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Guerre de Sécession : la campagne de la Péninsule (4/4)

Headquarters-McClellan-001Début mai 1862, Abraham Lincoln, comme toujours pressé de voir McClellan passer à l’action, souhaita l’aiguillonner de nouveau, cette fois en lui rendant directement visite sur le front des troupes. Le hasard fit que Lincoln débarqua à la forteresse Monroe le 6 mai, au lendemain de la bataille de Williamsburg. Le chef de l’armée du Potomac prit prétexte des opérations en cours pour ne pas rencontrer le président. Ce dernier ne s’en offusqua nullement : il y était habitué, McClellan lui ayant déjà fait à plusieurs reprises le même affront, parfois en des circonstances extrêmement impolies. Une des qualités les plus précieuses de Lincoln était sa capacité à mettre de côté sa vanité personnelle lorsque cela pouvait lui profiter à plus long terme – une capacité dont son homologue sudiste était parfaitement dépourvu. Ainsi, il n’avait pas hésité à dire de McClellan : « Je veux bien tenir les rênes de son cheval s’il remporte des victoires ».

 

Retour à Norfolk

Accompagné de Stanton et du secrétaire au Trésor Salmon Chase, Lincoln réalisa rapidement, en dépit de son inexpérience en la matière, que l’évacuation de Yorktown et le repli de Johnston sur Richmond laissait la base navale de Norfolk en position très avancée. Sachant que McClellan jetterait de hauts cris s’il s’avisait de lui retirer les forces nécessaires pour mener une opération contre le port, le président nordiste improvisa et entreprit de donner directement ses ordres aux forces à sa disposition : la garnison de la forteresse Monroe et l’escadron de blocus de l’Atlantique Nord. Il ordonna à la flotte de bombarder les batteries côtières sudistes faisant face à la forteresse, ce qui fut exécuté avec succès le 8 mai.

Une fois cette menace éliminée, l’armée débarqua quelques éléments en vue d’une reconnaissance, à laquelle Lincoln tint à prendre part personnellement – une des rares instances où l’on devait le voir assister directement aux opérations. Les Fédéraux ne rencontrèrent que peu de résistance. De fait, Benjamin Huger était sur le point de replier ses 9.000 Sudistes : sans espoir d’être renforcé, il interpréta les opérations fédérales comme les prémices d’un débarquement plus important. Le 9 mai, il abandonna précipitamment Norfolk. Le lendemain, les soldats de John Wool occupèrent la ville pratiquement sans combattre, récupérant quasiment intact l’arsenal que les Confédérés avaient pris un an auparavant.

huger500aaLa perte de Norfolk scellait complètement l’estuaire de la James au profit de l’Union : la rivière était désormais interdite à toute navigation sudiste, même aux plus audacieux forceurs de blocus. Le commodore Tattnall fit replier sa flottille en direction de Richmond, sauf le CSS Virginia qui avait trop de tirant d’eau pour aller jusque-là ; le cuirassé fut sabordé le 11 mai, après que ses canons eussent été transbordés à terre. La marine de l’Union était libérée de celui qui avait été jusque-là son plus dangereux ennemi, et la capitale confédérée se voyait définitivement privée de son accès le plus direct à la mer. C’était désormais Wilmington, en Caroline du Nord, qui jouerait le rôle d’extension portuaire de Richmond, grâce à la protection du redoutable fort Fisher.

Il restait toutefois un problème de taille pour la Confédération. Norfolk et le Virginia n’étaient plus là pour protéger Richmond de la flotte nordiste et en particulier de l’USS Monitor. Le risque de voir une flottille nordiste remonter la James et braquer ses canons sur la ville, comme cela s’était produit à plusieurs reprises dans l’Ouest au cours des mois précédents, fut pris au sérieux. La seule chose qui s’interposait désormais entre la flotte nordiste et la capitale de la Confédération était une position improvisée baptisée fort Darling, située à 11 kilomètres en aval du centre de Richmond. Le fort Darling se trouvait au sommet d’une falaise surplombant de 34 mètres le cours de la rivière, au milieu d’un méandre de celle-ci. Le propriétaire du terrain était un certain capitaine Augustus Drewry, et la falaise était pour cette raison baptisée Drewry’s Bluff. Accessoirement, Drewry commandait la batterie d’artillerie installée dans le fort.

La bataille de Drewry’s Bluff

Drewrys-Bluff-001Aussitôt après l’évacuation de Norfolk, les Sudistes entreprirent de renforcer les défenses de Drewry’s Bluff avec tout ce qu’ils purent trouver. L’armée étant elle-même toute occupée à préparer les défenses de Richmond contre l’attaque à venir de McClellan, cette charge échut principalement à la marine. Les canons récupérés sur le Virginia y furent emmenés en toute hâte, portant à huit le nombre de pièces installées dans le fort Darling. Une autre batterie fut improvisée en amont avec les pièces débarquées de la canonnière CSS Patrick Henry. Un détachement de fusiliers marins et de matelots tirés des équipages de la flottille de la James, commandé par le capitaine de frégate Ebenezer Farrand, renforça la garnison du fort. Enfin, tout ce qu’il était possible de trouver fut réquisitionné pour tenter d’obstruer le cours de la James, et plusieurs navires furent sabordés.

Dans le camp nordiste, on ignorait tout de ces fiévreux préparatifs, mais on était bien décidé à tester ce que valaient les défenses fluviales de Richmond. Pour cette reconnaissance, le commodore Goldsborough, qui commandait l’escadron de blocus de l’Atlantique Nord, détacha ses meilleurs navires pour les confier au capitaine de frégate John Rodgers. Rendu disponible par le sabordage du Virginia, l’USS Monitor se vit renforcé par un autre cuirassé expérimental plus conventionnel, l’USS Galena. Il leur fut adjoint un autre navire expérimental : la canonnière cuirassée USS Naugatuck, dotée d’un système de ballasts qui permettait de réduire son franc-bord en enfonçant sa coque dans l’eau, réduisant d’autant la cible qu’elle présentait à l’ennemi. Deux canonnières en bois complétaient l’ensemble, l’USS Aroostook à hélices et l’USS Port Royal à roues.

uss_galenaLe 13 mai, les cinq navires nordistes appareillent du chenal de Hampton Roads pour remonter, sans opposition, l’estuaire de la James jusqu’à City Point. Une fois passé Bermuda Hundred, cependant, le cours de la rivière se resserre. Les rives s’avèrent infestées de tireurs confédérés, et des échanges de tirs sporadiques entre eux et les marines embarqués sur les bateaux rythment la progression. Cette dernière est ralentie lorsque le Galena s’échoue, mais aucune force ne vient imprimer de coup d’arrêt aux navires nordistes. Dans Richmond angoissée, où l’on suit d’heure en heure l’avancée de la flottille ennemie, les fonctionnaires de la Confédération commencent à faire emballer leurs archives. Le capitaine Rodgers, pour sa part, se met à espérer pouvoir égaler les exploits de Foote à Nashville et Farragut à la Nouvelle-Orléans, en soumettant la capitale rebelle avec ses navires.

À 7h45 le 15 mai, la flotte nordiste arrive en vue de Drewry’s Bluff. Rodgers s’approche au plus près avec le Galena, mais le navire ne tarde pas à se retrouver pratiquement bloqué par les débris et les épaves, qui rendent la manœuvre difficile. Le fort Darling l’accueille par un feu plongeant extrêmement nourri et très vite, le blindage du Galena se montre insuffisant. Le tir des Sudistes est si précis que Rodgers doit ordonner à ses navires les plus faibles, la Naugatuck et les deux canonnières en bois, de se repositionner en aval pour se mettre plus à l’abri. Le duel d’artillerie va durer plus de quatre heures, mais les navires de l’Union échoueront à réduire au silence les positions confédérées.

Federal-WagonsLa hauteur de Drewry’s Bluff s’avère être aussi un avantage défensif. Le Monitor est invulnérable aux projectiles ennemis mais ses deux gros canons n’ont pas suffisamment d’élévation pour atteindre le sommet de la falaise, si bien que l’impact du cuirassé sur la bataille s’en trouve réduit. La Naugatuck doit se retirer lorsque son canon Parrott de 100 livres explose accidentellement, réduisant encore un peu plus la puissance de feu utile des Nordistes. Le Galena reçoit durant le combat une cinquantaine de projectiles, dont la moitié environ passe à travers son blindage. Vers midi, alors qu’il est sur le point de manquer de munitions, Rodgers se résout à battre en retraite. Les habitants de Richmond peuvent pousser un soupir de soulagement : leur ville est sauvée… provisoirement.

Richmond assiégée

Car si la menace fluviale était écartée, la menace terrestre, pour sa part, était toujours là. Certes, elle ne se fit pas tout de suite pressante après les batailles de Williamsburg et d’Eltham’s Landing. Toujours convaincu d’être inférieur en nombre à son adversaire et échaudé après les combats d’arrière-garde livrés par les Confédérés, McClellan n’avança que précautionneusement son armée. À sa décharge, le mois de mai fut tout aussi pluvieux que celui d’avril. La Chickahominy déborda de plus belle, transformant en fondrière la route menant à Richmond. Cette situation allait s’avérer surtout problématique pour le passage du ravitaillement. Le génie nordiste dut travailler d’arrache-pied pour jeter des ponts sur ses eaux bouillonnantes, tandis que les soldats recouvraient inlassablement les chaussées de rondins pour les rendre praticables.

encampment-PamunkeyDans ces conditions, les épidémies continuèrent à faire des ravages dans les rangs de l’armée du Potomac. La crue alimenta les marécages des environs, desquels des nuées de moustiques s’abattirent sur les troupes. La malaria toucha de nombreux soldats, et McClellan lui-même en fut atteint. À la fin du mois, les pertes au combat et les maladies avaient fait tomber ses effectifs à 105.000 hommes. Cela ne l’empêcha pas de réorganiser ses forces, créant deux nouveaux corps d’armée en combinant la division Franklin à la division de réserve et en amputant les IIIème et IVème Corps d’une division chacun. Le commandement des Vème et VIème Corps ainsi formés échut respectivement à Fitz-John Porter et William Franklin, chacun des cinq corps présents comptant désormais deux divisions.

Fin mai, cependant, l’étau nordiste commença à se resserrer autour de Richmond. Les Fédéraux utilisèrent à leur profit le petit port de West Point, situé à l’endroit où les rivières Pamunkey et Mattaponi se rejoignaient pour former la rivière York. La Richmond and York River Railroad qui en partait servit d’axe de ravitaillement pour l’armée du Potomac, et permit également d’acheminer en première ligne les énormes canons dont McClellan estimait qu’il aurait besoin pour assiéger Richmond. Alors que les Nordistes se rapprochaient des lignes confédérées pour les tester, accrochages et escarmouches se multiplièrent à moins de 15 kilomètres de la capitale sudiste. Comme lors de l’expédition nordiste sur la James un peu plus tôt, une atmosphère de fin de règne s’installa sur Richmond.

Thaddeus-Lowe-BalloonMcClellan n’avait cependant pas l’intention de frapper tout de suite. Son souci immédiat était – comme toujours – d’obtenir des renforts, et il espérait encore que le Ier Corps de McDowell pourrait venir le rejoindre depuis le nord de la Virginie. Encore fallait-il pour cela lui assurer une voie d’accès au reste de l’armée. Pour cette raison, McClellan fit étendre ses lignes en direction du nord-ouest, afin de se mettre à portée des lignes ferroviaires des Richmond, Fredericksburg & Potomac Railroad et du Virginia Central Railroad, qui remontaient vers le nord en direction de Washington. Johnston contra ce mouvement en envoyant vers le nord la brigade de Lawrence Branch, récemment ramenée de Caroline du Nord et renforcée d’éléments des trois armes.

Ce mouvement attira l’attention de McClellan qui, estimant sa droite menacée, expédia le Vème Corps en direction de Hanover Court House, où le Virginia Central enjambait la rivière Pamunkey. Le 27 mai, les troupes de Porter y accrochèrent celles de Branch. Les forces en présence étaient très déséquilibrées – 12.000 Nordistes contre 4.000 Sudistes – et les Fédéraux, ayant l’avantage du nombre, finirent par mettre en déroute la petite armée de Branch, faisant plusieurs centaines de prisonniers. Cette nette victoire nordiste eut néanmoins un effet pervers : elle focalisa l’attention de McClellan sur une menace – plus imaginaire que réelle – pesant sur son aile droite et, ce faisant, l’empêcha de renforcer convenablement sa gauche – une situation qui allait manquer de provoquer un désastre, quelque jours plus tard, pour les Nordistes.

 

Sources

Article général sur la campagne de la Péninsule.

Présentation animée de la campagne.

Un article consacré à la relation difficile entre McClellan et Lincoln.

Le site de la McClellan Society. Il présente l’intérêt d’aborder le personnage sous un angle plus flatteur que la plupart des auteurs.

Biographie de Simon Cameron.

Biographie de Joseph E. Johnston.

Le rapport de Beauregard sur la bataille de Bull Run.

Page sur l’organisation de l’armée du Potomac en avril 1862.

La page du Civil War Preservation Trust consacrée au siège de Yorktown, avec cartes et articles connexes.

Harry H. RICKER III, The battle of Williamsburg, en ligne [consulté le 29 janvier 2012]. Ce long article, très détaillé, cherche en outré à réhabiliter McClellan.

La page du CWPT sur la bataille de Williamsburg.

Article sur la bataille d’Eltham’s Landing.

Article sur la bataille de Drewry’s Bluff.

- Les entrées du Dictionary of American Naval Fighting Ships pour chacun des cinq navires engagés détaillent leur participation à l’engagement : USS Monitor, USS Galena, USS Naugatuck, USS Aroostook et USS Port Royal.

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