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Guerre de Sécession : les Sept Jours (3/6)

1awaudbattle_of_gaines_millTandis que l’aile droite nordiste se replie le long de la Chickahominy en direction du pont de Woodbury, des accrochages se poursuivent durant la nuit et tôt dans la matinée du 27 juin 1862. Les Confédérés suivent leurs ennemis de près, menaçant de transformer leur défaite en déroute quand le jour sera complètement levé. McClellan comprend rapidement qu’il est trop tard pour transférer toute son armée sur la rive sud avant que le soleil ne soit haut dans le ciel : le Vème Corps va devoir résister sur place en attendant que la nuit suivante ne lui permette de s’échapper en toute sécurité. Il ordonne donc à Porter de regrouper ses forces à proximité d’un moulin à eau baptisé Gaines’ Mill.

 

Un affrontement sans répit

Les hommes de Porter se sont installés sur une excellente position défensive au sud-est de Gaines’ Mill. Le Vème Corps est déployé sur une série de hauteurs qui dominent les environs : Turkey Hill (« la colline du Dindon »), Watt Hill, McGehee Hill – ces deux dernières portant le nom des fermes qui les coiffent. Au pied de celles-ci coule un petit affluent marécageux de la Chickahominy, la Boatswain’s Swamp, dont les flancs escarpés et boisés favorisent la défense de la même manière que la Beaver Dam Creek. Porter a déployé la division Morell derrière cette rivière, sa gauche ancrée sur un marécage impraticable. La petite division de George Sykes, formée essentiellement de soldats de l’armée régulière plutôt que de volontaires, tient la droite, prenant appui sur un autre ruisseau, l’Elder’s Swamp. Elle est moins bien positionnée, mais Porter y a concentré ses réserves d’artillerie. La division McCall, quant à elle, a été placée en réserve.

2porterfjDès l’aube, la division d’A.P. Hill, désormais soutenue par celle de Longstreet et les hommes de D.H. Hill, a renouvelé son attaque contre la Beaver Dam Creek. À sa grande surprise, il constate que la résistance est pratiquement nulle. En fait, il n’a en face de lui que le régiment des Sharpshooters du colonel Berdan, qui ralentit la progression des Confédérés par le feu précis de ses fusils Sharps. Constatant la retraite des Nordistes, Lee ordonne à A.P. Hill de les poursuivre. Comme la veille, il ne désespère pas de le rabattre vers le nord-est. Il éloignerait ainsi le Vème Corps du reste de l’armée du Potomac et le pousserait droit vers les forces de Jackson, qui feraient alors office d’enclume.

Sur sa gauche, la division D.H. Hill progresse plus rapidement et atteint en fin de matinée Old Cold Harbor, le hameau où Jackson, qui a rétabli le contact avec le reste de l’armée, est censé le rejoindre avec le reste de ses forces. Toutefois, D.H. Hill, qui pensait flanquer le Vème Corps en pleine retraite, est surpris de trouver la division Sykes solidement installée au sud de sa position et lui faisant face. Vers 13 heures, il lance une reconnaissance en force qui se heurte rapidement au feu nourri des canons nordistes, positionnés sur une crête et battant les champs qui s’étendent, à découvert, autour d’Old Cold Harbor. Une attaque précipitée aurait, dans de telles conditions, toutes les chances de s’achever en désastre. D.H. Hill décide sagement d’attendre l’arrivée de Jackson pour avancer de nouveau.

Il allait devoir attendre encore. Jackson, cette fois, s’était perdu, vraisemblablement à cause d’une confusion sémantique entre Old Cold Harbor et New Cold Harbor, un autre hameau situé environ deux kilomètres plus à l’ouest. Le problème fut encore exacerbé lorsque les Fédéraux, qui avaient abattu des arbres en travers de son chemin pour obstruer la route, le poussèrent à prendre un « raccourci » qui ne fit que retarder davantage sa progression. De ce fait, les trois divisions de Jackson n’arrivèrent que deux heures plus tard, qui plus est au mauvais endroit. La bataille de Gaines’ Mill avait alors déjà commencé.

3sevendays2627Les combats des 26 et 27 juin 1862 devant Richmond. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

4warrengkLee piétine à Gaines’ Mill

De son côté, A.P. Hill constate à son tour que les Fédéraux sont loin d’être en pleine retraite. Sa brigade de tête, celle de Maxcy Gregg, affronte les tirailleurs nordistes mais découvre bientôt la force réelle des positions ennemies le long de la Boatswain’s Swamp. Craignant des attaques désordonnées similaires à celles qui avaient échoué la veille sur la Beaver Dam Creek, Lee fait stopper la division Longstreet, qui suit, afin qu’elle ne gêne pas celle d’A.P. Hill dans son attaque. Cette dernière commence entre 14 heures et 14 heures 30, Gregg tenant la gauche, Branch et Pender le centre, J.R. Anderson, Archer et Field la gauche.

Les Nordistes sont bien en place. De gauche à droite, Morell a déployé les brigades de Daniel Butterfield, Martindale et Griffin. Sur sa droite, Sykes a placé la petite brigade de volontaires de Gouverneur K. Warren (« Gouverneur » étant son prénom, en français dans le texte) immédiatement sur la Boatswain’s Swamp, et les deux brigades de réguliers, commandées par Charles Lovell et Robert Buchanan, un peu plus en retrait. L’attaque des Confédérés tourne rapidement au fiasco. Pour franchir la Boatswain’s Swamp, les soldats sudistes doivent descendre un terrain en pente complètement à découvert qui fait d’eux des cibles faciles. La plupart d’entre eux ne résistent pas à un tel traitement et se replient avant même d’avoir atteint le cours d’eau.

L’une après l’autre, les brigades d’A.P. Hill stoppent et se replient. Seuls trois régiments de la brigade Branch réussissent à franchir la Boatswain’s Swamp et à prendre pied sur les hauteurs situées sur l’autre rive, repoussant la brigade Warren. Toutefois, Sykes lance aussitôt en avant le reste de sa division. Les éléments sudistes, privés de soutien, ne résistent pas longtemps et doivent se replier à leur tour, subissant de lourdes pertes. En à peine plus d’une heure, la division d’A.P. Hill a perdu près de 2.000 hommes. Certains régiments ont essuyé des pertes supérieures à la moitié de leur effectif de départ. Avec les combats de la veille, la division légère se retrouve ainsi privée de près d’un quart de ses forces en deux jours seulement.

5Gainess_Mill_1430Bataille de Gaines' Mill, 27 juin 1862 : attaque initiale d'A.P. Hill. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

6Gaines-RuinsPeu avant 15 heures, Porter envoie à McClellan, resté à son quartier général, des dépêches enthousiastes sur l’attaque ennemie repoussée. Le chef de l’armée du Potomac s’enhardit alors suffisamment pour songer à contre-attaquer. Il ordonne au VIème Corps de franchir la Chickahominy un peu plus à l’ouest afin de s’abattre sur le flanc droit de Lee, mais le général Franklin, qui le commande, a fait brûler le pont qui aurait permis une telle manœuvre. McClellan se contente donc d’envoyer à Porter une des deux divisions de Franklin, celle commandée par Slocum. Toutefois, celle-ci ne sera pas à pied d’œuvre avant la fin de l’après-midi.

L’ardeur de McClellan retombe assez rapidement. Sumner lui signale bientôt que les forces rebelles qui font face au IIème Corps se sont mises en mouvement. Il ne s’agit que d’une feinte : Lee a ordonné à Magruder, passé maître dans l’art de la duperie depuis le siège de Yorktown, de multiplier les gesticulations pour contraindre McClellan à garder autant de troupes que possible sur la rive sud de la Chickahominy. Une nouvelle fois, la ruse fonctionne. Se croyant dépassé en nombre et craignant une attaque générale des Sudistes, McClellan refuse à Porter de nouveaux renforts, hormis la division Richardson qui arrivera trop tard pour prendre part à la bataille de Gaines’ Mill. Pour cette raison, Porter n’aura pas plus de 34.000 hommes à opposer aux 57.000 que Lee parviendra à concentrer contre lui, un des rares engagements de la guerre où les Confédérés jouiront d’une large supériorité numérique sur leurs adversaires.

7Civil-War-BalloonAttaques infructueuses

Le terrain souvent boisé et très mal cartographié ne facilite pas la tâche des généraux lorsqu’ils doivent se faire une idée suffisamment précise de la disposition de leurs troupes et de celles de l’ennemi. Les Fédéraux utiliseront ainsi à Gaines’ Mill les ballons du professeur Lowe, mais ils ne seront pas les seuls. Les Sudistes eux aussi ont désormais leur propre ballon. Pour le confectionner, il a fallu faire main basse sur les stocks de soie des marchands d’étoffe de Richmond – d’où une improbable enveloppe bariolée. Ce ballon sera pourtant utile, mais surtout d’un point de vue psychologique : en multipliant les ascensions sur la rive sud de la Chickahominy, il contribuera à faire croire à l’imminence d’une attaque dans ce secteur.

Même si elle ne viendra jamais, Lee craint la contre-attaque des Nordistes devant Gaines’ Mill. Il peine à rallier la division d’A.P. Hill, et cette dernière s’en trouve donc vulnérable. Pour détourner l’attention des Fédéraux, il ordonne à Longstreet de lancer une feinte contre l’extrémité gauche de leur ligne. Longstreet s’exécute et lance en avant la brigade de George Pickett, avec le soutien de celle de Cadmus Wilcox. Le terrain est cependant similaire à celui qui avait vu la défaite d’A.P. Hill, et les assaillants essuient une nouvelle fois des pertes sensibles, Pickett figurant au nombre des blessés. Il est 15 heures 30, et les premiers éléments du corps d’armée Jackson viennent de faire leur apparition sur le champ de bataille.

8Gainess_Mill_1530Bataille de Gaines' Mill, 27 juin 1862 : l'attaque de la division Ewell. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

9elzeyIl s’agit en fait de la division Ewell, qui est en train d’arriver à New Cold Harbor. Lee lui ordonne de relever les hommes d’A.P. Hill et d’attaquer le centre de la ligne nordiste. Ewell s’exécute immédiatement, sans attendre que l’intégralité de sa division soit à pied d’œuvre. Les Tigres de la Louisiane mènent l’assaut, mais en l’absence de leur chef Richard Taylor, alité, c’est le colonel Isaac Seymour qui est à leur tête. Celui-ci, sans expérience du commandement d’une brigade, dirige ses soldats jusqu’aux rives boisées de la Boatswain’s Swamp, où il s’égare bientôt. Il finit par être tué, et les Louisianais reculent. Les brigades d’Isaac Trimble et Arnold Elzey prennent le relais et s’obstinent deux heures durant, sans plus de résultats. Elzey reçoit une balle dans la tête. Il survivra, mais devra être cantonné à des fonctions administratives pour le restant de la guerre.

Vers 16 heures, Porter, qui commençait malgré tout à manquer de réserves, a la satisfaction de voir arriver les premiers régiments de la division Slocum. La brigade de John Newton vient renforcer l’intervalle critique qui sépare les divisions Morell et Sykes, tandis que celle de Joseph Bartlett étendent la ligne nordiste vers la droite – George Taylor et ses hommes restant pour leur part en réserve. L’armée nordiste n’est cependant pas la seule à recevoir des renforts. Une heure plus tard, alors que les combats au centre commencent à faiblir, Jackson arrive enfin sur le champ de bataille avec le reste de ses troupes. Pendant qu’il déploie les divisions Whiting et Winder, Lee fait replier celle d’Ewell. Vers 18 heures, la bataille s’interrompt pratiquement pour la première fois depuis le début de l’après-midi.

10hoodEnfin une victoire

Le général sudiste, toutefois, est loin de s’avouer vaincu. Bien au contraire : son intention est de rassembler ses forces pour lancer une attaque générale. Il ordonne à ses subordonnés de regrouper toutes les forces qu’il leur reste encore. Longstreet attaquera la gauche fédérale avec l’appui de Whiting ; au centre, Ewell et A.P. Hill combineront leurs unités encore suffisamment fraîches, Winder les suivant pour les soutenir le cas échéant et servir de réserve offensive. Enfin, la division D.H. Hill se chargera de la droite nordiste. En tout, les six divisions sudistes parviendront à engager simultanément 32.000 hommes, dans un des assauts les plus massifs de toute la guerre.

Ce dernier commence à 19 heures. La coordination est plus ou moins bonne, et la réussite inégale selon les secteurs, mais l’effet de saturation finit par peser en faveur des Sudistes. Porter doit engager ses dernières réserves – la brigade George Taylor et la division McCall – pour empêcher son centre de s’effondrer. Celui-ci recule, mais ne rompt pas. Tout à gauche, la brigade Butterfield résiste elle aussi aux assauts de Longstreet. Il n’en va pas de même pour Martindale, dont les soldats sont assaillis par ceux de Whiting. Ce sont les Texans de Hood qui ouvrent la marche. Malgré les pertes, ils réussissent à franchir la Boatswain’s Swamp et à prendre d’assaut la position nordiste. Butterfield envoie deux de ses régiments à la rescousse, mais leur contre-attaque échoue.

11Gainess_Mill_1900

Bataille de Gaines' Mill, 27 juin 1862 : l'attaque générale des Confédérés. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

12DeathLes Confédérés se ruent dans la brèche, Winder faisant avancer la brigade de Samuel Fulkerson pour exploiter la percée. Leur chef sera tué, mais la division Whiting a déjà fait le gros du travail : poursuivant sur sa lancée, la Texas Brigade s’est emparée de la ferme Watt et menace à présent Turkey Hill, où l’artillerie nordiste est positionnée. Pour gagner le temps de faire reculer ses canons, Porter demande de l’aide aux cavaliers de Philip Cooke. Ce dernier n’a à sa disposition qu’un bataillon du 5ème régiment de cavalerie de l’armée régulière. Il ordonne une charge aussi héroïque que désespérée, sans aucun soutien. Les cavaliers bleus parviennent à passer, mais ils se retrouvent bientôt coincés derrière les lignes ennemies et doivent se rendre.

Sur la droite nordiste, les six brigades de D.H. Hill sont elles aussi passées à l’attaque. Sous une averse de mitraille, celle de Samuel Garland parvient à s’emparer d’une batterie nordiste bien placée qui leur barrait la route. Trop étirée, l’aile droite fédérale ne peut faire face et recule à travers un bois. Une fois revenue à découvert, l’infanterie confédérée est de nouveau accablée par les canons nordistes, mais D.H. Hill réussit à s’emparer de la ferme McGehee alors que le soleil disparaît derrière l’horizon. De cette position, les Sudistes menacent de prendre à revers le reste du Vème Corps, et Porter n’a plus d’autre choix que d’ordonner la retraite vers la rive sud de la Chickahominy. Heureusement pour la cause de l’Union, la nuit vient à son aide, empêchant les Confédérés de mener une poursuite sérieuse.

13reynoldsjfCouvert par la division Richardson arrivée tardivement, le Vème Corps franchit nuitamment la rivière. À 4 heures du matin, Porter fait brûler les ponts après que ses dernières unités organisées les aient franchis. Il laisse cependant quatorze pièces d’artillerie et près de 3.000 traînards sur l’autre rive, où les unes et les autres seront capturés par l’ennemi. Parmi les prisonniers figurent le général Reynolds : séparé de sa brigade et ignorant que la retraite avait été sonnée, il s’était tout simplement assoupi après deux jours entiers sans dormir. Ces pertes s’ajoutaient aux quelques 4.000 tués et blessés de la journée côté nordiste.

La bataille de Gaines’ Mill marque l’ascension de Robert Lee au panthéon des dieux de la guerre de la Confédération. Il a pour la première fois – enfin ! – remporté une bataille d’envergure sur le terrain, n’ayant dû jusque-là qu’à son habileté manœuvrière et à la passivité de McClellan d’avoir pris l’ascendant sur son adversaire. Mais le prix à payer est lourd : l’armée de Virginie septentrionale a perdu près de 8.000 hommes à Gaines’ Mill. Nordistes et Sudistes confondus, 2.377 soldats y ont perdu la vie. Toutefois, la portée stratégique de la victoire sudiste, pour chèrement acquise qu’elle soit, est considérable. Tôt dans la matinée du 28 juin, les Nordistes incendient le pont de chemin de fer de Dispatch Station avant que les cavaliers confédérés ne l’atteignent, coupant définitivement l’armée du Potomac de sa base de White House Landing. Pour McClellan, le point de non retour est franchi : il n’a désormais plus d’autre choix que de redéployer ses dépôts vers Harrison’s Landing, sur l’estuaire de la James, et d’y replier son armée. Pour l’Union, le siège de Richmond est de facto levé, et tout est à refaire.

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