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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam (1/16)

1davisAlors que l’armée de Virginie septentrionale goûtait un repos bien mérité, mais précaire, dans le comté de Fairfax aux portes de Washington, Robert Lee écrivit à Jefferson Davis, le 3 septembre 1862. Non pour lui demander quelles étaient ses instructions pour la suite des opérations, mais pour lui annoncer ce que lui, Lee, avait décidé de faire, et se disposait à mener à bien sans délai – à moins que le président confédéré y voit une objection.


 

Le général sudiste passait en fait davantage de temps, dans sa missive, à réclamer à Davis des munitions, dont il craignait qu’elles vinssent à manquer, et des chaussures. Le prestige de Lee était devenu suffisamment grand pour qu’il puisse désormais imposer sa vision stratégique à l’homme auprès duquel il aurait dû normalement se contenter de prendre ses ordres. Le jour même, autrement dit sans attendre de réponse, il emmena ses troupes vers le nord, lançant une campagne dont l’issue et les conséquences se révèleraient décisives dans le déroulement du conflit – et dans l’histoire des États-Unis.

La campagne du Maryland

Lee avait en fait décidé d’envahir le Maryland – avec l’arrière-pensée de pousser ensuite jusqu’en Pennsylvanie. L’idée n’était pas nouvelle : Stonewall Jackson l’avait déjà soumise à Davis, en vain, dans les mois précédents. Les raisons de Lee étaient nombreuses. La première relevait de la pure logique militaire : venant d’arracher l’initiative à deux armées nordistes en à peine plus de deux mois, Lee aurait commis une faute grossière en restant inactif au lieu de chercher à profiter de son avantage. Du reste, demeurer sur la défensive n’était ni dans la nature de l’agressif chef confédéré, ni dans ses moyens. Une inaction prolongée permettrait immanquablement aux forces nordistes, désormais concentrées autour de Washington, de se réorganiser en pansant leurs blessures, et elles étaient mieux à même de le faire que l’armée sudiste, toujours à court de presque tout. Lee aurait pu se lancer dans le siège de Washington, mais il savait pertinemment que son armée était trop faible pour se lancer dans une telle opération. Même démoralisées, les troupes fédérales étaient plus nombreuses et solidement retranchées, ce qui rendait chimérique toute velléité de s’emparer de la capitale de l’Union.

Il aurait fallu pour cela que l’armée de Virginie septentrionale ait une artillerie lourde suffisante, ce qui n’était pas le cas. Qui plus est, soutenir un siège impliquait une intendance bien pourvue et qui fonctionnât correctement, or c’était justement là que le bât blessait. La Virginie, dévastée par les opérations militaires menées depuis mars et déjà éprouvée par l’occupation de vastes portions de son territoire par les Nordistes, avait de moins en moins de ressources à offrir à ses défenseurs. Ces derniers n’ont jamais, à aucun moment de la guerre, vécu dans la profusion, mais à la fin de l’été 1862 l’armée de Virginie septentrionale commençait sérieusement à manquer de tout : de munitions et de chaussures, comme Lee le faisait remarquer explicitement à Davis, mais également d’uniformes, de vivres et même de chevaux – y compris, chose préoccupante entre toutes, pour assurer le transport de l’artillerie.

2USNA_AnnapolisL’invasion du Maryland revêtait donc en premier lieu l’aspect d’une vaste tournée de ravitaillement, visant une région jusque-là épargnée par les opérations militaires. Ce faisant, Lee entendait non seulement remplir les chariots de son intendance, mais également soulager sa chère Virginie du fardeau que la guerre faisait peser sur elle. Il ne s’agissait pas pour autant de s’abattre sur le Maryland comme une nuée de sauterelles, car bien qu’il n’ait pas fait sécession, cet État demeurait esclavagiste et donc « ami » potentiel de la cause sudiste. Il devrait par conséquent être traité comme un tel : Lee fit donner des ordres stricts pour empêcher tout pillage. Toute réquisition devrait faire l’objet d’un « achat » en bonne et due forme, en contrepartie de reçus que les expropriés pourraient se faire rembourser auprès du département du Trésor de Richmond. Le concept, toutefois, équivalait à payer en monnaie de singe, étant donnée la valeur sans cesse dépréciée du dollar confédéré.

Mais l’opération lancée par Lee n’était pas seulement une question d’intendance. Son importance politique était évidente. Lee espérait qu’à son arrivée, le Maryland, qui comptait une forte minorité sécessionniste, se soulèverait en masse contre « l’occupant » nordiste. Le fait que l’État, au printemps 1861, ait tenté de demeurer neutre et ait opposé une certaine résistance au passage des troupes fédérales, alimentait cette opinion. En coupant Washington du reste de l’Union, un soulèvement général du Maryland, en particulier à Baltimore, était de nature à placer le gouvernement fédéral en très fâcheuse posture. Accessoirement, Lee espérait compléter les rangs sévèrement éclaircis de son armée grâce aux Marylandais pro-sudistes qui, espérait-il, viendraient s’y enrôler. Il fut, de ce point de vue, assez mal inspiré, car la majorité des sécessionnistes du Maryland résidaient dans l’est de l’État, à l’exact opposé de la région qu’il était sur le point d’envahir.

3baltimoreLee, cependant, voyait plus loin que la simple situation de son armée. En entrant dans le Maryland, il escomptait deux choses. D’une part, il s’agissait de montrer au monde – en réalité surtout au Royaume-Uni et à la France – que la Confédération était non seulement capable de se défendre, mais également de menacer ses ennemis. Le général sudiste espérait qu’en infligeant une défaite décisive à l’Union sur son propre territoire, il favoriserait la reconnaissance internationale de la Confédération – ce qui était justement un des principaux objectifs stratégiques du gouvernement de Richmond. Et d’autre part, Lee comptait bien, par l’invasion du Maryland, effrayer l’électorat nordiste et l’inciter à désavouer Lincoln lors des traditionnelles élections partielles de mi-mandat, prévues pour novembre 1862. Il comptait notamment sur la montée en puissance des copperheads, les démocrates nordistes hostiles à la guerre, qui jouaient sur la lassitude d’un conflit exigeant toujours plus de sacrifices aux habitants du Nord pour une issue bien incertaine, et favorisaient une paix négociée avec le Sud.

Plus généralement, cette orientation nouvelle constituait un changement majeur par rapport à la stratégie confédérée, jusque-là purement défensive. Pourtant, Davis se contenta d’entériner la décision de son général, sans émettre d’objection. Le président sudiste avait déjà, un peu plus tôt, donné son aval à une offensive du même genre, en l’occurrence l’invasion du Kentucky par les armées de Braxton Bragg et Edmund Kirby Smith. Mais le Kentucky était revendiqué par la Confédération, dont il faisait partie – fût-ce à l’instigation d’une législature « croupion ». Son invasion revêtait donc davantage, aux yeux de Davis, d’une campagne de libération que d’une occupation pure et simple. C’était différent pour le Maryland, qui n’avait jamais fait sécession de quelque manière que ce soit, et demeurait donc légalement, même du point de vue sudiste, partie intégrante de l’Union. Davis fit pourtant sienne la stratégie de Lee, se bornant à rédiger à son intention une proclamation destinée aux habitants du Maryland et leur expliquant que les soldats sudistes venaient à eux en libérateurs et non en conquérants. Toutefois, lorsque ce texte parvint à Lee, son armée était déjà dans le Maryland, et le général avait édité une autre proclamation de son crû.

4jgwalkerDeux armées renforcées

Lee avait une bonne raison supplémentaire de se mettre en route sans tarder. La Virginie désormais presque libre de troupes fédérales, le général sudiste avait pu faire venir de Richmond les divisions McLaws (quatre brigades) et D.H. Hill (cinq brigades), qu’il affecta respectivement à l’aile droite de Longstreet et à l’aile gauche de Jackson. La capitale sudiste n’étant plus menacée, Lee racla même les fonds de tiroir en rameutant la petite division de John George Walker, dont les deux brigades furent confiées, elles aussi, à Longstreet. Les forces de ce dernier furent également réorganisées pour éviter que le fidèle lieutenant de Lee ne se retrouvât avec sept divisions à commander. Les divisions Kemper et Wilcox furent dissoutes, leurs chefs retournèrent au commandement de leurs brigades, et leurs forces furent affectées, respectivement, aux divisions D.R. Jones et R.H. Anderson – lesquelles comportaient désormais six brigades chacune. La division Hood et la brigade indépendante d’Evans, en revanche, gardèrent leur organisation d’origine.

En tout, Longstreet pouvait compter sur 21 brigades et Jackson sur 19 autres. Le commandant de l’aile gauche sudiste n’avait pas autant réorganisé ses forces que son homologue de l’aile droite. Tout juste s’était-il contenté de retirer à Starke le commandement temporaire de son ancienne division pour la confier à John R. Jones, désormais remis de la blessure reçue à Malvern Hill deux mois auparavant. Lee avait appris à imiter les Nordistes en organisant sa réserve d’artillerie, confiée à William Pendleton et comprenant quatre bataillons et plusieurs batteries indépendantes. La division de cavalerie de J.E.B. Stuart, quant à elle, gardait son articulation en trois brigades héritée de la campagne précédente. Au total, Lee emmenait vers le nord environ 55.000 hommes, les renforts reçus compensant les pertes subies depuis le début du mois d’août. Le général sudiste ne laissait derrière lui que le strict minimum de troupes, et comptait surtout sur l’inaction de son principal adversaire.

5Joseph_K_MansfieldGeorge McClellan – car c’était de lui dont il était question – avait effectivement fort à faire avec la réorganisation de ses propres troupes. À vrai dire, Lincoln et d’autres membres du gouvernement fédéral se seraient volontiers débarrassés de lui en même temps que Pope était disgracié. Toutefois, les candidats potentiels pour lui succéder n’étaient pas légion, soit par manque d’expérience à un tel niveau de commandement, soit parce qu’ils n’inspiraient pas confiance au président, ou bien encore parce qu’ils ne bénéficiaient pas des bons appuis politiques. De plus, l’effet de McClellan sur le moral des soldats nordistes arrivait à point nommé pour remettre l’armée en état de se battre, à un moment crucial où l’Union devait faire face à une invasion confédérée sur son propre sol. Le président nordiste dut donc se résoudre à laisser McClellan en poste. Avant même d’être formellement dissoute, l’armée de Virginie fut vidée de sa substance, qui servit à renforcer l’armée du Potomac.

Indubitablement adroit dans cet exercice, Little Mac réussira à remettre ses troupes sur le pied de guerre en quelques jours. Il incorpore tout d’abord les trois corps de l’armée de Virginie à celle du Potomac, en les renumérotant selon l’ordre standard des armées de l’Union. Le 3ème Corps reprend ainsi sa désignation d’origine – Ier Corps – et se voit confié à Joseph Hooker, McDowell étant alors considéré comme le principal responsable de la défaite nordiste lors de la seconde bataille de Bull Run. Les 1er et 2ème Corps, quant à eux, deviennent les XIème et XIIème Corps d’armée. Si Franz Sigel conserve son commandement, il n’en va pas de même pour Banks – non que celui-ci soit particulièrement à blâmer, son unité n’ayant pas joué de rôle direct lors des derniers combats, mais il faut quelqu’un pour chapeauter les défenses de Washington et Banks se voit affecter ce rôle statique. Lui succède Joseph Mansfield, un officier qui commandait jusque-là une division du VIIème Corps dans la région de Norfolk, et qui malgré une longue carrière dans l’armée régulière n’a pris part à aucun combat majeur depuis le début de la guerre.

6pleasontonMcClellan dispose ainsi de huit corps d’armée dont six sur le pied de guerre – encore trop affaiblis par les combats livrés sur le Bull Run, les IIIème et XIème Corps resteront à Washington. Ensemble, les autres corps d’armée rassemblent 49 brigades d’infanterie regroupées en 18 divisions, réparties comme suit : John Hatch, James Ricketts, John F. Reynolds (Ier Corps) ; Israel Richardson, John Sedgwick, John French (IIème Corps, sous Edwin Sumner) ; George Morell, George Sykes, Andrew Humphreys (Vème Corps, Fitz-John Porter) ; Henry Slocum, William F. Smith (VIème Corps, William Franklin) ; Orlando Willcox, Samuel Sturgis, Isaac Rodman, Jacob Cox (IXème Corps, Ambrose Burnside) ; et enfin, Alpheus Williams et George Greene (XIIème Corps). Pour faire bonne mesure, McClellan obtient également le renfort d’une des divisions du IVème Corps resté dans la Péninsule, et commandée par Darius Couch. Les pertes des jours précédents ont largement écrémé le commandement nordiste, et les généraux nouvellement promus manquent encore d’expérience au commandement d’une division ou d’un corps d’armée.

Une nouveauté introduite par McClellan concerne la cavalerie. Copiant l’organisation sudiste, le général nordiste décide de regrouper l’essentiel de ses forces montées en une unique division comportant cinq brigades et confiée à Alfred Pleasonton. Ces brigades, toutefois, sont de taille modeste comparativement à leurs contreparties sudistes : toutes, sauf une, ne comptent que deux régiments quand la moyenne confédérée se situe à quatre ou cinq. De surcroît, les officiers sont inexpérimentés et les unités peu habituées à opérer en masse. L’artillerie, toujours commandée par le colonel – et bientôt général – Henry Hunt, compense par sa redoutable puissance de feu cette infériorité de la cavalerie nordiste. Hunt dispose de 66 batteries. C’est à peu près autant que les Confédérés, mais les batteries nordistes sont généralement à six canons au lieu de quatre, donnant à l’Union un avantage notable dans ce domaine. En tout, McClellan dispose d’environ 84.000 hommes – une nette supériorité numérique annulée par sa propension à surestimer les effectifs de l’ennemi.

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