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Les causes de la guerre de Sécession (10/14)

Phytophtora_infestans-effectsBien que l’agitation autour du Fugitive Slave Act ait fini par s’atténuer, les partis démocrate et whig n’en héritèrent pas moins d’une situation délicate alors qu’approchait l’élection présidentielle de 1852. En suscitant au sein des deux grands partis états-uniens des clivages géographiques plutôt que purement politiques, la polémique au sujet de l’esclavage ébranlait les fondations du second système bipartite. Alors que le pays traversait une série de mutations sociales décisives, l’émergence de nouveaux mouvements de plus en plus radicaux allait générer des tensions croissantes.

 

Immigration et nativisme

L’esclavage n’était pas la seule source de tension. En 1845, l’Europe fut frappée par une épidémie de Phytophthora infestans, une moisissure plus connue sous le nom de « mildiou de la pomme de terre ». Probablement venue des Amériques, la maladie détruisit la majeure partie des récoltes de patates en l’espace de quelques mois. Ceci eut des conséquences catastrophiques en Irlande. Les terres y étaient concentrées entre les mains de la noblesse anglaise ayant colonisé l’île, et celle-ci orientait les cultures vers l’exportation afin d’en tirer de substantiels bénéfices. Les menus lopins que leurs fermiers irlandais se voyaient laissés pour leur propre subsistance étaient presque totalement consacrés à la pomme de terre, qui présentait le meilleur rendement pour nourrir la population de l’île. L’apparition du mildiou fit chuter la production irlandaise de pommes de terre de près de quinze millions de tonnes en 1844, à un peu plus de deux millions en 1847.

Skibbereen_1847_by_James_MahonyL’Irlande se trouva brusquement acculée à la famine, une situation d’autant plus invraisemblable qu’elle continuait dans le même temps à exporter du blé. Cette crise de subsistance eut des effets démographiques majeurs. D’un peu plus de huit millions d’habitants en 1841, la population de l’île, alors en pleine croissance, chuta à six millions et demi en 1851. À la faim s’ajouta bientôt une épidémie de typhus en 1847 : au total, on estime à environ un million de décès la surmortalité engendrée par la famine. Réduits à la misère, les survivants se voyaient le plus souvent expulsés de leurs terres lorsqu’ils ne pouvaient plus en payer les fermages. Face à cette situation, la seule issue fut d’émigrer. En quelques années, deux millions d’Irlandais quittèrent leur pays, principalement pour l’Amérique. La majeure partie d’entre eux s’installa aux États-Unis. Des armateurs souvent sans scrupules affrétèrent pour les y emmener des bateaux mal entretenus, à bord desquels le taux de mortalité pouvait être effarant – à tel point que ces embarcations furent surnommées coffin ships, les navires-cercueils.

Le flot d’émigrants irlandais vers les États-Unis ne se tarit pas, à tel point qu’au début du XXème siècle, la population de l’île était tombée à moins de cinq millions d’habitants. Les Irlandais ne furent pas les seuls à venir en masse en Amérique. La révolution de 1848 et la tentative manquée de création d’une Allemagne unie poussa les Allemands à quitter leur pays natal par centaines de milliers. « Ceux de 48 », comme on les appela, rejoignirent les Irlandais dans les quartiers industriels en pleine expansion des grandes villes états-uniennes. Les grandes villes de la côte Est, Boston, New York, Philadelphie ou Baltimore, virent leur population exploser. Entre 1830 et 1850, la population des États-Unis doubla presque, passant de 12,9 à 23,2 millions d’habitants. La majorité des nouveaux arrivants constitua un prolétariat urbain vivant dans une misère proche de celle qu’ils avaient voulu fuir. D’autres – surtout les Allemands – allèrent tenter leur chance vers l’ouest.

Tammany_HallCes immigrants furent catapultés au sein de la vie politique états-unienne, où leur arrivée créa aussitôt de sévères tensions. Certains partis politiques s’appuyèrent sur eux pour asseoir leur domination sur les grandes métropoles où ils étaient les plus nombreux. Ce fut le cas de la coterie de politiciens démocrates qui domina la ville de New York durant des décennies depuis l’immeuble de Tammany Hall. Les moyens employés étaient variés : corruption, fraude électorale, abus de biens sociaux. Ils pouvaient aller jusqu’à l’intimidation et même davantage encore. Dans l’ouest, les immigrants allemands exercèrent aussi une forte pression en faveur de la distribution gratuite des terres fédérales, et l’idée du Free Soil étendit peu à peu son influence grâce à eux.

L’arrivée massive de ces populations suscita une réaction tout aussi rapide. Elles s’attirèrent l’hostilité d’une partie de ceux qui, étant nés sur le sol des États-Unis, estimaient être de « vrais » Américains : blancs, anglo-saxons, protestants. Les nouveaux arrivants n’avaient vis-à-vis d’eux que peu de choses en commun. Les Irlandais n’étaient pas anglo-saxons et surtout, ils étaient majoritairement catholiques – tout comme une bonne partie des Allemands qui venaient en Amérique. Ceux qui étaient nés aux États-Unis – les « nativistes » – leur reprochaient de tirer les salaires vers le bas, au même titre que les Noirs libres du Nord, ce qui poussa Abraham Lincoln à résumer un jour leur philosophie politique par un sarcastique « tous les hommes naissent égaux, sauf les Noirs, les étrangers et les catholiques ».

Citizen_Know_NothingLes nativistes organisèrent dès 1845 un Native American Party, qui deviendra simplement American Party en 1855. Leur organisation étant initialement secrète, ses membres étaient censés répondre « je ne sais rien » – I know nothing –  si on les interrogeait à son sujet. De là le surnom de Know-Nothing qui leur fut rapidement donné, et qu’ils allaient par la suite récupérer pour en faire un slogan électoral. Ouvertement racistes – si tant est que ce mot puisse avoir un sens dans le contexte du XIXème siècle – et xénophobes, les nativistes recoururent fréquemment à la violence, et dans les années 1850, dans certaines grandes, villes, il devint rare qu’une campagne électorale ne soit pas marquée par des rixes, voire des émeutes. En poussant jusqu’à l’affrontement physique leur opposition aux immigrants et à leur utilisation par les partis traditionnels, les nativistes contribuèrent grandement à l’avènement d’une société où radicalisation et violence politique devenaient plus banales.

 

L’élection présidentielle de 1852

Daniel_WebsterLe parti nativiste présenta Jacob Broom comme candidat à la présidence en 1852. Il n’obtint que quelques milliers de voix, mais des circonstances favorables allaient, au cours des années suivantes, largement accroître l’assise électorale des Know-Nothing. D’une manière symptomatique des transformations politiques à venir, d’autres formations radicales, bien que généralement éphémères, virent le jour. Une minorité de démocrates contestèrent le candidat choisi par leur parti, et alignèrent George Troup sous l’étiquette du « parti des droits sudistes », avec un programme centré sur la défense et l’extension de l’esclavage. Des whigs du Sud soutinrent une plate-forme similaire et formèrent le « parti de l’Union ». Ce dernier, qui ne survécut pas davantage que le précédent à l’élection de 1852, soutint le secrétaire d’État sortant Daniel Webster qui, bien que nordiste, avait exigé une application scrupuleuse de la loi sur les esclaves fugitifs. Webster, toutefois, mourut quelques jours avant le scrutin, et ni lui ni Troup n’obtinrent un pourcentage significatif de voix.

Le débat sur l’esclavage et la césure territoriale de plus en plus marquée qui en découlait eurent un impact majeur sur les deux principaux partis politiques états-uniens, l’un comme l’autre s’efforçant de conserver une assise électorale d’envergure nationale pour remporter l’élection présidentielle. La convention démocrate qui se réunit à Baltimore en juin 1852 fut confrontée à l’épineux problème de savoir si elle devait désigner comme candidat un Nordiste ou un Sudiste. Entre les démocrates du Sud, dont les plus radicaux n’hésitaient pas à décrire l’esclavage comme un « bien positif » pour les esclaves et un rempart contre la misère qui s’abattait sur la classe ouvrière nordiste, et ceux du Nord qui peinaient de plus en plus à convaincre leurs électeurs qu’il était un « mal nécessaire », les divergences allaient croissantes. S’ils parvinrent à s’accorder sur un programme qui consistait essentiellement à tout faire pour préserver le compromis de 1850 et empêcher le retour de l’agitation autour de la question de l’esclavage, le nom du candidat qui devrait le porter restait sujet à controverse.

Franklin_PierceLes délégués des États du Sud soutenaient James Buchanan, tandis que ceux venus du Nord étaient eux-mêmes divisés entre Lewis Cass, William Marcy et Stephen Douglas. Lorsqu’on en vint au vote, Cass arriva en tête, mais sans obtenir de majorité suffisante. Les démocrates sudistes estimaient qu’un Nordiste comme Cass ne saurait pas défendre efficacement leurs intérêts et firent campagne contre lui. Au vingtième tour de scrutin, Buchanan se retrouva en tête, tandis que les délégués nordistes fluctuaient entre Cass et Douglas, votant tour à tour pour l’un ou l’autre. Ces manœuvres ne menèrent à rien et Marcy finit par se retrouver en tête. Mais brusquement, au quarante-neuvième tour, les délégués votèrent presque à l’unanimité pour un cinquième homme qui n’était même pas formellement candidat, Franklin Pierce. Ce personnage discret, mais affable et apprécié, était originaire du New Hampshire. Il était toutefois considéré comme « un Nordiste avec des idées sudistes », ce qui fit de lui le compromis idéal dans un vote qui semblait jusque-là irrémédiablement bloqué.

Les mêmes dissensions marquèrent la convention whig – tenue également à Baltimore. Millard Fillmore était candidat à sa propre succession, mais son soutien au compromis de 1850 et au Fugitive Slave Act était loin de faire l’unanimité. Les whigs nordistes lui préféraient Winfield Scott, l’autre grand vainqueur de la guerre contre le Mexique. Tout en alignant un candidat plus proche de leurs intérêts, ils espéraient par ce choix rééditer la stratégie qui leur avait permis de remporter l’élection de 1848 grâce à Zachary Taylor. La nomination du candidat du parti fut donc disputée, plus encore que pour les démocrates : Scott fut choisi après cinquante-trois tours de scrutin ! De manière assez ironique, les deux principaux aspirants à la présidence étaient d’anciens compagnons d’armes, puisque Pierce avait servi comme général des volontaires au Mexique, sous les ordres de Scott.

Scott_vs_Pierce_campaignLe programme whig étant pratiquement le même que celui des démocrates, la campagne se focalisa sur la personnalité des deux candidats principaux et à ce jeu là, Scott perdit. Toujours commandant en chef de l’armée (un poste qu’il occupait depuis 1841), le général se montrait particulièrement rigide et attaché à un formalisme tout militaire, fidèle à son surnom – Old Fuss and Feathers, une expression qu’on peut traduire par « le Vieil Esbroufeur Emplumé ». Scott ne dissimulait pas non plus son hostilité à l’égard de l’esclavage, ce qui lui aliéna le Sud. A contrario, l’amabilité autant que le caractère faible de Pierce l’assuraient de ne pas se faire trop d’ennemis. Quant à John Hale le candidat free soiler, il subit un cuisant échec, l’acceptation du compromis de 1850 par son parti ayant été fatale à son assise électorale. Pierce fut élu largement, Scott n’enleva que quatre États et le parti whig sombra dans une crise qui allait lui être fatale.

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Sources

Cormac O GRADA, Ireland’s Great Famine, en ligne [accédé le 16 mai 2012].

Page de l’Université de Cork consacrée à la famine.

Oliver E. ALLEN, The Tiger : the Rise and Fall of Tammany Hall, Reading, Addison-Wesley, 1993, 317 pages.

Michael F. HOLT, Nativism, en ligne [accédé le 16 mai 2012].

Article général sur le nativisme et le mouvement Know Nothing.

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