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Guerre de Sécession : la campagne de la Vallée (1/4)

220px-Stonewall_Jackson_-_National_Portrait_GalleryLors de la bataille de Bull Run en juillet 1861, le général confédéré Thomas Jackson avait gagné à la fois son surnom de Stonewall et une réputation de bon tacticien. Néanmoins, pour le Virginien, le meilleur était encore à venir. Cette fois, c’est une image de stratège brillant et insaisissable qu’il allait gagner, à l’issue d’une campagne éclair dans la vallée de la Shenandoah, au printemps 1862. Une opération tellement emblématique qu’elle reste encore aujourd’hui connue principalement comme la « Campagne de la Vallée », bien que la guerre de Sécession ait traversé d’autres vallées et que celle de la Shenandoah ait connu d’autres campagnes.


 

Singulier personnage

Après sa prestation remarquée à Bull Run, Thomas Jonathan Jackson fut promu major-général à seulement 37 ans. Ce descendant d’une des premières familles européennes à s’être installée dans la vallée de la Shenandoah présentait une personnalité pour le moins pittoresque – particularité grandement amplifiée par la légende qui viendrait plus tard entourer le personnage. Orphelin de père à deux ans et de mère à sept, Jackson fut élevé par ses oncles. Il reçut une éducation profondément religieuse qui le marqua pour le restant de ses jours, et en conçut une attitude ambiguë vis-à-vis de l’esclavage – ce qui ne l’empêchera pas de lutter jusqu’à la dernière extrémité pour défendre une nation dont la servitude était un des fondements idéologiques. Dès sa jeunesse pourtant, il n’hésita pas à apprendre à lire à des esclaves, chose alors interdite en Virginie comme dans le reste des États esclavagistes.

Virginia_Military_InstitueAutodidacte mais travailleur acharné, il entra à West Point en 1842 avant de servir dans l’armée au Mexique. Il y gagnera la bagatelle de trois promotions, une régulière et deux par brevet, qui en feront sans doute le soldat le plus « décoré » (à l’époque, l’armée des États-Unis ne distribue aucune médaille) du conflit. Malgré cela, il quitta l’armée en 1851 pour devenir enseignant au sein de l’Institut militaire de Virginie à Lexington, dans sa Shenandoah natale. Durant cette période, il continua à enseigner à des Noirs, libres ou non. Ces derniers l’adulaient, au contraire de ses élèves de l’Institut, qui détestaient ses méthodes d’enseignement rigides et basées sur l’apprentissage par cœur. Lorsque la guerre éclata, Jackson se mit tout naturellement au service de la Virginie, puis de la Confédération.

Jackson allait se rendre célèbre autant pour sa personnalité singulière que pour son style de commandement. Très à cheval sur la discipline, le Virginien entendait bien que ses ordres soient exécutés à la lettre. Il ne tolérait aucun échec de la part de ses subordonnés, même s’ils avaient de bonnes excuses, et n’hésitait jamais à faire traduire en cour martiale ceux qui échouaient à accomplir leur mission. Leur tâche se voyait compliquée par Jackson lui-même, qui ne confiait ses plans à personne. Passé maître dans l’art de tromper ses ennemis, « Stonewall » l’était également dans celui de mystifier ses propres officiers – ce qui n’allait pas sans poser, parfois, quelques problèmes dans l’exécution de ses plans.

Stonewall_Jackson_on_Little_SorrelStrict, religieux – il était aussi diacre presbytérien, Jackson était absolument dépourvu de toute forme d’humour. Bien qu’étant de toute évidence de santé médiocre, il avait également des tendances hypochondriaques. Il fut toute sa vie persuadé d’avoir un bras plus court que l’autre, ce qui le poussait constamment à lever le bras censément plus long pour « équilibrer la circulation sanguine ». Ayant été artilleur, il avait laissé au Mexique une partie non négligeable de son acuité auditive. James McPherson décrit encore quelques autres de ses excentricités, réelles ou supposées : « […] Jackson n’arrêtait pas de sucer des citrons pour soulager ses mots d’estomac et refusait de poivrer ses aliments parce que (disait-il) cela lui faisait mal à la jambe gauche ». Enfin, son acharnement au travail le conduisait à veiller extrêmement tard, ce qu’il payait en retour en s’endormant de manière impromptue et irrépressible dans n’importe quelles circonstances.

Sur le plan de l’apparence, Jackson n’était pas en reste. Le général sudiste se promenait pour ainsi dire en permanence vêtu d’une capote de simple soldat, usée jusqu’à la corde et maculée de boue. Pour ne rien arranger, il montait – mal – une jument famélique baptisée Little Sorrel, juché sur des étriers trop courts et coiffé d’une casquette défraîchie de l’Institut militaire de Virginie. Toutes ces bizarreries avaient conduit ses soldats à le surnommer Old Tom Fool (« Tom le vieux fou »). Ils étaient encore bien loin de se douter qu’il ferait d’eux une des unités d’élite de la Confédération, ni qu’ils lui voueraient une admiration sans bornes en dépit de ses travers.

gennpbanksL’expédition de Romney

Le 22 octobre 1861, Jackson reçut le commandement du district militaire de la vallée de la Shenandoah. Longue d’environ 250 kilomètres, cette dernière constitue, en plein cœur de la Virginie, une sorte d’enclave coincée entre les montagnes de la Blue Ridge, à l’est, et la chaîne principale des Appalaches, à l’ouest. Il s’agit en fait d’un ensemble de vallées étroites séparées par des montagnes souvent abruptes. Elle doit son nom à la rivière Shenandoah, un affluent du Potomac, qui se jette dans celui-ci à Harper’s Ferry. La vallée présente la particularité d’être orientée du sud-ouest vers le nord-est, ce qui en fait une sorte d’avenue pour circuler dans le sens nord-sud et inversement – contrairement aux fleuves côtiers de Virginie, qui coulent d’ouest en est et forment de ce fait autant d’obstacles pour une armée.

De par son caractère enclavé, la vallée de Shenandoah a favorisé chez ses habitants l’émergence d’une forte identité culturelle. À tel point qu’en Virginie, la vallée de la Shenandoah est simplement appelée « la Vallée », de la même façon que la péninsule entre les rivières James et York était baptisée « la Péninsule ». La Vallée allait être amenée à jouer un rôle important au cours de la guerre de Sécession, et de ce fait, son surnom virginien allait se généraliser. Ce rôle à venir n’était pas seulement dû à ses caractéristiques physiques. Contrairement à l’est de la Virginie, où la culture du tabac était prioritaire, on y récoltait d’importantes quantités de céréales et autres produits alimentaires, ce qui en faisait le grenier à blé de la Virginie. Qui plus est, la population, contrairement à celle de l’Ouest des Appalaches, y était restée dans l’ensemble très attachée à son État et, par extension, à la Confédération.

romneyCarte du nord de la Virginie, la région concernée par l'expédition de Romney.

 

Jackson était né dans la Vallée, qu’il connaissait par cœur. Il était

donc l’homme le plus indiqué pour commander le district militaire qui couvrait cette région. Il s’y montra très vite entreprenant. Peu de temps après les revers de Lee en Virginie occidentale, Jackson suggéra au président Davis d’accomplir un raid contre le chemin de fer du Baltimore & Ohio, similaire à celui qu’il avait mené avec succès au printemps. Cette opération serait le prélude à une campagne de plus grande envergure  qui permettrait de réussir là où Lee avait échoué, et de reconquérir l’ouest de l’État. Dans cette optique, la ville de Romney constituait une base avancée possible, et Jackson se proposa de l’occuper. Davis donna son accord et fin novembre, Jackson commença à rassembler et à préparer ses forces.

ROSY

Pour mener ses projets à bien, Jackson n’avait guère que 11.000 hommes en tout. Les forces nordistes qui lui faisaient face lui étaient supérieures en nombre mais, par chance, elles étaient divisées en deux commandements distincts. L’un était basé à Frederick, dans le Maryland, sous les ordres de Nathaniel Banks, et dépendait du département militaire du Potomac. L’autre constituait une entité indépendante, le département de Virginie occidentale. Ce dernier était commandé par William Rosecrans, dont les forces très dispersées avaient su résister aux offensives de Lee lors des mois précédents. Rosecrans envisageait lui aussi de passer à l’offensive, précisément contre la principale base d’opérations de Jackson à Winchester, vers laquelle il entendait envoyer l’essentiel de ses 22.000 hommes.

Toutefois, Rosecrans fut court-circuité en décembre par George McClellan, qui usa de sa qualité de commandant en chef pour lui retirer l’essentiel de ses troupes et les attribuer au département militaire du Potomac. Rosecrans se retrouva avec moins de 2.000 soldats, avec lesquels il ne pouvait évidemment plus accomplir la moindre action offensive. Le nouveau récipiendaire des 20.000 hommes transférés, le général Frederick Lander, n’avait pas les mêmes projets ni le même esprit offensif. De ce fait, Jackson put dérouler son plan sans être pris de court. Laissant 2.000 soldats garder sa base de Winchester, il se mit en route le 1er janvier 1862, par un froid mordant et de fortes chutes de neige.

Au bord de la mutinerie

FWLanderLander ayant déjà retiré ses éléments les plus avancés, les Confédérés avancèrent pratiquement sans rencontrer de résistance, et atteignirent le Potomac à la hauteur de Hancock, dans le Maryland, le 5 janvier. Là, ils se heurtèrent à une garnison commandée par Lander en personne, qui refusa de se rendre lorsque Jackson lui en fit la demande. Les Sudistes cherchèrent alors un point de passage pour franchir le fleuve, mais Lander les avait fait garder solidement. Deux jours durant, Jackson fit bombarder la ville par son artillerie, mais cela fut insuffisant pour affaiblir les défenses fédérales. Après avoir détruit une courte section du Baltimore & Ohio, Jackson renonça à y causer plus de dégâts et le 7 janvier, il fit route vers Romney.

La ville abritait une petite force de 5.000 Nordistes aux ordres de Benjamin Kelley. Elle accrocha le jour même l’avant-garde de Jackson et lui infligea une petite, mais cuisante défaite à Hanging Rock Pass. Bien que cet accrochage lui ait permis de ralentir l’avancée des Sudistes, Kelley jugea sa position trop exposée et, le 10 janvier, il évacua la ville – qui fut aussitôt occupée sans plus de combats par ses ennemis. Ayant atteint son objectif, Jackson ne s’éternisa pas. Laissant sur place la division du général William Loring, un vétéran manchot de la guerre contre le Mexique, il ramena à Winchester sa fidèle Stonewall Brigade, celle qu’il avait commandée à Bull Run.

Quelques jours après le départ de Jackson, le 24 janvier, la situation à Romney commença à se dégrader. Cantonnés dans une position avancée, mal ravitaillés et souffrant des rudesses de l’hiver, les hommes de Loring, qui pour la plupart n’étaient pas virginiens, se plaignirent de plus en plus ouvertement de leur sort. Ces protestations finirent par remonter jusqu’à Loring qui, inquiet à la fois de l’état de son détachement et du risque de contre-offensive nordiste, finit par demander à Jackson l’autorisation de ramener sa division à Winchester. Lorsque celui-ci refusa, Loring s’adressa directement au secrétaire à la Guerre, Judah Benjamin.

loringLorsque ce dernier accéda à sa demande et fit évacuer Romney, Jackson, fidèle à sa conception de la discipline et de la hiérarchie militaire, fit traduire Loring en cour martiale. Accessoirement, furieux que le secrétariat à la Guerre vienne s’immiscer dans les affaires de son district militaire, Jackson donna sa démission et demanda à réintégrer l’Institut militaire de Virginie. L’une et l’autre de ces demandes furent rejetées, et le héros de la bataille de Bull Run se laissa persuader de changer d’avis. Néanmoins, la relation entre lui et Loring était devenue trop difficile pour laisser les deux hommes servir dans la même armée. La division Loring fut, pour l’essentiel, transférée dans l’Ouest, où elle allait combattre à Shiloh.

Toutefois, ce dénouement priva Jackson de la majeure partie de ses forces, réduisant les effectifs sous ses ordres à seulement 4.000 hommes. Les Fédéraux réoccupèrent ainsi Romney sans opposition, annulant tout le bénéfice de l’opération entreprise précédemment par les Sudistes. Incapable de mener la moindre opération d’envergure, Jackson demeura à Winchester. Il se contenta de lancer le 7ème régiment de cavalerie de Virginie, sous les ordres de Turner Ashby, dans une série de raids sur le Baltimore & Ohio. Ces actions se montrèrent suffisamment gênantes pour que début mars, McClellan n’ordonne à Banks de transférer ses forces sur la rive sud du Potomac, afin de protéger la voie ferrée. Largement dépassé en nombre, Jackson dut se résoudre à évacuer Winchester le 9 mars.

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