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Guerre de Sécession : la campagne de la Vallée (3/4)

JohnCharlesFremontFin mars 1862, Jackson parvint à rassembler ses forces à Mount Jackson après sa défaite de Kernstown, mais le répit fut de courte durée. Le 1er avril, ses avant-postes furent assaillis par les forces désormais très supérieures en nombre de Banks, obligeant les Confédérés à se replier plus loin vers le sud, à New Market. Préoccupé par la sécurité de sa ligne de ravitaillement, désormais très étirée, le général nordiste ne le poursuivit que lentement. Malgré tout, les piquets déployés par Ashby se firent à nouveau surprendre le 16 avril, obligeant Jackson à évacuer New Market pour se replier au sud, vers Harrisonburg, avant d’obliquer vers l’est pour atteindre Conrad’s Store le 19 avril.

 


 

Jackson l’insaisissable

Lorsqu’il occupa prudemment Harrisonburg le 22 avril, Banks n’avait qu’une vague idée d’où se trouvait Jackson, et pensa qu’il avait quitté la Vallée – alors qu’en réalité le rusé Sudiste était parvenu à le mystifier. Le mouvement inattendu de Jackson porta ses fruits : croyant la Vallée sécurisée, Lincoln détacha des forces de Banks la division Shields pour l’envoyer renforcer le Ier Corps à Fredericksburg. La division Blenker fut quant à elle transférée au département de la Montagne en vue d’une autre opération, si bien qu’il ne restait plus à Banks qu’une seule de ses divisions. Il reçut de Lincoln de se retirer vers le nord et de s’installer à Strasburg, où son ravitaillement en provenance de Harper’s Ferry parcourrait nettement moins de distance pour l’atteindre.

L’une des principales lubies du président Lincoln – la sécurité de Washington – paraissant assurée, les Nordistes pouvaient désormais se consacrer à la seconde : l’invasion du Tennessee oriental. Le chef de l’État nordiste avait depuis le début des hostilités à cœur de soutenir la forte minorité unioniste de cette région, un objectif d’une grande importance politique pour lui. Accessoirement, il transitait par cette zone montagneuse une voie ferrée importante pour la Confédération, la Virginia & Tennessee Railroad, qui reliait directement Richmond à Chattanooga – autrement dit, l’est à l’ouest. Or, cette voie ferrée transitait par le sud de la vallée de la Shenandoah, à Staunton. Au moins aussi importante à protéger pour les Sudistes qu’à couper pour les Nordistes, elle devint l’enjeu de la suite des opérations.

General-SchenckL’ancien candidat républicain aux présidentielles de 1856 qu’était John Frémont se faisait fort de mener une offensive vers le Tennessee oriental en partant de la Virginie. Il estimait possible de faire transiter son ravitaillement à travers les Appalaches, un optimisme auquel son expérience d’explorateur des Montagnes Rocheuses et de conquérant de la Californie n’était sans doute pas étrangère. Pathfinder (« l’Éclaireur »), comme on le surnommait, se proposait ensuite de remonter le Virginia & Tennessee après s’être emparé de Staunton. D’un point de vue pratique, ce plan n’était guère réaliste, mais Lincoln n’avait pas beaucoup d’autres options. Malgré l’embarras provoqué par sa tentative avortée d’abolir l’esclavage dans le Missouri l’année précédente, Frémont conservait le soutien des républicains radicaux. Qui plus est, la force initialement chargée de pousser vers le Tennessee oriental, l’armée de l’Ohio du général Buell, avait été détournée par le général Halleck pour assiéger Corinth.

Le président nordiste donna donc son accord, et Frémont envoya une avant-garde se rapprocher de Staunton. Cette force de 6.500 hommes se composait des brigades de Robert Milroy et Robert Schenck. Face à elles, Edward « Allegheny » Johnson avait moins de 3.000 soldats à opposer. Jackson, de son côté, reçut le renfort d’Ewell le 30 avril. Il avait également fait dresser une carte très précise de la région, dont les Nordistes n’avaient pas l’équivalent. Ainsi préparé et renforcé, Jackson se disposait à frapper Banks, mais réalisa qu’il devait d’abord éliminer la menace que faisait peser sur ses arrières la petite armée de Milroy. Laissant à Conrad’s Store le gros de la division Ewell, il se prépara à un mouvement éclair avec ses propres forces.

La bataille de McDowell

220px-William_B._TaliaferroLe 2 mai, la division Jackson, désormais forte de 6.000 soldats, se mit en route vers le sud dans l’intention ostensiblement avouée de rejoindre Richmond. Pendant qu’Ashby couvrait le mouvement et qu’Ewell multipliait les diversions pour occuper les hommes de  Banks, Jackson atteignit en deux jours le Virginia & Tennessee à l’ouest de Charlottesville. Il y surprit même ses propres hommes en les faisant embarquer pour des trains à destination de Staunton, et non de Richmond, dans la direction opposée. Le 5 mai, il rejoignit « Allegheny » Johnson à Staunton. Lorsque leurs forces combinées marchèrent sur celles de Milroy le 7 mai, celui-ci fut pris par surprise et commença à se retirer. Une fois de plus, les manœuvres de Jackson avaient porté leurs fruits.

Toutefois, la rapide progression des Confédérés impliquait que ceux-ci étaient à présent très étirés. Lorsqu’il s’en rendit compte, Milroy chercha à en tirer profit. Il s’installa sur une bonne position défensive près du village de McDowell, massant son artillerie sur une colline protégée par une petite rivière, la Bullpasture. Le combat s’engagea dans la matinée du 8 mai. Après une série d’accrochages entre tirailleurs et alors que la brigade Johnson, qui formait l’avant-garde des forces sudistes, s’apprêtait à marcher sur la position nordiste, Milroy et Schenck le prirent de vitesse et passèrent à l’attaque à 15 heures. Bien soutenus par leur artillerie, les Fédéraux s’efforcèrent pendant quatre heures de percer le centre du dispositif confédéré ou d’en contourner les ailes.

2007-mcdowell-appeal-mapBataille de McDowell, 8 mai 1862. Carte du Civil War Preservation Trust.

 

Jackson, cependant, parvint à contrer chacune de leurs manœuvres, engageant successivement les brigades Burks et Fulkerson, cette dernière menée temporairement par William Taliaferro. La brigade Stonewall, à présent commandée par Charles Winder, ne joua par contre aucun rôle dans l’engagement, étant trop loin en arrière. L’arrivée de ces renforts permit à Johnson, dont les régiments quelque peu dispersés avaient initialement dû reculer, de se stabiliser sur la colline de Sitlington’s Hill. Malgré l’échelle modeste de l’engagement, les ravins boisés qui bordaient la Bullpasture furent le théâtre de combats parfois acharnés, durant lesquels Johnson fut grièvement blessé d’une balle dans la cheville, et où des régiments de Virginiens confédérés en affrontèrent d’autres levés parmi les Virginiens unionistes dans une lutte fratricide. Les Sudistes essuyèrent des pertes supérieures à celles de leurs adversaires – 420 hommes contre 260 – mais ils tinrent bon.

charles_winderLe soir venu, Milroy et Schenck jugèrent plus prudent de se retirer sur leur position de départ puis, dans la nuit, jusqu’à leur base de Franklin. Jackson les poursuivit, mais les actions d’arrière-garde efficacement menées par les Nordistes empêchèrent les Confédérés d’en tirer profit. Peu désireux de faire face au gros des forces de Frémont, Jackson fit demi-tour le 12 mai. Son repli fut couvert par la fumée des incendies de forêt que ses troupes avaient allumés, et Frémont échaudé ne se lança pas à sa poursuite. Bien que n’ayant pas été une victoire très nette sur le plan tactique, la bataille de McDowell avait permis à Jackson de remplir ses objectifs, sécurisant ses arrières et mettant temporairement l’armée de Frémont hors jeu.

Jackson ramena sa division dans la Vallée et, le 19 mai, il réoccupa Harrisonburg, que les forces désormais affaiblies de Banks avaient évacuée. La situation était désormais favorable pour que Jackson et Ewell marchent conjointement sur Strasburg. Cette offensive faillit toutefois être compromise par une série d’ordres contradictoires donnés à Ewell par Jackson d’une part, et Joseph Johnston d’autre part. Le commandant de l’armée de Virginie septentrionale était à présent acculé aux faubourgs de Richmond par l’avancée de McClellan, et réclamait d’urgence le retour de la division Ewell pour renforcer les défenses de la capitale confédérée. Jackson s’y opposa, et en appela au conseiller militaire du président Davis, le général Lee. Ce dernier, favorablement impressionné par les manœuvres de Jackson sur le terrain, usa de son influence, et Davis donna gain de cause à Jackson.

Panique à Front Royal

john_reese_kenly
Dans sa partie centrale, la Vallée est divisée en deux par la montagne Massanutten, une éminence qui culmine à 891 mètres seulement, mais présente un terrain boisé et accidenté sur près de 80 kilomètres de long. Délicate à franchir pour une armée, elle sépare les deux branches de la rivière Shenandoah, très originalement baptisées North Fork et South Fork. Harrisonburg se situe à l’extrémité sud de la montagne, tandis que Strasburg se trouve à l’opposé. Une fois arrivée à Strasburg, la North Fork oblique vers l’est, pour rejoindre la South Fork à Front Royal et former la Shenandoah proprement dite.

Les forces de Banks, désormais limitées à la seule division d’Alpheus Williams, étaient justement cantonnées à l’extrémité nord des vallées jumelles. Banks en personne s’était établi à Strasburg avec 9.000 hommes et deux brigades, la troisième se trouvant plus au nord, autour de Harper’s Ferry, pour protéger sa base de ravitaillement. Un petit détachement d’environ un millier de soldats nordistes, sous les ordres du colonel John Kenly, tenait Front Royal. Pour l’essentiel, ils provenaient d’un régiment du Maryland – État esclavagiste, pourvu d’une forte minorité sécessionniste, mais qui était resté dans l’Union. Front Royal présentait le double intérêt stratégique de couvrir à la fois les approches de la South Fork et celles de la cluse de Manassas, par laquelle transitait une voie ferrée menant de Mount Jackson à Manassas – ce qui en faisait une voie de communication privilégiée entre la Vallée et l’est de la Virginie.

Battle_of_Front_Royal_mapBataille de Front Royal, 23 mai 1862. Carte extraite des Official Records.

 

Jackson décida de frapper là où Banks était le plus vulnérable : à Front Royal. Le 20 mai, il occupa New Market, tandis qu’Ewell se mettait en marche vers le nord. Le lendemain, la division Jackson obliqua vers l’est, traversa la montagne Massanutten en moins de vingt-quatre heures, et rejoignit celle d’Ewell à Luray. Ce nouvel exploit valut aux soldats de Jackson de mériter définitivement le surnom de « cavalerie pédestre », d’autant plus mérité si l’on songe que la plupart d’entre eux portaient des souliers passablement usés voire, dans bien des cas, plus de souliers du tout. Le 22 mai, les forces combinées de Jackson et d’Ewell, qui se montaient désormais à un peu moins de 17.000 hommes, marchèrent aussitôt sur Front Royal, qu’elles approchèrent le 23.

Richard-TaylorL’avant-garde de cette troupe, désormais baptisée « armée de la Vallée », était formée par la brigade de Richard Taylor. Constituée intégralement de Louisianais, elle comprenait notamment le bataillon de zouaves qui s’était illustré à Bull Run, les « Tigres de la Louisiane ». Ce surnom allait par la suite désigner la brigade entière. Son commandant, qui avait épousé une riche héritière de la Nouvelle-Orléans, était également le fils de Zachary Taylor, héros de la guerre du Mexique et président des États-Unis de 1849 à sa mort en 1850. La brigade Taylor était renforcée par un régiment indépendant recruté parmi… les sécessionnistes du Maryland. Un nouvel affrontement fratricide se profilait.

Pendant que les cavaliers d’Ashby coupaient la route qui reliait Front Royal à Strasburg, Kenly recula graduellement en s’efforçant de ralentir la progression des Sudistes. Abandonnant la ville, il essaya d’incendier les ponts sur la Shenandoah, mais les Confédérés le suivaient d’assez près pour réussir à maîtriser rapidement les flammes. La cavalerie sudiste prit alors le relais, empêchant les Fédéraux de se retirer vers Winchester et transformant leur repli en déroute. Dans une des rares charges de cavalerie réussies de la guerre, les cavaliers confédérés enfoncèrent les fantassins nordistes, capturant la plupart d’entre eux dont Kenly – qui ne se rendit pas, toutefois, avant d’avoir été sérieusement blessé. Jackson avait fait près de 700 prisonniers, et menaçait désormais les arrières de l’armée de Banks.

La bataille de Winchester

GHGordonLa victoire des Sudistes à Front Royal rendait la position de Banks intenable : si Jackson parvenait à Winchester avant lui, tant sa ligne de ravitaillement que sa principale porte de sortie vers Harper’s Ferry lui étaient coupées. Dès qu’il apprit la défaite de Kenly, le 24 mai, il ordonna une retraite précipitée sur Winchester. Ses hommes quittèrent Strasburg de la manière la plus précipitée qui soit, laissant sur place d’énormes quantités de vivres, munitions et équipements. Autant de richesses inestimables pour les soldats frugaux de Jackson, qui s’en emparèrent avec joie. Ils ne tardèrent pas à surnommer ironiquement Banks « le commissaire aux subsistances » pour leur avoir fourni à son corps défendant ce que leur propre intendance peinait trop souvent à obtenir.

La cavalerie sudiste, désormais renforcée par deux autres régiments de la division Ewell, harcela toute la journée les colonnes nordistes, dont la retraite ressemblait de plus en plus à une débâcle. Des trains entiers de chariots capturés vinrent ajouter leur contenu à ce qui avait été pris à Front Royal et à Strasburg, tandis que la liste des prisonniers nordistes s’allongea. À l’aube du 25 mai, Banks n’avait déjà plus à sa disposition que 6.500 hommes – les autres étaient dans la nature ou entre les mains des Sudistes. Il réussit malgré tout à atteindre Winchester le premier, semblait-il, et résolut de s’y arrêter pour établir de nouvelles défenses.

Le général nordiste établit ses forces en lisière immédiate de Winchester, non loin du lieu où s’était déroulée la bataille de Kernstown, deux mois plus tôt. Sur sa droite, il disposa la brigade de George Gordon pour protéger la route à péage de la Vallée, venant de Strasburg. Sur sa gauche, la brigade du colonel Dudley Donnelly couvrait pour sa part la route arrivant de Front Royal. Entre les deux, une brigade ad hoc de cavalerie, aux ordres de John Hatch, et des éléments épars d’infanterie protégeaient le centre. Gros problème pour Banks : il ignorait complètement la position de l’insaisissable Jackson, ce qui l’empêchait d’anticiper correctement d’où viendrait l’attaque.

FrontRoyalToWinchester

La retraite nordiste et la bataille de Winchester, 24-25 mai 1862. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

Jackson, pour sa part, était bien mieux renseigné que son adversaire. Tandis que sa propre division progressait le long de la route de la Vallée, la division Ewell, plus avancée, suivait celle de Front Royal. Cela permit à Jackson de transférer trois de ses quatre brigades sur la gauche, où il entendait mener son attaque principale. Réduite à la seule brigade d’Isaac Trimble, la division d’Ewell engagea le combat dès le lever du soleil. Repoussé par la brigade Donnelly, Trimble tenta par deux fois d’en déborder l’aile gauche, mais à chaque tentative les Nordistes s’arc-boutèrent un peu plus sur la ville de Winchester pour contrer la manœuvre.

Arnold_ElzeyDe l’autre côté du champ de bataille, Jackson fit occuper par la brigade Stonewall une colline sur laquelle il put déployer son artillerie. Puis il lança une attaque frontale avec les deux autres brigades de sa division, soutenue par celle d’Arnold Elzey, auxquelles les soldats de Gordon résistèrent vaillamment. Même tenu en échec, cet assaut permit à Jackson d’étendre ses lignes vers la gauche, et la brigade Taylor, entraîna celle de George Steuart dans son sillage, put menacer le flanc droit de l’Union. L’avancée des Tigres de la Louisiane fut couronnée de succès. En passe d’être écrasée, la brigade Gordon recula, obligeant Banks à sonner la retraite dès 8 heures du matin.

Cette bataille – la première des trois qui allaient être livrées à Winchester durant le conflit – résultait en un nouveau triomphe pour Stonewall Jackson. Il n’y avait perdu que 400 hommes, contre 2.000 à son adversaire, parmi lesquels nombre de prisonniers. L’armée de Banks était virtuellement hors jeu. Réduite à moins de la moitié de son effectif de l’avant-veille, elle se réfugia à Martinsburg, puis à Harper’s Ferry. Seule ombre au tableau : Jackson manqua l’occasion de l’anéantir complètement. Non qu’il n’en eût pas la volonté, mais ses hommes étaient épuisés et les chevaux fourbus par les incessantes marches, contre-marches, manœuvres de diversion et batailles. Néanmoins, il était redevenu maître de la Vallée. Que de chemin parcouru – au propre comme au figuré – depuis sa défaite de Kernstown !

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