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Guerre de Sécession : les Sept Jours (2/6)

1sicklesFin juin 1862, la tension monta d’un cran autour de Richmond. Le raid de Stuart n’avait pas eu de retombées militaires majeures, et l’armée du Potomac n’en ressentit pas les effets plus de quelques heures. Malgré les déficiences de ses services de renseignement, McClellan savait que l’armée de Jackson, dont il surestimait la force, était sur le point d’arriver. Fidèle à lui-même, il estimait être sur le point de se retrouver face à 200.000 soldats sudistes. Le chef de l’armée du Potomac décida donc d’agir avant de se retrouver dans une situation trop défavorable, et lança ses hommes en avant pour placer son armée sur une position plus avantageuse.

 

Attaque impromptue

Le principal objectif de McClellan était d’avancer pour – enfin – mettre Richmond à portée de son artillerie de siège. Le général nordiste demeurait toutefois désireux d’éviter un engagement général, aussi l’attaque serait-elle limitée au seul secteur tenu par le IIIème Corps. Plus exactement au centre de celui-ci, c’est-à-dire non loin du champ de bataille de Seven Pines, près d’un lieu-dit nommé Oak Grove. Trois brigades doivent y prendre part : une de la division Kearny, commandée par John Robinson, et deux de la division Hooker, respectivement sous les ordres de Cuvier Grover et Daniel Sickles. Ce dernier avait hérité du commandement des quatre régiments de l’État de New York qu’il avait contribué à former.

Représentant de New York au Congrès, Sickles s’était rendu célèbre avant la guerre pour ses démêlés avec la justice. Le 27 février 1859, il avait abattu à Washington l’avocat général du district de Columbia, Philip Key. Ce dernier était l’amant de son épouse. Pourtant, Sickles avait été acquitté à l’issue d’un procès retentissant : bien que le meurtre ait été perpétré de jour et pleine rue, Sickles avait plaidé avec succès la folie temporaire, une défense jusque-là inédite dans le système judiciaire états-unien. Il s’était ensuite retiré de la vie publique, et sa carrière politique aurait pu s’arrêter là. Toutefois, la guerre civile lui avait offert l’opportunité de se racheter aux yeux de son électorat. La brigade qu’il avait contribué à former fut rapidement surnommée Excelsior, une locution latine signifiant « vers le haut » et qui servait de devise à l’État de New York.

2ransomrL’attaque nordiste débuta le 25 juin à 8 heures. Hooker, à gauche, progressa sans trop de difficultés. Sickles, en revanche, éprouva les pires difficultés à travers les fourrés marécageux caractéristiques des lieux. Ses hommes furent rapidement pris à partie par la brigade sudiste de Robert Ransom. Le feu nourri des Confédérés provoqua la fuite d’un des régiments nordistes, obligeant Sickles à suspendre son attaque. Dans le même temps, la brigade Grover, dont le flanc droit était à découvert à cause des difficultés de Sickles, fut la cible d’une contre-attaque de la brigade d’Ambrose Wright. Les deux formations confédérées appartenaient à la division Huger, qui était montée en ligne en prévision de l’offensive de Lee. Celle-ci était prévue pour le lendemain, et l’attaque fédérale était en ce sens une mauvaise surprise.

Toutefois, elle allait rester sans conséquences majeures. Grover finit par repousser les hommes de Wright, mais ce succès allait être annulé par McClellan. Le chef de l’armée du Potomac, qui dirigeait l’engagement depuis son quartier général et communiquait avec ses subordonnés par télégraphe, craignit une nouvelle fois de se trouver face à une force très supérieure en nombre et ordonna au IIIème Corps de regagner ses positions de départ, en fin de matinée. L’engagement marqua ainsi une pause, jusqu’à ce que McClellan arrive en personne sur le champ de bataille en début d’après-midi. Modérant ses inquiétudes, « Little Mac » ordonna le renouvellement de l’attaque. Avec le soutien de renforts, le IIIème Corps repartit en avant, mais il lui fallut tout le reste de la journée pour gagner quelques centaines de mètres.

Le prix de cette modeste victoire avait été 626 Nordistes et 441 Sudistes tués, blessés ou disparus, dont un total de 134 morts. Son caractère limité n’allait pas avoir de répercussions sur les plans de Lee, McClellan ayant choisi de ne pas pousser plus loin son avantage – se privant ainsi de l’occasion de reprendre l’initiative. Malgré son caractère modeste à l’échelle de la guerre, la bataille d’Oak Grove marquait le point de départ d’une semaine quasi continue de manœuvres et de combats, dont l’issue allait s’avérer décisive dans le déroulement de la guerre de Sécession. La période qui s’était ouverte ce 25 juin 1862 allait rester dans l’histoire du conflit comme « les Sept Jours ».

Retard à Beaver Dam Creek

3hillapL’attaque de McClellan à Oak Grove ne perturba en rien les plans de Lee dès lors que le général sudiste se rendit compte de son caractère limité et prudent. Désormais pratiquement certain que son aile droite ne serait pas menacée, Lee ordonna la mise en œuvre de son offensive, comme prévu. Toutefois, le commandant de l’armée de Virginie septentrionale fut confronté à un autre problème : Jackson était en retard. Épuisés par les marches et contre-marches quasiment incessantes effectuées depuis le mois de mars, les soldats venus de la Shenandoah n’étaient pas encore parvenus à leur position de départ. Ils n’y étaient toujours pas quand sonnèrent trois heures du matin le 26 juin, moment qui devait normalement marquer le début de leur attaque.

Selon le plan prévu, la division d’A.P. Hill devait prendre pied sur la rive nord de la Chickahominy dès que les forces Jackson seraient arrivées au contact des Nordistes, « au bruit » – c’est-à-dire littéralement au son du canon. La « division légère » devrait alors franchir la rivière à Meadow Bridge et marcher sur Mechanicsville – une localité dont le nom pompeux dissimulait en réalité un modeste hameau d’une demi-douzaine de maisons. De là, elle se déploierait et obliquerait vers l’est pour assaillir les lignes tenues par le Vème Corps nordiste de Fitz-John Porter. Emboîtant le pas à la division d’A.P. Hill, celles de son homonyme D.H. Hill et de Longstreet franchiraient alors la Chickahominy l’une après l’autre par le même pont – ce qui promettait de beaux embouteillages.

4Mechanicsville-BattlefieldDeux des trois divisions du Vème Corps étaient positionnées le long de la Chickahominy et ne faisaient absolument pas face à la direction de l’attaque sudiste prévue. L’aile droite de Porter était donc formée par la seule division de George McCall et ses trois brigades, commandées de gauche à droite par George Meade, Truman Seymour et John F. Reynolds. Toutefois, ces forces s’appuyaient sur une position naturellement forte, en l’occurrence un petit affluent de la Chickahominy baptisé Beaver Dam Creek. La rivière en elle-même était peu profonde, mais ses rives escarpées et garnies d’épais taillis formaient un obstacle redoutable pour une troupe en ligne de bataille. De surcroît, les Fédéraux y avaient aménagé des défenses sommaires – abattis, tranchées, positions d’artillerie – qui en accroissaient la nature protectrice.

L’aube vint sans que le moindre coup de feu entre tirailleurs ne laisse à penser que Jackson s’était mis en marche. Midi passa, et toujours rien. Il était près de 15 heures quand A.P. Hill, excédé, perdit patience et ordonna à sa division d’attaquer sans plus attendre. Laissant les brigades de Lawrence Branch et Maxcy Gregg en réserve, il envoya les quatre autres assaillir la division McCall sur toute la longueur de son front. Porter réagit aussitôt en détachant de la division Morell les brigades de Charles Griffin et John Martindale pour étendre et son aile droite.

5mccallVictorieux revers

L’infanterie sudiste ne tarde pas à se retrouver engluée dans le lit de la Beaver Dam Creek, pendant que les Fédéraux accablent leurs ennemis de plomb depuis les hauteurs qui surplombent la rivière. Sur la droite, Seymour et Meade repoussent une première attaque de Dorsey Pender tandis qu’au centre, Reynolds contient la poussée des brigades de James Archer et Charles Field. Tout à gauche du dispositif, la brigade sudiste de Joseph R. Anderson semble en mesure de déborder la droite nordiste, mais Griffin et ses tuniques bleues arrivent juste à temps pour déjouer la manœuvre confédérée. L’attaque sudiste est un échec sur toute la ligne.

Pour ne rien arranger, la confusion s’est aussitôt installée dans l’armée de Virginie septentrionale. Traversant à la suite de la division légère, D.H. Hill et Longstreet butent bientôt sur les hommes d’A.P. Hill que les défenses de la Beaver Dam Creek ont repoussés. Comme à Seven Pines moins d’un mois plus tôt, les brigades quittent leur route, s’entremêlent, se perdent ou s’embouteillent. Le mutisme de Jackson ajoute au marasme. Ses hommes ne se sont finalement approchés du champ de bataille que tard dans l’après-midi, mais ils n’arrivent pas à trouver le reste de l’armée pour coordonner son action. Sans doute épuisé physiquement et nerveusement par sa campagne dans la Vallée, Jackson ordonne à ses troupes de camper pour la nuit alors même que les combats continuent à faire rage.

Lee, qui est en train de voir son plan brillant tourner au cauchemar, ordonne à A.P. Hill de se mettre sur la défensive en attendant que Jackson entre en action. A.P. Hill, toutefois, passe outre, ayant obtenu le soutien des éléments de tête de la division D.H. Hill. Ce dernier, faute de pouvoir faire sa jonction avec un Jackson introuvable, a en effet infléchi sa marche vers l’est plus tôt que prévu. Sa brigade de tête, commandée par Roswell Ripley, se joint à celle de Pender pour lancer une attaque à la jonction des brigades Meade et Seymour. Derechef, c’est un échec sanglant. Sur sa gauche, A.P. Hill fait reculer les hommes durement éprouvés de J.R. Anderson et les fait relever par deux brigades de la division D.H. Hill, commandées par George B. Anderson et Samuel Garland.

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La bataille de Beaver Dam Creek, 26 juin 1862. Carte du Civil War Preservation Trust.

Alors que le soleil est couché et que la bataille cesse vers 21 heures, le salut, pour les Confédérés, va venir de… George McClellan, une fois de plus. De façon paradoxale, ce dernier est mieux renseigné sur la position de Jackson que ne l’est Robert Lee lui-même. Les piquets de cavalerie déployés sur son aile droite l’ont repéré, et Porter a dû maintenir la brigade Martindale en réserve pour contrer un éventuel flanquement. En revanche, McClellan ignore l’apathie de Jackson et croit son attaque imminente. Il se persuade alors que sa situation est sans espoir et que les Sudistes vont submerger son flanc droit, le coupant du même coup de sa base de ravitaillement à White House Landing. Cette dernière se retrouvera alors sans défense et séparée de l’armée du Potomac non seulement par la Chickahominy, mais également par l’armée rebelle toute entière.

Pour le logisticien scrupuleux qu’est McClellan, cette perspective est plus qu’il n’est possible d’en supporter. Il décide de déménager sa base arrière de l’embouchure de la rivière York à celle de la James, un mouvement qu’il envisageait déjà depuis quelques temps. Parallèlement, le général nordiste ordonne au Vème Corps de décrocher pour franchir la Chickahominy plus à l’est, par le pont de Woodbury. L’armée du Potomac et sa base seraient alors installées intégralement au sud de la rivière, ce qui permettrait de poursuivre la campagne à défaut de continuer à menacer Richmond.

7mechanicsvilleLa bataille de Beaver Dam Creek, esquisse d'Alfred Waud.

 

Le Vème Corps quitte ainsi ses lignes sur la Beaver Dam Creek durant la nuit pour se replier vers l’est. La brigade Seymour livre un combat d’arrière-garde dont elle sort victorieuse, couvrant ainsi la retraite du corps d’armée. La journée du 26 juin s’achève ainsi sur une situation schizophrénique… Les Nordistes, en effet, ont repoussé tous les assauts de leurs ennemis, et ont perdu moins de 400 hommes contre près de 1.500 Confédérés. La bataille de la Beaver Dam Creek est un net succès fédéral, l’offensive sudiste s’étant piteusement embourbée sur ses rives. Mais Lee a malgré tout remporté une victoire morale décisive, car McClellan, psychologiquement, s’est déjà avoué vaincu devant les manœuvres de son adversaire et avant même l’engagement décisif. Une situation que le général sudiste saura vite exploiter.

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