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Guerre de Sécession : retour sur le Bull Run (3/7)

sigel1hLe général Pope n’apprend la position réelle des troupes de McDowell que le 29 août à 5 heures du matin, lorsque le 3ème Corps arrive à Manassas. Le Vème Corps de Fitz-John Porter s’y trouve également. Il ordonne aussitôt à ces deux corps d’armée de faire demi-tour dès que possible, afin d’aller couper la route de Jackson avant qu’il ne se retire. Le 1er Corps, qui campe non loin de Groveton, est également impliqué : il devra attaquer Jackson pour le fixer. Des renforts importants viendront à son soutien : le IIIème Corps de l’armée du Potomac, ainsi que des éléments du IXème Corps. Pope ignore encore où se trouve Longstreet, mais cela ne le préoccupe guère. Il est convaincu de pouvoir prendre Jackson au piège et le détruire dans la journée. Un an, un mois et huit jours après le premier combat, le champ de bataille de Bull Run était prêt à connaître un nouvel affrontement majeur.

 

Premières attaques

Les hommes de Franz Sigel passent la nuit sur les pentes de Henry House Hill, là-même où s’étaient livrés les plus durs combats de la bataille de l’année précédente. Ils lèvent le camp dès 5 heures 30 et marchent droit à l’ennemi, distant de quelques kilomètres seulement. La majorité des régiments du 1er Corps sont recrutés parmi des immigrants allemands de fraîche date ou des Américains d’origine allemande. Ils en gardent une forte identité, et pour des raisons politiques, les généraux nommés pour les commander sont souvent d’ascendance allemande eux-mêmes – à commencer par Sigel. Sensibles à l’idéologie du Free Soil et du parti républicain, ils ont appliqué avec un zèle parfois excessif les ordres de Pope relatifs à l’occupation de la Virginie. Ce faisant, ils se sont fait détester de la population locale, et leur appartenance ethnique n’a fait qu’exacerber cette réputation – la comparaison avec les « Hessois », les mercenaires allemands au service de la Grande-Bretagne durant la guerre d’Indépendance, ayant été rapidement faite.

Carl_SchurzSigel, dont le corps d’armée n’est pas au complet, dispose de sept brigades dont une de cavalerie. Il a déployé la division de Carl Schurz à droite avec deux brigades, et celle de Robert Schenck à gauche avec deux autres. Pour assurer la jonction entre les deux, la brigade indépendante mixte de Robert Milroy tient le centre. De la division d’Adolph von Steinwehr, lui-même absent, n’est disponible que la brigade de John Koltes, que Sigel tiendra dans un premier temps en réserve. Sur la gauche de ce dispositif, la division des Pennsylvania Reserves agira en flanc-garde. Tout juste transférée du Vème Corps au 3ème, elle est à présent commandée par John F. Reynolds, qui vient de bénéficier d’un échange de prisonniers après sa capture à Gaines’ Mill. Sa mission sera surtout d’assurer la liaison avec les 3ème et Vème Corps, dont le vaste mouvement tournant doit permettre d’envelopper les forces de Jackson.

Les IIIème et IXème Corps, pour leur part, doivent arriver incessamment de Centreville et couvrir le flanc droit de Sigel. Ne bénéficiant pas encore de leur soutien, et ne connaissant pas la position exacte et la force réelle des Confédérés, le commandant du 1er Corps se montre initialement prudent. Si les premiers combats commencent vers 7 heures, il s’agit principalement d’escarmouches entre tirailleurs et de reconnaissances en force. De fait, Jackson, dans son rapport, ne notera rien de sérieux avant 10 heures. Sa ligne s’étend sur près de trois kilomètres, bien trop pour que le 1er Corps nordiste puisse constituer à lui seul une menace. Sur la gauche sudiste, A.P. Hill a déployé ses six brigades sur deux lignes. Lawton, qui a succédé à Ewell, tient le centre avec quatre brigades, tandis que Starke commande désormais la division Taliaferro sur la droite – quatre brigades également. Son flanc droit est en l’air, mais Jackson a compensé ce fait en y massant la majeure partie de son artillerie.

bullrun2_29_7h_10hSeconde bataille de Bull Run, 29 août 1862. Situation entre 7 heures et 10 heures. Cette carte et les suivantes ont été réalisées par l'auteur sur un fond de Hal Jespersen (www.cwmaps.org).

 

Durant les trois heures qui suivent, les combats gagnent progressivement en intensité. L’échelle des engagements successifs reste cependant mineure : sur le terrain, les commandants de brigade n’engagent leurs régiments que les uns après les autres. De surcroît, les différentes brigades nordistes ne se soutiennent pas entre elles et attaquent des points distincts de la ligne confédérée. Celles de la division Schurz, commandées par Wlodzimierz Krzyzanowski et Alexander Schimmelfennig, se heurtent à la gauche confédérée, essentiellement les brigades d’Edward Thomas et Maxcy Gregg. Celles-ci tiennent bon. Plutôt que de monter une défense statique, les Confédérés contre-attaquent dès qu’ils le peuvent. Sigel rapportera ainsi trois contre-attaques, et les combats de la matinée prendront l’apparence d’allers-retours incessants à travers les bois qui parsèment les abords de la voie ferrée inachevée. Les Sudistes, cependant, conservent l’avantage.

poe2jAfflux de renforts

La bataille va prendre une nouvelle ampleur à partir de 10 heures. Tout commence avec l’arrivée des premiers éléments du IIIème Corps nordiste – en l’occurrence la division Kearny et ses trois brigades. Elle vient se placer aussitôt sur la droite du dispositif fédéral, ce qui pousse Sigel à renouveler aussitôt son attaque en comptant sur le soutien de Kearny. Mais celui-ci ne viendra pas. D’ordinaire si prompt à marcher au son du canon, le bouillant sabreur restera inexplicablement l’arme au pied durant la plus grande partie de la journée. Bien que Kearny n’allait pas vivre assez longtemps pour s’expliquer sur cette inhabituelle apathie, cette dernière est aujourd’hui généralement attribuée à une inimitié personnelle entre lui et Sigel. En fin de matinée, Kearny se contentera de faire sonder l’extrémité gauche de la ligne sudiste par la brigade d’Orlando Poe, qui livrera de légères escarmouches à des éléments de cavalerie confédérés le long du Bull Run.

Il s’agit en fait de la brigade de Fitzugh Lee, tout juste arrivée. Sa présence est le signe de la venue imminente des troupes de Longstreet, dont la division de cavalerie de Stuart constitue l’avant-garde. De fait, au moment où Kearny déploie ses forces sur l’aile droite nordiste, les deux brigades de la division sudiste de John Bell Hood établissent, à l’autre bout du champ de bataille, le contact avec les forces de Jackson. Ni Lee, ni Pope ne sont encore sur le terrain en personne, et la jonction entre les deux ailes confédérées se fait à l’insu du commandant en chef nordiste. Il aurait pourtant pu en être informé plus tôt. Dès 8 heures du matin, des éléments de la brigade de cavalerie de John Buford avaient observé une importante colonne sudiste traverser le village de Gainesville, à quelques kilomètres plus à l’ouest seulement. Cette information, toutefois, ne sera rapportée à McDowell qu’en début d’après-midi, et celui-ci négligera de la transmettre à Pope jusqu’à la fin de la journée.

bullrun2_29_10h_12hSeconde bataille de Bull Run, 29 août 1862. Situation entre 10 heures et midi.

1) La division Kearny arrive sur la droite nordiste mais n'attaque pas.

2) Les cavaliers de Fitzhugh Lee viennent couvrir la droite sudiste.

3) Escarmouches entre la brigade Poe et les cavaliers sudistes.

4) La division Hood établit le contact entre les deux ailes confédérées.

5) La brigade Milroy parvient à s'infiltrer dans les lignes sudistes à "The Dump" mais elle est contre-attaquée et repoussée.

5a) Schurz renouvelle ses attaques mais il est repoussé lui aussi.

6) Schenck est tenu en respect par l'artillerie sudiste.

7) J.F. Reynolds fait avancer une batterie soutenue par la brigade Meade.

8) La brigade Koltes stoppe les poursuivants de Milroy et les refoule.

9) La division Stevens arrive et refoule A.P. Hill sur ses positions de départ.

 

Pendant ce temps, les combats le long de la voie ferrée inachevée se poursuivent. Alors que la brigade Gregg rejette une nouvelle fois les Nordistes sur leurs positions de départ, Milroy parvient à s’infiltrer dans un petit vallon boisé, surnommé « the Dump », entre les brigades Lawton (à présent commandée par Marcellus Douglass) et Trimble. Celles-ci se regroupent pour contre-attaquer, et Milroy se retrouve bientôt en fâcheuse posture. Il finit par être éjecté de la brèche, mais la riposte des Confédérés leur aura néanmoins coûté Isaac Trimble. Une de ses jambes est passablement déchiquetée par une balle Minié et le général sudiste évitera de justesse l’amputation.

milroy1yPour soutenir Milroy en plein recul, Sigel ordonne à Schenck de se porter à son secours. Jusque-là, sa division n’a guère été engagée, la concentration de canons sudistes dans son secteur l’ayant dissuadé d’attaquer plus franchement. Les deux brigades de Schenck, commandées respectivement par Julius Stahel et Nathaniel McLean, ne progresseront guère, toujours par la même raison : l’artillerie confédérée les accueille par un feu nourri et menace de les prendre en enfilade durant leur marche d’approche. Engagé à son tour pour soulager Schenck, Reynolds fera preuve de la même prudence. Il se contentera de faire avancer une de ses batteries, sous la protection de la brigade Meade. Après 10 heures 30, la bataille se limitera dans ce secteur à un duel d’artillerie. Sigel, pour sa part, stoppera la contre-attaque sudiste en engageant la brigade Koltes et en faisant un usage judicieux de sa propre artillerie.

Peu avant midi, la division de tête du IXème Corps nordiste, celle d’Isaac Stevens, arrive à son tour à pied d’œuvre avec trois brigades. Sigel, qui est toujours l’officier le plus élevé en grade présent sur le terrain, y voit une excellente occasion de renverser la situation. Il place les hommes de Stevens de part et d’autre de la position tenue par Milroy et ordonne une nouvelle attaque. Il demande également l’appui de Kearny, et ce dernier reçoit un ordre explicite en ce sens de la part de son supérieur direct, Heintzelmann. Derechef, Kearny ne bougera pratiquement pas. Son action pendant l’attaque à venir se limitera à des accrochages entre tirailleurs sur le front de la brigade de David Birney. Pendant ce temps, les hommes de Sigel et de Stevens réussissent à refouler les Confédérés jusque derrière la voie ferrée inachevée, mais ne parviendront pas à la franchir. Lorsque cette action prend fin, la seconde bataille de Bull Run marque une première pause.

John_Cleveland_RobinsonUn ordre contradictoire

À peu près au même moment, Pope arrive en personne sur le champ de bataille. Il ordonne au IIIème Corps de relever le 1er, très éprouvé par les combats de la matinée. En conséquence, Kearny étend ses lignes sur sa gauche en déployant la brigade de John C. Robinson. Dans l’heure et demie qui suit, l’autre division du IIIème Corps, celle de Hooker, vient se placer à ses côtés avec trois brigades. Au centre, Pope place le IXème Corps, dont l’effectif a été porté à cinq brigades avec l’arrivée d’une division que Jesse Reno commande personnellement. L’aile gauche, pour sa part, demeure formée par les Pennsylvaniens de Reynolds. À ce stade, Pope ne s’est aucunement départi de la confiance qui était la sienne jusque-là. Il ne se soucie nullement de Longstreet, et sa plus grande crainte est de voir Jackson parvenir à s’échapper avant qu’il soit parvenu à l’écraser complètement.

Pope ignore donc complètement que son homologue confédéré est arrivé sur le lieu des combats en même temps que lui. Lee n’est pas seul : à la mi-journée, la quasi-totalité de l’aile commandée par Longstreet est venue se placer à droite de celle de Jackson, faisant peser comme une épée de Damoclès sur le flanc gauche dégarni des Nordistes. Le général en chef sudiste est enclin à lancer en avant cette force sans plus attendre. Longstreet, toutefois, émet un avis défavorable : l’état-major confédéré ignore la position complète des Fédéraux, et une attaque prématurée pourrait exposer l’aile droite toute entière si les Nordistes sont eux-mêmes en train d’effectuer un mouvement tournant. Lee finit par se ranger à cet avis et décide d’attendre. Sa décision restera sans conséquence négative, car le gros des forces de Longstreet reste masqué à la vue des Nordistes par le relief et la végétation.

bullrun2_29_12h_15hSeconde bataille de Bull Run, 29 août 1862. Situation entre 12 heures et 15 heures.

 

La suite des événements ne va pas tarder à donner raison à Longstreet. Aux environs de 13 heures, la brigade de cavalerie de Robertson, qui couvre l’extrémité gauche de l’armée sudiste, accroche les cavaliers fédéraux de George Bayard sur la route que relie Manassas à Gainesville. Il ne s’agit en fait que de l’avant-garde des 3ème et Vème Corps, quatorze brigades en tout, qui effectue là le mouvement que Pope a ordonné à Porter et McDowell en tout début de matinée. Cette force formidable pourrait écraser les cavaliers sudistes sans difficulté et tourner la droite confédérée, renversant complètement la situation générale. Mais il n’en sera rien. La longue colonne nordiste « cale » et s’arrête complètement après quelques coups de canons seulement.

GDBayardDeux facteurs principaux expliquent cette immobilisation. Le premier, qui donnera lieu à des controverses sans fin après la guerre, est Pope lui-même. L’ordre qu’il a donné à ses deux subordonnés, surnommé pour cette raison « l’ordre commun » (Joint Order) avait été particulièrement mal formulé. À aucun moment, il ne donnait l’instruction explicite d’attaquer. Pire, il comprenait trois points principaux parfaitement contradictoires entre eux : Porter et McDowell devaient à la fois marcher en direction de Gainesville, s’arrêter dès qu’ils établiraient le contact avec Reynolds sur leur droite, et se préparer à se retirer vers l’est, en direction de Centreville… tout ceci alors que l’intention de Pope était de leur faire attaquer l’aile droite de Jackson ! Pour couronner le tout, « l’ordre commun » laissait aussi à ses destinataires toute latitude pour ne pas en exécuter les dispositions, dès lors qu’il pouvait en résulter un avantage suffisant.

Dans ces conditions, on comprend que Porter et McDowell aient été poussés à improviser – ce qu’ils allaient faire, en fin de compte. Peu après que Bayard ait établi le contact, McDowell reçoit le message de Buford l’informant que les Confédérés sont présents en force à Gainesville. Sur ces entrefaites, Stuart, qui est présent en personne avec les hommes de Robertson, a recours à une ruse : « J’attendis son approche assez longtemps pour que je puisse assurer qu’il y avait là au moins un corps d’armée, tout en occupant des détachements de cavalerie à traîner des buissons le long de la route menant à Gainesville, pour tromper l’ennemi ». C’est le second facteur décisif : les nuages de poussière soulevés par ce stratagème persuadent Porter et McDowell qu’ils font face à des forces considérables, et que la position de l’ennemi est solide. Stuart gagne ainsi assez de temps pour informer Lee de la situation sur l’aile droite, et le commandant en chef sudiste peut ainsi décaler les forces de Longstreet vers la droite, en y expédiant notamment les divisions de James Kemper et Cadmus Wilcox.

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