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Accueil Histoire Universelle Guerre de Sécession : la bataille de Seven Pines (3/3)

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Guerre de Sécession : la bataille de Seven Pines (3/3)

Fair-OaksMalgré la blessure de son commandant, l’armée de Virginie septentrionale n’est pas en mauvaise posture au soir de ce 31 mai 1862. Le IVème Corps nordiste est pour ainsi dire hors jeu, et les ouvrages que les Fédéraux tenaient au début de la bataille sont entièrement entre les mains des Sudistes. Ceux-ci y ont capturé les camps de la division Casey, mettant la main sur dix pièces d’artillerie et un matériel conséquent. Mieux, les forces de Longstreet y sont à présent regroupées. Encore à peu près fraîches, les divisions de R.H. Anderson, engagée seulement partiellement, et Huger, qui l’a pas été du tout, sont à pied d’œuvre pour reprendre le lendemain. Seul bémol, mais non négligeable, la défaite de la division Whiting face aux hommes de Sumner.

 

Deuxième round

Si le IVème Corps a été rudoyé, en revanche, il n’a pas été détruit – contrairement à ce que prévoyait le plan de Johnston. De surcroît, la rapidité d’intervention des renforts nordistes a déjoué tous les pronostics du commandement confédéré. La division Kearny a certes été battue la veille, mais elle est parvenue à se rétablir le long de la voie ferrée du Richmond & York River, à l’est de la gare de Fair Oaks. Durant la nuit, la division Hooker est venue se placer sur sa gauche, si bien que le IIIème Corps couvre à présent solidement l’aile gauche yankee. Mieux, l’autre division du IIème Corps, celle de Richardson, est parvenue à franchir la Chickahominy. À l’aube du 1er juin, elle assure la jonction entre la division Sedgwick et la brigade ad hoc de Couch, d’une part, et le IIIème Corps, d’autre part.

howard015Côté sudiste, la division R.H. Anderson s’est disposée de part et d’autre de celle de D.H. Hill : les brigades de Cadmus Wilcox, Roger Pryor et George Pickett tiennent la droite, celles de Kemper et Micah Jenkins assurent la liaison avec la division Whiting, et la brigade de Raleigh Colston a été laissée en réserve à Seven Pines. Puis la division D.H. Hill s’est vue relevée par celle de Huger. Ses unités ont été retirées vers la redoute prise la veille, tandis que prenaient place en première ligne les brigades de Lewis Armistead, William Mahone et Albert Blanchard. Pour la journée à venir, Longstreet entend attaquer au centre : s’il parvient à enfoncer la division Richardson, il pourra alors prendre à revers toute l’aile droite des Fédéraux, qui forme un angle aigu avec le reste de la ligne nordiste.

Dès l’aube, Longstreet lance son attaque avec la division Huger, que soutient sur sa droite la brigade Pickett. Mais la division Richardson, bien retranchée derrière le talus de la voie ferrée, tient bon et ne recule pas. Ses trois brigades, commandées respectivement par Oliver Howard, William French et Thomas Meagher, repoussent l’attaque avec l’aide de la brigade Birney. À cette occasion s’illustrent pour la première fois les régiments de la brigade Meagher. Ces trois unités new-yorkaises, entièrement constituées de volontaires d’origine irlandaise, arborent des drapeaux verts frappés d’une harpe en lieu et place de celui de l’État de New York. Leur chef est d’ailleurs un nationaliste irlandais, condamné à mort par les tribunaux britanniques, puis finalement déporté en Tasmanie après commutation de sa peine, avant d’émigrer aux États-Unis en 1852. Plus tard renforcée par deux autres régiments, cette unité allait devenir une des meilleures de l’armée du Potomac, et être surnommée Irish Brigade – la brigade irlandaise.

Le moment est idéalement choisi pour une contre-attaque, et la division Richardson se lance en avant. Là encore, pour la plupart de ses soldats, c’est la première bataille. Attaquant comme à la parade, ils subissent de lourdes pertes, en particulier ceux de Howard qui avancent en terrain découvert. Leur commandant n’échappera pas au feu ennemi. Deux balles sudistes lui fracassent le bras droit. Évacué, il doit être amputé, car ses os brisés ont formé des esquilles et l’infection menace. Une anecdote veut que l’austère Howard ait reçu quelques jours plus tard la visite de Philip Kearny. Lui-même amputé du bras gauche au Mexique, Kearny lui aurait simplement fait remarquer avec un sens particulier de l’humour qu’ils pourraient désormais aller acheter des gants ensemble.

Retraite en bon ordre

pickett1sMalgré les pertes, les Fédéraux tiennent bon, et ce sont leurs adversaires qui craquent les premiers. En l’occurrence, les hommes d’Armistead perdent rapidement pied devant la poussée combinée de French et Meagher. Son flanc droit à découvert, Mahone se retire lui aussi, sans en avoir reçu l’ordre. Observant la brèche qui se forme dans les lignes confédérées, D.H. Hill, auquel Longstreet a confié le commandement de toute la partie droite de ses lignes, y envoie la brigade Colston. Mais cette dernière se contente d’avancer brièvement avant de se mettre sur la défensive, au lieu de contre-attaquer comme attendu. Simultanément, le gros du IIIème Corps est passé à l’attaque lui aussi, en particulier la division fraîche de Hooker, tout à gauche de la ligne nordiste.

Face à cette poussée, et voyant leurs arrières menacés par la division Richardson, les brigades Pryor et Wilcox reculent à leur tour. Toutefois, celle de Pickett s’accroche à sa position, drainant vers elle les attaques nordistes et limitant la progression des Fédéraux. S’appuyant sur un ravin où serpente un ruisseau, cette unité intégralement virginienne repousse plusieurs assauts, permettant au reste de l’aile droite confédérée de se replier de manière à peu près convenable. De plus, la division Richardson ne tente pas de la flanquer, car un McClellan enfin tiré de son grabat a donné des consignes de prudence à ses subordonnés. Sumner ordonne ainsi à Richardson de cesser ses attaques, puis c’est au tour de Heintzelmann. Vers 11h30, Pickett décroche enfin à son tour, sans être inquiété.

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Bataille de Seven Pines, les combats du 1er juin 1862. Carte du Civil War Preservation Trust.

meagher4wLes Confédérés parviennent à se rétablirent sur une ligne de défense appuyée sur la redoute et l’ancien camp de la division Casey, toujours à l’initiative du très entreprenant D.H. Hill. Cette position ne sera pas attaquée. Les Fédéraux se contenteront de la soumettre à un bombardement globalement inefficace, auquel l’artillerie sudiste ne répond qu’épisodiquement pour économiser ses munitions. Selon D.H. Hill, le seul effet de ce duel d’artillerie intermittent sera de « faire fuir les soldats du dimanche et les pillards venus de Richmond » pour faire main basse sur le contenu du camp nordiste. Ce dernier, du reste, sera méthodiquement vidé de son contenu par l’intendance confédérée. L’armée sudiste mettra ainsi la main sur pas moins de 6.700 fusils, sans parler des munitions, des vivres et de l’équipement.

Un peu plus au nord, la division Sedgwick est restée l’arme au pied, les soldats du général Whiting n’ont pas été inquiétés. Là aussi, l’action se limitera à une canonnade sporadique dépourvue d’effet significatif. Davis et Lee, de retour sur le champ de bataille, demeureront la majeure partie de la journée avec G.W. Smith. Le président sudiste, à ce moment, n’accorde pas une grande confiance au nouveau commandant de sa principale armée. Gustavus Smith manque d’expérience au combat, et souffre d’une santé précaire. À 14 heures, Davis se rend à son quartier général et lui annonce que Robert Lee prend le commandement de l’armée de Virginie septentrionale, avec effet immédiat.

smith.gw2Son premier ordre sera d’ordonner à ses troupes de revenir sur leurs positions de départ. Ce repli sera exécuté sans accroc durant la nuit, mettant un terme définitif à la tentative lancée par Johnston pour faire lever le siège de Richmond. Les pertes sont lourdes : la Confédération perd un peu plus de 6.000 hommes, l’Union environ 5.000. Pourtant, malgré son ampleur, la bataille de Seven Pines fait figure d’oubliée, et c’est peut-être le moins connu des engagements majeurs de la guerre de Sécession. Les 1.770 tués, tous camps confondus, témoignent pourtant de la violence du combat. À elle seule, la division D.H. Hill représente la moitié des pertes sudistes, laissant sur le champ de bataille un tiers de ses 9.000 soldats. C’était bien cher payé pour une offensive qui, au final, n’avait apporté à la Confédération que le contenu d’un camp nordiste.

Pourtant, les conséquences de la bataille allaient s’étendre bien au-delà de ce statu quo tactique et stratégique. Certes, l’armée du Potomac était toujours devant Richmond. Mais elle était à présent sur la défensive. L’attaque sudiste avait réveillé en McClellan de vieux démons – qui, du reste, ne demandaient qu’à l’être. Persuadé que Johnston ne l’aurait jamais attaqué sans disposer d’une importante supériorité numérique, le chef de l’armée du Potomac réclama derechef des renforts que la situation dans la vallée de la Shenandoah ne lui permettrait désormais de recevoir qu’au compte-gouttes. Accessoirement, il transféra au sud de la Chickahominy la plus grand partie de son armée, afin de parer à toute nouvelle entreprise de l’ennemi contre son flanc gauche. L’adversaire que la bataille de Seven Pines avait catapulté face à lui, Robert Lee, n’allait pas tarder à en tirer profit.

 

Sources

Article général sur la bataille.

L’article de l’Encyclopedia Virginia sur la bataille de Seven Pines.

Cette animation, consacrée à la campagne de la Péninsule, couvre également la bataille de Seven Pines.

Cette page consacrée à l’histoire du 6ème régiment de l’Alabama, une unité de la brigade Rodes, comprend plusieurs documents intéressants, dont notamment :

-      Les ordres de bataille des forces sudistes et nordistes engagées

-      Le rapport du général D.H. Hill

-      Les témoignages des soldats du 20ème régiment du Massachusetts

Ce bref résumé décrit et explique le phénomène d’ombre acoustique.

La page du Civil War Preservation Trust consacrée à la bataille. De manière assez symptomatique, elle est en fait assez pauvre, en dehors des cartes – toujours soignées et détaillées – de Steven Stanley.

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