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Guerre de Sécession : la bataille de Seven Pines (2/3)

Professor-Lowe-IntrepidAussi improbable que cela puisse paraître, la bataille qui s’engage est entendue plus nettement au centre de Richmond que sur les rives de la Chickahominy. La propagation des ondes sonores est en effet sujette à des facteurs divers et surtout variables. La topographie joue un rôle important, de même que la direction et la force du vent. Sous certaines conditions peuvent se produire des phénomènes appelés « ombres acoustiques », à cause desquels les bruits d’une bataille peuvent être entendus nettement à des dizaines de kilomètres de distance dans une direction donnée, et très atténués ou inexistants tout près de leur source dans une autre. La prévalence des ombres acoustiques durant la guerre de Sécession fut suffisamment significative pour que l’auteur Charles D. Ross y consacre un livre entier en 2001.


 

Une bataille sans chefs

C’est précisément ce qui était en train de se passer. Alerté par la canonnade, Robert Lee a quitté son bureau de Richmond pour rejoindre Johnston sur le terrain, en début d’après-midi. Arrivé sur place, le commandant de l’armée de Virginie septentrionale lui assure que les bruits entendus ne sont dus qu’à un duel d’artillerie. Vers 16 heures, alarmé lui aussi par une forte fusillade, le président Davis arrive en personne à son tour. C’est seulement lorsqu’il reçoit un message écrit de Longstreet, à peu près au même moment, que Johnston réalise que la bataille fait rage depuis trois heures à moins de trois kilomètres de sa position. Il ordonne aussitôt à G.W. Smith de faire avancer la division Whiting, mouvement qu’il supervisera personnellement – autant pour se faire une idée plus précise du cours de la bataille que pour ne pas avoir à supporter la présence de Davis.

casey3rAu QG de l’armée du Potomac, on ne réalise pas davantage l’ampleur de la bataille. Depuis son lit de souffrance, un McClellan enfiévré a bien entendu le bruit d’une canonnade, mais elle ne paraît pas sérieuse. Les bruits paraissent provenir du secteur tenu par le IVème Corps, mais le général Keyes n’a formulé aucune alerte ou demande de renforts, pas plus à McClellan qu’au général Heintzelmann. Toutefois, deux autres généraux nordistes allaient prendre l’initiative de marcher au son du canon sans attendre les ordres. Fidèle à sa réputation de bouillant sabreur, Philip Kearny allait aussitôt mener sa division vers l’ouest. Simultanément, Edwin Sumner allait ordonner au IIème Corps de passer sur la rive sud de la Chickahominy – ce qui n’était pas un mince exploit compte tenu de l’importance de la crue en cours.

La position qu’occupe la division Casey, immédiatement à l’ouest du hameau de Seven Pines, s’apparente à une vaste clairière d’un peu plus d’un mile de long sur un demi-mile de large en moyenne. Faites de champs cultivés, elle est entrecoupée de clôtures auxquelles les Nordistes ont ajouté trois ouvrages défensifs : un premier abattis sur la route de Williamsburg, tout à l’ouest, à la lisière des bois ; une redoute, environ un kilomètre plus à l’est ; et un second abattis, juste avant Seven Pines. De part et d’autre de cette sorte d’arène s’étendent des sous-bois semi-marécageux, où l’on patauge par endroits dans près d’un mètre d’eau boueuse. Le premier abattis n’est tenu que par quelques avant-postes et une section d’artillerie, contre lesquels vont s’abattre la division D.H. Hill au complet.

couch3r
La configuration des lieux, autant que les circonstances, vont influer sur la nature des combats. D.H. Hill doit déployer ses quatre brigades sur deux lignes, de part et d’autre de la route de Williamsburg : à gauche la brigade de Samuel Garland forme le premier échelon, et celle de George B. Anderson le second ; sur la droite, ces rôles échoient respectivement à celles de Robert Rodes et Gabriel Rains. Les hommes de Garland balaient facilement les avant-postes nordistes, capturant la section de canons et le premier abattis. Silas Casey a envoyé en renforts la brigade de James Naglee, mais celle-ci arrive trop tard. Prise sous un feu nourri en terrain découvert, elle doit rapidement reculer pour se mettre à l’abri de la redoute, derrière laquelle le reste de la division Casey – les brigades d’Innis Palmer et Henry Wessells – a pris position.

Peu après, les premiers éléments de la division de Darius Couch, que Keyes a finalement consenti à envoyer au secours de Casey, arrivent sur les arrières nordistes. Tandis que deux régiments de la brigade de John Peck viennent se placer dans les bois à gauche de la redoute, Couch emmène personnellement une brigade ad hoc, formée par les éléments les plus avancés de sa division, couvrir la droite de l’ouvrage. N’ayant ni le soutien de Huger sur sa droite, ni celui de R.H. Anderson sur sa gauche, D.H. Hill a été contraint d’attaquer sur un front très étroit. Voulant éviter d’être flanqué, il ordonne à Rains d’étendre ses lignes vers le sud, et demande à Longstreet, qu’il sait être derrière lui, d’envoyer en avant une de ses brigades pour le soutenir sur l’autre flanc.

rodes1qAfflux de renforts

La bataille atteint rapidement une intensité sans merci. Sur la gauche confédérée, les brigades Garland et G.B. Anderson sont prises en enfilade par les hommes de Couch et ne peuvent progresser, tandis que sur la droite, les hommes de Rodes attaquent obstinément la redoute malgré le feu nourri des défenseurs. Les pertes sont lourdes. Dans les bois inondés, les blessés qui n’ont pas la chance de pouvoir être adossés à un arbre se noient dans la boue. De part et d’autres, les soldats encore relativement inexpérimentés ne se mettent pas à couvert comme ils apprendront à le faire ultérieurement. La brigade Rodes perdra ainsi la moitié de ses 2.000 hommes durant la bataille. Finalement, Rains parvient à mettre Peck en fuite sur l’aile droite, et prend la redoute à revers, permettant à Rodes de s’en emparer.

Les vainqueurs sont aussitôt confrontés à l’arrivée du reste de la division Couch. Les brigades de John Abercrombie et Charles Devens contre-attaquent instamment, mais les Confédérés retournent contre eux la batterie dont ils se sont emparés en même temps que la redoute, et les repoussent. Les Nordistes se regroupent alors derrière le second abattis, à la hauteur de Seven Pines, où ils sont rejoints par les premiers éléments de la division Kearny, à savoir les brigades de David Birney et Hiram Berry. La brigade ad hoc de Couch, quant à elle, tient toujours sa position, menaçant le flanc gauche des Sudistes. Toutefois, la division de R.H. Anderson arrive enfin, et la brigade de tête, celle de Micah Jenkins, se lance aussitôt dans une attaque de flanc qui réussit à déloger Couch de sa position. La division D.H. Hill peut reprendre sa progression.

seven-pines-1La bataille de Seven Pines, combats du 31 mai 1862. Carte du Civil War Preservation Trust.

 

hatton1qLa division Whiting, elle aussi, se rapproche. Elle paraît bien placée pour flanquer la ligne fédérale par la droite, mais alors qu’elle traverse le village de Fair Oaks, ses soldats sont pris à partie par des batteries nordistes installées près de la ferme Adams, et qui prennent leur gauche en enfilade. Il s’agit en fait de l’artillerie de la division Sedgwick, appartenant au IIème Corps. Celle-ci avait réussi l’exploit de franchir la Chickahominy par le pont brinquebalant de Grapevine, situé un peu plus au nord. Balloté par la crue, il avait en fait été stabilisé par le poids des troupes. En revanche, il s’était – miraculeusement, pour ainsi dire – effondré juste après le passage de la division, bloquant temporairement l’autre division du IIème Corps, celle d’Israel Richardson, sur la rive nord.

Les canons nordistes sont soutenus par la brigade la plus avancée de Sedgwick, commandée par William Burns. Pour éliminer cette menace, Johnston ordonne aussitôt une conversion à gauche, que la division Whiting effectue impeccablement. Il marche alors sur les batteries nordistes avec quatre brigades – commandées, de la gauche à la droite, par Wade Hampton, Robert Hatton, Johnston Pettigrew et William Dorsey Pender – tandis que la brigade texane de John Bell Hood poursuit sur sa lancée afin d’aller soutenir les forces de Longstreet. Les Confédérés menacent alors de déborder la position de Burns par sa droite, mais Sumner parvient à intercepter la brigade improvisée de Couch, qui est justement en train de se replier vers le nord. Celle-ci manœuvre alors pour se placer à droite de Burns, déjouant l’attaque sudiste, qui devient frontale.

Seven-Pines-VirginiaFureur au crépuscule

Plus au sud, D.H. Hill s’en prend maintenant au second abattis. C’est encore une fois la brigade Rodes qui subit tout le poids du combat. Rains, cette fois, ne parvient pas à la soutenir efficacement, et D.H. Hill doit demander à Longstreet une autre brigade en renfort. Ce sera celle de James Kemper, mais elle n’aura pas davantage de succès. Pour les Sudistes, le salut viendra à nouveau de Micah Jenkins. Rééditant la manœuvre qui lui avait permis de venir à bout de Couch, renforcé cette fois par la brigade Hampton, ce jeune colonel de 27 ans finit par emporter la décision. Les troupes fraîches de la division Kearny n’y changent rien et à la tombée de la nuit, les Nordistes se retirent soit vers l’est, où ils rencontrent les premiers régiments de la division Hooker – que Heintzelmann a fini par rappeler du marais de White Oak Swamp – soit vers le nord, où ils s’ancrent le long de la voie ferrée.

Parallèlement, les combats se poursuivent au nord. La division Whiting est accueillie par un feu nourri de la part des Fédéraux. L’artillerie de la division Sedgwick, en particulier, fait des ravages et accable les Confédérés d’obus, puis de mitraille. Les pertes sont lourdes pour les assaillants, et en particulier pour leurs chefs. La division va ainsi perdre deux de ses commandants de brigade en l’espace de quelques minutes : Hatton est tué d’une balle dans la tête, tandis que Hampton reçoit à Seven Pines la deuxième des cinq blessures qu’il récoltera durant la guerre. Finalement, c’est Joe Johnston lui-même qui sera atteint. Une balle lui fracasse l’épaule et lui brise l’omoplate, tandis qu’un obus explose simultanément à proximité, lui logeant dans le thorax un éclat qui lui casse deux côtes. Grièvement blessé, il est aussitôt évacué vers Richmond. Il survivra, mais ne retrouvera un commandement qu’après six mois de convalescence.

Virginia-Oaks-FairC’est Gustavus Smith qui hérite alors du commandement de l’armée de Virginie septentrionale, et son – finalement bref – exercice de cette fonction commence assez mal. Les deux dernières brigades de la division Sedgwick, commandées par Napoleon Dana et Willis Gorman, sont arrivées sur le champ de bataille au pas de course. Les hommes ont pataugé dans la boue et leurs uniformes sont à présent plus marrons que bleus. Comme l’écrira Henry Abbott, un officier du 20ème régiment du Massachusetts, « tout le monde était trempé de la tête aux pieds ». Avec le reste de la brigade Dana et celle de Gorman, le 20ème Massachusetts lance une contre-attaque qui s’abat sur le flanc de la brigade Pender, la repoussant rapidement vers le sud-ouest. Désormais exposée, la brigade Pettigrew est flanquée à son tour ; son chef, blessé, est alors capturé. Seule l’obscurité permet à la division Whiting de se rétablir mais, assez sérieusement malmenée, elle ne sera plus d’aucune utilité pour le reste de la bataille.

Vers 19h30, les combats finissent par cesser tout le long de la ligne. Secourir les blessés devient la première des priorités. Dans les lettres qu’ils écriront à leurs proches, les hommes du 20ème Massachusetts laisseront des récits poignants des horreurs dont ils avaient été les témoins ce soir-là. Henry Abbott : « nous avions amené nos couvertures, mais nous les donnâmes toutes aux prisonniers blessés […]. » Son ami Oliver Wendell Holmes Jr., qui deviendrait bien des années plus tard juge à la Cour Suprême des États-Unis, se souviendra du spectacle de désolation laissé par ce bref mais sanglant après-midi de mai : « Alors que vous traversiez les bois, vous trébuchiez… peut-être sur les cadavres gonflés, déjà couverts de mouches et pourrissant, d’hommes touchés à la tête, dans le dos ou dans les tripes – beaucoup de ces blessures sont terrifiantes à regarder. » Le témoignage du lieutenant Henry Ropes n’est pas plus flatteur : « Tout le champ en arrière de la ligne de feu était couvert de morts ; et les blessés venaient à nous en grand nombre, les uns marchant, les autres boitant, d’autres encore transportés sur des civières ou des couvertures, beaucoup ayant des membres disloqués et ensanglantés. » Ils n’étaient pas au bout de leurs peines, car la bataille de Seven Pines n’était pas encore terminée.

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