin d’en élargir le cours. Ces fortifications de campagne reçurent assez vite le surnom de « ligne Warwick ». Magruder installa également des batteries à Gloucester Point, en face de Yorktown. Placées à un endroit où la York se resserre sensiblement, elles suffisaient à interdire toute tentative nordiste sur la rivière. Seul problème, mais de taille : Magruder était loin d’avoir suffisamment de troupes pour tenir efficacement la quinzaine de kilomètres de la « ligne Warwick ».

Quelques jours avant que les troupes nordistes n’entament leur transport vers la forteresse Monroe, le président confédéré Jefferson Davis procéda à un transfert dont il aurait deux mois et demi plus tard toutes les raisons de se féliciter. Estimant que la disgrâce de Robert Lee avait duré suffisamment duré, il le rappela à Richmond le 13 mars. Le général Lee fut ainsi nommé conseiller militaire spécial du président. Sa première action à ce poste fut de faire établir autour de Richmond un complexe réseau de fortifications de campagne, dans le même style que celui dont il avait ceinturé Savannah. Ces préparatifs ne firent que s’accélérer lorsqu’il se confirma que l’armée du Potomac s’était transportée dans la Péninsule.

Le siège de Yorktown

YorktownDès les premiers jours de l’opération, McClellan aurait eu assez de troupes à sa disposition pour balayer la petite armée de Magruder. Il n’en fit rien, préférant attendre que ses forces soient au complet. Demeurant dans le voisinage immédiat de la forteresse Monroe, il ne lança ses 120.000 hommes en direction de Yorktown que le 4 avril. Les premiers éléments nordistes arrivèrent le lendemain au contact de la « ligne Warwick ». Le IVème Corps de Keyes stoppa net sa progression lorsqu’il tomba sur la division sudiste de Lafayette McLaws au barrage de Lee’s Mill. Après une brève escarmouche entre tirailleurs, Keyes attendit son artillerie, avec laquelle il fit bombarder sans résultat les lignes adverses. Dans la foulée, les IIème et IIIème Corps s’installèrent respectivement au centre et à droite de la ligne de l’Union.

Le 6 avril, les forces nordistes lancèrent une série de reconnaissances dont une, en force, à la hauteur du « barrage numéro 1 », juste en amont de Lee’s Mill. La brigade de Winfield Scott Hancock, qui en était chargée, progressa assez facilement, preuve que la ligne confédérée était assez mince à cet endroit. Faisant preuve de l’agressivité et de l’allant dont il serait coutumier par la suite, Hancock rapporta aussitôt ce point faible à ses supérieurs. Mais ceux-ci ne l’écoutèrent pas. Keyes comme McClellan s’étaient rapidement persuadés que les retranchements sudistes étaient trop solides pour être pris d’assaut. À leur décharge, « Prince John » Magruder, comme on l’appelait, n’avait pas ménagé sa peine dans le registre des ruses de guerre. Le général sudiste faisait marcher à longueur de journée ses troupes d’un bout à l’autre de ses lignes et faisait donner des ordres dans le vide, le tout de la manière la moins discrète possible. Ce coup d’esbroufe réussit au-delà de toute espérance : convaincu que Magruder disposait d’au moins 40.000 hommes et que Johnston était en train d’arriver avec 60.000 autres, McClellan jugea plus prudent d’entamer un siège.

Yorktown1862Carte figurant la disposition des troupes durant le siège de Yorktown, du 5 avril au 4 mai 1862. Copyright Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

Yorktown-Siege-001Cette décision surprit autant les Sudistes qu’elle consterna Lincoln. Une nouvelle fois, George McClellan s’était laissé aller à sa pusillanimité naturelle. À l’écouter, il semblait qu’où qu’il se trouve, l’ennemi lui était égal voire supérieur en nombre, en dépit de toute logique. Rechignant à rechercher la bataille décisive, le général nordiste écoutait avec complaisance les rapports déformés et pessimistes que lui transmettaient ses services de renseignement – et l’utilisation des ballons d’observation de Thaddeus Lowe n’y changea rien. Dans le même temps, McClellan minimisait ses propres effectifs dans ses comptes-rendus, afin de pouvoir justifier de ses incessantes demandes de renforts. Ceux-ci n’arrivaient qu’au compte-gouttes. Un Vème Corps fut constitué à Washington et confié à Nathaniel Banks dans ce but, mais il fut aussitôt dissout puis envoyé dans la vallée de la Shenandoah.

L’armée du Potomac passa l’essentiel du mois d’avril à creuser tranchées et abris en vue de l’installation d’un imposant parc de siège : 70 canons et 40 mortiers lourds, dont les énormes pièces côtières de 13 pouces. La seule action à rompre la monotonie des travaux de siège eut lieu le 16 avril. S’il l’estimait impossible à prendre d’assaut, McClellan n’en avait pas moins noté le point faible que Hancock avait découvert le 6 avril. Lorsque les Confédérés commencèrent à en renforcer les défenses, McClellan craignit que cela ne remette en cause le déploiement de ses batteries en prévision du bombardement à venir. Il ordonna donc à la division de William Farrar « Baldy » Smith de procéder à une démonstration dans le secteur de Lee’s Mill, afin de perturber les travaux de l’ennemi. Les hommes de Smith traversèrent assez facilement la Warwick par le barrage numéro 1, mais McClellan veilla personnellement à ce que l’engagement demeure circonscrit, et les Nordistes se retirèrent faute de renforts. L’escarmouche en resta là, et le siège se poursuivit.

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