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Guerre de Sécession : la campagne de la Péninsule (3/4)

Cornwallis-CavePendant que les Fédéraux assiégeaient Yorktown, les Sudistes n’étaient pas restés inactifs. Johnston envoya des renforts à Magruder, d’abord graduellement, puis plus massivement lorsqu’il s’avéra que les manœuvres de Jackson dans la vallée de la Shenandoah drainaient l’essentiel des forces fédérales dans le nord de la Virginie. À la fin du mois d’avril, Johnston avait pris le commandement direct des forces installées à Yorktown, où il disposait de 57.000 hommes. C’était trop peu à son goût, toutefois, et le général sudiste demanda à se replier sur Richmond. Le président Davis, sur l’avis du général Lee, le lui refusa tout net.

 

De Yorktown à Richmond

Pourtant, la « ligne Warwick » n’allait pas pouvoir être tenue bien longtemps. Johnston n’était aucunement désireux d’y laisser ses troupes subir le bombardement de l’artillerie nordiste, qu’il savait redoutable, dans les abris de fortune qu’offraient les fortifications établies par Magruder. Or, début mai, il était manifeste que ce bombardement était imminent – de fait, McClellan l’avait prévu pour le 5. Johnston décida de passer outre les ordres du président, mais cette fois de manière plus ordonnée qu’à Manassas, où d’importants stocks de matériel avaient dû être détruits faute de pouvoir être emportés à temps. Le 3 mai, il fit partir son train de ravitaillement vers la capitale. McClellan en fut presque aussitôt informé par des esclaves en fuite ayant traversé les lignes sudistes, mais il refusa de les croire.

La suite des événements parut d’abord lui donner raison. En fin de journée, les Confédérés entamèrent un bref mais violent bombardement d’artillerie. McClellan interpréta cette action comme le signe d’une attaque imminente : après tout, n’estimait-il pas être en présence d’un ennemi aussi nombreux que lui ? Il fit donc mettre ses troupes sur la défensive en attendant l’assaut ennemi. Celui-ci, toutefois, ne vint pas. Comme le ferait plus tard dans le même mois le général Beauregard à Corinth, ce bombardement n’était qu’une feinte pour masquer le repli de ses troupes, parfaitement exécuté durant la nuit. Lorsque le lendemain matin on découvrit que la ligne Warwick était vide et que Yorktown avait été évacuée, McClellan n’en revint pas.

Fortifications-VirginiaPeu désireux de voir à nouveau Johnston s’échapper à son insu, le général nordiste se lança aussitôt à sa poursuite. Il ordonna à George Stoneman de coordonner l’action de ses unités de cavalerie, mais celle-ci fut peu efficace. Les forces montées de l’armée du Potomac étaient éclatées et dispersées à travers les différents échelons de la chaîne de commandement, ce qui laissait peu de troupes disponibles à la réserve de cavalerie. L’organisation ad hoc hâtive de cette dernière, avec des régiments peu habitués à manœuvrer ensemble, ne fut pas faite pour augmenter l’efficacité de cavaliers déjà médiocrement entraînés à la base. Pour ces raisons, les cavaliers confédérés n’eurent pas trop de mal à tenir à distance leurs homologues nordistes. La cavalerie de l’armée de Virginie septentrionale formait déjà une brigade autonome depuis plusieurs mois, dont le commandement avait été confié à J.E.B. Stuart.

McClellan ne compta pas, heureusement pour lui, sur sa seule cavalerie pour assurer la poursuite. Il constitua une avant-garde de 41.000 hommes à partir d’éléments des IIIème (les divisions de Joseph Hooker et Philip Kearny, comprenant six brigades) et IVème Corps (divisions de Darius Couch, « Baldy » Smith et Silas Casey, cinq brigades en tout), qu’il confia à Edwin Sumner. McClellan profita également de l’ouverture de la rivière York, que l’abandon de Yorktown et des batteries de Gloucester Point avait permise, pour tenter un mouvement de flanc. Il envoya la division de William Franklin (trois brigades), fraîchement arrivée en renforts, remonter la rivière par bateau jusqu’au débarcadère d’Eltham’s Landing, d’où il pourrait couper la retraite de Johnston.

La bataille de Williamsburg

Chickahominy-RiverFace à la poursuite nordiste, Joseph Johnston se trouvait lui-même devant un sérieux problème. Si le siège de Yorktown avait été marqué par des conditions climatiques peu agréables, rendant difficile l’existence des soldats des deux camps, les pluies s’étaient intensifiées. Or, la route de Richmond courait le long de la rivière Chickahominy, régulièrement sujette à des crues importantes, et dont les rives boueuses étaient devenues difficilement praticables aux chariots de l’armée sudiste en pleine retraite. Johnston avait besoin de livrer une action retardatrice pour donner à son train de ravitaillement la possibilité d’échapper aux Fédéraux.

À cette fin, il détacha environ la moitié de son armée pour faire volte-face et retarder l’ennemi. Le lieu choisi fut la ville de Williamsburg, où une position secondaire, appelée fort Magruder, avait été préalablement établie. Cette puissante arrière-garde comportait la division de James Longstreet, qui assumait le commandement d’ensemble, ainsi que des éléments de celles de McLaws et Daniel Harvey Hill, pour un total de onze brigades et 32.000 hommes. Ayant toujours considéré la rivière York comme un point faible dans son dispositif, Johnston anticipa la manœuvre fluviale de McClellan et envoya 11.000 hommes vers Eltham’s Landing : deux brigades de la division de William Whiting renforcées par la légion Hampton, le tout sous les ordres de Gustavus Smith.

Peninsula_Campaign_March_17_-_May_31_1862Résumé des opérations de la campagne de la Péninsule, de mars à mai 1862. Carte de Hal Jespersen, www.cwmaps.com.

Johnston fut conforté dans cette idée lorsque la cavalerie nordiste s’approcha du fort Magruder dès l’après-midi du 4. Elle en fut assez rapidement rejetée, mais l’infanterie n’était pas loin derrière. Les « torpilles terrestres » (mines) dont les Confédérés avaient piégé leurs fortifications à Yorktown ne retardèrent guère la poursuite. Hormis tuer quelques infortunés Yankees, ces nouvelles armes avaient surtout mis les Nordistes dans une rage folle, McClellan se promettant de les faire désamorcer par des prisonniers sudistes. Vers 17h30, la division de « Baldy » Smith tenta, sur sa lancée, d’attaquer les retranchements confédérés encore incomplètement occupés. Cependant, les Nordistes durent avancer sans reconnaissance préalable à travers un terrain très boisé entrecoupé de ravins, le tout dans une obscurité grandissante. Les unités de Smith se perdirent, trébuchèrent les unes sur les autres, se tirant parfois dessus par méprise. La confusion devint telle qu’il fallut annuler l’attaque avant même qu’elle ait commencé.

fortifications-Confederate-014L’engagement repris le lendemain vers 7 heures, et fut marqué par un manque de coordination entre les divers éléments de l’armée du Potomac, qui participaient là à leur première bataille rangée sous cette organisation. La division Hooker était théoriquement à la disposition de Sumner, mais Heintzelmann, duquel elle dépendait habituellement, avait ordonné à son chef d’entrer si possible le premier à Williamsburg. Pour cette raison, Hooker assaillit le fort Magruder sans attendre de renforts et brigade après brigade. Malgré tout, l’attaque parvint à faire reculer les deux brigades de la division Longstreet qui se trouvaient là. Cependant, le général sudiste rameuta bientôt le reste de ses forces et contre-attaqua. Un combat incertain fit rage toute la matinée dans un bois situé sur la gauche de Hooker, mais l’afflux des réserves sudistes finit par faire pencher la balance du côté de Longstreet.

En début d’après-midi, la division Hooker se trouvait en mauvaise posture, ayant engagé toutes ses réserves et manquant de munitions. Un de ses régiments, le 70ème de New York, permit de gagner deux heures précieuses, y laissant au passage la moitié de ses hommes. Ce fut suffisant pour permettre à une brigade du IVème Corps, celle de John Peck, de venir prêter main forte à Hooker sur sa droite, aux alentours de 14 heures. L’attaque de Peck causa une panique momentanée sur la gauche de Longstreet, mais elle n’empêcha pas les Confédérés de s’emparer de deux des batteries de Hooker. C’était maintenant au tour des hommes de ce dernier d’être en proie à la confusion et seule l’arrivée opportune d’une batterie de réserve lui permit de rétablir une nouvelle position – sur laquelle s’aligna la brigade Peck, finalement repoussée elle aussi.

« Kearny le Magnifique »

L’arrivée au pas de course des trois brigades fraîches de la division Kearny porta à sept le nombre de brigades nordistes engagées, face aux six de la division Longstreet. De surcroît, les hommes de Kearny, s’ils étaient essoufflés par leur marche forcée dans la boue et sous la pluie, n’avaient pas encore combattu. Ils montèrent en ligne juste à temps pour accueillir l’avancée renouvelée des Sudistes. Philip Kearny était un personnage haut en couleurs à l’existence aventureuse. Il avait brièvement servi dans l’armée française et avait combattu en Algérie au sein des chasseurs d’Afrique, où sa témérité lui avait valu d’être surnommé « Kearny le Magnifique », puis avait été amputé du bras gauche en 1847, à la suite d’une blessure reçue pendant la bataille de Churubusco, au Mexique. Son handicap ne devait pas l’empêcher de se rengager dans l’armée française, puisqu’il devait gagner la Légion d’honneur à Solférino, en 1859.

Galopant l’épée à la main et les rênes entre les dents, il rallia par son courage insensé ce qui restait de la division Hooker et, avec ses propres troupes, lança une série de contre-attaques. Celles-ci parvinrent à stopper la progression sudiste, juste avant la tombée de la nuit. Simultanément, quatre des régiments de Kearny, détachés pour former une brigade ad hoc aux ordres de William Emory, parvinrent à trouver une faille sur la gauche de Longstreet – en l’occurrence une redoute que les Sudistes n’avaient pas jugé bon d’occuper. Cependant, l’obscurité dissuada Emory de poursuivre pleinement sur sa lancée, et cet avantage inattendu ne fut pas exploité par les Nordistes.

battle-of-williamsburg-revCarte du Civil War Preservation Trust synthétisant les mouvements de la bataille de Williamsburg, le 5 mai 1862.

 

hooker750aiPendant ce temps, le reste du IVème Corps n’était pas demeuré inactif. Sumner avait fait mener à la division de Baldy Smith des reconnaissances de bon matin. Elles avaient permis de repérer une redoute de terre que les Confédérés avaient négligé d’occuper. À 11 heures, Smith ordonna à Hancock d’emmener sa brigade, renforcée d’une partie de celle de John Davidson, occuper cet ouvrage. Ce fut accompli sans coup férir, et Hancock, ce faisant, découvrit une autre redoute, elle aussi inoccupée, et dont il s’empara également. De là, il pouvait aisément flanquer les retranchements établis juste au nord du fort Magruder, lesquels n’étaient plus occupés que par quelques éléments de la division Longstreet ne prenant pas part au combat contre la division Hooker. Malheureusement pour l’Union, Smith avait donné au bouillant Hancock des consignes de prudence que le Pennsylvanien avait décidé de suivre. Ayant l’ordre formel de ne pas lancer d’attaque générale, il se contenta de faire bombarder les positions sudistes par son artillerie.

Contre toute attente, ce bombardement fit paniquer les défenseurs, qui évacuèrent non seulement les deux redoutes, mais également le fort Magruder lui-même. Hancock n’avait plus qu’à avancer pour prendre tout le dispositif confédéré à revers. Mais sa petite force était isolée et privée de soutien. Sumner l’autorisa cette fois à attaquer et voulut lui envoyer la brigade de William Brooks et ses cinq régiments du Vermont, mais la situation sur l’aile gauche était devenue réellement critique. En attendant l’arrivée encore incertaine des hommes de Kearny à la rescousse de Hooker, Sumner garda la brigade du Vermont en réserve, et vers 14 heures, ordonna à Hancock de se replier de sa position exposée.

Heureuse désobéissance

hancock500bzHancock, cependant, perdit son sang-froid et n’en fit rien – ce qui, paradoxalement, allait le faire acclamer en héros après la bataille. Pendant plus de deux heures, il échangea par estafette interposée avec ses supérieurs pour les convaincre de changer d’avis, sûr de pouvoir s’emparer facilement du fort Magruder s’il était rapidement renforcé. Pendant ce temps, Longstreet put rameuter la division de D.H. Hill, lui ordonnant de reprendre la position occupée par les Nordistes. La brigade de tête, commandée par Jubal Early, fut lancée en avant avec une telle précipitation que sa progression complètement désordonnée aboutit à un carnage. Séparés du reste de la brigade, seuls deux régiments chargèrent la position nordiste. Ils furent accablés de mitraille et de balles, et Early eut l’épaule fracassée par l’une de ces dernières. Malgré tout, ils se rapprochèrent suffisamment des canons nordistes pour que Hancock commence à se retirer graduellement et en bon ordre.

Il fit bientôt volte-face lorsqu’il réalisa que l’attaque sudiste était à bout de souffle. Menée au moment où D.H. Hill ordonnait aux éléments avancés de la brigade Early de se retirer, la contre-attaque fédérale, menée à la baïonnette, les mit en déroute. La bataille s’acheva sur cette action. Ce n’avait pas été une petite affaire : les pertes totales avoisinaient 4.000 tués et blessés – 2.300 Nordistes et 1.700 Sudistes – soit presque autant qu’à Bull Run. L’issue en avait été indécise, et les deux camps en firent une victoire à mettre à leur crédit. McClellan estima que son avant-garde avait repoussé avec succès une attaque menée par une force ennemie supérieure en nombre, et fit l’éloge de Hancock. Dans son rapport, il qualifia sa conduite de « superbe », un adjectif que la presse nordiste reprit pour en faire un surnom, dont Hancock resta affublé par la suite.

Néanmoins, sur le plan stratégique, l’avantage resta au Sud. Les contre-attaques de Longstreet n’avaient pas mis l’ennemi en déroute et avaient finalement été repoussées, mais elles avaient permis de gagner un temps précieux. Le débarquement tardif de la division Franklin à Eltham's Landing, le 6 mai, n’aboutit à rien. Elle fut aussitôt confrontée aux hommes de Gustavus Smith ; l’escarmouche qui s’ensuivit vit les Fédéraux se mettre à l’abri de leurs canonnières ancrées sur la rivière York. Après un bref duel d’artillerie les Sudistes se retirèrent, mais Franklin échaudé par cette rencontre inattendue ne chercha pas à les pourchasser. Les batailles de Williamsburg et Eltham's Landing avaient effectivement mis un terme à la poursuite fédérale, et l’armée de Johnston put s’installer sur ses nouvelles positions en bon ordre.

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