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Guerre de Sécession : les Sept Jours (1/6)

1leeLa bataille de Seven Pines ou Fair Oaks, livrée les 31 mai et 1er juin 1862, n’avait pas abouti à un résultat significatif, du moins en apparence. À court terme, l’issue du combat semblait favoriser l’Union : l’attaque sudiste avait échoué, l’armée nordiste du Potomac était restée maîtresse du terrain, et les Confédérés n’avaient pu faire lever le siège, fût-il distant, de leur capitale Richmond. Toutefois, l’offensive contrariée de Joseph E. Johnston avait poussé son adversaire George McClellan à reprendre bien vite des habitudes de circonspection dont il ne s’était déjà guère départi à la base.


 

Face à un ennemi peu porté sur l’offensive comme Johnston, cela aurait pu être sans conséquence. Mais la blessure du commandant de l’armée de Virginie septentrionale avait changé la donne et son successeur, Robert E. Lee, était autrement plus entreprenant. En ôtant l’initiative aux Nordistes, la bataille de Seven Pines offrait à Lee une occasion qu’il n’hésita pas à saisir.

Changement d’attitude

Échaudé par la bataille de Seven Pines, McClellan craint une nouvelle attaque sudiste contre son aile gauche, dont l’affrontement précédent a montré la fragilité et la position précaire. Estimant que le cours de la Chickahominy est suffisant pour protéger sa droite, le général nordiste a fait transférer le gros de son armée au sud de la rivière, ne laissant sur la rive nord que le Vème Corps de Porter. McClellan réclame à cors et à cris que lui soit enfin envoyé le Ier Corps d’armée pour couvrir son flanc droit de manière efficace. Mais ce transfert n’est toujours pas à l’ordre du jour. Lincoln ne cèdera que très partiellement aux demandes de son général, lui expédiant finalement la seule division de George Morell.

C’est que le président nordiste demeure inquiet. Les défaites infligées par Stonewall Jackson aux Fédéraux, le 8 juin à Cross Keys et le 9 à Port Republic, ont encore accru sa crainte de voir Washington menacée. Pour y parer, Lincoln a décidé d’unifier ses différentes unités au sein d’une même armée, à vocation défensive et chargée de couvrir les approches de la capitale fédérale dans le nord de la Virginie. Il regroupe ainsi les forces de Frémont, Banks et McDowell, chacune constituant un corps, au sein d’une unité qui sera baptisée formellement « armée de Virginie » le 26 juin. John Pope, qui a le vent en poupe après ses succès à New Madrid et l’île numéro 10, en prendra le commandement. Frémont, qui est d’une ancienneté supérieure à celle de Pope, refuse de servir sous ses ordres et démissionne. Il sera remplacé par Franz Sigel.

2morellMcClellan devra donc se contenter de la division Morell pour renforcer celles de Porter, commandées respectivement par George Sykes et George McCall. Cette dernière tient une position très étirée à l’extrême droite du dispositif nordiste, mal ancrée entre les rivières Chickahominy et Totopotomoy. Au sud de la Chickahominy figurent de la droite vers la gauche le VIème Corps de Franklin (divisions Henry Slocum et William F. « Baldy » Smith), le IIème Corps de Sumner (divisions Richardson et Sedgwick), le IIIème Corps de Heintzelmann (divisions Hooker et Kearny) et le IVème Corps de Keyes (divisions Darius Couch et John Peck). Chaque division nordiste comprend trois brigades, sauf celle de Peck, durement étrillée à Seven Pines, et qui a été réorganisée en deux brigades seulement. En tout, l’armée du Potomac aligne donc 32 brigades – 9 au nord de la Chickahominy et 23 au sud.

Chaque division fédérale se voit attacher deux ou trois batteries d’artillerie. Les éléments organiques de corps d’armée consistent généralement en un bataillon d’artillerie de trois ou quatre batteries, et à un régiment ou un escadron de cavalerie. Il existe également des éléments de réserve d’armée. Le colonel Henry Hunt dirige ceux de l’artillerie : 23 batteries réparties en cinq brigades, et un régiment d’artillerie lourde pour les canons de siège. Une modeste force de cavalerie, commandée par Philip St.George Cooke, met en œuvre deux brigades qui ne sont guère plus que des régiments renforcés. Enfin, un petit détachement mixte, confié à Silas Casey, protège la base arrière de l’armée du Potomac à White House Landing, sur la rivière York. McClellan dispose alors de 104.000 hommes, l’arrivée de Morell suffisant tout juste à compenser les pertes subies à Seven Pines et à cause des maladies.

3cartegeneraleDisposition des forces au début de l'offensive confédérée. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com), éditée par l'auteur.

 

La chevauchée de Stuart

4stuart

Lee n’aura pas besoin d’aller chercher très loin l’idée générale de son plan d’action : il lui suffira de reprendre celle qu’avait eue Johnston un mois plus tôt, en l’inversant. L’armée confédérée attaquera donc l’aile droite nordiste sur la rive septentrionale de la Chickahominy, en comptant sur le cours marécageux de la rivière pour gêner l’acheminement de renforts fédéraux. Une fois le Vème Corps nordiste détruit, les Sudistes se retrouveraient en position de couper l’armée du Potomac de sa base de ravitaillement, l’obligeant, de gré ou de force, à lever le siège de Richmond. Lee, toutefois, était confronté à des rapports contradictoires sur la force réelle de l’aile droite fédérale. L’incertitude planait sur l’effectif des renforts récemment reçus par McClellan : s’agissait-il d’une seule division ou de tout le Ier Corps ?

Pour le savoir, le commandant de l’armée de Virginie septentrionale allait recourir à sa cavalerie. Au lieu d’être dispersée à travers toute l’armée comme c’était le cas chez les Nordistes, celle-ci constituait un commandement unique aux ordres de J.E.B. Stuart. Le 11 juin, le jeune général de 29 ans reçut de son supérieur l’instruction de clarifier la situation de l’aile droite nordiste. L’ordre donné par Lee était à la fois explicite et ambigu dans sa formulation, une particularité dans laquelle le général allait devenir expert – pour le meilleur et pour le pire. Il enjoignait Stuart à la prudence et à se limiter à l’accomplissement de sa mission sans mettre ses forces en danger, tout en l’encourageant à prendre des initiatives et à saisir les occasions qui pourraient se présenter à lui.

En réalité, Lee donnait là son assentiment tacite à un plan que lui avait soumis Stuart la veille. Loin de se limiter à une simple reconnaissance, Stuart avait envisagé une opération beaucoup plus téméraire : une véritable expédition au cours de laquelle il ferait le tour complet de l’armée du Potomac, semant au passage la confusion sur ses arrières. Or, le mot « expédition » apparaissait trois fois dans l’ordre de Lee, qui recommandait en outre à Stuart de n’emmener avec lui que des cavaliers triés sur le volet et lui demandait de laisser assez de forces en arrière pour que l’armée de Virginie septentrionale ne se retrouve pas complètement dépourvue de cavalerie en cas de besoin.

Le 12 juin, Stuart se mit en route avant l’aube avec 1.200 soldats choisis parmi les meilleurs régiments de son commandement. Dès l’après-midi du lendemain, après avoir mis en déroute des éléments de cavalerie nordiste, Stuart avait pu déterminer que la droite fédérale était « en l’air » : elle n’était pas ancrée sur la Totopotomoy et pouvait donc être flanquée. Conformément à son plan et à l’assentiment tacite de Lee, le cavalier sudiste poursuivit sa route au lieu de faire demi-tour. Le soir même, les Confédérés avaient incendié le dépôt ferroviaire de Tunstall’s Station, sur la ligne reliant l’armée du Potomac à sa base de White House Landing.

6cookeAprès une nuit passée à chevaucher, le détachement de Stuart atteignit la Chickahominy dans la matinée du 14 juin. Les Sudistes parvinrent à la franchir en réparant hâtivement un pont brûlé, Forge Bridge, qu’ils incendièrent derechef une fois passés sur la rive sud. Quelques minutes plus tard, les cavaliers nordistes de Cooke arrivèrent impuissants à Forge Bridge, laissant échapper leur proie. Lorsqu’ils purent franchir la rivière à leur tour, les Confédérés étaient déjà loin. Cooke fut mortifié d’avoir laissé Stuart le narguer de la sorte. Il le connaissait bien, et pour cause : non seulement Stuart avait servi sous ses ordres dans l’armée fédérale avant la guerre, mais il avait également épousé sa fille. Les cavaliers sudistes mirent un terme à leur fructueux raid en atteignant Richmond le 16 juin, sans être davantage inquiétés.

Au prix d’un seul tué, Stuart et ses hommes avaient capturé 165 Fédéraux et plusieurs dizaines d’animaux de bât, brûlé un dépôt de ravitaillement, coupé momentanément le principal axe logistique de l’armée du Potomac et recueilli des informations précieuses sur la disposition des troupes nordistes. Stuart pouvait y ajouter la satisfaction d’avoir humilié son beau-père. Mais surtout, il gagna dans sa chevauchée de cinq jours autour de l’armée du Potomac une renommée presque équivalente à celle de Stonewall Jackson. Son exploit audacieux, au nez et à la barbe d’une force presque cent fois plus nombreuse que son petit détachement, s’ajouta à l’annonce des victoires de Jackson pour relever un moral sudiste jusque-là en berne. En ce mois de juin 1862, la Confédération semblait de nouveau avoir le vent en poupe.

Problème d’organisation

7mclawsLes renseignements précieux rapportés par Stuart décidèrent Lee à mettre son plan en application. Pour mettre toutes les chances de son côté, il persuada le président Davis de ramener à Richmond toutes les troupes disponibles. Le département militaire de Caroline du Nord, déjà très amoindri, fut presque totalement vidé de ses forces, mais c’était encore insuffisant. Lee demanda l’autorisation de faire venir à Richmond la petite armée de Stonewall Jackson, et l’obtint. L’armée de la Shenandoah se mit en marche le 18 juin. Son arrivée porterait les effectifs totaux de l’armée de Virginie septentrionale à 92.000 hommes. Jamais la Confédération n’avait rassemblé une force aussi nombreuse – et jamais elle n’en aurait de nouveau la possibilité.

Toutefois, Lee avait hérité de Johnston l’organisation confuse qui était celle de son armée lors de la bataille de Seven Pines, et il n’avait guère eu le loisir d’y remédier. Il devait ainsi coordonner les manœuvres de sept commandements distincts, de taille et d’organisation très variées. Les forces placées sous la direction de Jackson formaient un petit corps d’armée : à sa division (quatre brigades) et celle d’Ewell (trois brigades) s’ajoutaient la division Whiting (deux brigades) et un régiment de cavalerie indépendant. La puissante division de D.H. Hill comptait cinq brigades, celle de Longstreet en comprenait six. La division d’A.P. Hill devait exploiter la percée initiale et, à ce titre, il avait été décidé qu’elle voyagerait léger : ses six brigades devraient se passer de chariots de ravitaillement. Cela lui vaudrait le surnom de « division légère », que cette unité allait conserver par la suite.

8jonesdrMagruder, comme Jackson, dirigeait l’équivalent d’un corps d’armée – mais de taille plus modeste. Il comprenait sa propre division ainsi que celles de McLaws et David R. Jones, chacune à deux brigades. La division Huger, pour sa part, demeurait indépendante. Ses trois brigades s’étaient vues renforcées temporairement par deux autres issues du département militaire de Caroline du Nord. Ce dernier, commandé par Theophilus Holmes et réduit à deux petites brigades, était renforcé par une forte dotation d’artillerie lourde, sa mission étant d’assurer la sécurité de Richmond.

En tout, l’armée de Virginie septentrionale comptait 39 brigades, d’effectif plus réduit que leurs équivalents nordistes. Elle disposait également d’une réserve d’artillerie de campagne organisée en quatre bataillons et plusieurs batteries indépendantes, pour un total de 18 batteries. Le reste n’avait pas d’organisation définie : les batteries étaient soit dispersées entre les différentes brigades, soit regroupées en bataillons divisionnaires – généralement un à deux par division. Quant à la cavalerie, hormis le régiment détaché auprès de Jackson, elle était intégralement concentrée sous les ordres de Stuart. Ce dernier disposait ainsi d’une puissante brigade : sept régiments, quatre escadrons et des éléments d’artillerie à cheval.

Similaire dans l’idée générale et dans l’organisation, le plan du général Lee ressemblait également à celui de son prédécesseur en regard de sa complexité. Il nécessitait une coordination entre ses différentes composantes, chose que l’organigramme de l’armée n’était pas fait pour faciliter. Le corps d’armée de Magruder et la division renforcée de Huger devaient constituer, respectivement, le centre et la droite de l’armée. Placés sur la rive sud de la Chickahominy, ils avaient pour mission d’occuper le gros des forces nordistes par des démonstrations, pendant que le reste des forces confédérées attaquerait au nord. Ainsi, le long de la Totopotomoy, le corps de Jackson devait déborder l’aile droite fédérale, avec le soutien de D.H. Hill en deuxième échelon. Simultanément, A.P. Hill, suivi de Longstreet, aurait pour mission d’attaquer de front les lignes nordistes.

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