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Les causes de la guerre de Sécession (14/14)

SADouglasLa controverse engendrée par l’arrêt Dred Scott ne fit pas démarrer le mandat de Buchanan sous les meilleurs auspices. Si la nouvelle administration put régler – non sans mal – la crise au Kansas, et fut globalement moins maladroite que celle de Pierce dans son attitude vis-à-vis de l’esclavage, elle ne put enrayer la radicalisation des positions des uns et des autres – et encore moins leur diffusion de plus en plus large au sein de l’opinion publique. Tiraillé entre son attachement à l’Union, la logique de son parti, et le noyautage de son cabinet par des partisans de la sécession, Buchanan n’avait pas l’envergure nécessaire pour faire face à une telle crise, et la fin de son mandat allait le voir complètement dépassé par les événements. Il ne manquait plus grand-chose pour aboutir à la guerre civile : un peu de violence, et l’élection d’un républicain à la magistrature suprême. L’une et l’autre n’allaient pas se faire attendre très longtemps.

 

 

Les débats Lincoln-Douglas

Au sein du Congrès, contrairement aux représentants qui sont élus pour deux ans, les sénateurs sont désignés pour des mandats de six ans, leurs sièges étant renouvelés par tiers tous les deux ans. Les années paires sont donc toujours années d’élections : législatives pour la Chambre des représentants, législatives partielles pour le Sénat, et présidentielles une fois sur deux. 1858 ne fit pas exception à la règle, apportant aux républicains une victoire historique à la Chambre : avec 116 sièges sur 238, ils n’obtinrent certes qu’une majorité relative, mais la complicité de certains démocrates nordistes hostiles à l’extension de l’esclavage leur permit de diriger de facto la Chambre. Toutefois, c’est la campagne pour l’élection sénatoriale partielle qui allait attirer l’attention du public.

Un des sièges à renouveler était celui de Stephen Douglas dans l’Illinois. Le père de la loi Kansas-Nebraska achevait son second mandat dans une position difficile. Fidèle jusqu’au bout à la doctrine de la souveraineté populaire, il avait accepté le rejet de la constitution de Lecompton par les électeurs du Kansas, au grand dam de Buchanan et des démocrates sudistes. Il restait néanmoins une figure emblématique du parti démocrate dans le Nord. L’homme qui se présenta contre lui sous l’étiquette républicaine était un avocat renommé de l’Illinois, Abraham Lincoln. Élu représentant de cet État en 1846, cet ancien whig n’avait accompli qu’un seul mandat avant de retourner à son métier, son hostilité à la guerre contre le Mexique lui ayant coûté cher sur le plan politique. La naissance du parti républicain sur une base abolitionniste, en 1854, lui avait donné l’occasion de revenir sur le devant de la scène.

Abraham_Lincoln_1860Lincoln marqua ses contemporains par son éloquence à l’occasion d’un discours qu’il prononça le 16 juin 1858, à l’occasion de son investiture par les délégués de son parti. Il y définit comme suit ce qui allait être la base de son argumentaire durant la campagne : « Une maison divisée contre elle-même ne peut rester debout [NdA : A house divided against itself cannot stand en anglais]. Je crois que ce gouvernement ne peut demeurer perpétuellement à demi esclave ou à demi libre. Je ne m’attends pas à ce que l’Union soit dissoute – je ne m’attends pas à ce que la maison s’écroule – mais je m’attends à ce qu’elle cesse d’être divisée. Elle deviendra intégralement l’une ou l’autre. Ou bien les opposants de l’esclavage en arrêteront la diffusion, et le contiendront jusqu’à ce que l’opinion publique comprenne qu’il est en route vers son extinction finale. Ou bien ses défenseurs le répandront, jusqu’à ce qu’il devienne légal dans tous les États, les anciens autant que les nouveaux – dans le Nord autant que dans le Sud. »

Ce raisonnement pourrait passer pour un sophisme de la plus belle espèce – en l’occurrence un faux dilemme – si Lincoln ne l’avait pas basé sur deux faits indéniables qu’étaient la loi Kansas-Nebraska et l’arrêt Dred Scott. Pour lui, ces deux éléments fournissaient la preuve que les démocrates, en soutenant les partisans de l’esclavage, visaient simplement à légaliser l’institution servile dans tout le pays. Le discours dit de la « maison divisée » allait attirer sur lui – et, par conséquent, sur la campagne en Illinois – l’attention de la presse nationale. Lincoln et Douglas commencèrent d’abord par donner des meetings séparés dans les mêmes villes à un jour d’intervalle, puis acceptèrent de les transformer en débats où chacun prendrait tour à tour la parole. En tout, sept de ces débats eurent lieu, d’août à octobre 1858, toujours selon le même format : l’un des deux hommes s’exprimait pendant une heure, son adversaire lui répliquait pendant une heure et demie, avant que le premier orateur ne conclue en trente minutes.

lincoln_douglas_ottawaDouglas contra Lincoln en jouant sur les craintes des électeurs. Il assimila ainsi Lincoln à ce que les démocrates appelaient les « républicains noirs », des partisans non seulement de l’abolition de l’esclavage, mais également de l’égalité de droits entre Noirs et Blancs. À une époque où la majorité des Américains concevaient leur nation comme exclusivement blanche, l’argument fit mouche – même s’il reposait sur une déformation grossière du discours de Lincoln. Les électeurs de l’Illinois – comme ceux du Midwest en général – voyaient les Noirs libres comme des concurrents dans l’attribution de nouvelles terres. Le candidat républicain récusa ces affirmations, répétant à plusieurs reprises qu’il ne se basait que sur la Déclaration d’indépendance de 1776, laquelle proclamait que tous les hommes étaient créés égaux, égalité qui impliquait pour eux le droit à la liberté.

Les sénateurs étant désignés au suffrage indirect (il faudra attendre 1913 pour que l’élection directe devienne la norme), le scrutin de novembre apporta une courte majorité aux démocrates et Douglas fut élu. Malgré tout, l’écart avec Lincoln avait été suffisamment resserré pour penser que l’Illinois, comme le reste du Midwest, était désormais en mesure de tomber dans l’escarcelle républicaine à la prochaine élection. Ses débats avec Douglas avaient surtout valu à Lincoln une notoriété considérable, ayant été largement couverts par la presse de tout le pays. Une compilation de ses discours allait d’ailleurs remporter un franc succès éditorial. De surcroît, la campagne de 1858 avait permis à Lincoln de clarifier ce qui allait être le programme républicain en 1860 : une position modérée, où il n’était plus question que de stopper l’expansion de l’esclavage sans l’abolir là où il était pratiqué. Lincoln considérant la disparition de l’institution servile comme inéluctable, sa fin ne serait alors plus qu’une question de temps. Le discours des démocrates, qui affirmait que l’élection d’un républicain à la présidence signifiait l’abolition et donc la guerre civile, s’en voyait rendu caduc.

John_Brown_portrait_1859John Brown et le raid sur Harper’s Ferry

Le 16 octobre 1859 à la tombée de la nuit, un groupe de 18 hommes armés pénètre dans la petite ville de Harper’s Ferry, dans le nord de l’État de Virginie ; à leur tête, John Brown. Le militant abolitionniste, parti du Kansas, a passé les deux années précédentes à parcourir le Nord plus ou moins clandestinement, afin de s’assurer financement, soutiens et préparation pour son projet : rien de moins qu’en finir définitivement avec l’esclavage en déclenchant une révolte armée de tous les Noirs du Sud. Le plan de Brown consiste à s’emparer de l’arsenal fédéral situé à Harper’s Ferry, qui renferme une manufacture d’armes légères, 100.000 fusils et des tonnes de munitions. Une fois ce succès assuré, pense Brown, les esclaves des alentours se soulèveront en masse ; le contenu de l’arsenal permettra d’en faire une armée qui, alimentée par les quatre millions de Noirs asservis que compte le pays, écrasera les forces esclavagistes à travers tout le Sud.

Afin de paralyser toute résistance, le groupe s’empare d’abord du chef de la milice locale et prend plusieurs autres otages. Puis il se dirige vers la gare, pour couper les lignes télégraphiques et isoler la ville du monde extérieur. Il y intercepte un train de la compagnie B&O (Baltimore and Ohio) qui faisait escale à ce moment précis. Ironiquement, la première victime du raid est un porteur de bagages de la compagnie ferroviaire, un ancien esclave affranchi qui est tué en tentant d’empêcher les hommes de Brown de prendre le contrôle du train. Mais de manière inexplicable, les assaillants laissent le train poursuivre sa route peu après. Celui-ci arrivera le lendemain matin à Washington, alertant les autorités fédérales.

HWFireHouseBrownLes insurgés marchent ensuite sur l’arsenal, surprennent et désarment aisément les rares sentinelles, et se rendent maîtres de lieux. Toutefois, l’accrochage à la gare a attiré l’attention de quelques civils, qui usent alors de leurs armes personnelles pour échanger des coups de feu avec les hommes de Brown. Ces derniers répandent le mot de leur raid à travers la ville pour pousser les esclaves qui s’y trouvent à l’insurrection, mais leurs espoirs sont déçus et seule une poignée vient se joindre à eux. Au lever du jour, les assaillants sont toujours dans l’arsenal alors qu’ouvriers de la manufacture, miliciens et habitants armés de la ville commencent à l’entourer. L’encerclement sera complet quand une compagnie de miliciens venus du Maryland tout proche occupera le pont enjambant le Potomac, coupant aux insurgés leur voie de retraite vers le Nord. Pris au piège, Brown et ses hommes se retranchent, avec leurs otages, dans un des ateliers de l’arsenal. Une fusillade intermittente a lieu toute la journée entre les assiégeants, qui sont « ravitaillés » par les saloons de la ville et sont pour la plupart ivres, et les assiégés. Plusieurs personnes sont tuées de part et d’autre, dont le maire de Harper’s Ferry et deux des fils de Brown.

Pendant ce temps, à Washington, le président Buchanan ordonne l’envoi de l’armée régulière pour reprendre le contrôle de l’arsenal. Celle-ci étant cependant de taille très modeste, peu de troupes sont disponibles. On constitue finalement une force d’intervention ad hoc constituée d’une compagnie de Marines et confiée à deux officiers de cavalerie tous deux originaires de Virginie, le lieutenant-colonel Robert Lee qui se trouvait là en permission, et le lieutenant James « J.E.B. » Stuart qui se porte volontaire. Transportés par chemin de fer, les militaires arrivent sur place dans la soirée. Le 18 octobre au matin, après que Brown ait refusé de se rendre, les Marines donnent l’assaut, enfoncent la porte de l’atelier en utilisant une échelle comme bélier, et maîtrisent les insurgés en quelques minutes. Brown, blessé à la nuque par un coup de sabre, est capturé. En tout, 17 personnes trouvent la mort.

JohnBrownFort2007L’activiste est aussitôt jugé dans un procès expéditif, et promptement condamné à mort. Le Sud réclame – et obtient – vengeance contre celui qui a osé vouloir dresser les esclaves contre leurs maîtres. Mais malgré son fanatisme et la violence de ses actes, John Brown est vu comme un martyr dans le Nord, notamment parce qu’il a été jugé par une cour virginienne alors qu’il a été arrêté sur une propriété fédérale – ce qui aurait dû normalement le conduire devant un tribunal fédéral, tenu par les Nordistes pour plus impartial – et parce qu’il a été condamné pour trahison alors qu’il n’était pas citoyen de l’État de Virginie. Brown est finalement pendu le 2 décembre 1859. Peu de temps après sa mort sera écrite en son honneur une chanson baptisée John Brown’s Body qui deviendra plus tard The Battle Hymn of the Republic, une des chansons de marche les plus populaires dans les armées nordistes.

La mort de John Brown fut à ce point séminale dans l’histoire de la guerre de Sécession qu’il en est parfois considéré comme le premier tué, ou que son raid sur Harper’s Ferry fut l’occasion des premiers coups de feu, symboliquement, du conflit. Division géographique, radicalisation des positions des uns et des autres, peurs réciproques, et maintenant violence : en cette fin d’année 1859, tous les ingrédients d’une guerre civile sont réunis. Il ne manque plus qu’un ultime déclencheur pour que le ressort se détende : ce sera l’élection présidentielle de 1860. Le matin de son exécution, Brown écrivit quelques mots auxquels la suite des événements allait donner une dimension prophétique évidente : « Moi, John Brown, je suis à présent convaincu que les crimes de cette nation coupable ne pourront plus être lavés que dans le sang. » Candeur ou hypocrisie, le militant abolitionniste ajouta « Je me suis, comme je le pense à présent, vainement flatté à l’idée de pouvoir y parvenir sans trop en faire couler. »

 

Sources

Article sur les débats Lincoln-Douglas.

Textes des débats entre Lincoln et Douglas.

Le discours dit de la « maison divisée », par Abraham Lincoln.

Article sur le raid de John Brown contre l’arsenal de Harper’s Ferry.

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