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Les causes de la guerre de Sécession (3/14)

Henry_Knox_by_PealeLe parti fédéraliste était alors parvenu à son apogée. Son image de chef d’État au-dessus des luttes de partis avait permis à Washington d’être réélu facilement en 1792. Toutefois, la rébellion du Whisky avait écorné l’image des fédéralistes, et leur emprise sur le gouvernement commença à se fissurer. Henry Knox démissionna du secrétariat à la Guerre le 31 décembre 1794, et Hamilton lui emboîta le pas le 31 janvier 1795. Même s’il n’allait plus occuper par la suite de fonction ministérielle ou parlementaire, Hamilton allait cependant continuer à jouir d’une influence considérable, dont il n’hésiterait jamais à user et abuser – même si cela devait lui coûter sa carrière et, in fine, sa vie.

 

Le déclin du système fédéraliste

L’un des objectifs majeurs des fédéralistes était d’assurer des échanges commerciaux stables avec la Grande-Bretagne, car l’importation de marchandises anglaises impliquait la perception de lucratifs droits de douanes. Or, les relations américano-britanniques, depuis la fin de la guerre d’Indépendance, étaient demeurées exécrables. Les vaisseaux de guerre britanniques arraisonnaient les navires marchands américains de façon routinière à la recherche de marchandises à destination de la France – alors en pleine Révolution et en guerre contre l’Angleterre depuis 1793 – ou de déserteurs, réels ou supposés, à même d’être enrôlés de force dans la Royal Navy. Qui plus est, l’armée britannique n’avait pas complètement évacué ce qui était à présent le territoire du Nord-ouest, y maintenant quelques avant-postes à partir desquelles elle soutenait les Indiens dans leur guerre contre les États-Unis.

Pour remédier à cette situation, Hamilton s’associa à John Jay pour rédiger un projet de traité d’amitié anglo-américain. Les négociations aboutirent à un accord satisfaisant dès novembre 1794 : les Anglais acceptèrent de retirer leurs garnisons et de stopper les arraisonnements, en échange de quoi les Américains leur offrirent un traité commercial et se soumirent au blocus que l’Angleterre imposait à la France. Jefferson et les démocrates-républicains s’opposèrent avec véhémence au « traité Jay ». Pour eux, la France révolutionnaire se battait pour la démocratie, contre le despotisme de la monarchie anglaise ; à ce titre, elle devait être soutenue, même si cela impliquait de rester aveugle aux exactions qui l’accompagnaient. Leur opposition fit traîner en longueur le processus de ratification, et il fallut que Washington jette son prestige dans la balance pour que le traité Jay soit entériné, le 29 février 1796.

John_Adams_by_Asher_B._DurandCette intervention partisane de la part du président ternit néanmoins son image, à l’approche des élections présidentielles. Accusé par les démocrates-républicains de partialité, ainsi que de vouloir rester indéfiniment au pouvoir, Washington renonça à se présenter, inaugurant une tradition tacite qui perdura jusqu’en 1940 – celle qui voulait qu’un président n’accomplisse pas plus de deux mandats. L’élection de 1796 opposa le vice-président sortant John Adams à Thomas Jefferson. Le scrutin fut serré, et mit en exergue les faiblesses du système électoral états-unien. Le vote des grands électeurs, alors désignés majoritairement par la législature de chaque État plutôt que par vote populaire, désignait simultanément le président et le vice-président, chaque électeur inscrivant les deux noms de ses candidats sur son bulletin. Le candidat ayant reçu le plus de voix était alors élu président et son second vice-président.

Pour éviter une égalité qui aurait obligé la Chambre des représentants à départager les deux ex-æquo, il était convenu tacitement qu’un ou deux électeurs remplaceraient le nom du candidat à la vice-présidence par un autre nom, permettant ainsi l’obtention d’un résultat clair. Toutefois, cette complexe machine électorale se grippa lors de l’élection de 1796. Celle-ci était très serrée, et Adams obtint 71 voix contre 68 à Jefferson. Mais faute de s’être coordonnés suffisamment, les grands électeurs fédéralistes reportèrent un trop grand nombre de votes, et leur candidat à la vice-présidence, Thomas Pinckney, n’obtint que 59 voix. On aboutit ainsi à un résultat surréaliste : Adams fut élu président et son adversaire, Jefferson, devint vice-président. En dépit de cela, la leçon ne fut pas retenue, et le système électoral demeura inchangé.

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La chute d’Alexander Hamilton

Aussitôt après la ratification du traité Jay, la France riposta en ordonnant à sa marine de guerre d’arraisonner les navires marchands états-uniens à destination de l’Angleterre. L’impact sur le commerce maritime américain devint rapidement tel que le gouvernement décida, en 1797, de reconstituer une marine de guerre, la précédente ayant été dissoute en 1785. Ainsi naquit l’U.S. Navy. Six puissantes frégates furent mises en chantier, et par la suite, d’autres navires s’y ajoutèrent. Cette flotte affronta les vaisseaux français dans une série d’escarmouches navales à partir de 1798. Baptisé « Quasi-guerre », ce conflit non déclaré fut soldé en septembre 1800 par une convention entérinant le traité Jay et la rupture de l’alliance signée en 1778 entre la France et les États-Unis. La Quasi-guerre avait au moins eu le mérite de permettre aux fédéralistes de doter le pays d’une flotte militaire permanente pour protéger son commerce, un autre point important de leur programme politique.

Néanmoins, ce serait là le dernier succès d’importance pour les fédéralistes. Deux mois après la fin des hostilités contre la France, l’élection présidentielle de 1800 rejoua celle de 1796, mais cette fois, c’est Jefferson qui l’emporta sur Adams – devenant le premier démocrate-républicain à accéder à la magistrature suprême. Sa victoire mettait un terme à douze ans de gouvernement fédéraliste, mais elle fut entachée d’un nouveau quiproquo. Lors du vote des grands électeurs, les deux partis s’étaient organisés pour éviter une réédition de l’imbroglio de 1796. Un seul électeur de chaque parti devait donner sa voix à un autre candidat vice-présidentiel, mais celui des démocrates-républicains vota distraitement pour Aaron Burr. Par conséquent, Jefferson et son colistier Burr se retrouvèrent avec le même nombre de voix.

Vanderlyn_BurrConformément à la constitution, il appartenait donc à la Chambre des représentants de désigner lequel des deux hommes serait élu président. Le déroulement du vote était lui-même assez alambiqué. Les représentants de chaque État devaient voter entre eux et, en fonction du résultat, indiquer pour quel candidat leur État votait – chaque État n’ayant donc qu’une voix. Par calcul politique, les représentants fédéralistes votèrent pour Burr, qu’ils tenaient pour moins « dangereux » que Jefferson. Ce dernier n’obtint que huit votes, alors qu’il lui en aurait fallu neuf – l’Union s’était entre temps agrandie du Tennessee et du Kentucky – pour être élu, tandis que Burr avait six voix, et que les représentants de deux autres États, Maryland et Vermont, étaient à égalité. Trente-quatre autres tours de scrutin étalés sur sept jours n’y changèrent strictement rien.

Ce fut Hamilton qui débloqua la situation, mais ses motifs étaient loin d’être désintéressés. S’il détestait Jefferson, il haïssait bien plus encore Burr, qui était son principal rival politique dans son État, celui de New York. Hamilton joua une nouvelle fois de son influence pour convaincre ses amis de voter pour Jefferson. Au trente-sixième tour, sa manœuvre aboutit : les représentants du Maryland et du Vermont qui avaient jusque-là voté Burr s’abstinrent, permettant à leurs États de donner leurs voix à Jefferson, qui fut élu. Hamilton avait satisfait sa vindicte personnelle, mais au prix de ce qui lui restait de prestige. Ses manœuvres étant allées à l’encontre de celles de son propre parti, il se retrouva rapidement isolé. Par ailleurs, l’incident servit cette fois de leçon. Le douzième amendement à la constitution, ratifié en 1804, séparera clairement, lors du vote des grands électeurs, l’élection du président de celle du vice-président.

Hamilton-burr-duelPour Hamilton, le dernier acte se joua en cette même année 1804. Burr, dont Jefferson ne voulait plus comme vice-président, se présenta à l’élection du gouverneur de l’État de New York, qu’il perdit. Burr attribua publiquement sa défaite aux machinations de Hamilton, et les deux hommes s’échangèrent des lettres incendiaires. Cette escalade finit par pousser Burr à provoquer Hamilton en duel. Le 11 juillet, les deux politiciens s’affrontèrent au pistolet au plus fort de la controverse. Hamilton manqua – volontairement ou non – sa cible, tandis que Burr lui logea une balle dans l’abdomen, dont il mourut le lendemain. Avec lui disparaissait l’incarnation de ce fédéralisme qui avait dominé la vie politique états-unienne dans les années 1790. Déjà moribond, le parti fédéraliste vit son déclin s’accélérer encore.

Triomphe des démocrates-républicains

Lorsqu’il se présenta à sa propre succession en 1804, Jefferson écrasa le candidat fédéraliste Charles Pinckney, ne lui laissant que deux États sur dix-sept. Sans adversaire de la trempe d’un Hamilton pour lui donner la réplique, Jefferson put appliquer une politique plus conforme à sa vision. Il réduisit les dépenses militaires, ainsi que les droits de douane, et porta au minimum les autres contributions indirectes. Parallèlement, son administration bénéficia d’un accroissement du commerce extérieur qui lui assura une excellente santé financière. Plus généralement, la politique poursuivie fut celle d’une plus grande prépondérance du droit des États par rapport au gouvernement fédéral. Jefferson ne remit certes pas en cause la banque centrale établie en 1791, mais lorsque la charte octroyée à celle-ci arriva à expiration en 1811, son successeur refusa de la renouveler.

TecumsehToutefois, les choses ne tardèrent pas à se compliquer. Les dépenses militaires réduites impliquaient que la marine ne serait plus en mesure d’assurer correctement la protection du commerce maritime américain, qui pâtit bientôt des guerres incessantes opposant l’Angleterre à la France. Les deux belligérants se remirent à s’en prendre aux navires marchands américains, et la Royal Navy à enrôler de force des membres de leurs équipages, même s’ils étaient des citoyens américains. La seule mesure que l’administration Jefferson put prendre fut de décréter un embargo en décembre 1807 : un acte qui revenait purement et simplement à interdire toute exportation, quel que soit le pays destinataire.

Cette loi, bien que très difficilement applicable compte tenu de la faiblesse de l’U.S. Navy, pénalisait surtout les armateurs et les négociants du Nord, et plus particulièrement ceux de la Nouvelle-Angleterre – New Hampshire, Vermont, Massaschusetts, Rhode Island et Connecticut. Lors de l’élection présidentielle de 1808, James Madison fut élu sous l’étiquette démocrate-républicaine, mais sa victoire, bien que large, fut moins éclatante que celle de Jefferson quatre ans plus tôt. Notamment, l’embargo de 1807 avait octroyé au candidat fédéraliste – toujours Charles Pinckney – un regain d’affection de la part des électeurs de la Nouvelle-Angleterre. Dès sa prise de fonction, Madison allégea l’embargo en le restreignant à l’Angleterre et à la France. Non seulement cela ne régla pas le problème, mais cela donnait aux Anglais comme aux Français davantage de navires américains à arraisonner.

Henry_Clay_by_Matthew_JouettPlusieurs incidents entre navires de guerre anglais et américains firent monter la tension d’un cran. Les Britanniques ripostèrent en accordant de nouveau leur soutien aux tribus indiennes du Nord-ouest, et celles-ci, réunies sous l’égide du chef Tecumseh, reprirent le sentier de la guerre en 1810. Leurs attaques poussèrent une coterie de politiciens, conduite par le jeune représentant du Kentucky Henry Clay, à réclamer une guerre contre la Grande-Bretagne. L’influence de ces hommes, surnommés les « Faucons », alla grandissante. A contrario, les fédéralistes, et particulièrement ceux de la Nouvelle-Angleterre, s’opposèrent à une guerre qui ne ferait que soumettre les côtes américaines à un blocus que, compte tenu de l’écrasante supériorité de la Royal Navy, la marine des États-Unis n’aurait aucune chance de faire lever.

Le gouvernement comme la majorité de l’opinion publique, cependant, finirent par céder aux pressions des « Faucons » et en juin 1812, le Congrès accéda à la demande de Madison de déclarer la guerre à l’Angleterre. En novembre, Madison fut réélu avec une marge relativement restreinte face au fédéraliste DeWitt Clinton, dont les voix provenaient essentiellement du nord-est et de la Nouvelle-Angleterre. Les forces armées américaines, mal préparées, connurent une entrée en matière médiocre sur la frontière avec le Canada britannique. Leur seule satisfaction sera la mort de Tecumseh, tué au combat en 1813, et qui précipitera la fin de la résistance indienne. Toutefois, la défaite de la France et l’abdication de Napoléon, en 1814, permettront à l’Angleterre de redéployer vers l’Amérique d’importantes forces navales et terrestres. En août, elles infligèrent à Madison une cuisante humiliation en incendiant sa capitale Washington. La résistance de Baltimore empêchera les Britanniques de capitaliser sur ce succès, mais il était clair que les États-Unis se trouvaient dans une situation militaire très défavorable.

The_Presidents_House_by_George_Munger_1814-1815_-_CropL’intensification du blocus anglais en 1814 frappa durement la Nouvelle-Angleterre, poussant les fédéralistes locaux à radicaliser leur opposition au conflit. Ils rejetèrent les demandes du gouvernement fédéral de fournir des miliciens supplémentaires, puis appelèrent à la tenue d’une convention à Hartford, dans le Connecticut, en décembre. Les délégués des cinq États de la Nouvelle-Angleterre s’accordèrent pour soumettre plusieurs propositions d’amendements à la constitution destinés à augmenter leur poids politique au sein de l’Union. Les plus radicaux évoquèrent, en cas de refus, la possibilité d’expulser les autres États de l’Union, voire de faire sécession, c’est-à-dire de la quitter purement et simplement. Forte de ces conclusions, la convention de Hartford envoya des émissaires à Washington en février 1815.

Malheureusement pour eux, le cours de la guerre avait connu entre temps un brutal revirement. Après avoir vaincu les Indiens Creeks dans le Sud, l’armée du général Andrew Jackson s’était retournée juste à temps pour faire face à une attaque anglaise contre la Nouvelle-Orléans. La bataille qui s’ensuivit, le 8 janvier 1815, s’acheva par un triomphe pour les États-Unis. Peu après, on apprit que les diplomates des deux camps avaient signé, le 24 décembre 1814, le traité de Gand, qui concluait cette « guerre de 1812 » par un retour au statu quo ante. Dans ce contexte, la convention de Hartford fut totalement discréditée et n’aboutit à rien. L’implication du parti fédéraliste dans cette affaire, assimilée à une trahison et à des velléités séditieuses, réduisit à néant son influence. Ces événements sonnèrent la fin du premier système bipartite, et entraînèrent la disparition du fédéralisme en tant que force politique.

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Sources

Biographie d’Alexander Hamilton.

Page du site de la Library of Congress consacrée au traité Jay.

Page consacrée à l’élection présidentielle de 1796.

Article général sur la « Quasi-guerre ».

Page consacrée à l’élection présidentielle de 1800.

Site consacré au duel entre Aaron Burr et Alexander Hamilton.

Article sur l’élection présidentielle de 1804.

Article, riche en liens et en références, sur la guerre de 1812.

Article sur l’élection présidentielle de 1808.

Article sur l’élection présidentielle de 1812.

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