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Les causes de la guerre de Sécession (11/14)

San_Francisco_Pacific_Railroad_Bond_WPRR_1865Le flot d’immigrants venus d’Europe, en augmentant la pression pour la mise à disposition de nouvelles terres, accéléra la colonisation de l’Ouest. La population croissante des territoires qui s’y trouvaient allaient inévitablement conduire à leur organisation en États. C’était suffisant pour relancer la controverse autour du statut de l’esclavage dans ces futurs membres de l’Union. Depuis l’admission de la Californie en 1850, on comptait seize États libres pour quinze esclavagistes, et les défenseurs de « l’institution particulière » du Sud étaient déterminés à rétablir l’équilibre. Toutefois, leurs opposants étaient aussi déterminés qu'eux, et leur influence allait croissante. C’est dans ces conditions que l’administration Pierce nouvellement élue allait connaître son premier défi.

 

L’avenir d’un territoire

Un des problèmes posés par l’annexion de la Californie était l’extrême difficulté qu’il y avait à rejoindre la côte Pacifique à partir des régions peuplées de l’est du pays. Le tracé le plus direct passait à travers les Montagnes Rocheuses, à travers lesquelles plusieurs pistes avaient été ouvertes. Mais ces dernières étaient longues et difficiles, et elles serpentaient à travers un territoire immense et presque vide. Il n’était possible de les emprunter qu’à la belle saison, les chutes de neige hivernales bloquant les cols. Il convenait d’ajouter à ce tableau la présence d’Amérindiens occasionnellement hostiles. Tant et si bien qu’il était plus simple et plus rapide de faire le voyage en bateau. Deux routes principales étaient possibles. La première, dangereuse du point de vue de la navigation, faisait le tour complet du continent américain via le cap Horn et ses redoutables tempêtes. La seconde pouvait sembler beaucoup moins difficile : par bateau jusqu’au Nicaragua, où une voie ferrée permettait de passer d’une côte à l’autre sans trop de difficultés. Néanmoins, les voyageurs n’en étaient pas moins exposés à un autre risque : les moustiques qui infestaient la région véhiculaient de nombreuses maladies mortelles, dont la malaria et la fièvre jaune.

Aussi longtemps qu’un transit facile et rapide n’était pas possible d’une extrémité à l’autre de la nation, l’accomplissement de la « destinée manifeste » des États-Unis demeurait plus nominal que réel. Le moyen le plus sûr pour y remédier était la construction d’un chemin de fer transcontinental. Un chantier pharaonique, mais qui permettrait aussi bien de relier l’Atlantique au Pacifique en quelques jours, que d’accélérer le peuplement du Far West par les Blancs. L’administration Pierce allait prendre le problème à bras le corps, en premier lieu sur la question du tracé de la future voie ferrée. À cette occasion, elle ne tarda pas à buter sur les intérêts divergents de chaque État. Si un parcours méridional semblait plus facile à réaliser, l’État du Missouri entendait bien promouvoir un parcours plus septentrional au départ de St-Louis, ce qui lui permettrait de profiter des retombées économiques afférentes. Dans cette optique, il fut proposé d’organiser un nouveau territoire à l’ouest du Missouri, le Nebraska, afin d’accélérer le peuplement de cette région.

69workmenLe statut de l’esclavage dans ce territoire allait déterminer celui qu’il aurait ensuite au sein de l’État qui en serait issu, et le problème qui avait mené aux compromis de 1820 et 1850 se posa derechef. Ce qui était d’ores et déjà certain, c’est que cette fois, Henry Clay ne règlerait pas la question : « le Grand Négociateur » était mort le 28 juin 1852, après avoir marqué la vie politique états-unienne pendant quatre décennies. Théoriquement, la zone concernée, puisque située au nord du parallèle 36°30’, se trouvait toujours sous le régime du compromis de 1820, et l’esclavage y était par conséquent prohibé. Mais ceux qui favorisaient l’expansion de « l’institution particulière » ne l’entendirent pas de cette oreille. Lorsque la Chambre des représentants vota le texte de loi autorisant la création d’un territoire du Nebraska où l’esclavage serait purement et simplement interdit, le Sénat bloqua le projet, et aucun progrès ne fut réalisé pendant tout le reste de la session parlementaire de 1853.

Le refus du Sénat de valider une décision pourtant en parfait accord avec les dispositions précédentes déplut évidemment aux abolitionnistes et renouvela l’agitation à propos de l’esclavage : exactement ce que les démocrates avaient juré d’éviter lors de la campagne présidentielle. Par conséquent, Stephen Douglas proposa en 1854 d’appliquer à nouveau le principe de souveraineté populaire : ce serait aux habitants du territoire eux-mêmes de décider, lorsqu’ils seraient admis dans l’Union ultérieurement comme État. Le problème était que le Nebraska était relativement peu propice à la culture du coton, ce qui n’était pas fait pour attirer les propriétaires d’esclaves, et que les fermiers qui avaient commencé à le peupler étaient essentiellement des Nordistes, pour beaucoup hostiles à l’esclavage.

La loi Kansas-Nebraska

Charles_Francis_AdamsCurieusement, les premiers à le faire remarquer n’étaient pas des démocrates sudistes défenseurs acharnés de l’esclavage, mais des whigs. Ces derniers proposèrent donc à Douglas de modifier sa proposition de sorte qu’elle abroge explicitement le compromis de 1820. Leur calcul était purement politique : ils espéraient ainsi reconquérir l’électorat du Sud. La manœuvre s’acheva en désastre, faisant éclater le parti pour de bon. Les whigs abolitionnistes, de plus en plus nombreux, prirent leurs distances avec cette attitude et se rapprochèrent des free-soilers pour créer une nouvelle formation politique, cette fois résolument anti-esclavagiste : le parti républicain. Les whigs restants sombrèrent dans l’insignifiance, se ralliant soit aux démocrates, soit aux Know-Nothing – un mouvement qui élargit de manière considérable et inespérée la base électorale des nativistes.

Douglas accepta évidemment cette proposition, et obtint également le soutien du gouvernement pour son projet de loi, par ailleurs largement amendé. Pierce lui-même l’appuya par une déclaration affirmant maladroitement que le compromis de 1820 était déjà rendu caduc par celui de 1850 – ce qui était juridiquement faux puisque les deux accords portaient sur des zones géographiques distinctes. Cet impair fit chuter la popularité du président, discrédita Pierce jusque dans son propre parti et surtout, enflamma l’opinion publique nordiste contre une mesure à la légalité perçue comme discutable. Il fallut quatre mois d’âpres négociations et d’amendements pour arriver à faire voter la loi, baptisée « Kansas-Nebraska », mais celle-ci fut finalement ratifiée le 30 mai 1854.

Pour apaiser les abolitionnistes, il fut finalement décidé de créer non pas un, mais deux territoires, situés de part et d’autre du 39ème parallèle : le Nebraska au nord, et le Kansas au sud – d’où le nom de la loi en question. Dans les deux territoires prévaudraient le principe de souveraineté populaire, lui-même émanation du droit des États cher aux Sudistes. Le compromis de 1820 était abrogé et par conséquent, l’interdiction de posséder et d’exploiter des esclaves y était levée. La faille de cette loi résidait dans son contenu implicite. Le Nebraska était trop au nord pour accueillir des cultures cotonnières. Le Kansas n’était pas très propice non plus à cause de son climat continental, mais la vallée du fleuve Missouri, qui en traversait l’extrémité orientale, était en revanche susceptible d’accueillir des plantations. Dans l’esprit des législateurs, il était entendu que les propriétaires d’esclaves coloniseraient le Kansas et se désintéresseraient du Nebraska.

usa1854Les États-Unis en 1854, au lendemain de la loi Kansas-Nebraska. Orange : États de l'Union. Bleu : territoires. Vert : zones sans organisation administrative. Le Kansas est figuré en blanc et le Nebraska en jaune (cartothèque Perry-Castaneda, modifications par l'auteur).

 

Néanmoins, les abolitionnistes ne l’entendaient pas ainsi. La loi Kansas-Nebraska était considérée par eux comme une intolérable reculade face à ce qu’ils appelaient le Slave Power, ce « pouvoir servile » que représentait l’influence des esclavagistes sur le gouvernement fédéral. L’engrenage amorcé par le compromis de 1850 avait commencé à se détendre. À mesure que croissait l’hostilité envers l’esclavage, les partisans de l’institution particulière réclamaient toujours plus de garanties en brandissant la menace du désordre, voire de la sécession ; menace à laquelle le gouvernement finissait par céder en accordant des concessions toujours plus importantes, lesquelles conduisirent inévitablement les abolitionnistes à y réagir en radicalisant leur action. Pour transformer le processus en spirale infernale, il ne manquait qu’un peu de violence, et elle n’allait pas se faire attendre longtemps.

Le « Kansas sanglant »

Henry_Ward_BeecherAussitôt après l’adoption de la loi Kansas-Nebraska, plusieurs organisations anti-esclavagistes commencèrent à financer le départ vers le Kansas de colons abolitionnistes. L’idée était simple : prendre les esclavagistes à leur propre piège en retournant contre eux le principe de souveraineté populaire. Il suffisait en effet que les abolitionnistes dépassent en nombre leurs adversaires pour doter le Kansas d’institutions anti-esclavagistes, et le faire admettre ultérieurement dans l’Union en tant qu’État libre. Une société fut spécifiquement créée dans ce but. La New England Emigrant Aid Society – « Société d’aide à l’émigration de Nouvelle-Angleterre » était animée notamment par le révérend Henry Ward Beecher – le frère de Harriet Beecher Stowe à qui l’on devait La case de l’oncle Tom.

De manière plus inquiétante, anticipant de futurs affrontements avec les colons originaires du Sud, une large part du financement destiné à cette émigration fut consacrée à doter chaque homme d’un fusil – ce qui fut fait en toute légalité puisque la détention d’armes était un droit garanti par la constitution. En quelques mois, plusieurs centaines d’abolitionnistes armés firent route vers le Kansas. Pour ne pas attirer trop l’attention, ces armes étaient transportées dans des caisses portant l’estampille « bibles ». La ruse, toutefois, ne tarda pas à être éventée, et il devint vite évident que les « bibles de Beecher », comme on les appelait, étaient en réalité de modernes fusils Sharps à chargement par la culasse.

Sacking-lawrenceLargement exagéré par voie de presse, ce mouvement déclencha la panique des propriétaires d’esclaves du Missouri. À la question générale de l’esclavage s’ajoutaient des considérations plus locales. En effet, le Missouri était déjà ce qu’on nommait alors un « État-frontière », c’est-à-dire un État esclavagiste attenant à un ou plusieurs États libres. Il était encadré par l’Illinois à l’est et l’Iowa au nord, un voisinage qui favorisait la fuite de nombreux esclaves. L’ajout d’un troisième État libre à l’ouest ne ferait qu’aggraver le problème, un risque que les Missouriens n’étaient pas disposés à courir. Quelques-uns tentèrent bien de s’installer au Kansas, mais il apparut vite qu’ils ne seraient pas assez nombreux pour compenser l’arrivée des colons abolitionnistes. On en vint ainsi à des moyens moins légaux.

Lorsqu’en novembre 1854 une élection fut organisée pour désigner un délégué du Kansas au Congrès, les habitants esclavagistes du Missouri traversèrent massivement la frontière pour faire tourner le scrutin en leur faveur, avec succès. La fraude était patente : on dénombra plus de 6.000 suffrages exprimés pour moins de 3.000 inscrits ! La même manœuvre se répéta en mars 1855 lors de l’élection de l’assemblée territoriale. Les représentants ainsi « élus », siégeant à Lecompton, commencèrent à doter le territoire d’une législation favorable à l’esclavage. Ce à quoi les abolitionnistes du Kansas réagirent en formant leur propre « assemblée fantôme » établie à Topeka. Fait sans précédent dans l’histoire des États-Unis, il y avait à présent deux législatures sur un même territoire, chacune d’entre elles travaillant à son propre projet de constitution.

John_BrownC’est dans ce climat d’extrême tension, à l’automne 1855, que vint au Kansas un abolitionniste convaincu – pour ne pas dire fanatique – en provenance de l’État de New York, un certain John Brown. Ce dernier était persuadé que seule la lutte armée pourrait venir à bout de l’esclavage. Peu de temps après, l’assassinat d’un colon abolitionniste par un Missourien déclencha une vague de violences, et des bandes armées ne tardèrent pas à s’affronter de part et d’autre de la frontière orientale du Kansas, détruisant les propriétés privées et, à l’occasion, exécutant sommairement un militant du camp adverse. Le sommet fut atteint le 21 mai 1856, lorsque des Missouriens armés mirent à sac la ville de Lawrence, bastion abolitionniste, pour réduire au silence les journaux qui y paraissaient.

En représailles, John Brown monta quelques jours plus tard une expédition punitive à Pottawatomie Creek avec quatre de ses fils – Brown eut en tout vingt enfants de ses deux épouses successives, soit douze garçons et huit filles – et quelques partisans. Enlevant cinq militants esclavagistes, il les fit assassiner à l’arme blanche dans la nuit du 24 au 25 mai. Les affrontements se poursuivirent durant l’été : la ferme de Brown fut incendiée, deux de ses fils capturés et un autre tué, mais Brown parvint à capturer un nombre conséquent de « bandits frontaliers » missouriens. Il fallut envoyer sur place d’importants détachements de l’armée fédérale pour rétablir l’ordre, et un semblant de paix revint sur le Kansas en septembre 1856. À la même époque, Brown était reparti dans l’Est, avec d’autres projets en tête. Malgré cela, la violence continua à se manifester sporadiquement dans le territoire jusqu’en 1859, date à laquelle une soixantaine de personnes, en tout, avaient trouvé la mort.

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Sources

Article sur la loi Kansas-Nebraska de 1854.

Ce site rassemble de nombreux documents sur l’histoire du Kansas, de son érection comme territoire à son admission au sein de l’Union, entre 1854 et 1861.

Texte de la loi Kansas-Nebraska.

Eric FONER, Free Soil, Free Labor, Free Men : The Ideology of the Republican Party before the Civil War, New York, Oxford University Press, 1995, 353 pages.

Article sur la New England Emigrant Aid Society.

Article sur le « Kansas sanglant ».

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