Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Guerre de Sécession : retour sur le Bull Run (2/7)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Guerre de Sécession : retour sur le Bull Run (2/7)

fitzhugh_leeLee et le reste de l’armée de Virginie septentrionale arrivent à Gordonsville le 15 août. Sans attendre, le général sudiste décide de manœuvrer pour contourner l’aile gauche de Pope. À ce moment, les deux armées disposent d’effectifs sensiblement équivalents, de l’ordre de 55.000 hommes chacune. L’armée nordiste est solidement retranchée le long de la rivière Cedar Creek. L’idée générale de Lee est de tourner cette position en profitant du couvert fourni par une hauteur, Clark’s Mountain, et de franchir le Rapidan en aval de son confluent avec la Cedar Creek. Pour s’assurer de la faisabilité de la chose, Lee envoie en éclaireur la cavalerie de Stuart. Cette dernière forme à présent une division à part entière, constituée des brigades de Robertson et Fitzhugh Lee – ce dernier étant un neveu de Robert.

 

Guerre de manœuvres en Virginie

Toutefois, ce plan va tourner court. Faisant montre d’une légèreté qui allait encore le prendre en défaut plusieurs fois par la suite, J.E.B. Stuart se laisse imprudemment surprendre, dans la nuit du 17 au 18 août, par un raid de la cavalerie nordiste contre son propre camp. Stuart parvient à s’échapper, non sans voir son orgueil quelque peu écorné lorsque les Fédéraux s’emparent d’une partie de ses effets personnels. Il y a bien pire, cependant : un de ses aides de camp a été fait prisonnier, et il était porteur d’un ordre de Lee détaillant les opérations prévues. Pope exploite immédiatement cette information et, le 20 août, il déjoue la manœuvre sudiste en se retirant de quelques kilomètres vers le nord-est, derrière le Rappahannock.

Le même jour, l’armée du Potomac commence à évacuer la Péninsule. Le Vème Corps de Fitz-John Porter est le premier concerné et, le 22 août, il est au complet à Aquia Creek. Suivront, dans l’ordre, le IIIème, le VIème et le IIème Corps, ce dernier entamant son mouvement le 26 août. Aussitôt débarqué, Porter reçoit l’ordre de rejoindre Pope sur le Rappahannock. Tandis que la division des Pennsylvania Reserves est transférée au 3ème Corps de McDowell, le Vème Corps vient renforcer les défenses nordistes, portant les effectifs totaux de l’armée de Virginie à près de 75.000 hommes. Pour le général Lee, le temps presse : s’il tarde trop à attaquer, son adversaire sera dangereusement supérieur en nombre. Il charge donc Stuart de multiplier les reconnaissances pour déceler un point faible dans la ligne nordiste.

RappahannockStation1862Le 22 août offre au chef de la cavalerie sudiste l’occasion de se venger de l’affront qu’il a subi quelques jours plus tôt. Débordant l’aile droite fédérale, il pousse jusqu’au quartier général de Pope. Le général nordiste est absent, mais Stuart a la satisfaction de s’emparer de son… uniforme de parade. Le raid des Confédérés, pourtant, est moins futile qu’il n’y paraît : il montre que la droite nordiste est « en l’air » et qu’elle peut être facilement tournée. Une idée encore plus audacieuse que la précédente germe alors dans l’esprit de Lee : contourner entièrement l’armée ennemie pour aboutir sur ses arrières. Il ne s’agit pas d’une simple attaque de flanc : l’armée confédérée devra remonter le Rappahanock en direction du nord, emprunter l’étroite vallée qui sépare la chaîne du Blue Ridge des monts du Bull Run, avant d’obliquer vers l’est pour déboucher à la hauteur de Manassas après avoir franchi la cluse de Thoroughfare.

Pour éviter que Pope ne se doute de quelque chose et ne surprenne les Sudistes au beau milieu de cette périlleuse manœuvre, celle-ci devra se faire en deux temps. Jackson partira en premier, suivi deux jours plus tard par Longstreet et le reste de l’armée. Pour détourner l’attention des Fédéraux, une série de petites démonstrations est menée, du 22 au 25 août, à la hauteur de Rappahannock Station – l’endroit où la voie ferrée de l’Orange & Alexandria Railroad enjambe la rivière. Pope mord à l’hameçon : persuadé que Lee prépare une attaque dans ce secteur, il y fait renforcer ses défenses. Le général nordiste envisage même de passer à l’attaque, mais il en est finalement dissuadé par de fortes pluies qui viennent grossir les eaux du Rappahannock.

taliaferro2qPanique à Manassas

L’aile gauche, que commande Jackson, se met en marche à l’aube du 25 août dans la plus grande discrétion. Fidèle à son habitude, Jackson n’a pas informé ses commandants de division de leur destination. Mais cette fois, l’opération a été planifiée avec soin et se déroule à la perfection. Plus tard, Taliaferro allait résumer les ordres qu’il avait reçus en ces termes : « Marchez jusqu’au carrefour ; un officier d’état-major vous y indiquera quelle direction prendre ; et ainsi de suite jusqu’à la bifurcation suivante, où vous trouverez une estafette munie d’un ordre scellé vous précisant la route à suivre. » La colonne sudiste s’étire sur plusieurs kilomètres, mais elle progresse sans rencontrer d’opposition. Le soir venu, elle a déjà parcouru plus de quarante kilomètres. Elle en fera soixante de plus le lendemain – le double de ce qui est généralement considéré comme une progression journalière normale. Une nouvelle fois, l’infanterie de Jackson a mérité son surnom de « cavalerie à pied » !

Le 26 août en fin d’après-midi, les éléments de tête coupent l’Orange & Alexandria Railroad à Bristoe Station, après avoir couvert près de cent kilomètres en 36 heures. Poursuivant sur sa lancée, Jackson, qui a été rejoint quelques heures plus tôt par Stuart, lance la brigade Trimble sur l’immense dépôt que les forces nordistes ont installé à Manassas. Elle y capture plusieurs centaines d’hommes, huit pièces d’artillerie, des monceaux de vivres et d’équipement, ainsi qu’environ 200 esclaves fugitifs. Les Confédérés, qui n’ont amené avec eux que trois jours de rations, en profitent pour faire bombance durant toute la journée du 27, avant d’incendier tout ce qu’ils ne peuvent emporter. La veille, Longstreet s’était mis en route à son tour pour venir les rejoindre, sans être inquiété – mais avec une célérité moindre.

virginie_fin_aoutSituation stratégique en Virginie durant la deuxième quinzaine d'août 1862 (annotations de l'auteur sur une carte du Center for Military History de l'armée des États-Unis) :

1) 15 août : Lee et le gros de l'armée de Virginie septentrionale arrivent à Gordonsville.

2) 18 août : Stuart se fait surprendre par un raid de cavalerie nordiste alors qu'il sonde la gauche nordiste.

3) 20 août : Pope déjoue la manoeuvre de Lee en se retirant derrière le Rappahannock.

4) 22 août : le Vème Corps débarque à Aquia Creek et part aussitôt renforcer l'armée de Virginie.

5) 22 août : Stuart effectue une reconnaissance contre la droite nordiste et découvre qu'elle n'est pas protégée.

6) 22-25 août : en prévision de sa manoeuvre de flanc, Lee lance une série d'attaques de diversion à Rappahannock Station.

7) 25 août : Jackson entame sa marche sur Manassas via la cluse de Thoroughfare.

8) 26 août : Jackson prend Manassas et Bristoe Station après avoir couvert une centaine de kilomètres en deux jours.

9) 26 août : le reste de l'armée du Potomac continue à débarquer à Washington.

10) 27 août : la brigade de G.W. Taylor est repoussée en tentant de reprendre Manassas.

11) 27 août : les divisions Hooker et Ewell s'affrontent à Bristoe Station.

12) 27 août : Lee et Longstreet se mettent en route à leur tour pour aller rejoindre Jackson.

13) 27 août : Pope ordonne à son armée de se replier jusqu'à Manassas mais néglige de bloquer la cluse de Thoroughfare.

14) 28 août : Jackson quitte Manassas et gagne une nouvelle position sur Stony Ridge.

15) 28 août : Longstreet chasse la cavalerie nordiste et la division Ricketts de la cluse de Thoroughfare, s'ouvrant un chemin pour rejoindre Jackson.

16) 28 août : pour inciter Pope à l'attaquer, Jackson intercepte la division King, déclenchant la bataille de Groveton.

 

De son côté, Pope ne réalise pas la situation. Croyant à un simple raid de cavalerie sur ses arrières, il fait venir de Washington un élément du VIème Corps fraîchement débarqué, en l’occurrence la New Jersey Brigade de George W. Taylor. Naturellement, la brigade est écrasée lorsqu’elle tente, le 27 août, de déloger les Sudistes de Manassas, et Taylor est mortellement blessé. Pope comprend alors que quelque chose cloche, mais il ne sait pas exactement quoi. Il est mal renseigné, car sa cavalerie est dispersée à raison d’une brigade pour chacun de ses trois corps d’armée. Le IIIème Corps, partiellement débarqué à Alexandria, est en train de venir le rejoindre sur le Rappahannock. Pope ordonne à sa division de tête, celle de Hooker, de faire demi-tour pour aller voir ce qu’il en est du côté de Manassas. Dans l’après-midi, Hooker accroche brièvement la division Ewell, que Jackson a déployée à Bristoe Station pour protéger son flanc droit.

ricketts4rPope obtient ainsi confirmation que c’est l’aile de Jackson toute entière qui est présente à Manassas. Parallèlement, il apprend également que Longstreet a, lui aussi, entrepris de contourner son aile droite, ne laissant que la division de R.H. Anderson comme arrière-garde. S’il est trop tard pour frapper Longstreet, en revanche, il demeure possible d’écraser Jackson tant qu’il demeure isolé. Par conséquent, Pope ordonne à toutes ses forces de converger vers cette localité, abandonnant ses positions sur le Rappahannock. Espérant prendre son ennemi au piège, il fait emprunter à ses troupes des routes différentes afin de ne lui laisser aucune échappatoire. Ce faisant, il fait transiter le 1er Corps de Sigel et le 3ème Corps de McDowell par une route qui leur permettrait de couper la cluse de Thoroughfare.

Pope tient là une occasion unique de bloquer le passage aux forces de Longstreet à peu de frais. Mais, persuadé de pouvoir écraser Jackson avant son arrivée, il néglige complètement cette opportunité. Ce sera l’une des pires erreurs commises par le commandement nordiste de toute la guerre. La seule action entreprise par les Fédéraux au niveau de la cluse de Thoroughfare sera d’y poster un régiment de cavalerie, qui en sera chassé au bout de quelques heures seulement, dans la matinée du 28 août, par les premiers éléments de Longstreet. La division Ricketts enverra quelques régiments pour soutenir les cavaliers fédéraux, mais il seront très vite dépassés en nombre et obligés de battre en retraite. Ce faisant, Ricketts laissait aux Confédérés l’opportunité d’aller rejoindre Jackson, au prix de quelques heures perdues seulement pour Longstreet.

kingr1rLa bataille de Groveton

En cette même journée du 28 août, Jackson se trouve sur une nouvelle position, qu’il a occupée durant la nuit. Il s’agit d’une petite hauteur baptisée Stony Ridge, non loin de la route à péage de Warrenton et du gué de Sudley Springs – à quelques encablures, en fait, des lieux où Jackson s’est illustré treize mois auparavant lors de la première bataille de Bull Run. Le général sudiste a trouvé là, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Manassas, tout ce dont il a besoin. Il est un peu plus près de Longstreet, lui-même à moins d’une journée de marche désormais. Il peut menacer le flanc de l’armée nordiste, encore en plein mouvement, sans trop s’exposer lui-même. Enfin, en cas d’attaque ennemie, sa position est suffisamment solide pour lui permettre de résister assez longtemps pour que Longstreet arrive à son secours : elle s’appuie sur le talus d’une voie ferrée inachevée, sa gauche est ancrée sur le Bull Run, et la colline dans son dos permet d’y déployer de l’artillerie.

L’après-midi est déjà bien avancé lorsque les Confédérés ont la chance de capturer une estafette porteuse d’ordres détaillés, indiquant que Pope est en train de concentrer ses forces à Manassas, ainsi que les routes suivies par ses différents corps d’armée. Or, une partie du 3ème Corps doit justement passer par la route à péage de Warrenton, juste sous le nez des Sudistes. L’information est communiquée à Jackson alors qu’il est en train de faire la sieste. Mais le Jackson somnolent des Sept Jours est bien oublié : saisissant immédiatement l’opportunité qui lui est offerte, il ordonne à Taliaferro d’attaquer avec le soutien d’Ewell. Il craint en effet que Pope ne parvienne à s’échapper avant que Longstreet ne le rejoigne, et veut à tout prix l’empêcher de regrouper ses forces.

gibbon2qLes troupes sudistes se placent en embuscade, non loin de la route, mais rien ne vient. Ce n’est que vers 18 heures qu’une colonne nordiste débouche enfin au pied de Stony Ridge : c’est la division de Rufus King, qui constitue l’aile gauche du 3ème Corps. Elle est forte de quatre brigades commandées respectivement par John Hatch, John Gibbon, Abner Doubleday et Marsena Patrick. Leur supérieur, King, est absent, ayant été victime d’une crise d’épilepsie quelques heures plus tôt – tant et si bien que ses subordonnés vont devoir coordonner leurs efforts eux-mêmes, avec plus ou moins de bonheur, pour faire face à l’attaque qui les vise. À la tête du 3ème Corps, McDowell aussi est absent, s’étant semble-t-il perdu. Les forces nordistes vont donc manquer cruellement de coordination dans les combats à venir, et ce n’est qu’un début.

Les hommes de Gibbon – trois régiments du Wisconsin et un de l’Indiana – n’ont encore jamais vu le feu, mais ils sont connus dans l’armée de Virginie comme les Black Hats (« Chapeaux noirs »), parce qu’ils portent le seyant mais inconfortable chapeau modèle 1858 (dit « chapeau Hardee ») en lieu et place du képi utilisé par la majorité des troupes nordistes. Leur chef croit initialement que les canons qui leur tirent dessus ne sont là que pour les harceler et ne pense pas que l’ennemi est présent en force. De sa propre initiative, il envoie donc un de ses régiments réduire la batterie ennemie au silence… mais c’est pour être accueilli par une salve meurtrière de la brigade Stonewall, désormais commandée par William Baylor. Loin de se décontenancer, les Fédéraux ripostent à leur tour, et la bataille s’engage.

Second_Bull_Run_Aug28La bataille de Groveton (ou Brawner's Farm), 28 août 1862. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.org).

 

Pendant que les batteries nordistes détellent leurs pièces et commencent à contrebattre l’artillerie confédérée, les deux camps font entrer en jeu leurs renforts. Gibbon étire sa brigade pour tenir une ligne allant de la ferme Brawner au village de Groveton, colmatant les brèches avec deux régiments de la brigade Doubleday. C’est la seule aide qu’il obtiendra de toute la division : Hatch a poursuivi sa route, tandis que les hommes de Patrick perdent leur sang-froid sous le feu des canons sudistes et refusent d’avancer. De son côté, Jackson va concentrer contre Gibbon pas moins de cinq brigades, celles de Baylor, Alexander Lawton, Isaac Trimble, Alexander Taliaferro – un parent de William qui lui avait succédé à la tête de sa brigade – et William Starke.

Col._William_S._BaylorLes deux lignes s’approchent à moins de cent mètres l’une de l’autre, mais aucun des deux belligérants ne parvient à prendre l’avantage. Là où la plupart des êtres humains normalement constitués résisteraient au mieux quelques minutes avant de craquer, les soldats nordistes et leurs ennemis continuent à se fusiller à courte distance pendant plus de deux heures. En l’absence quasi complète de couvert, les pertes sont terribles : les Black Hats déplorent 148 tués, 626 blessés et 120 disparus – soit près de 900 hommes sur 2.000 présents avant le combat. En tout, 2.400 hommes sont tués ou blessés – à peu près autant de Nordistes que de Sudistes – soit un tiers des effectifs totaux engagés. Parmi les victimes, les généraux Taliaferro et Ewell sont tous deux grièvement blessés. C’est le second qui est le plus sérieusement atteint : fracassée par une balle, sa jambe gauche devra être amputée, ajoutant une jambe de bois à la déjà longue liste de ses incongruités.

La fusillade ne cesse que lorsque l’obscurité devient complète, vers 21 heures. Gibbons et Doubleday se retirent jusqu’à la route pour attendre un ordre quelconque sur la conduite à tenir, mais celui-ci ne viendra pas. Une heure plus tard, Pope apprend à Manassas la bataille qui vient de s’achever à Groveton. Une fois de plus, il interprète les événements de travers : peut-être trop désireux de voir Jackson battre en retraite, il est convaincu que c’est précisément ce qui est en train de se passer, et que la division King est tombée sur son avant-garde. Pour ne rien arranger, Pope ignore la position réelle de ses troupes. Il est persuadé que McDowell et Sigel sont encore dans le dos de Jackson, entre lui et le reste de l’armée sudiste, alors qu’en réalité ils lui font face et que plus rien ne s’interpose entre les deux ailes confédérées, hormis la division King. Du reste, cela ne va pas durer : à 1 heure, le 29 août, Gibbon et les autres commandants de brigade de la division King décident de reprendre leur marche vers l’est, faute d’avoir reçu de nouvelles instructions.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire