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Les causes de la guerre de Sécession (5/14)

Slave-PenL’économie sudiste atteignit des sommets, mais cette prospérité – au moins dans les vues de ceux qui en bénéficiaient le plus directement – reposait sur deux piliers : il fallait toujours plus d’esclaves, et toujours plus de terres. Que ce soit en voulant interdire le travail servile ou en empêchant de l’étendre dans les territoires nouvellement acquis dans l’Ouest, l’abolitionnisme menaçait l’un et l’autre. On comprend mieux, dès lors, pourquoi l’extension de « l’institution particulière » revêtait pour les partisans de l’esclavage – et du système économique, politique et social qu’il sous-tendait – un caractère crucial. À cela s’ajoutait des considérations d’ordre politique et institutionnel.

 

Un fragile équilibre

Comme on l’a vu, la constitution de 1788 dotait les États-Unis d’un pouvoir législatif bicaméral, avec un Sénat où les États étaient égaux entre eux, et une Chambre où ils étaient représentés proportionnellement à leur population. Moins peuplés que le Nord, les États esclavagistes du Sud étaient désavantagés sur ce plan. La règle des trois-cinquièmes avait permis de compenser cela, assurant un équilibre à la Chambre entre États libres et esclavagistes. Confrontés à la montée de l’abolitionnisme avec la vague d’abolition dans le Nord et l’interdiction de la traite, les partisans de l’esclavage voyaient dans l’équilibre des différentes institutions fédérales autant de garanties contre l’arrivée au pouvoir d’un président abolitionniste, et une tentative de sa part pour imposer aux États du Sud la fin de leur « institution particulière ».

Toutefois, la structure démographique du pays ne tarda pas à changer. La population passa de quatre millions d’habitants en 1790 à près de dix entre 1790 et 1820. Surtout, le Nord se peuplait légèrement plus vite que le Sud, d’autant que la large proportion d’esclaves dans ce dernier signifiait que, malgré la règle des trois-cinquièmes, les États libres, où l’esclavage était interdit, étaient en train de devenir majoritaires à la Chambre des représentants. Il restait néanmoins le Sénat, où c’était cette fois le nombre d’États qui prévalait, indépendamment de leur population. À mesure que les territoires de l’Ouest se peuplaient et accédaient au statut d’État, l’équilibre numérique entre ceux qui autorisaient l’esclavage et ceux qui l’interdisaient devint donc un enjeu politique majeur.

Outre le Vermont, détaché de l’État de New York en 1791, l’ancien territoire du Nord-ouest avait donné naissance à trois États libres, puisque le gouvernement fédéral y avait interdit l’esclavage en 1787 : l’Ohio en 1803, l’Indiana en 1816, et l’Illinois en 1818. Comparativement, les territoires situés au sud de la rivière Ohio ayant été rattachés à des États esclavagistes, ils pratiquèrent l’esclavage à leur tour. Ainsi naquirent le Kentucky, détaché de la Virginie en 1792, et le Tennessee, séparé du reste de la Caroline du Nord en 1796. Les terres annexées à la Géorgie, quant à elles, donnèrent lieu à la création de deux États esclavagistes : le Mississippi en 1817 et l’Alabama en 1819. Après l’intégration de ce dernier à l’Union, celle-ci comptait vingt-deux États, celui de la Louisiane – beaucoup plus petit que le territoire acheté en 1803 – l’ayant rejointe en 1812. Cette dernière pratiquait aussi l’esclavage, déjà en usage sous les Français et les Espagnols.

usa1820Carte de l'évolution territoriale des États-Unis entre 1810 et 1820 (cartothèque Perry-Castaneda).

 

Toutefois, Nord et Sud étaient à égalité, car le New Jersey avait en quelque sorte « changé de camp ». L’esclavage y avait été aboli en 1804, selon une formule progressive inspirée de celles appliquées dans les années 1780 par les autres États abolitionnistes. Tous les enfants d’esclaves ayant vu le jour à l’intérieur de l’État après 1804 seraient considérés comme libres, mais astreints à servir comme « apprentis » chez le « propriétaire » de leurs parents jusqu’à 21 ans pour les filles et 25 ans pour les garçons ; ce système allait lui-même être supprimé en 1846. Ceux nés avant cette date demeuraient quant à eux esclaves en pratique, même s’ils étaient désormais désignés comme « apprentis à vie ». Au recensement de 1860, il restait dans le New Jersey dix-huit « apprentis à vie ».

Le compromis du Missouri

James_Tallmadge_by_Freeman_HuntEn 1819, le Congrès autorisa le territoire du Missouri à se doter d’une constitution, en vue de son intégration prochaine à l’Union. Cette ancienne partie de la Louisiane française pratiquait donc l’esclavage, n’étant pas concernée par l’ordonnance du Nord-ouest. Les bords de la rivière Missouri, en aval de la ville de Saint-Louis, y étaient propices à l’établissement de plantations. Toutefois, le représentant James Tallmadge, de l’État de New York, ajouta au projet de loi un amendement interdisant l’importation de nouveaux esclaves dans le Missouri, et l’obligeant à adopter un processus d’abolition progressive de l’esclavage – condition sine qua none à son admission au sein de l’Union. Les représentants du Nord votèrent cette résolution en masse à la Chambre, mais devant le tollé suscité parmi les esclavagistes, le Sénat bloqua le projet.

D’âpres débats s’engagèrent alors, qui durèrent près d’un an, vacances parlementaires exceptées. D’une part, le succès de l’amendement Tallmadge au sein de la Chambre montrait clairement que les abolitionnistes, s’ils le voulaient, pouvaient y faire voter des lois les avantageant – les États du Nord y étant désormais majoritaires. D’autre part, leur volonté de faire du Missouri un État libre menaçait l’équilibre du Sénat, risquant de priver le Sud du principal contre-pouvoir à même de défendre ses intérêts. La situation était encore aggravée par la question du Maine. Il s’agissait de la partie septentrionale du Massachusetts, dont elle était séparée par le New Hampshire. La majorité de ses habitants étaient favorables à la création d’un État qui leur serait propre, et au début de 1820 un projet de loi fut déposé en ce sens.

Les semaines suivantes amenèrent finalement à la création d’un compromis. Les abolitionnistes obtinrent une avancée majeure : le gouvernement fédéral interdirait totalement l’esclavage au nord du parallèle 36°30’ de latitude nord. Le Missouri se trouvait au-delà de cette ligne, ce qui impliquait qu’il devait abolir l’esclavage lui aussi. Néanmoins, pour satisfaire les partisans de l’esclavage, il y fut fait exception. Le Missouri intègrerait l’Union en tant qu’État esclavagiste, ce qui permettrait de préserver l’équilibre entre Nord et Sud, sachant que le Maine serait lui aussi intégré, mais comme État libre. L’influence de l’ancien « faucon » de la guerre de 1812, Henry Clay, s’avéra déterminante. Le 6 mars 1820, le « compromis du Missouri » – également appelé « compromis de 1820 » – fut officiellement mis en vigueur par le président Monroe. Le Maine intégra l’Union cette même année, le Missouri en 1821.

Missouri_Compromise_LineLes États-Unis après le compromis de 1820. En bleu, les États libres. En rouge, les États esclavagistes. En vert, la ligne du parallèle 36° 30' de latitude nord et sa position par rapport au territoire mexicain (en orange).

Sur le papier, le compromis du Missouri paraissait donner l’avantage aux abolitionnistes. En effet, les territoires au sud du parallèle 36°30’ étaient limités par la frontière mexicaine, alors que les autres s’étendaient jusqu’à l’océan Pacifique. La frontière avec le Mexique venait de faire l’objet d’un traité avec l’Espagne, l’indépendance du pays n’étant toujours pas acquise malgré une lutte entamée en 1810. Tout au plus le territoire restant – l’Arkansaw, bientôt rebaptisé Arkansas – permettrait-il de former un ou deux États, ce qui n’était rien en comparaison des possibilités offertes par les vastes étendues situées au nord de la ligne du compromis. Seule consolation pour les esclavagistes : le même traité, dit « Adams-Onis », avait officialisé l’achat de la Floride à l’Espagne, au prix de cinq millions de dollars. Avant d’en faire un État esclavagiste, il faudrait toutefois y soumettre les Indiens Séminoles qui l’habitaient.

Par-delà les frontières

Stephen_f_austinDans les années qui suivirent, le principe de l’équilibre entre États libres et États esclavagistes fut respecté. L’intégration de l’Arkansas, en 1836, fut compensée par l’admission, l’année suivante, du Michigan. Mais les habitants du Sud, y compris les plus farouches partisans de l’esclavage, étaient bien décidés à ne pas se limiter aux frontières officielles des États-Unis. Appliquant leur vision de la « destinée manifeste », leurs entreprises expansionnistes visaient aussi à la constitution de ce que McPherson appellera plus tard « un empire pour l’esclavage ». L’idée n’était pas nouvelle. En 1806, Aaron Burr, le vice-président sortant, avait été suspecté de vouloir prendre le contrôle d’une partie du Texas, alors espagnol. Bien que cette incertaine et trouble affaire se doublait d’ambitions personnelles et de considérations purement états-uniennes, l’idée de s’installer dans un territoire étranger pour en faciliter le rattachement ultérieur aux États-Unis ne fut pas oubliée.

En 1821, l’Espagne reconnut finalement l’indépendance du Mexique. Le généralissime des armées indépendantistes, Agustin de Iturbide, fut proclamé empereur ; renversé deux ans plus tard, il fut finalement exécuté en 1824. La même année, le nouveau gouvernement se dota d’une constitution adoptant un système fédéral, les « États Unis du Mexique » – une appellation qui est encore aujourd’hui le nom officiel du pays. Cette constitution laissait une assez large autonomie aux États fédérés. Le Texas, pratiquement vide de colons, y fut amalgamé dans l’État de « Coahuila y Tejas ». La situation de la population hispanophone y était précaire, car les colons s’y trouvaient en butte à l’hostilité des tribus indiennes de la région, principalement les Comanches et les Apaches. Dès 1822, le gouvernement mexicain encouragea l’immigration vers le Texas afin de faire pencher la balance en faveur des colons. À l’instigation de Stephen Austin, l’immense majorité de ceux qui s’installèrent au cours des années suivantes vinrent des États-Unis voisins. Nombre d’entre eux y amenèrent aussi leurs esclaves.

Durant la même période, le Mexique resta confronté à une instabilité politique considérable. La présidence du pays changea de mains à quinze reprises entre 1824 et 1836. La politique du gouvernement s’orienta graduellement vers une plus grande centralisation et en 1834, la constitution de 1824 fut abandonnée, et l'esclavage aboli. À cette date, et en dépit de mesures restrictives, l’immigration états-unienne vers le Texas avait connu un tel succès que les anglophones y étaient à présent quatre fois plus nombreux que les hispanophones. Sous l’égide d’Austin, les anglophones réclamaient leur propre État et le retour à la constitution de 1824. En réaction, le nouvel homme fort du gouvernement fédéral mexicain, Antonio Lopez de Santa Anna, entreprit de désarmer les milices que les Texans avaient formées. Le 2 octobre 1835, les colons anglophones du village de Gonzales accueillirent un détachement de l’armée mexicaine à coups de canons, déclenchant ainsi la Révolution texane.

SHouston_2Plus nombreux, les Texans furent initialement victorieux et prirent le contrôle de l’essentiel de la région avant la fin de l’année. Parallèlement, leur insurrection avait suscité l’enthousiasme aux États-Unis, et de nombreux volontaires, en particulier sudistes, se dirigèrent vers le Texas pour leur prêter main forte. Toutefois, les Mexicains ne restèrent pas sans réagir et dès janvier 1836, Santa Anna lança une contre-offensive qu’il mena personnellement. Fin février, ses armées victorieuses s’emparèrent de la capitale texane, San Antonio de Bexar. La garnison de la ville, réfugiée dans la mission catholique d’Alamo, tint jusqu’au 6 mars, date à laquelle elle fut anéantie. L’épisode a depuis fait l’objet d’une abondante mythologie, qui occulte souvent le fait que bien des Texans se battaient non seulement pour leur indépendance, mais aussi pour l’expansion d’un système esclavagiste.

Poursuivant sur sa lancée, Santa Anna se lança dans une répression brutale qui suscita même la réprobation de certains de ses subordonnées. Le 27 mars, plusieurs centaines de prisonniers texans furent ainsi exécutés sommairement à Goliad. Toutefois, le sacrifice de ces forces avait permis aux Texans de concentrer ce qu’il leur restait de troupes sous le commandement de Samuel Houston. Alors que Santa Anna avait repris sa marche vers le nord, Houston l’attaqua par surprise à San Jacinto, le 21 avril 1836. L’affrontement à sens unique qui en résultat tourna rapidement au massacre : près de la moitié de l’armée mexicaine fut tuée en quelques minutes et l’autre moitié capturée, Santa Anna inclus. À la merci de ses adversaires, ce dernier dut reconnaître l’indépendance du Texas. Ainsi naquit la République du Texas, anglophone et esclavagiste. Toutefois, le parlement mexicain refusa d’entériner l’accord conclu par Santa Anna, posant les jalons d’une nouvelle guerre aux conséquences autrement plus importantes.

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Sources

Tableaux montrant l’évolution de la population de chaque État, d’un recensement à l’autre.

Liste des États de l’Union par date d’admission.

Article sur l’abolition de l’esclavage dans le New Jersey.

Article sur le compromis du Missouri.

Page référençant divers documents sur le compromis de 1820.

Texte du traité Adams-Onis de 1819.

Site consacré au procès d’Aaron Burr.

Article sur l’histoire du Texas de 1821 à 1835.

Article sur la révolution texane de 1835-36.

Article détaillé sur le siège d’Alamo.

Article de Louis Kemp sur la bataille de San Jacinto. Ne pas hésiter à suivre les liens connexes, car le site est riche en informations.

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