Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Guerre de Sécession : la campagne de la Vallée (2/4)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Guerre de Sécession : la campagne de la Vallée (2/4)

shieldsTandis que les Nordistes du général Banks occupaient Winchester le 12  mars, Jackson et ses hommes se retiraient lentement en amont de la vallée, vers le sud-ouest, jusqu’à un petit village ironiquement nommé Mount Jackson. Ce retrait faisait écho à celui de l’armée de Virginie septentrionale du général J.E. Johnston, qui avait quitté Manassas pour reculer jusqu’à Culpeper. Mais en bouleversant complètement la donne stratégique, le débarquement de l’armée nordiste du Potomac à la forteresse Monroe et le début de la campagne de la Péninsule, quelques jours plus tard, allaient donner à Jackson l’occasion de reprendre l’initiative.

 

Premier combat à Kernstown

Le lendemain de l’occupation de Winchester par les Fédéraux, les forces de Banks furent formellement organisées pour former le Vème Corps d’armée, rattaché à l’armée du Potomac. La petite armée de Jackson ne semblant plus constituer une menace, Banks reçut l’ordre de ramener près de Washington deux de ses trois divisions, où elles devraient dans un premier couvrir la capitale fédérale, puis être envoyées en renfort à McClellan. Seule devait demeurer dans la Vallée la division de James Shields, forte d’environ 9.000 hommes. Le 22 mars 1862, l’essentiel de ce redéploiement avait été effectué, et la division Shields campait immédiatement au sud de Winchester, au voisinage d’un petit village baptisé Kernstown.

Jackson avait été informé de ce mouvement, mais il surestimait son importance et crut que les Nordistes n’avaient laissé à Winchester qu’une force équivalente en nombre à la sienne. Ce même 22 mars, il se mit en route vers le nord-est avec moins de 4.000 soldats. Son avant-garde était formée par le 7ème de cavalerie de Virginie, toujours commandé par Turner Ashby, et qui constituait désormais une force combinée – il s’était vu adjoindre une batterie d’artillerie à cheval. Dès la fin de la journée, Ashby établit le contact avec les éléments nordistes avancés. Au cours de l’accrochage qui s’ensuivit, le général Shields fut blessé par un éclat d’obus qui lui cassa un bras. Il passa le commandement à l’un de ses subordonnés, le colonel Kimball, tout en faisant regrouper sa division autour de Kernstown en prévision du lendemain.

Gen-ebtylerMount Jackson était à plus de 65 kilomètres de Winchester, mais les hommes de Jackson couvrirent cette distance en seulement 36 heures. Cette marche forcée n’était que le premier d’une longue série d’exploits du même ordre. Le cœur de l’armée de Jackson était constitué par sa Stonewall Brigade, à présent commandée par le général Richard Garnett – dont le cousin Robert avait été le premier général à périr au combat durant la guerre, à Corrick’s Ford. Outre la cavalerie d’Ashby, l’armée sudiste comptait deux autres brigades, aux ordres des colonels Jesse Burks et Samuel Fulkerson. Ces forces étaient intégralement virginiennes et, pour la plupart d’entre elles, avaient été recrutées dans la Vallée même.

Pour y faire face, le colonel Kimball disposait de trois brigades : la sienne et celles des colonels Jeremiah Sullivan et Erastus Tyler. S’y ajoutaient cinq batteries d’artillerie et des éléments disparates de cavalerie – l’équivalent d’un régiment, mais provenant de pas moins de sept unités différentes. Lorsque les Confédérés arrivèrent en vue de Kernstown en fin de matinée, le 23 mars, seule la brigade Kimball était occupait une position défensive. Elle était toutefois bien placée, couvrant les batteries d’artillerie installées sur Pritchard’s Hill, une colline dominant Kernstown. La brigade de Sullivan était plus en arrière, sur la route principale (la « route à péage de la Vallée »), et celle de Tyler plus loin encore.

Mauvais départ

kernstown_waudLa foi religieuse quasi fanatique de Jackson lui inspira quelque répugnance à engager le combat un dimanche, mais sa conscience professionnelle prit le dessus. À 11 heures, il lança Ashby en avant le long de la route à péage, mais c’était essentiellement une feinte. Jackson prévoyait de s’attaquer à la position de Kimball sur Pritchard’s Hill avec deux de ses brigades, celle de Fulkerson précédant la brigade Stonewall. Ashby remplit sa mission avec zèle, affrontant les éléments avancés de Sullivan et drainant l’attention de cette brigade durant la plus grande partie du combat. Lorsqu’il dut reculer sous le nombre, il utilisa simplement la mobilité de ses forces pour mener une attaque de flanc.

Toutefois, le plan de Jackson ne fonctionna pas comme il l’aurait voulu. Rapidement accablée par les tirs de l’artillerie nordiste, la brigade Fulkerson vit son attaque contre Pritchard’s Hill repoussée avec de lourdes pertes. Plutôt que d’y épuiser ses forces, Jackson modifia son objectif et décida de manœuvrer. Il envoya ses troupes occuper une ligne de crête située plus à l’ouest, Sandy Ridge. Celle-ci était assez fortement boisée, mais elle dominait Pritchard’s Hill et commandait les arrières nordistes. Kimball détecta rapidement la manœuvre, et il ordonna à la brigade Tyler, rameutée en urgence de Winchester, de contrer le mouvement des Sudistes en les prenant de vitesse.

Kernstown1862La bataille de Kernstown, 23 mars 1862 (carte de Hal Jespersen, www.cwmaps.com).

 

Les Confédérés, toutefois, arrivèrent les premiers sur Sandy Ridge. Fulkerson, sur la gauche, s’installa derrière un muret de pierre, tandis que Garnett couvrait la droite du dispositif. Avant 16 heures, Tyler déploya ses hommes en colonne par compagnie et passa à l’attaque. Toutefois, les Fédéraux devaient pour cela traverser un vaste plateau à découvert, si bien qu’en dépit de leur infériorité numérique, les Confédérés mieux retranchés purent parer leurs attaques. De surcroît, la formation choisie par les Nordistes, en diminuant la longueur de front des assaillants, réduisait aussi leur puissance de feu – donnant aux Sudistes un avantage supplémentaire.

NKimballLa bataille se poursuivit ainsi pendant deux heures. La brigade Kimball tenta bien de soutenir l’action de Tyler, mais l’aile droite confédérée était tout aussi solide que la gauche et la brigade Stonewall avait l’avantage de la hauteur. Néanmoins, Jackson était désormais sur la défensive. L’occupation de Sandy Ridge lui avait donné une meilleure vue sur le champ de bataille, d’où il put constater que les forces nordistes étaient en réalité très supérieures aux siennes. Conscient qu’il ne pourrait pas tenir éternellement face aux attaques répétées de l’ennemi, le général confédéré fit appel à la brigade Burks, jusque-là gardée en réserve.

Il n’eut toutefois guère le temps de l’employer. Aux environs de 18 heures, la brigade Stonewall tomba à cours de munitions. Elle commença à reculer, laissant le flanc droit de Fulkerson sans protection. Kimball saisit aussitôt l’occasion qui lui était offerte, et lança sa propre brigade en avant pour s’engouffrer dans la brèche. Jackson contre-attaqua aussitôt avec la brigade Burks, mais elle ne put que retarder l’échéance. Alors que la nuit tombait, le recul des Confédérés se transforma en fuite, en dépit des efforts de Jackson pour tenter de rallier ses hommes. « Stonewall » venait d’essuyer sa première – et unique – défaite de la guerre sur le champ de bataille. Elle lui avait coûté 700 tués, blessés ou prisonniers, contre 600 à ses adversaires. Sa première réaction, une fois ses troupes regroupées, fut de faire mettre Garnett aux arrêts pour avoir fait reculer sa brigade sans son autorisation – le point de départ d’une longue animosité entre les deux hommes.

Échec tactique, succès stratégique

kernstown_mapJackson était loin de se douter à quel point son revers de Kernstown allait s’avérer profitable pour la Confédération. L’agressivité du général sudiste, même s’il avait abouti à une défaite, conduisit le commandement nordiste à surestimer largement la puissance de son armée. Excessivement inquiet pour la sécurité de sa capitale, Lincoln renvoya une des divisions de Banks dans la vallée pour prêter main forte à celle de Shields. Le Vème Corps fut formellement dissout après quelques jours d’existence seulement, et l’on abandonna l’idée – au grand déplaisir de McClellan – de l’envoyer renforcer l’armée du Potomac dans la Péninsule. De même, le président nordiste retint auprès de lui le Ier Corps d’armée du général McDowell, qui devait initialement rejoindre McClellan par voie terrestre.

Le 4 avril, Lincoln réorganisa complètement ses forces dans le nord de la Virginie en vue de ce changement stratégique. Puisque l’armée du Potomac était à présent engagée dans la Péninsule, il créa trois nouveaux départements militaires en Virginie. Celui du Rappahanock était commandé par McDowell et comprenait son Ier Corps (30.000 hommes), avancé jusqu’à Fredericksburg, ainsi que la garnison de Washington et de ses environs immédiats (38.000 soldats en tout). Le département de la Shenandoah, aux ordres de Banks, comptait 25.000 hommes auxquels s’en ajoutaient 10.000 autres en cours de transfert. Enfin, le département de la Montagne, qui correspondait en fait à la Virginie occidentale, fut confié à John Frémont, qui venait de succéder à William Rosecrans. Les quelque 20.000 hommes de ce département occupaient trois points d’appui principaux à Romney, Moorefield et Franklin.

Richard_S._EwellEn tout, la minuscule force de Jackson, de surcroît en pleine retraite, réussissait l’exploit d’immobiliser quelques 125.000 soldats nordistes ! Lorsque ses services de renseignements l’informèrent du redéploiement fédéral, Joe Johnston décida d’exploiter au mieux cette situation pour alléger la pression qui pesait sur lui, au moment où il était lui-même en train de transférer son armée vers la Péninsule pour défendre Yorktown. Il expédia des renforts à Jackson, principalement la division de Richard Ewell, qui avait été laissée en couverture face au Ier Corps nordiste – elle comportait en tout moins de 9.000 hommes. S’il était certainement moins brillant, Ewell n’avait pas grand chose à envier à Jackson en matière de bizarrerie.

Pour décrire celui que ses soldats surnommaient Old Baldy, « le Vieux Chauve », laissons la parole à l’historien Larry Tagg : « Plutôt petit avec 1,70 mètre [sic.], il ne lui restait qu’une frange de cheveux bruns autour d’un crâne chauve et bombé. Des yeux brillants et globuleux saillaient au-dessus d’un nez proéminent, lui donnant une allure que beaucoup comparaient à celle d’un oiseau – d’un aigle, disaient certains, ou d’un pic-vert – particulièrement lorsqu’il penchait la tête sur le côté, comme cela lui arrivait souvent, et tenait des discours étranges de sa voix aiguë et zézayante. Il avait l’habitude de proférer des remarques incongrues au beau milieu d’une conversation normale, comme par exemple "Mais quoi qu’il en soit, pourquoi croyez-vous que le président Davis m’ait nommé major-général ?" Il pouvait se montrer d’une vulgarité aussi incendiaire que spectaculaire. Il était si nerveux et tendu qu’il était incapable de dormir dans une position normale, et passait ses nuits enroulé autour d’un tapis. Il s’était convaincu d’être atteint de quelque mystérieuse « maladie » interne, et pour y remédier, ne s’alimentait pratiquement qu’avec du blé bouilli dans du lait et adouci avec du sucre. Un de ses amis caractérisa sa personnalité par "un condensé d’anomalies" ».

Lire la suite

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire