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Guerre de Sécession : retour sur le Bull Run (5/7)

porterfj0Au soir du 29 août 1862, aucun des deux camps n’est parvenu à obtenir un avantage décisif sur le champ de bataille de Bull Run – tant et si bien que l’affrontement va se poursuivre. Vers 1 heure du matin, Lee ramène la division Hood sur ses positions de départ. Le général sudiste reçoit un peu plus tard ses derniers renforts, en l’occurrence la division de R.H. Anderson qui constituait l’arrière-garde. Son armée est à présent au complet, Jackson faisant face au sud-est sur la position qu’il a tenue toute la journée, et Longstreet à l’est. Ainsi positionnée, l’armée confédérée – souvent comparée à une « mâchoire » par les historiens – semble prête à broyer son adversaire. Mais Lee, influencé par ses subordonnés, va tarder à en actionner la mandibule.

 

Illusions nocturnes

Le chef de l’armée de Virginie septentrionale ne s’est pourtant pas départi de son agressivité. Soucieux de ne pas laisser échapper Pope, il souhaite attaquer dès les premières lueurs de l’aube. Toutefois, ses subordonnés l’en dissuadent encore : non seulement Longstreet, mais également Hood et Cadmus Wilcox. Hood, notamment, a pu se faire une idée on ne peut plus directe de la force de l’ennemi face à l’aile droite confédérée. Lee cède à ces conseils de prudence, même si cela signifie que Jackson devra à nouveau se débrouiller seul le 30 août – alors que son aile a déjà été sérieusement malmenée la veille. Pour s’assurer que Pope ne se repliera pas pour aller faire sa jonction avec le reste des forces de McClellan, les Confédérés ont à nouveau recours à la désinformation. Ils font croire à des Nordistes capturés pendant la journée que l’armée sudiste est en train de se replier, puis les libèrent sur parole. Une fois de retour dans leurs lignes, les Yankees « intoxiqués » s’empressent de répéter leur « trouvaille » à leurs supérieurs.

sykes4wInformé, Pope tombe dans le panneau d’autant plus facilement qu’il ne demande qu’à être conforté dans ses inébranlables certitudes. Les mêmes prisonniers libérés lui ont confirmé que les deux moitiés de l’armée sudistes s’étaient réunies. Mais cette fois, c’est sur leurs positions respectives que Pope s’illusionne gravement : il croit que Longstreet est simplement venu épauler Jackson sur Stony Ridge au lieu de se placer sur sa droite. Pope en profite pour ordonner à Porter de ramener le Vème Corps vers le reste de l’armée nordiste, ce qui sera fait durant la nuit. Puisque Longstreet a eu – pense-t-il – l’amabilité de venir se placer dans le piège qu’il destinait à Jackson, Pope se contentera de lui couper la retraite par une attaque plus directe que le large flanquement qu’il envisageait au départ contre l’aile droite confédérée.

Dans la soirée du 29, Pope a également reçu le renfort de la division Ricketts, du 3ème Corps, engagée la veille dans la cluse de Thoroughfare. C’est le dernier renfort important qu’il obtiendra. Alors même que McClellan concentre le reste de l’armée du Potomac autour de Washington et dispose encore de 25.000 hommes, il refuse de céder aux demandes de Halleck qui le presse d’aller rejoindre le champ de bataille. Officiellement, McClellan rechigne à envoyer son armée vers le front par petits détachements, citant à l’appui de son opinion l’attaque prématurée qui a coûté la vie à George Taylor le 27 août. « Little Mac » préfère attendre que ses forces soient regroupées et qu’elles aient reçu leur train d’artillerie pour les envoyer en masse au secours de Pope. Officieusement… McClellan déteste Pope, qui est aussi républicain que lui-même est démocrate, et qu’il perçoit comme un rival. Froidement calculateur, McClellan va même jusqu’à espérer la défaite de Pope, afin d’être rappelé en sauveur à la tête des armées nordistes. Les lettres qu’il écrira en ce sens à sa femme sont absolument dépourvues de toute équivoque.

bullrun2_30_14hSeconde bataille de Bull Run, 30 août 1862 : disposition des troupes en début d'après-midi.

 

Ignorant de ces intrigues, Pope détache la division Ricketts du 3ème Corps pour l’envoyer vers la droite, entre la division Kearny et le IXème Corps. Vient ensuite la division Hooker, juste au nord de la route à péage de Warrenton, tandis que le 1er Corps est un peu plus en retrait, au niveau du carrefour entre cette route et celle qui relie Manassas à Sudley Springs. De part et d’autre de la route de Warrenton se concentre le Vème Corps – la division de George Sykes arrivera vers 9 heures – tandis que le reste du 3ème Corps s’étend vers le sud. Cette disposition morcelée n’est pas faite pour clarifier les choses, avec des divisions intercalées entre des corps d’armée différents, relevant eux-mêmes, à la base, de deux armées distinctes… Les Confédérés, pour leur part, ont gardé la même configuration. Jackson a simplement modifié l’arrangement de ses brigades pour redonner un semblant de profondeur à son dispositif et s’est surtout évertué à trouver des munitions.

Reconnaissances matinales

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Les combats reprennent dès 5 heures 30 aux environs de Sudley Springs, mais il ne s’agit là que de quelques coups de feu épars entre piquets. Les généraux ont d’autres priorités, généralement triviales. Après plusieurs semaines de campagne et une journée de bataille livrée par une forte chaleur, les soldats des deux camps sont épuisés. Heintzelmann passe ainsi l’essentiel de la matinée du 30 août en quête de rations pour ses hommes. Les cavaliers et leurs montures sont tout autant à plaindre que les fantassins, ayant passé dix jours d’affilée en selle tout en remplissant leurs missions et en combattant à l’occasion. Les chevaux sont fourbus et n’ont pas reçu de fourrage depuis deux jours. L’accalmie matinale est donc la bienvenue pour les hommes et les bêtes, mais elle est loin d’être complète.

Les tirailleurs nordistes, notamment, vont occuper ce laps de temps pour sonder les lignes ennemies le long de Stony Ridge. Des accrochages sporadiques ont lieu de temps à autres en divers points du champ de bataille. Jackson en signale même un sur ses arrières – vraisemblablement une patrouille isolée que les cavaliers de Stuart ont tôt fait de repousser. Des tirailleurs fédéraux prennent à partie la division Wilcox dès 7 heures, et Leroy Stafford rapporte une attaque du même genre environ une heure plus tard. Peu de temps après, ces affrontements mineurs gagnent en intensité quand les batteries sudistes sont engagées à longue distance par leurs homologues nordistes. C’est encore une fois des batteries de Reynolds qui a été avancée sur une position avantageuse avec le couvert de la brigade Meade. Le duel d’artillerie se poursuit pendant plus d’une heure. D’autres affrontements du même type auront lieu jusqu’à midi.

Sensiblement vers la même heure, McDowell et Heintzelmann effectuent une reconnaissance aux alentours de Sudley Springs, dans le secteur tenu par les divisions de Ricketts et Kearny, leurs subordonnés respectifs. Ils peuvent y constater que l’ennemi ne semble plus présent en force : les cavaliers de Fitzhugh Lee semblent avoir disparu de la rive nord du Bull Run, et seules quelques sentinelles répondent mollement aux coups de sonde des tirailleurs nordistes. De retour auprès de Pope, les deux hommes lui confirment que l’ennemi est très certainement en train de battre en retraite. Les reconnaissances menées le matin et les autres généraux nordistes abondent dans le même sens : il faut attaquer dès que possible l’aile droite de l’ennemi avant qu’il ne parvienne à s’échapper. Pope charge Porter de mener cet assaut, avec le soutien actif de McDowell sur sa gauche. Dans le même temps, comme la veille, Reno et Heintzelmann devront lancer de petites attaques de diversion.

reynoldsj2sDans l’heure qui suit, les choses vont s’accélérer. Pendant que Porter prépare ses hommes à l’assaut à venir, McDowell ordonne à Reynolds de se préparer à le soutenir. Dans cette optique, le commandant des Pennsylvania Reserves fait déployer un de ses régiments en tirailleurs en vue de reconnaître la position que sa division ira occuper le moment venu. Il apparaît rapidement que quelque chose cloche : les éclaireurs nordistes rencontrent rapidement une résistance inattendue, dans un secteur du champ de bataille où aucune force ennemie importante n’est censée se trouver. La situation devient rapidement telle que Reynolds doit envoyer un second régiment, puis un troisième, au secours du premier. Le général nordiste monte en ligne personnellement pour constater de visu quelle est la situation : « je trouvai une ligne de tirailleurs ennemis presque parallèle à celle qui couvrait mon flanc gauche, avec de la cavalerie en ligne derrière elle, parfaitement stationnaire, masquant de toute évidence une colonne de l’ennemi en position pour attaquer mon flanc gauche dès que notre ligne serait suffisamment avancée. »

Reynolds est aussitôt pris à partie par des tireurs d’élite confédérés, une fusillade qui coûte la vie à un de ses aides de camp et dont il sort miraculeusement indemne. Il se convainc aussitôt que non seulement l’ennemi n’est pas du tout en train de battre en retraite, mais qu’il est prêt à passer à l’attaque. Il en informe aussitôt McDowell, qui ne perd pas un instant et ordonne à Reynolds de déployer sa division en posture défensive sur Chinn Ridge, une colline sur laquelle on s’était déjà battu durant la première bataille de Bull Run. McDowell ramène également sur la gauche la moitié de la division Ricketts – les brigades de Zealous Tower et John Stiles – pour contrer la menace que Reynolds a découverte. Toutefois, il semble que cette information cruciale n’ait pas été communiquée à Pope avant que ne commence l’attaque de Porter. Ce ne sera pas le seul problème de communication dont souffrira le commandement nordiste ce jour-là.

duryee4sAttaque de grand style

Les indices, pourtant, s’accumulent. En début d’après-midi, les attaques de diversion contre la gauche sudiste commencent, mais se heurtent à une forte résistance. Kearny semble retombé en léthargie et n’offre pas de réel soutien à Ricketts. Ce dernier, du reste, ne progresse pas beaucoup plus. La brigade d’Abram Duryée, soutenue par celle de Joseph Thoburn, est rapidement soumise à un feu nourri de l’artillerie adverse. Duryée est légèrement touché par un éclat d’obus mais reste à son poste. La division finit par retourner sur ses positions de départ, mais il est clair que la résistance qu’elle a rencontrée ne correspond pas à celle d’une armée en pleine retraite. Ricketts, pour cette raison, n’insistera pas. Des attaques de diversion prévues dans ce secteur, seule celle de Benjamin Christ, du IXème Corps, sera réellement menée à bien. Sans soutien, elle sera facilement repoussée par les brigades Early et Archer.

Pendant ce temps, Porter achève de préparer son attaque. Dans cette perspective, il s’est vu prêter la division Hatch, qui formera l’aile droite de sa colonne d’assaut, la gauche étant constituée par la division de Daniel Butterfield – celle de George Sykes devant demeurer en réserve. Le dispositif nordiste forme une masse profonde : les brigades sont déployées les unes derrière les autres, parfois sur deux lignes. Les brigades de front (sous Henry Weeks et Timothy Sullivan) frapperont droit devant elles et celles qui les suivent se déploieront alors sur leurs flancs respectifs – Charles Roberts à gauche et Marsena Patrick à droite – avec les brigades Gibbon et Doubleday prêtes à intervenir pour exploiter tout avantage qui se présenterait. C’est l’attaque la plus massive et la plus ambitieuse que les Fédéraux tenteront au cours de la bataille.

Il faut du temps pour mettre en place une manœuvre aussi pointue, et la force d’attaque ne se met en marche que vers 15 heures. Son mouvement surprend Sigel, qui la voit s’interposer entre son corps d’armée et l’ennemi sans comprendre pourquoi – Pope n’a pas jugé utile de le tenir informé de ses intentions. Afin d’apprendre par lui-même ce qui se passe, Sigel détache un des régiments de cavalerie de la brigade de John Beardsley et l’envoie en reconnaissance vers la gauche. Lui aussi rencontre bientôt les forces sudistes massées dans le secteur : c’est probablement cette unité que les cavaliers confédérés de Stuart repoussent alors qu’elle tente de s’emparer d’une maison – vraisemblablement la ferme Britt, située au sommet d’une colline – qui sert d’observatoire aux Sudistes.

bullrun2_30_14h_16hSeconde bataille de Bull Run, 30 août 1862 : situation entre 14 heures et 16 heures.

1) La brigade Duryée est rapidement arrêtée par le feu sudiste.

2) La brigade Christ mène une autre attaque de diversion qui échoue.

3) Sigel, qui n'est pas informé de la situation, envoie les cavaliers de Beardsley vers la ferme Britt, d'où ils sont repoussés mais découvrent les Confédérés présents en force.

4) La batterie Hazlett est avancée pour soutenir un soutien d'artillerie direct à l'attaque de Porter.

5) Porter mène une attaque massive contre la droite de Jackson, avec les divisions Hatch et Butterfield.

6) À court de munitions, les hommes de la brigade Stafford se défendent avec des pierres.

7) Jackson envoie au secours de Starke toutes ses réserves.

Après avoir traversé un bois, les hommes de Porter débouchent sur un vaste champ, qu’il leur faut traverser pour atteindre la division Starke : plus de 500 mètres de terrain découvert, qui se termine en pente ascendante et débouche sur le talus de la voie ferrée inachevée. À moins de 400 mètres sur la gauche de cette scène grandiose, Cadmus Wilcox peut observer à loisir cette attaque de grand style : « [Les Fédéraux] furent pris à partie par nos piquets et tirailleurs, mais ils continuèrent à avancer, et, grimpant la pente susmentionnée, arrivèrent en pleine vue de la ligne de Jackson, et y furent accueillis par un feu terrifiant de mousquèterie à courte distance. Ils hésitèrent pendant un instant, reculant légèrement, puis avancèrent de nouveau jusqu’au talus. À deux reprises je vis cette ligne reculer et avancer, exposée à un feu de mousquèterie aussi rapproché que meurtrier. »

wilcoxcm3qComme lors des combats de la veille, assaillants et défenseurs se tirent dessus de part et d’autre du talus de la voie ferrée inachevée aussi vite qu’ils le peuvent. Dans cette lutte sans merci, la consommation de munitions devient vite préoccupante, et les quarante cartouches qui constituent la dotation normale d’un fantassin ont tôt fait d’être tirées – sachant que s’il est en théorie plus important de bien viser que de tirer rapidement, dans la pratique, un soldat exposé au feu ennemi a tendance à penser exactement le contraire. Confrontée au même problème que les hommes de Gregg la veille, la brigade Stafford finit par tomber à court de munitions, donnant naissance à une anecdote fameuse. Comme le rapportera sobrement Stafford lui-même : « C’est alors que la brigade tomba à court de munitions. Les hommes en trouvèrent un peu sur les corps de leurs camarades morts, mais ce supplément ne fut pas suffisant, et ils se battirent avec des pierres et tinrent leur position. »

En d’autres termes, les soldats de Stafford se mirent à ramasser les pierres du talus pour les jeter, en désespoir de cause, sur les soldats nordistes. La légende qui entoure cet épisode veut que certains Fédéraux, bien qu’ayant toujours des cartouches, délaissèrent leurs fusils pour réexpédier les insolites projectiles à leurs expéditeurs. Malgré la résistance désespérée de la brigade Stafford, les Confédérés atteignent là un point critique. Jackson fait intervenir tout ce qu’il a pu rameuter comme réserves : la brigade Stonewall, celle de Dorsey Pender, et même ce qu’il reste de la brigade Field. Même si les Fédéraux ne réussissent pas à percer les défenses sudistes, les contre-attaques confédérées ne parviennent pas à soulager la pression qui pèse sur elles. Jackson demande frénétiquement à Lee de faire intervenir Longstreet mais ce dernier, curieusement, ne semble toujours pas disposé à lever le petit doigt.

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