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Guerre de Sécession : retour sur le Bull Run (4/7)

mcdowell07En début d’après-midi, le 29 août 1862, le champ de bataille de Bull Run est entouré d’un silence précaire, entrecoupé par les coups de feu épars des tirailleurs des deux camps et les décharges intermittentes de canons réglant leurs tirs. Ce calme excessif inquiète et fait enrager Pope, qui estime que Porter et McDowell devraient déjà être en train d’attaquer l’aile droite sudiste. Les communications sur la gauche de l’Union sont mauvaises, et Pope demeure dans l’ignorance de la situation réelle, n’ayant pas reçu d’informations de ses subordonnés. De son côté, Lee veut profiter de la pause que connaît le combat pour lancer l’aile de Longstreet dans la bataille, mais ce dernier s’y montre à nouveau hostile. Il cite cette fois la menace que représentent les puissantes forces nordistes que Stuart vient d’arrêter sur la route de Gainesville. De nouveau, Lee préfère finalement écouter l’avis de son lieutenant, et ses soldats restent l’arme au pied.

 

Attaques sans soutien

Pope, malgré l’absence de nouvelles de la part de son aile gauche, ne saura pas s’adapter aux rapides changements qui se produisent durant la journée du 29. Accroché à son plan initial – et à l’idée très orientée qu’il se fait de la situation – comme une moule à son rocher, il continuera à attendre que Porter et McDowell attaquent, comme prévu, la droite de Jackson. Sur l’autre aile, Pope va par conséquent se borner à ordonner des attaques limitées, dans le seul but de fixer Jackson et de l’empêcher de battre en retraite. Ces assauts – il y en aura quatre en tout – ne seront pas simultanés, ne viseront pas les mêmes points de la ligne confédérée, ne se verront fourni que peu de soutien, et aucun des succès qui en résulteront ne sera exploité. Tout ceci parce que dans l’idée de Pope, ils ne doivent servir qu’à retenir son adversaire et certainement pas à l’enfoncer – c’est là le travail de Porter et McDowell. Et aussi, parce que le commandement nordiste ne saura pas coordonner ses efforts.

grover1Vers 14 heures, les IIIème et IXème Corps ont fini de relever en première ligne les soldats épuisés de Sigel. Heintzelmann ordonne à ses deux divisions d’attaquer de concert la gauche sudiste, mais comme cela avait déjà été le cas durant la matinée, Kearny ne bougera pas d’un pouce. Seule la division Hooker fera mouvement. Son commandant, qu’une erreur de transcription dans un journal nordiste a fait surnommer Fighting Joe (« Joe le battant »), se départit de son agressivité habituelle en sélectionnant une seule de ses brigades pour mener à bien l’opération. Composée de trois régiments du Massachusetts, un du New Hampshire et un de Pennsylvanie, elle va devoir avancer sans le soutien des deux autres brigades de la division. Qu’à cela ne tienne, son chef Cuvier Grover ordonne à ses quelque 2.000 soldats de charger leurs fusils, puis de mettre baïonnette au canon.

Disciplinés, les Nordistes exécutent à la lettre les instructions de leur chef et attaquent à 15 heures. Subissant sans broncher le feu de leurs adversaires, ils s’approchent de la voie ferrée inachevée, marquent une courte pause, vident leurs mousquets en une seule salve, et se ruent en avant. Le hasard fait bien les choses : la charge de Grover frappe les lignes confédérées à la jonction entre les brigades Thomas et Gregg. Les Fédéraux prennent pied de l’autre côté du talus de la voir ferrée, et après un bref corps-à-corps, repoussent les Sudistes et se mettent à les poursuivre, enthousiastes. Edward Thomas tente de rallier ses régiments de réserve, mais sa deuxième ligne est enfoncée avant qu’il n’ait pu faire quoi que ce soit et sa brigade est mise en déroute en quelques minutes seulement.

bullrun2_29_15h_16hSeconde bataille de Bull Run, 29 août 1862. Situation de  15 heures à 16 heures.

1) La brigade Grover charge à la baïonnette et enfonce la position tenue par la brigade Thomas.

2) La brigade Pender contre-attaque et refoule les Nordistes.

3) L'intervention d'A. Farnsworth met un terme à la poursuite sudiste et permet à Grover de reformer sa brigade.

4) La division J.F. Reynolds avance contre la droite sudiste.

5) Flanquée de manière inopinée par la brigade M. Jenkins, elle doit stopper rapidement sa progression.

farnsworth1Heureusement pour la Confédération, derrière lui se trouve la brigade Pender, encore fraîche. Elle contre-attaque aussitôt, et une brève, mais intense fusillade scelle le sort de la courageuse, mais inutile charge de Grover et de ses hommes. Stoppés, les Nordistes sont ensuite repoussés jusqu’au talus, puis au-delà. L’intervention de la brigade d’Addison Farnsworth, de la division Stevens, leur permettra de reformer les rangs à l’abri de la poursuite de l’ennemi. L’ensemble de l’engagement n’a pas pris plus de vingt minutes, pendant lesquelles la brigade Grover a perdu pratiquement le quart de son effectif. Les Confédérés eux aussi ont souffert : la brigade Thomas est pour ainsi dire hors de combat, et celle de Pender a eu fort à faire.

Aussitôt après, une autre attaque nordiste est lancée, cette fois par la division Reynolds, jusque-là presque pas engagée. Elle met en œuvre les brigades et de Truman Seymour et Conrad Jackson, mais tourne court : les soldats fédéraux sont accueillis plus tôt que prévu par une salve nourrie provenant d’une unité sudiste bien dissimulée. L’effet est suffisant pour dissuader les assaillants d’aller plus avant. Comme ses subordonnés, Reynolds s’inquiète : il n’est pas censé y avoir de forces confédérées importantes à cet endroit. Persuadé d’être tombé sur les forces de Longstreet, il en informe Pope. Ce dernier, toujours aveuglé par son idée très personnelle de la situation, réfute l’affirmation de Reynolds : pour le commandant de l’armée de Virginie, le chef des Pennsylvania Reserves s’est mépris et a pris pour des Sudistes les hommes de Porter ou de McDowell, en train d’envelopper l’armée de Jackson ! En réalité, c’est Pope qui se méprend. La mystérieuse unité qui a fait feu sur les hommes de Reynolds est la brigade de Micah Jenkins, division Kemper, de l’aile de Longstreet.

nagle1rInutile courage

Pendant que John Pope néglige ce renseignement capital, les combats continuent le long de la voie ferrée inachevée. Cette fois, c’est le IXème Corps qui est impliqué. Le fer de lance de cette nouvelle attaque est formé par la brigade de James Nagle. Reno a laissé l’autre brigade de sa division personnelle, celle d’Edward Ferrero, en réserve, mais il est parvenu à convaincre Hooker de lui prêter la brigade de Nelson Taylor pour soutenir Nagle. Sur la droite, l’attaque bénéficiera du soutien de Stevens, qui engagera la petite brigade de Daniel Leasure, réduite à un régiment et demi. L’action commence aux alentours de 16 heures. Mieux soutenue et presque convenablement coordonnée, elle va donner du fil à retordre aux défenseurs sudistes.

Comme Milroy le matin même, Nagle s’abat sur « the Dump » et en particulier sur la brigade Trimble. Cette dernière est mal remise des rudes combats qu’elle a livrés quelques heures plus tôt au même endroit. Désorganisée par la blessure de son chef, elle est commandée par un simple capitaine de son état-major. Dans ces conditions, les troupes fraîches de Nagle ont tôt fait d’enfoncer la ligne confédérée, faisant refluer vers l’arrière la brigade Trimble. Cette fois, la situation est plus délicate pour Stonewall Jackson, car à cet endroit ses troupes ne sont pas disposées sur deux lignes comme sur sa gauche. Il doit prélever d’un secteur plus calme et non menacé du front la brigade de Jubal Early et celles des Tigres de la Louisiane, commandée par Henry Forno.

La brigade Nagle s’avère bien soutenue : N. Taylor le suit de près, Milroy a envoyé un de ses régiments couvrir son flanc gauche, et sur sa droite la brigade Leasure attaque à la jonction des brigades Pender et Field. Ce mouvement laissant un espace vide dans la ligne nordiste, Benjamin Christ et ses hommes sont envoyés pour le combler. La fusillade atteint vite une intensité considérable. Les soldats des deux camps profitent du couvert que leur offrent les deux côtés du talus de la voie ferrée pour se tirer dessus presque à bout portant. Comme devait le rapporter Jackson, « les forces opposées, à un moment, s’échangèrent des salves à la distance de dix pas ». Field est blessé à une jambe et Leasure est atteint lui aussi. La brigade de Pender n’est guère mieux lotie et la ligne sudiste menace de craquer.

bullrun2_29_16h_17hSeconde bataille de Bull Run, 29 août 1862 : situation entre 16 heures et 17 heures.

1) La brigade Nagle fait reculer les hommes de Trimble à "The Dump".

2) Jackson doit rameuter les brigades Forno et Early pour renforcer le centre de sa ligne.

3) N. Taylor et Milroy avancent pour soutenir Nagle.

4) La brigade Leasure lance sa propre attaque, plus à droite.

5) Stevens fait avancer la brigade Christ pour colmater la brèche qui s'est formée entre Nagle et Leasure.

6) Forno, à la tête des Tigres de la Louisiane, repousse Nagle et rétablit la ligne sudiste.

7) Poursuivant sur leur lancée, les Louisianais arrivent à temps pour relever Field en difficulté, obligeant les Nordistes à reculer.

8) L'artillerie fédérale accable les Sudistes dès loors qu'ils quittent le couvert des bois, brisant toute velléité de poursuite.

 

fornoLes défenseurs sont finalement soulagés par l’intervention de Forno, dont les Louisianais stoppent l’avancée de Nagle, permettant à la brigade Lawton de refouler les Nordistes et de colmater la brèche. Poursuivant sur leur lancée, les « Tigres » arrivent juste à temps pour relever la brigade Field, tandis que les hommes de James Archer font de même avec celle de Dorsey Pender. Ce nouvel arrivage de troupes fraîches finit par emporter la décision, obligeant la division Stevens à reculer à son tour. Les Confédérés poursuivent alors les Fédéraux, jusqu’à ce que l’artillerie nordiste vienne une fois de plus mettre un terme à leur contre-attaque dès qu’ils quittent le couvert des bois, les refoulant jusqu’à la voie ferrée. Stevens comme Hooker préféreront en rester là, se retirant jusqu’à une position plus sûre le long de la route à péage de Warrenton. Forno a été blessé dans l’action, mais la ligne confédérée a tenu encore une fois.

Il est à présent 17 heures, et le soleil est de plus en plus bas dans le ciel. Pope est excédé : toujours aucune nouvelle de Porter et McDowell et aucun signe de l’attaque qu’ils sont censés mener. Le commandant en chef nordiste leur envoie cette fois un ordre d’assaut explicite, mais l’aide de camp à qui il confie le message s’égare – il mettra deux heures à atteindre ses destinataires. Entre temps, McDowell a utilisé la latitude que lui laissait « l’ordre commun » pour prendre l’initiative de rejoindre le reste de l’armée nordiste. La division de tête, celle de King, est déjà en route. Son chef, insuffisamment remis de sa crise d’épilepsie de la veille, a cédé sa place pour de bon à John P. Hatch. Quant à Porter, il ne recevra les nouvelles instructions de son supérieur qu’au moment où le soleil sera sur le point de se coucher. Estimant l’heure trop tardive pour attaquer, Porter n’entreprendra rien.

gregg.m1Kearny bouge enfin

À l’autre bout du champ de bataille, sur l’aile droite nordiste, la lutte, en revanche, se poursuit. Toujours vers 17 heures, Kearny se départit enfin de son immobilisme et lance une attaque d’envergure. Avec le soutien limité de la division Stevens – une nouvelle fois la brigade Leasure – Kearny lance en avant les brigades Robinson et Birney. Les deux unités nordistes concentrent leurs efforts sur le même point de la ligne confédérée, celui tenu par les hommes de Maxcy Gregg. Ceux-ci sont particulièrement exposés car sur leur gauche, la brigade Branch, déployée légèrement en retrait de la voie ferrée inachevée, ne les couvre qu’incorrectement. Qui plus est, la formation sudiste a été particulièrement mise à contribution durant la journée. Dans leurs rapports respectifs, A.P. Hill comptabilisera contre cette brigade six assauts, d’envergure ou non, et Gregg pas moins de neuf, au cours de la seule journée du 29 août.

Cette fois, c’en est trop pour les hommes de Gregg. Les Sudistes font ce qu’ils peuvent, ne rechignant à aucune sollicitation de leur chef, mais la supériorité numérique et la fraîcheur des troupes qui les assaillent ne sont pas le seul problème auquel ils sont confrontés. Les divers combats auxquels ils ont pris part durant la journée ont vidé leurs cartouchières, les chariots de ravitaillement sont encore loin, et les cartouches saisies à Manassas ont été tirées depuis belle lurette. Gregg fait mettre baïonnette au canon, mais c’est insuffisant pour arrêter la division Kearny. Sur les cinq régiments de Caroline du Sud que comporte la brigade Gregg, un voit son colonel tué et trois autres blessés. Hormis Gregg lui-même, il ne reste plus que deux officiers supérieurs indemnes dans toute la brigade.

Jackson se retrouve dans une situation critique – ce qui est d’autant plus absurde que l’aile de Longstreet, à quelques kilomètres de là seulement, reste pour ainsi dire l’arme au pied. Stonewall ne peut compter que sur ses propres forces pour empêcher sa gauche d’être enfoncée. Il fait intervenir la brigade Branch, qui se redéploie et contre-attaque, mais elle ne peut étendre suffisamment ses lignes pour colmater la brèche que la brigade Gregg a laissé derrière elle. La dernière réserve sudiste dans le secteur est la brigade Early, qui réussit finalement à stopper les Nordistes. Après une lutte acharnée, elle réussit à refermer la ligne confédérée. Les hommes de Kearny sont refoulés, et la contre-attaque qui suit les rejette finalement sur leur position de départ. Alors que le soleil se couche, les Confédérés restent maîtres de leur position le long de la voie ferrée – non sans en avoir payé le prix fort.

bullrun2_29_17h_21hSeconde bataille de Bull Run, 29 août 1862 : situation entre 17 heures et 21 heures.

1) Birney et J.C. Robinson assaillent la brigade Gregg. Flanquée et à court de munitions, elle doit reculer.

2) Branch tente en vain de compenser le retrait de Gregg en étendant ses lignes et en contre-attaquant.

3) L'intervention de la brigade Early, dernière réserve dont dispose encore Jackson, repousse les hommes de Kearny et ferme la brèche.

4) Lee ordonne à la division Hood de mener une reconnaissance en force le long de la route à péage de Warrenton.

5) Parallèlement, la division Hatch reçoit l'ordre de marcher vers l'ouest pour empêcher Jackson de battre en retraite.

6) Les deux divisions se rencontrent autour de Groveton. Hood prend le dessus.

7) Pour aider Hatch, J.F. Reynolds fait avancer une batterie, avec la brigade Meade en soutien.

8) La cavalerie nordiste de Bayard attaque également pour soulager la diviszion Hatch, mais la brigade Hunton la refoule rapidement.

Lee, pourtant, n’a pas assisté à l’épreuve à laquelle est soumise l’extrémité de gauche en spectateur désintéressé, fût-ce de loin. Pour la troisième fois de la journée, il a voulu lancer à l’attaque le corps d’armée de Longstreet ; et pour la troisième fois de la journée, Longstreet s’est prononcé en défaveur de cette attaque. Le lieutenant de Lee évoque à présent la position incertaine des forces ennemies à l’appui de son opinion, et recommande une reconnaissance préalablement à toute action dans ce secteur. Lee lui donne encore raison, confiant à la division Hood la tâche d’éclairer les positions des Nordistes. Ses forces ne comprenant que deux brigades, la sienne et celle d’Evander Law, Hood se voit soutenu dans cette tâche par la brigade indépendante de Nathan « Shanks » Evans. Son axe de progression doit être la route à péage de Warrenton, en direction de l’est.

hunton6rSimultanément, Pope s’inquiète : il craint que l’échec de Kearny contre la gauche confédérée ne permette à Jackson de se retirer à la faveur de la nuit, sans être inquiété. L’attaque ordonnée à Porter ne venant toujours pas, Pope désespère de parvenir à couper aux Sudistes leur principale voie de retraite. Dès que la division Hatch, à la tête du 3ème Corps, arrive sur le champ de bataille, le général nordiste l’envoie vers l’ouest… le long de la route à péage de Warrenton. Sa mission : empêcher Jackson de s’échapper. Hatch s’exécute sans tarder. Il confie cette tâche à sa propre brigade et à celle de Doubleday : la brigade Patrick a été envoyée sur la droite par ordre direct de Pope, et les Black Hats de Gibbon sont gardés en réserve après le terrible combat qu’ils ont livré la veille à quelques encablures de là, à Groveton.

C’est vers 18 heures 30, alors que le bruit des combats contre la gauche sudiste s’est pratiquement estompé, que les deux divisions butent l’une sur l’autre dans le crépuscule naissant. Elles s’affrontent autour du hameau de Groveton jusqu’à ce que la pénombre soit trop grande pour autoriser la poursuite des combats. Hatch se retrouvant en mauvaise posture, Pope fera intervenir timidement les forces situées sur sa gauche : l’artillerie de la division Reynolds, toujours protégée par la brigade Meade en position avancée, et les cavaliers de Bayard, dont l’attaque de diversion sera aisément repoussée par la brigade sudiste d’Eppa Hunton. Après un engagement de trois quarts d’heure, Pope finit par faire retirer ses troupes quelques hectomètres en arrière afin d’occuper une position plus homogène, laissant Hood maître du terrain. Néanmoins, la vive résistance opposée par les Nordistes constitue un indicateur précieux pour Lee. Les combats cessent totalement vers 21 heures, clôturant enfin cette longue journée de bataille.

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