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Guerre de Sécession : la bataille de Seven Pines (1/3)

awaudburyingthedeadandburningthehorseafterthebattleoffairoaksEn mai 1862, le moral de la Confédération est au plus bas, et sa survie paraît menacée à court terme. Dans l’Ouest, les armées sudistes n’ont pas réussi à reprendre l’initiative après la bataille de Shiloh, et les forces de Beauregard sont assiégées dans Corinth. L’armée nordiste du général Pope est à présent sous les murs du fort Pillow et menace Memphis, tandis que la chute de la Nouvelle-Orléans a ouvert le cours inférieur du Mississippi à la marine de l’Union. Et tandis que les manœuvres de Jackson dans la vallée de la Shenandoah sont encore bien loin d’avoir un quelconque impact stratégique, Richmond, la capitale sudiste, est assiégée.

 

Une occasion tentante

Depuis la bataille de Williamsburg et la chute de Yorktown, l’armée de Virginie septentrionale de Joseph Johnston est à présent cantonnée aux fortifications que Robert Lee a fait ériger en hâte autour de Richmond. Les Nordistes du général McClellan l’ont suivie sans précipitation. De fait, la présence fédérale s’apparente plus à un blocus distant qu’à un véritable siège. Les 40.000 hommes du Ier Corps d’armée, fort de quatre divisions, doit venir rejoindre l’armée du Potomac d’un jour à l’autre. McClellan aura alors à sa disposition 145.000 soldats face aux 60.000 de Johnston, et pourra cette fois entreprendre un siège en bonne et due forme. En attendant, son armée s’occupe à aménager les abords de la Chickahominy, une rivière dont le cours marécageux traverse ses lignes, en vue des opérations à venir.

Même sans être soumise à un véritable siège, la situation de Richmond n’en demeure pas moins précaire. Les effectifs confédérés ne sont pas extensibles à l’infini, et Johnston n’aura guère l’occasion de recevoir des renforts, contrairement à son adversaire. L’arrivée du Ier Corps, que les services de renseignement sudistes savent imminente, aggravera encore la supériorité numérique de l’Union. Lentement mais sûrement, l’armée du Potomac resserrera inexorablement son étreinte sur la capitale sudiste. À deux et demi contre un, la chute de la ville paraîtra alors inévitable à plus ou moins brève échéance.

map_h_jespersenDisposition des troupes devant Richmond, au moment de la bataille de Seven Pines. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

Cela, Jefferson Davis et son conseiller militaire Robert Lee l’ont bien compris. Ils pressent donc Johnston de passer à l’action, dans le but de remporter une victoire décisive qui permettrait de faire lever le siège avant qu’il ne soit trop tard. D’un naturel davantage porté sur la défense que sur l’attaque, Johnston rechigne. De surcroît, sa relation difficile avec Davis complique les choses. Néanmoins, une série de facteurs vont, en quelques jours, le décider à agir. Il y a tout d’abord la bataille de Hanover Court House, le 24 mai. Certes, cet engagement inégal s’achève sur une cuisante défaite pour les Sudistes. Il indique également que les Fédéraux se préparent à accueillir le Ier Corps dans les jours à venir, car l’action leur permet de prendre le contrôle de la voie ferrée arrivant de Fredericksburg – où se trouvent, justement, les renforts nordistes.

Johnston remarque cependant que cette attaque a obligé McClellan à étirer son dispositif vers la droite et, ce faisant, à dégarnir son aile gauche. De surcroît, le printemps 1862 a été anormalement pluvieux, et la Chickahominy a vu ses eaux monter considérablement. Or, l’armée nordiste est à cheval sur les deux rives de cette rivière. La majeure partie de ses forces se trouvent au nord de celle-ci, et à cause de la crue, elle aurait du mal à porter secours au reste de l’armée, sur la rive sud. Johnston en profite pour concevoir un plan qui lui permettrait de concentrer l’essentiel de ses forces – 50.000 hommes sur 60.000 – contre l’aile gauche de McClellan, forte de moins de 35.000 combattants. Cette supériorité numérique localisée permettrait alors aux Confédérés d’écraser leurs adversaires, et ainsi, d’annuler l’effet produit par l’arrivée prochaine des renforts nordistes.

Un plan complexe

longstreet1wMais le commandement sudiste n’est pas au bout de ses surprises. Le 26 mai parvient à Richmond la nouvelle des triomphes de Jackson à Front Royal et Winchester. Le même jour, Lincoln sonne le branle-bas de combat général contre « Stonewall » et ordonne à trois armées de converger sur la vallée de la Shenandoah. Parmi les forces concernées par ce changement stratégique figure le Ier Corps, dont le mouvement vers le sud est purement et simplement annulé. L’armée du Potomac ne recevra pas ses renforts – du moins, pas tant que Jackson et ses troupes représenteront une menace. Ce coup du sort inespéré renforce encore l’intérêt du plan de Johnston, et celui-ci fait accélérer les préparatifs de son armée.

Néanmoins, les Confédérés butent sur un problème non négligeable, celui de la chaîne de commandement. L’armée de Virginie septentrionale est organisée en pas moins de sept divisions, dont le contrôle direct est devenu malaisé. Pour l’offensive à venir, Johnston les réorganise en deux ailes, la gauche étant commandée par Gustavus Smith et la droite par James Longstreet ; s’y ajoute une réserve commandée par John Magruder. Toutefois, Johnston va procéder à des changements de dernière minute dont il omettra d’informer ses commandants divisionnaires, ce qui compliquera singulièrement les choses le moment venu. Pour ne rien arranger, Johnston expose oralement son plan d’attaque à Longstreet, qui doit mener l’attaque principale, et transmet aux autres généraux des ordres écrits vagues et difficiles à interpréter.

Le plan du général Johnston s’avère extrêmement compliqué. Ainsi, la réserve de Magruder (avec les divisions McLaws, quatre brigades, et David Jones, deux brigades) doit en fait être engagée sur la gauche confédérée, où elle lancera de petites attaques de diversion contre les corps nordistes déployés au nord de la Chickahominy. G.W. Smith devra détacher la division d’Ambrose Powell Hill (quatre brigades) afin de couvrir Magruder sur sa gauche, et se positionner au centre en soutien de Longstreet avec sa division restante, celle de Whiting (cinq brigades). En résumé, la réserve devient l’aile gauche et l’aile gauche servira de réserve ! L’aile droite devra pour sa part passer à l’attaque en empruntant deux routes différentes : Richard Anderson arrivera par le nord-ouest avec six brigades et Daniel Harvey Hill par le sud-ouest avec quatre autres, la division Huger couvrant pour sa part la droite du dispositif avec trois brigades et la cavalerie de J.E.B. Stuart.

keyes2wLes Nordistes, pour leur part, sont organisés en cinq corps d’armée. Trois sont au nord de la Chickahominy. Le Vème Corps de Fitz-John Porter – un cousin germain des amiraux David Dixon Porter et David Farragut, les vainqueurs de la Nouvelle-Orléans – tient la droite fédérale jusqu’à un petit affluent de la Chickahominy, la Beaver Dam Creek. Immédiatement à sa gauche se trouve le VIème Corps de Franklin, puis le IIème de Sumner. Ces trois corps tiennent une ligne assez solide le long de la Chickahominy, bien que le IIème Corps, positionné au centre de l’armée, fasse plutôt office de réserve. Tous les corps de l’armée du Potomac ont, à cette date, une organisation similaire : deux divisions comprenant chacune trois brigades.

Sur la rive sud de la Chickahominy, l’aile gauche des Nordistes est beaucoup moins bien positionnée que l’aile droite. Le IVème Corps du général Keyes n’est pas réellement connecté avec le VIème ou le IIème Corps. Au lieu de cela, il est disséminé le long de la Richmond & York River Railroad, entre les gares de Fair Oaks (« les Chênes Clairs ») et Savage’s Station. La division de Silas Casey occupe une série de positions défensives entre Fair Oaks et le hameau de Seven Pines (« les Sept Pins »), où elle a aménagé des abattis et une redoute. La division de Darius Couch est plus à l’est encore. Enfin, l’extrême-gauche de l’armée du Potomac est formée par le IIIème Corps de Samuel Heintzelmann, encore plus étiré. La division Hooker s’appuie sur le marécage de White Oak Swamp, tandis que la division Kearny protège le pont de Bottom’s Bridge, sur la Chickahominy.

Mauvaise route

andersonrhe1pSur le papier, le plan de Johnston paraît judicieux : les forces de Longstreet vont converger sur Fair Oaks et Seven Pines où elles écraseront le IVème Corps, avant de s’occuper ensuite du IIIème ; pendant ce temps, gênées par la crue persistante de la Chickahominy, les trois autres corps nordistes ainsi que les réserves, notamment d’artillerie, de l’armée du Potomac, ne pourront intervenir à temps pour leur porter secours. Durant les derniers jours de mai, le sort continue à sourire aux Confédérés. Outre l’effet des victoires de Jackson dans la Vallée, le général McClellan était à présent alité. Il souffrait d’une attaque de malaria, maladie qu’il avait contractée quinze ans plus tôt au Mexique. En outre, un violent orage s’abat le 30 mai sur la région de Richmond. Ballotés par les eaux bouillonnantes, les ponts que le génie nordiste avait lancés sur la Chickahominy menacent à présent d’être emportés. Avant l’aube du 31 mai 1862, Johnston met son armée en marche.

Celle-ci, toutefois, va mal tourner avant même que les premiers coups de feu ne soient tirés. Pour des raisons demeurées obscures, Longstreet va envoyer la division de R.H. Anderson sur la mauvaise route. Il pouvait s’agir d’une simple erreur d’appréciation, ou bien d’une fausse manœuvre de la part de Benjamin Huger, comme le clamera plus tard Longstreet dans ses mémoires. Mais le manque de clarté de la chaîne de commandement sudiste est peut-être aussi à blâmer. Le principe militaire selon lequel « la fonction prime le grade » n’est alors pas toujours bien compris par les généraux des deux camps. Que deux unités opèrent au même endroit, et c’était l’officier le plus élevé en grade – ou, à grade égal, avec le plus d’ancienneté – qui en prenait automatiquement la tête. Il est donc possible que Longstreet ait souhaité ne pas faire emprunter à la division R.H. Anderson la même route que G.W. Smith, qui lui était supérieur, afin de garder un contrôle complet sur ses forces – ou simplement pour éviter un conflit d’autorité.

hilld1sToujours est-il qu’au lieu d’emprunter la Nine Mile Road qui devait la mener à Fair Oaks par le nord-ouest, la division R.H. Anderson oblique vers la droite et suit celle de D.H. Hill sur la route de Williamsburg, bloquant au passage la division Huger au grand complet. La progression sudiste se mue en une file interminable, la route étant étroite et bordée de part et d’autre par d’épaisses forêts. Pendant qu’A.P. Hill et Magruder se livrent toute la matinée à de menues démonstrations pour tenir occupée l’aile droite nordiste, le secteur de l’attaque principale demeure étrangement silencieux. Alors que la division Whiting s’installe sur la position où elle doit se tenir en réserve, G.W. Smith et Johnston, qui l’accompagnent, réalisent qu’il n’y a rien devant elle. La division de R.H. Anderson semble avoir disparu comme par enchantement.

Ce n’est qu’en fin de matinée que Johnston finit par apprendre qu’elle chemine le long de la route de Williamsburg. Arrivé à proximité de son objectif, Daniel Hill n’est pas mieux renseigné. Ses tirailleurs sont déjà aux prises avec les piquets de garde de l’Union, et l’attaque, qui aurait dû commencer dès 8 heures du matin, tarde à venir. D.H. Hill ne souhaite pas attaquer sans le soutien de Huger, qui doit se placer sur sa droite. Or, l’embouteillage causé par le changement d’itinéraire de Longstreet a envoyé la division Huger sur un autre chemin, et ses brigades se sont perdues en route. Cynique et cassant, D.H. Hill est un ami personnel de Stonewall Jackson : il enseignait les mathématiques à l’université Washington de Lexington, à deux pas de l’Institut militaire de Virginie, où Jackson était lui-même professeur. Accessoirement, les deux hommes sont beaux-frères depuis que Jackson a épousé en secondes noces la sœur de Hill, cinq ans plus tôt. L’un et l’autre sont animés par la même foi religieuse mais contrairement à Jackson, Hill voue de longue date une haine profonde à tout ce qui est nordiste. Pressé d’en découdre, il finit par perdre patience et à 13 heures, il lance sa division à l’attaque.

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