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Guerre de Sécession : les Sept Jours (4/6)

1gaines-mill-aftermathPendant que le général McClellan déménage son quartier général en direction de Harrison’s Landing afin de mieux superviser l’établissement de sa nouvelle base, son adversaire demeure dans l’ignorance de ses intentions réelles. Dans la matinée du 28 juin, Lee ne peut que constater qu’il se passe quelque chose : les nuages de poussière qui s’élèvent de la rive sud de la Chickahominy prouvent que l’armée du Potomac est en mouvement. Reste à savoir dans quelle direction. Le général sudiste est persuadé que McClellan est en train de transférer ses forces vers l’est et la rivière York afin de raccourcir ses lignes de communication et de ravitaillement. Il fait donc redéployer son armée dans cette direction pour parer à une éventuelle contre-offensive. Il n’y a d’ailleurs pas grand-chose d’autre à faire, car les ponts sur la Chickahominy ont été brûlés, et les Nordistes sont présents en force sur l’autre rive, rendant toute traversée impossible.

 

Accalmie trompeuse

L’armée de Virginie septentrionale demeure temporairement aveugle, car les Fédéraux tiennent toujours solidement leurs positions face à Richmond, empêchant les corps d’armée Magruder et la division Huger de procéder aux reconnaissances idoines. La veille, pendant que la bataille de Gaines’ Mill, une des démonstrations de Magruder a pris une ampleur inattendue. Désobéissant aux ordres donnés de procéder à une simple reconnaissance, un de ses subordonnés, Robert Toombs, mena sa brigade à l’attaque sans soutien contre les positions du VIème Corps autour de la ferme de Garnett. La brigade nordiste de Winfield Scott Hancock la repoussa sans difficulté et lui infligea des pertes sensibles.

Toombs était un politicien influent de Géorgie, ancien sénateur de son État et ardent partisan de la sécession. Il avait brigué la présidence de la Confédération en février 1861, mais lorsque le Congrès provisoire avait élu Jefferson Davis à sa place, il s’était contenté du secrétariat d’État. Toombs devint aussitôt le plus farouche opposant du président : seul membre du cabinet sudiste à s’être montré hostile à l’attaque contre le fort Sumter, il finit par démissionner en juillet 1861 avant de rejoindre les rangs de l’armée, où ses appuis politiques lui valurent d’atteindre rapidement le grade de brigadier-général. La division où il servait, celle de David R. Jones, comptait deux brigades intégralement composées de Géorgiens – la sienne et celle de George T. Anderson.

2toombsEn dépit de son inexpérience totale de la chose militaire, Toombs était persuadé d’être un excellent chef de guerre et méprisait ce qu’il percevait chez les militaires de carrière comme une prudence et un conservatisme excessifs. Convaincu que son initiative serait couronnée de succès et accroîtrait son prestige politique, il réédita son insubordination lorsqu’il reçut de nouveau l’ordre de mener une reconnaissance pour le 28 juin, cette fois à proximité de la ferme Golding. Il tenta d’obtenir pour son attaque le soutien du reste de la division, et ce en dépit de sa propre position dans la chaîne de commandement. Il parvint à persuader G.T. Anderson, qui n’était que colonel, d’appuyer sa progression avec deux de ses régiments. Une nouvelle fois, la brigade Hancock n’eut aucun mal à tenir les Confédérés à distance.

En s’installant à Harrison’s Landing, McClellan n’avait laissé que des instructions vagues à ses commandants de corps quant à la retraite de l’armée vers le sud et la James. Un obstacle majeur se dressait sur la route de l’armée du Potomac sous la forme d’un autre affluent marécageux de la Chickahominy, la White Oak Swamp. Le IVème Corps d’Erasmus Keyes traversa cette rivière dès le 28 pour aller couvrir l’établissement de la nouvelle base arrière fédérale. Porter lui emboîta le pas avec son Vème Corps afin de former une position défensive faisant face à l’ouest, entre la White Oak Swamp et la James. L’enjeu de ce mouvement était de couvrir la retraite des interminables colonnes de chariots qui transportaient la logistique de l’armée du Potomac. Puis au cours de la nuit du 28 au 29, le reste de l’armée recula sur une position intermédiaire, autour de Savage’s Station.

3savages-stationLa bataille de Savage’s Station

La gare de Savage’s Station, sur la voie ferrée de Richmond à la rivière York, abritait l’un des principaux dépôts nordistes sur la rive méridionale de la Chickahominy. Les forces fédérales avaient ordre de tenir leur position assez longtemps pour que le matériel transportable puisse être emmené de l’autre côté de la White Oak Swamp. Elles devaient ensuite décrocher à la faveur de la nuit. Ce qui ne pouvait être déplacé serait livré aux flammes, hormis le vaste hôpital de campagne installé à Savage’s Station. Empli de malades et de blessés des quatre jours précédents, celui-ci allait devoir être abandonné aux mains de l’ennemi avec tous ceux qui ne pourraient être transportés – une perspective qui affaiblit sérieusement le moral des défenseurs, déjà écorné par la bataille de Gaines’ Mill.

Dans l’après-midi du 28 juin, Lee reçut de Stuart confirmation que les Nordistes avaient abandonné pour de bon leur base à White House Landing. Réalisant finalement que McClellan ne se repliait pas vers l’est, mais vers le sud, il échafauda un plan d’action presque aussi complexe que celui qu’il avait mis en œuvre trois jours plus tôt. Les corps d’armée de Jackson – renforcé par la division D.H. Hill – et Magruder devaient converger sur Savage’s Station, le premier par l’est, le second par le nord, pour soumettre l’arrière-garde nordiste à une attaque en tenailles qui l’obligerait à faire face. Pendant ce temps, avec le soutien de Huger, A.P. Hill et Longstreet devraient opérer un large mouvement qui les ramènerait à Richmond, d’où ils tenteraient de couper la retraite des Nordistes au sud de la White Oak Swamp. Pour étendre ses lignes jusqu’à la James, Lee ferait appel à la petite réserve que constituait le département de Caroline du Nord de Theophilus Holmes.

4savagesstationMouvements de troupes le 29 juin 1862, annotations de l'auteur sur une carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.com).

 

5smithwfLes forces de Magruder se mirent en marche dès l’aube, mais un premier accrochage près de la ferme Allen calma rapidement les ardeurs de leur chef. En dépit de pertes légères, un de ses commandants de brigade, Richard Griffith, fut mortellement blessé par un éclat d’obus. Il s’arrêta, réclamant des renforts. De son côté, Jackson n’avait pas bougé du tout. En fait, il allait passer toute la journée du 29 juin à faire réparer un pont sur la Chickahominy plutôt que d’essayer de trouver un point où la franchir à gué. De surcroît, les ordres qu’il avait reçus de Lee avaient été écrits par un officier d’état-major qui en dénatura involontairement le sens. Ajoutés à la grande fatigue de Jackson – qui tombait de sommeil, parfois au sens propre du terme – ces facteurs contribuèrent encore à son inaction.

Quasiment privé de soutien, Magruder reprit prudemment son avance, arrivant aux environs de Savage’s Station vers midi. Ses trois divisions étaient seules face à deux corps d’armée nordistes et demi : le IIIème de Heintzelmann, le IIème de Sumner, et le VIème de Franklin – ce dernier réduit à la seule division de Baldy Smith. La bataille faillit tourner à la catastrophe pour les Nordistes avant même que Magruder ne renouvelle son attaque : Sumner et Franklin s’aperçurent que Heintzelmann était en train de faire traverser la White Oak Swamp sans les avoir prévenus. Les ordres imprécis donnés par McClellan et l’absence de coordination entre les différents corps nordistes auraient pu avoir des conséquences désastreuses.

6burnsEncore une journée pour rien

Il n’en fut rien, parce que Jackson n’était pas là et que Magruder ne lança qu’une attaque limitée. Bien qu’il disposât en tout de six brigades, le général sudiste ne fit avancer que les deux de la division McLaws, commandées par Joseph Kershaw et Paul Semmes, appuyées par la brigade Griffith désormais commandée par William Barksdale. Les Confédérés, toutefois, allaient tout de même ajouter une page nouvelle à l’éventail des techniques de la guerre industrielle. Le long de la Richmond & York River Railroad les accompagnait une arme nouvelle, qu’ils avaient surnommé « Merrimac terrestre » en référence au nom originel du défunt cuirassé CSS Virginia. Ce n’était en fait rien de moins que le tout premier train blindé : un puissant canon de marine rayé Brooke de 32 livres monté sur un wagon, protégé par une casemate cuirassée et poussé par une locomotive.

La prudence de Magruder ne lui permit pas de tirer avantage de la retraite prématurée du IIIème Corps. Ce sont les hommes de Sumner qui subirent de plein fouet l’attaque sudiste, en l’occurrence la brigade de William Burns – dite Philadelphia Brigade parce que recrutée intégralement dans cette ville – appartenant à la division Sedgwick. Ses quatre régiments étaient en fait ceux que la Pennsylvanie avaient levés l’année précédente pour le compte de la Californie sous l’impulsion d’Edward Baker. Après la mort de ce dernier à Ball’s Bluff, ces unités avaient été réintégrés parmi les volontaires de Pennsylvanie et renumérotés en conséquence.

7savages-station-june-29Bataille de Savage's Station, 29 juin 1862. Carte du Civil War Preservation Trust.

 

8barksdaleLes Philadelphiens furent initialement malmenés par l’assaut confédéré. Sumner eut du mal à rétablir la situation. Arrivant régiment par régiment plutôt que par brigades entières, les renforts nordistes ne rétablirent que progressivement l’équilibre numérique dans le secteur tenu par la brigade Burns. Cependant, Magruder n’envoya pas d’autre brigade pour contrer les manœuvres de son adversaire, si bien que la bataille finit par s’enliser sans produire de résultat concret. Pour pallier à la défection du IIIème Corps, Franklin envoya la brigade du Vermont de William Brooks prendre sa place sur la gauche nordiste. Elle se heurta juste avant la nuit au reste du corps d’armée Magruder, demeuré sur la défensive, et qui lui infligea de lourdes pertes.

Sur ces entrefaites, un orage s’abattit sur le champ de bataille, paroxysme météorologique de cinq journées marquées par une forte chaleur. Combinées à l’obscurité, les intempéries mirent un terme à la bataille de Savage’s Station et permirent au reste de l’armée fédérale de franchir la White Oak Swamp sans être inquiété. Magruder avait perdu plus de 1.000 hommes, ses adversaires moins de 500. Il s’y ajoutait toutefois environ 2.500 malades et blessés abandonnés dans l’hôpital nordiste. Ils furent capturés en même temps que les quelques 500 membres des services de santé et de l’intendance qui avaient accepté de partager leur sort afin de continuer de leur prodiguer des soins. Pour beaucoup de ces hommes, les misères ne faisaient que commencer car une fois suffisamment remis, une difficile captivité les attendait dans les prisons de Richmond – si toutefois ils avaient la chance de survivre jusque-là.

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