Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Les causes de la guerre de Sécession (8/14)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Les causes de la guerre de Sécession (8/14)

Gullgraver_1850_CaliforniaLa somme versée par les États-Unis au Mexique visait surtout à apaiser les parlementaires hostiles à la guerre, en faisant passer l’annexion pour un achat plutôt que pour une conquête. La manœuvre réussit et, le 10 mars, le Congrès ratifia le traité de Guadalupe Hidalgo. Le parlement mexicain l’imita le 19 mai, mettant un point final à la guerre américano-mexicaine. L’indemnité payée au Mexique était une peccadille comparativement au pays de cocagne que la « cession mexicaine » allait s’avérer être. De l’or fut découvert en Californie dès 1848, entraînant l’année suivante l’arrivée des premiers colons de la « Ruée vers l’or ». Mais ces terres prometteuses n’allaient pas tarder à se muer en cadeau empoisonné pour la nation toute entière.

 

L’accomplissement d’un destin ?

Même s’il avait espéré davantage, le président Polk avait atteint son but : les États-Unis s’étendaient à présent de l’Atlantique au Pacifique, conformément à l’idéal de « destinée manifeste ». Polk avait déjà réalisé l’autre partie de son programme expansionniste le 15 juin 1846, en signant avec le Royaume-Uni un traité réglant définitivement la question de l’Oregon. Ce fut un succès partiel, toutefois, car les États-Unis n’obtinrent pas la totalité de la région revendiquée. Les négociateurs coupèrent la poire en deux en prolongeant la frontière le long du 49ème parallèle jusqu’au Pacifique, à l’exception de l’île Vancouver qui demeura possession britannique. Le nord constitua la Colombie Britannique, tandis que le sud formait le territoire de l’Oregon. La gestion des négociations et de la guerre contre le Mexique, toutefois, avaient ravagé la santé de Polk, et quand vint l’élection de 1848, le président sortant renonça à briguer sa propre succession.

Le problème qui se posait à présent au gouvernement fédéral était de savoir quoi faire des immenses territoires récemment acquis, notamment en regard du statut qu’allait y avoir l’esclavage. Comme ce qui s’était produit trente ans auparavant au sujet du Missouri, la question de « l’institution particulière » du Sud revint sur le devant de la scène politique – mais cette fois, elle n’allait plus la quitter. Pour les abolitionnistes, l’annexion des territoires mexicains était non seulement le résultat d’une guerre injuste, mais elle était spécifiquement destinée à étendre la pratique de l’esclavage vers l’ouest. Même si Polk s’en est toujours défendu, c’était là une opinion partagée par une partie de l’opinion publique nordiste, que le soutien inconditionnel des partisans des plus virulents partisans de l’esclavage à la guerre contre le Mexique tendait à confirmer.

David_WilmotDepuis le compromis de 1820, le principe de parité entre États libres et esclavagistes avait été scrupuleusement respecté. L’admission au sein de l’Union de l’Arkansas, en 1836, avait été aussitôt contrebalancée par celle du Michigan, l’année suivante. Intégré directement comme État en 1845, le Texas avait été précédé de quelques mois par la Floride. L’un et l’autre pratiquant l’esclavage, on se hâta d’ajouter à l’Union deux États l’interdisant, l’Iowa en 1846 et le Wisconsin en 1848. Avec quinze États de part et d’autre de la ligne Mason-Dixon – surnom donné à la frontière séparant la Pennsylvanie du Maryland et, métaphoriquement, à la limite nord de l’esclavage aux États-Unis – le fragile équilibre était respecté, et le Sénat conservait ainsi, aux yeux des partisans de l’esclavage, sa fonction de dernier rempart contre toute tentative éventuelle de l’exécutif pour interférer avec l’institution servile.

Le problème du statut de l’esclavage dans les nouveaux territoires s’était posé avant même que le traité de Guadalupe Hidalgo n’en officialise la possession. Le représentant David Wilmot, démocrate mais adversaire de l’esclavage, avait déjà essayé en 1846 de faire voter une motion interdisant l’extension de cette pratique dans tout territoire qui serait acquis sur le Mexique. Adoptée par la Chambre, elle fut rejetée par le Sénat. D’autres parlementaires plus modérés proposèrent simplement d’étendre vers l’ouest la ligne du compromis de 1820 et d’autoriser l’esclavage au sud du parallèle 36°30’, mais cette idée fut également écartée, les partisans de l’esclavage faisant valoir que cette ligne, ayant été tracée alors que les territoires considérés n’étaient pas encore américains, ne pouvait s’y appliquer. Tant est si bien que lorsque fut signée la paix avec le Mexique, la question demeurait pendante.

Un problème insoluble

Stephen_A_DouglasLe débat vint se greffer sur la campagne présidentielle de 1848, qui s’avéra particulièrement disputée. Nommant Lewis Cass comme candidat, le parti démocrate fit campagne autour du principe de souveraineté populaire : ce serait aux populations des futurs territoires et États de décider si oui ou non l’esclavage serait autorisé sur leurs terres. Le principal promoteur de ce concept était le jeune sénateur de l’Illinois Stephen Douglas. L’aile esclavagiste du parti poussa ce principe à l’extrême, considérant que le gouvernement fédéral ne devait en aucun cas prohiber l’esclavage dans les territoires – un désaveu flagrant du compromis de 1820. Ces revendications n’allaient pas sans susciter la désapprobation de certains démocrates nordistes, qui s’étaient montrés favorables à la « motion Wilmot » deux ans auparavant. Cass était suspecté de soutenir la cause esclavagiste, ce qui suscita des tensions au sein du parti – point de départ d’un malaise qui allait connaître son paroxysme douze ans plus tard.

Une partie des délégués quittèrent ainsi la convention démocrate pour aller fonder une nouvelle formation politique, le Free Soil Party – littéralement le « parti de la terre libre ». Ils désignèrent comme candidat l’ancien président Martin Van Buren. Ce n’était pas le premier parti spécifiquement abolitionniste, puisqu’un « parti de la Liberté » existait déjà depuis 1840. Mais le candidat de ce dernier, Gerrit Smith, ne réunit que 0,1% des voix lors du scrutin, tandis que Van Buren en recueillit plus de 10%. La notion de Free Soil véhiculait un double sens : la terre acquise devait non seulement être libre au sens où l’esclavage devait y être interdit, mais elle devait également être gratuite – autre sens du mot free en anglais. Les Free Soilers soutenaient une politique de distribution gratuite des terres fédérales : moyennant l’obligation de les mettre en valeur pendant une durée déterminée, les fermiers qui la revendiquaient en deviendraient légalement propriétaires sans avoir à l’acheter. Cette position rendit les Free Soilers influents dans les États du Midwest et, même si Van Buren n’en enleva aucun, son résultat en termes de vote populaire ne passa pas inaperçu.

Millard_FillmoreLes whigs, pour leur part, choisirent pour candidat Zachary Taylor. Ils espéraient en cela éviter l’épineux problème de l’esclavage dans les territoires de la « cession mexicaine » en misant tout sur le prestige acquis par leur champion durant la guerre. Ils exploitèrent sans aucun scrupule la popularité de Taylor à l’échelle nationale, utilisant un épisode de la bataille de Buena Vista comme slogan de campagne : ordonnant à un jeune officier d’artillerie de repousser une attaque mexicaine en tirant des charges doubles de mitraille, Taylor s’y était écrié « Redoublez vos coups et faites pleuvoir l’enfer, Bragg ! » Le Bragg en question allait devenir, lui aussi, un protagoniste majeure de la guerre civile à venir – même si celle-ci n’existait alors guère que dans les sombres cauchemars des plus pessimistes.

Toujours est-il que la stratégie whig réussit : Taylor et Cass enlevèrent quinze États chacun, mais ceux du premier nommé étaient plus peuplés, et il fut élu. Il était le second whig à accéder à la magistrature suprême. Après George Washington, Andrew Jackson et William Harrison, les États-Unis s’étaient une nouvelle fois choisis un ancien général pour président. C’était la quatrième fois en soixante ans, et ce serait loin d’être la dernière. Malgré son prestige de meneur d’hommes, Taylor n’en allait pas moins devoir régler le gênant problème posé par le statut de l’esclavage dans les territoires de la « cession mexicaine ». Même s’il avait soigneusement évité la question durant sa campagne électorale, le nouveau président n’en avait pas moins des idées bien arrêtées à son sujet.

Le compromis de 1850

Henry_ClayPeu après sa prestation de serment, Taylor suscita l’ire des démocrates, en particulier du Sud, en dévoilant ses vues. Il était, à titre personnel, assez mal disposé à l’égard de l’esclavage. Il souhaita d’emblée éviter toute controverse en n’accordant pas aux régions annexées le statut de territoire : elles seraient directement intégrées à l’Union sous la forme de deux États libres ! L’idée, qui remettait en cause le principe de parité suivi depuis 1820, n’était pas viable en tant que telle. Taylor l’amenda en réduisant sa proposition à un unique – mais immense – État libre, tandis que d’autres proposèrent de créer un ou deux États esclavagistes, au besoin en réduisant la taille du Texas. Aucun de ces projets n’aboutit et le débat se poursuivit tout au long de l’année 1849.

Comme en 1820 et en 1833, c’est Henry Clay qui finit par proposer un compromis acceptable – lui gagnant pour de bon son surnom : the Great Compromiser, « le Grand négociateur ». La vieille figure emblématique du parti whig s’entendit avec le démocrate Stephen Douglas, mais ce ne fut pas du goût de tout le monde. Le projet allait en effet rencontrer deux opposants de taille : d’une part le président Taylor lui-même, qui demeurait campé sur ses positions, et d’autre part John Calhoun, toujours fidèle jusqu’à l’extrême à la doctrine du droit des États. Le sénateur de Caroline du Sud n’hésitait pas à brandir de nouveau la menace d’une sécession au cas où seraient admis de nouveaux États libres qui rompraient l’équilibre numérique au Sénat. Mais les deux hommes allaient disparaître rapidement : Calhoun mourut le 31 mars, Taylor le 9 juillet – ce dernier d’une gastroentérite aiguë peut-être causée par une consommation excessive de crème glacée lors du banquet donné à la Maison Blanche pour la fête nationale.

usa1850Les États-Unis après le compromis de 1850 (cartothèque Perry-Castaneda).

 

La voie était ouverte pour l’acceptation du compromis : le successeur de Taylor, Millard Fillmore, en était un fervent partisan. Le « compromis de 1850 » était en fait un ensemble de cinq lois qui furent signées en septembre. La première formalisait l’intégration de la Californie à l’Union en tant qu’État libre, et la seconde établissait deux territoires, l’Utah et le Nouveau-Mexique, qui règleraient eux-mêmes la question de l’esclavage dans leur juridiction selon le principe de la souveraineté populaire. L’Utah était peuplé principalement de Mormons, dont la position sur l’esclavage était mitigée. Ils finirent par l’autoriser en 1852, mais avec des restrictions bien plus grandes qu’ailleurs aux États-Unis, et l’esclavage n’y fit jamais souche. Le Nouveau-Mexique présentait un attrait bien plus important pour les esclavagistes : la haute vallée du Rio Grande était jugée particulièrement propice à la culture du coton, et des colons en provenance du Texas commencèrent à s’y installer, amenant à l’occasion leurs esclaves avec eux.

Cicatrices_de_flagellation_sur_un_esclaveCes promesses n’allaient toutefois jamais se concrétiser, la région étant plus aride qu’escompté initialement. Tant et si bien que ni la culture du coton, ni la pratique de l’esclavage ne prirent racine au Nouveau-Mexique au cours des années qui suivirent. En 1860, le recensement ne dénombrait pas un seul esclave dans tout le territoire. La troisième loi du compromis réduisait la taille du Texas – au profit essentiellement du Nouveau-Mexique – moyennant l’effacement de la dette que le Texas avait contractée auprès des États-Unis au cours des années précédentes. Pour contenter les abolitionnistes, la quatrième loi interdisait le commerce des esclaves – mais pas l’esclavage lui-même – dans le district de Columbia, le minuscule territoire comprenant la capitale fédérale Washington et ses environs immédiats, et qui était administré directement par le gouvernement fédéral.

Mais la cinquième, dite « loi sur les esclaves fugitifs » (Fugitive Slave Act), était à l’inverse extrêmement infâmante pour les adversaires de l’esclavage. Selon les termes de celle-ci, non seulement les esclaves en fuite ayant réussi à atteindre les États libres devaient être rendus à leurs « propriétaires » – sachant qu’une simple déclaration sous serment suffisait à établir ladite « propriété » – mais tout citoyen de ces États était tenu de fournir aide et assistance aux poursuivants des fugitifs. Toute aide aux esclaves en fuite – qui n’étaient par ailleurs pas autorisés à se défendre judiciairement – pouvait valoir au contrevenant jusqu’à six mois de prison et 1.000 dollars d’amende. Ce texte permit de calmer les velléités sécessionnistes des plus farouches partisans de l’esclavage : désormais minoritaires même au Sénat depuis l’intégration de la Californie, les États esclavagistes ne pouvaient plus être apaisés que par une législation qui leur était favorable. L’engrenage qui allait mener à la guerre civile était amorcé.

Lire la suite

 

Sources

Article riche en ressources sur la ruée vers l’or de 1848 en Californie.

Texte du traité établissant la frontière entre les États-Unis et l’Amérique du Nord britannique, en 1846.

Article consacré à la motion Wilmot.

Texte intégral (en deux versions) de la motion Wilmot.

L’élection présidentielle de 1848.

Article sur le Free Soil Party.

Page consacrée au compromis de 1850.

Ensemble de documents, notamment les discours au Sénat des différents protagonistes, à propos du compromis de 1850.

Article complet sur le compromis de 1850.

Texte du Fugitive Slave Act de 1850.

John H. FRANKLIN et Loren SCHWENINGER, Runaway Slaves : Rebels on the Plantation, New York, Oxford University Press, 1999, 460 pages.

Stanley W. CAMPBELL, The Slave Catchers : Enforcement of the Fugitive Slave Law, 1850-1860, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 1970, 236 pages.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire