Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Les causes de la guerre de Sécession (12/14)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Les causes de la guerre de Sécession (12/14)

James_GadsdenLa question du Kansas continua à empoisonner l’administration Pierce tout au long de son mandat, mais les troubles suscités par la question de l’esclavage dépassaient largement le cadre de ce seul territoire. En fait, ils s’insinuèrent presque partout dans la vie politique états-unienne. L’institution particulière du Sud provoquait systématiquement de vifs débats quel que soit le cadre dans lequel elle était abordée, qu’ils s’agissent des affaires internes, de la politique étrangère, des questions économiques, sociales ou juridiques. Tel un poison, l’esclavage rongeait la nation de manière toujours plus visible, jusqu’à la crise qui, tôt ou tard, allait enflammer les esprits. Les tentatives faites pour étendre l’esclavage en dehors des États-Unis n’étaient pas faites pour calmer le jeu.

 

Exporter l’esclavage pour assurer sa pérennité

Dans la même optique que celle qui avait mené à soulever le problème du statut du Kansas, le gouvernement Pierce avait aussi étudié la possibilité d’un tracé encore plus méridional pour le chemin de fer transcontinental à venir – une ligne qui relierait le sud de la Californie au Texas et au cours inférieur du Mississippi. Un tel trajet connecterait directement le Sud au Far West et à la côte Pacifique, constituant du même coup un axe qui faciliterait d’autant plus la colonisation de la région par des propriétaires d’esclaves. Pour cette raison, cette idée emportait l’adhésion d’une partie de l’opinion sudiste, menée par un entrepreneur ferroviaire de Caroline du Sud, William Gadsden.

Le problème était que la route la plus favorable à une liaison ferroviaire dans cette région ne passait pas entièrement par le territoire de la « cession mexicaine », mais plus au sud, au Mexique. Pierce décida donc d’acheter la région concernée au gouvernement mexicain, et nomma Gadsden ambassadeur à Mexico dans ce but. Le 30 décembre 1853, Gadsden signa un traité avec Santa Anna – qui était redevenu président du Mexique pour la onzième et dernière fois. Les États-Unis payaient cette fois au prix fort un territoire d’un peu moins de 77.000 kilomètres carrés : dix millions de dollars, soit environ 130 dollars au kilomètre carré, approximativement dix fois plus que l’indemnité versée contre la « cession mexicaine » en 1848. Cet « achat Gadsden » allait être ratifié par des deux parties en 1854.

U.S._Territorial_AcquisitionsCarte des acquisitions territoriales successives des États-Unis. L'achat Gadsden est figuré en ocre, au sud de l'actuel Arizona.

L’acquisition contre monnaie sonnante et trébuchante n’était pas le seul moyen envisagé par certains pour étendre le territoire des États-Unis. Quelques aventuriers entretenaient périodiquement des projets d’invasion qui tenaient davantage du roman que de la réalité. Une partie d’entre eux, pourtant, connut d’éphémères succès. L’instabilité quasi constante qui frappait les anciennes colonies espagnoles depuis qu’elles avaient accédé à l’indépendance, au début du siècle, fournissait un terreau favorable à ce genre d’entreprise. Un des inspirateurs en fut l’ancien vice-président Aaron Burr, suspecté en 1807 d’avoir voulu s’emparer du Texas, alors encore espagnol. Vers 1850, les aspirants conquérants étaient suffisamment nombreux pour qu’on ressuscite pour les désigner le terme de « flibustiers », initialement utilisé pour désigner des pirates. L’analogie était pertinente : il s’agissait ni plus ni moins de prendre un pays étranger « à l’abordage » en dehors de toute action étatique.

Aux États-Unis, une loi de 1794 – le Neutrality Act – interdisait aux citoyens américains de se livrer à ce genre d’activité. Toutefois, leurs actions s’avéraient populaires dans le Sud, et notamment parmi les plus virulents défenseurs de l’esclavage. Dans la mesure où les flibustiers s’en prenaient principalement à des pays d’Amérique centrale ou des Caraïbes, leur réussite était susceptible d’amener à la livraison, « clé en main » pourrait-on dire, d’un ou plusieurs territoires prêts à intégrer rapidement l’Union en tant qu’États esclavagistes – compte tenu de leur nature propice à la culture du coton, du tabac ou de la canne à sucre. L’existence de sociétés secrètes censées poursuivre ce but, tels par exemple les « Chevaliers du Cercle d’Or », alimentait les fantasmes et les peurs des abolitionnistes.

Les nouveaux pirates

WilliamWalkerLe plus connu de ces flibustiers fut sans doute William Walker. Inspiré par le Français Gaston de Raousset-Boulbon, qui avait tenté de conquérir à son profit la province mexicaine de Sonora en 1852, Walker s’embarqua l’année suivante dans une expédition en Basse-Californie. Avec quelques dizaines d’hommes, il parvint à s’emparer de La Paz, puis d’Ensenada, proclamant la naissance d’une « République de Basse-Californie » dont il devint évidemment le président, en novembre 1853. En janvier suivant, Walker annexa unilatéralement Sonora. Toutefois, la réaction de l’armée mexicaine le força à rentrer aux États-Unis dès mai 1854. Il y fut jugé pour sa violation du Neutrality Act et… acquitté au terme d’un simulacre de procès, le jury populaire étant intégralement acquis à sa cause. À sa suite, son inspirateur Raousset-Boulbon allait tenter de nouveau sa chance. Mais le Français, vaincu et capturé, allait être fusillé par les autorités mexicaines.

Toujours en 1854, le début d’une guerre civile au Nicaragua allait offrir à Walker une nouvelle occasion. Engagé comme mercenaire par le chef rebelle Patricio Rivas, Walker débarqua au Nicaragua en mai 1855 avec, cette fois, quelques centaines de compagnons. Les Américains finirent par prendre le contrôle du pays, installant Rivas à la présidence pendant que Walker devenait chef de l’armée – et, en pratique, le véritable maître du Nicaragua. Le flibustier n’entendait pas s’arrêter en si bon chemin, mais son ambition scella sa chute : ses velléités de restaurer la République fédérale d’Amérique centrale, un État regroupant Nicaragua, Guatemala, Honduras, Salvador et Costa Rica, et dissout en 1838, suscitèrent l’inquiétude de ses voisins. Ceux-ci se lancèrent dans une guerre préventive en février 1856, à l’instigation du président costaricien, et les opérations tournèrent rapidement en défaveur des Nicaraguayens.

Walker tenta d’appeler les États-Unis à l’aide. Écartant Rivas pour se proclamer lui-même président en juillet 1856, il instaura l’anglais comme langue officielle dans l’espoir que l’opinion publique sudiste ferait pression en sa faveur. Une de ses premières mesures en tant que chef de l’État fut de rétablir l’esclavage, aboli en 1824. Ce mouvement le rendit effectivement populaire dans le Sud, mais cela ne suffit pas. L’administration Pierce ne tarda pas à lui retirer la reconnaissance officielle qu’elle lui avait accordée lorsqu’il s’avéra que sa situation militaire était sans espoir. En décembre, Walker dut abandonner Granada, alors capitale du Nicaragua. Le 1er mai 1857, il se constitua prisonnier à bord d’un navire de la marine des États-Unis qui le ramena à New York. Acclamé en héros, il put sans difficultés mettre sur pied une nouvelle expédition depuis la Nouvelle-Orléans.

central_america_1892Carte de l'Amérique centrale, ici en 1892 (cartothèque Perry-Castaneda).

Cette fois, le navire transportant Walker et ses compagnons fut arraisonné par un bâtiment de l’U.S. Navy peu après son départ, et les flibustiers furent ramenés à leur point de départ. Après s’être fait oublier pendant quelques temps, William Walker réunit de nouveau des soutiens après la publication de ses mémoires. Peu après, il trouva une occasion de retourner en Amérique centrale, cette fois au Honduras, sur l’appel de colons anglophones. Les choses, cependant, tournèrent mal, et Walker dut remettre sa personne à un officier de la marine anglaise. Malheureusement pour lui, le gouvernement britannique commençait à être sérieusement agacé par ses agissements, qui compromettaient les intérêts du Royaume-Uni dans la région. Au lieu d’être extradé vers les États-Unis, Walker fut livré aux autorités honduriennes, qui le firent fusiller le 12 septembre 1860.

Cuba et le manifeste d’Ostende

John_A_QuitmanL’Amérique centrale n’était pas le seul centre d’intérêt des flibustiers et de leurs soutiens esclavagistes. La vague de révolutions qui avait privé l’Espagne de son empire colonial lui avait laissé quelques miettes dans les Caraïbes. Porto Rico, et plus encore Cuba, aiguisaient la convoitise des partisans de l’institution particulière. Non seulement ces îles abritaient une agriculture de plantation similaire à celle du Sud, mais l’esclavage y était toujours pratiqué – il ne serait aboli qu’en 1863 à Porto Rico et 1866 à Cuba. Qui plus est, cette dernière était secouée périodiquement par des mouvements révolutionnaires, formant un terreau propice à la flibuste. Une de ces révolutions manquées, en 1848, entraîna la fuite aux États-Unis d’un de ces indépendantistes, Narciso Lopez.

Ce dernier organisa dès 1849 une expédition que le président Zachary Taylor fit intercepter par l’U.S. Navy. Sans se décourager, Lopez entreprit aussitôt l’organisation d’une nouvelle aventure. Comme les autres flibustiers, l’exilé cubain avait compris que ses meilleurs soutiens étaient à rechercher dans le Sud. Il sollicita de l’aide dans les milieux politiques de l’État du Mississippi. Le sénateur Jefferson Davis refusa de l’accompagner sur le terrain, mais son influence permit à Lopez d’obtenir le soutien du gouverneur du Mississippi, John Quitman, qui avait été général durant la guerre contre le Mexique. En mai 1850, Lopez débarqua à Cardenas avec pas moins de 600 flibustiers américains et exilés cubains. Toutefois, la population accueillit ses hommes en envahisseurs plutôt qu’en libérateurs, et l’expédition de Lopez dut rembarquer pour éviter l’anéantissement.

Les complicités de Lopez étant connues, Quitman et ses autres soutiens furent inculpés de violation du Neutrality Act, et le premier dut abandonner son poste de gouverneur – sans toutefois être condamné. Lopez fut laissé libre et, à l’instar de la plupart des autres flibustiers célèbres, ne se tint pas tranquille très longtemps. Le 12 août 1851, il débarqua de nouveau à Cuba avec 400 compagnons. Derechef, celui qui espérait soulever les Cubains pour sa cause n’obtint guère que leur hostilité. Mais cette fois, Lopez y ajouta une erreur sur le plan militaire, divisant ses maigres forces face à un ennemi supérieur en nombre. Encerclé et capturé, il trouva la mort de la même manière que bien des flibustiers, avant et après lui : devant un peloton d’exécution de la Havane, le 1er septembre 1851.

PSoulL’élection de Franklin Pierce, plutôt laxiste – pour ne pas dire bienveillant – à l’égard des intérêts esclavagistes en général, et des agissements des flibustiers en particulier, ranima les visées sur Cuba. John Quitman, nullement dissuadé par les conséquences de son échec précédent, se mit de nouveau en tête de s’emparer de la colonie espagnole. Associé à un ancien officier de l’armée régulière et futur général confédéré, Mansfield Lovell, Quitman se prépara pendant près d’un an. Son projet d’expédition, attirant les volontaires par centaines, fut en quelque sorte victime de son succès. Au printemps 1854, le gouvernement fédéral, craignant les répercussions internationales et déjà aux prises avec l’agitation générée par la loi Kansas-Nebraska, obligea Quitman à mettre un terme à l’aventure avant même qu’elle n’ait commencé. Cela ne l’empêcha nullement d’être élu représentant du Mississippi au Congrès en 1855, un siège qu’il allait conserver jusqu’à sa mort en 1858.

L’administration Pierce continua néanmoins à envisager sérieusement l’acquisition de Cuba. Quelques mois à peine après l’expédition avortée de Quitman, le secrétaire d’État William Marcy ordonna à ses principaux ambassadeurs en Europe – Pierre Soulé en Espagne, James Buchanan en Grande-Bretagne et John Mason en France – de se réunir pour discuter de la question à Ostende, en Belgique, en octobre 1854. Buchanan avait déjà proposé d’acheter Cuba à l’Espagne à l’époque où il était lui-même secrétaire d’État, sous la présidence de James Polk. Les trois diplomates conclurent que l’annexion de Cuba, sous une forme ou sous une autre, était absolument nécessaire et devait être prioritaire dans la politique étrangère des États-Unis. Le document ainsi rédigé, rendu public au début de 1855, fut rapidement surnommé « manifeste d’Ostende ». Vu comme servant uniquement les intérêts des propriétaires d’esclaves, il suscita un tel tollé dans le Nord que l’idée d’acquérir Cuba retomba rapidement au second plan.

Lire la suite

 

Sources

Article sur l’achat Gadsden.

Robert E. MAY, Manifest Destiny’s Underworld : Filibustering in Antebellum America, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2002, 448 pages.

Article sur les « Chevaliers du Cercle d’Or ».

Chantal CRAMAUSSEL, Delia GONZALEZ DE REUFELS, Siedler und Filibuster in Sonora. Eine mexikanische Region im Interesse ausländischer Abenteuer und Mächte (1821-1860) (Colons et flibustiers en Sonora. Une région mexicaine convoitée par les aventuriers étrangers et les grandes puissances, 1821-1860). Cologne, Weimar, Böhlau, 2003, 293 p., Études rurales, 175-176 - Nouveaux chapitres d’histoire du paysage, 2005

Fanny JUDA, William Walker, en ligne [accédé le 16 mai 2012].

Site consacré aux actions des flibustiers à Cuba entre 1849 et 1856.

Article sur le « manifeste d’Ostende ».

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire