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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (2/16)

1frederickLe 4 septembre 1862, l’armée de Virginie septentrionale commença à franchir le Potomac par les gués dont la cavalerie sudiste avait pris le contrôle, une cinquantaine de kilomètres en amont de Washington. Deux jours plus tard, les Confédérés atteignirent la ville de Frederick, au pied des Appalaches. Loin de l’enthousiasme et du soulèvement espéré, leur venue ne suscita guère qu’une réserve glaciale dans ce bastion unioniste.


 

Le nombre de déserteurs augmenta rapidement : beaucoup de soldats sudistes estimaient s’être engagés pour une guerre défensive et considéraient que l’invasion d’un État de l’Union, fût-il esclavagiste, n’entrait pas dans le cadre de leur devoir. Les ordres stricts donnés par Lee restèrent sans effet. En dépit des attentes des Sudistes, le pays qu’ils occupaient n’avait guère à offrir que du maïs encore vert, qui à la longue rendait les soldats malades. En quelques jours, les effectifs sudistes fondirent de plusieurs milliers d’hommes.

 

Une armée divisée

Lee avait également commis l’erreur de renvoyer vers l’arrière les soldats dépourvus de chaussures, craignant que les routes empierrées du Maryland ne les mettent hors de combat pour de bon, mais ceci incita nombre d’entre eux à se débarrasser discrètement de leur chausses – le général leur offrant une occasion unique de déserter en toute légalité. Ces pertes subies avant même la bataille décisive qu’espérait Lee ne furent pas compensées par les enrôlements de volontaires pro-sudistes, loin s’en fallait. En fait, le chef de l’armée de Virginie septentrionale s’était montré exagérément optimiste dans la plupart de ses pronostics. Il y eut bien quelques engagements, mais en vérité, la majorité des Marylandais dont le sentiment sécessionniste était suffisamment fort pour rejoindre l’armée de la Confédération l’avait déjà fait l’année précédente. La seule prédiction de Lee à s’avérer correcte concernait l’inaction de McClellan. L’armée du Potomac demeurait ainsi en posture défensive au nord de Washington, comme si elle attendait que les forces ennemies vinssent l’attaquer – ce dont Lee n’avait naturellement aucune intention.

Dans le camp nordiste, on se trouvait effectivement plus enclin à la défense qu’à l’attaque. La première inquiétude passée, Lincoln et Halleck prirent les mesures nécessaires pour faire face à l’invasion. John Wool concentra l’essentiel de son VIIIème Corps d’armée à Baltimore pour en assurer solidement la défense. Le commandement fédéral envoya en Pennsylvanie John F. Reynolds, qui commandait jusque-là la division des Pennsylvania Reserves du Ier Corps, pour qu’il en mobilise la puissante milice. Reynolds, lui-même pennsylvanien, parvint à mettre sur pied une force de 50.000 hommes. L’avancée des Confédérés menaçait également les arrières des garnisons nordistes installées dans la vallée de la Shenandoah, à Winchester, Martinsburg et Harper’s Ferry. Les deux premières furent évacuées. En revanche, et malgré l’insistance de McClellan, qui en aurait volontiers récupéré les 14.000 hommes, la troisième fut laissée en place.

2Maryland

Le début de la campagne du Maryland, en septembre 1862. Lee marche sur Frederick, poursuivi de très loin par McClellan, tandis que les garnisons nordistes de Winchester et Martinsburg se replient sur Harper's Ferry. Wool avec le VIIIème Corps et Banks avec les IIIème et XIème Corps se mettent en posture défensive, respectivement à Baltimore et Washington. Carte de l'auteur, à partir d'un fond de la cartothèque Perry-Castaneda.


Cette décision allait à la fois donner à Lee l’occasion de remporter une nouvelle victoire et, dans le même temps, de commettre une erreur dont il allait amèrement se repentir par la suite. Le Sudiste avait compté sur l’évacuation rapide de toute la Vallée, qu’il comptait utiliser comme axe de ravitaillement pour obtenir ce qu’il avait demandé à Davis le 3 septembre – en premier lieu des munitions. Or, il s’était une nouvelle fois trompé, car la puissante garnison de Harper’s Ferry coupait toujours cet axe. Ce fait, et d’autres informations plus ou moins erronées, l’incitèrent à diviser son armée. Non seulement Harper’s Ferry entre des mains fédérales constituait pour lui un obstacle, mais elle renfermait aussi d’importantes quantités d’équipement et de munitions – précisément ce dont il avait besoin. Mais Lee devait également tenir compte d’une autre menace, ses services de renseignements lui ayant indiqué que la milice de Pennsylvanie commençait à se concentrer à Hagerstown, au nord-ouest de Frederick.

3Robert_Hall_ChiltonC’est pourquoi il ordonne finalement, le 9 septembre, que l’armée soit divisée en six détachements, chacun chargé d’une mission bien précise. Longstreet devra emmener le gros de son aile jusqu’à Hagerstown, où il prendra de court la concentration des miliciens pennsylvaniens. Détachées des forces de Longstreet, les divisions McLaws et R.H. Anderson auront pour mission d’assaillir Harper’s Ferry par le nord, en occupant les Maryland Heights. Similairement, J.G. Walker et ses hommes devront repasser le Potomac au sud de Frederick, et prendre le contrôle des Loudoun Heights, qui surplombent Harper’s Ferry à l’est. Jackson et son aile, pour leur part, pousseront jusqu’à Williamsport, vers l’ouest, y franchiront eux aussi le Potomac, avant de porter l’attaque principale contre Harper’s Ferry via Martinsburg. Pendant ce temps, D.H. Hill et sa division formeront une arrière-garde qui marchera jusqu’à Boonsboro, tandis que Stuart et sa cavalerie feront la chasse aux traînards et tiendront à distance les cavaliers de l’Union.

Rédigées par Robert Chilton, l’adjudant – c’est-à-dire, aux États-Unis comme au sein de la Confédération, le responsable de l’administration d’une unité militaire – de l’armée de Virginie septentrionale, des copies de cet ordre, baptisé « ordre spécial numéro 191 », sont envoyées à Jackson, Longstreet et à tous les commandants de division. L’ordre est mis à exécution dès le lendemain, 10 septembre. Pendant que Jackson, McLaws et Walker convergent sur Harper’s Ferry, Longstreet atteint rapidement Hagerstown. C’est pour s’apercevoir qu’en fait de concentration de miliciens, il n’y a même pas sur place l’équivalent d’une compagnie. Le flanc de l’armée de Lee se trouve ainsi sécurisé sans coup férir, et Longstreet retourne sans attendre à Boonsboro. La dispersion des forces sudistes leur permet aussi de couvrir davantage de terrain, limitant ainsi l’impact des réquisitions auprès d’une population locale qui, pourtant, continue à se montrer guère accueillante. Au moins l’armée n’est-elle pas menacée : McClellan et ses hommes ont quitté Washington le 7 septembre, mais ils marchent à une allure d’escargot – il leur faudra ainsi près d’une semaine pour atteindre Frederick.

4Dixon_S._MilesLe siège de Harper’s Ferry

Harper’s Ferry est située au confluent du Potomac et de la Shenandoah, sur un terrain relativement escarpé. Étant placée tout au bout de la péninsule formée par les deux cours d’eau, la ville en elle-même est relativement facile à défendre, à condition toutefois de tenir solidement les collines qui l’entourent. Celles situées immédiatement à l’ouest de Harper’s Ferry, les Bolivar Heights, sont relativement basses, mais offrent une bonne position défensive contre toute approche directe. Au nord, les Maryland Heights, situées comme leur nom l’indique dans le Maryland, de l’autre côté du Potomac, commandent les deux ponts sur ce fleuve – le pont de chemin de fer du Baltimore & Ohio et un pont de bateaux construit par le génie nordiste. Quant aux Loudoun Heights, dont le nom faisait lui aussi figure de pléonasme puisqu’elles se trouvaient dans le comté de Loudoun en Virginie, elles ne contrôlaient aucun pont – la Shenandoah n’en était pas pourvue à cet endroit – mais offraient une position de tir parfaite pour prendre à revers des défenses installées sur les Bolivar Heights.

Avec 14.000 hommes, la garnison de Harper’s Ferry avait largement les moyens d’étendre son périmètre défensif pour englober ces hauteurs stratégiques, se mettant ainsi en position de soutenir un siège en bonne et due forme. Il n’en sera rien. L’homme qui commande à Harper’s Ferry est un colonel de l’armée régulière, Dixon S. Miles. Bien qu’ayant une longue carrière derrière lui, c’est un officier assez mal noté. Lors de la première bataille de Bull Run, il commandait une division qui était restée l’arme au pied pendant tout l’engagement, vraisemblablement parce que Miles était en état d’ébriété. Blâmé pour ce motif par une cour martiale, il n’avait pour cette raison jamais été promu général des volontaires, conservant simplement son grade de l’armée régulière. Le commandement de l’arsenal de Harper’s Ferry – ainsi que de sa garnison – est essentiellement un placard pour cet officier.

5Thomas_H._FordHélas pour lui, Miles ne fera rien pour réhabiliter sa réputation aux yeux de ses pairs et de la postérité. Bien qu’averti de l’approche des troupes sudistes, il garde ses forces massées autour de la ville elle-même, se contentant d’établir une ligne de défense, dont la gauche n’est même pas convenablement ancrée sur la Shenandoah, le long des Bolivar Heights. De surcroît, il néglige complètement les Loudoun Heights, laissées à la merci des assaillants. Quant aux Maryland Heights, elles ne sont tenues que par un petit avant-poste destiné simplement à protéger les ponts sur le Potomac. Tout juste Miles consent-il à renforcer ces maigres défenses avec une petite brigade improvisée de 1.600 hommes aux ordres du colonel Thomas Ford, un ancien lieutenant-gouverneur de l’Ohio sans expérience militaire. La plupart de ces hommes ne sont dans l’armée que depuis quelques jours. Ils établissent fiévreusement un semblant de position défensive à l’extrémité sud d’Elk Ridge, la partie des Maryland Heights qui domine les ponts.

Le 12 septembre en fin de journée, les éléments de tête de la colonne McLaws – en l’occurrence la brigade de Joseph Kershaw – atteignent ces défenses. Accueillis par un feu nourri, les Confédérés stoppent leur progression et attendent de se regrouper. Le lendemain, les hommes de Kershaw renouvellent leur attaque dès 6 heures 30. Le colonel Ford, qui s’est opportunément fait porter pâle, a laissé le commandement de sa force à Eliakim Sherrill, qui exhorte ses soldats à résister… avec succès. Le premier assaut frontal est repoussé, ainsi qu’un deuxième. Les Nordistes tiennent ainsi jusqu’en début d’après-midi, lorsque Sherrill est cruellement blessé au visage et que la brigade de William Barksdale entreprend de contourner le flanc droit de leur position. Les Fédéraux commencent alors à reculer tandis que Ford reprend le commandement. Bien qu’il dispose encore d’un millier d’hommes en réserve, il néglige de les engager et préfère ordonner à ses forces de repasser le Potomac pour se réfugier dans Harper’s Ferry. À 16 heures 30, McLaws est maître des Maryland Heights.

6Harpers_FerryLe siège de Harper's Ferry, du 12 au 15 septembre 1862 (carte de Hal Jespersen, www.cwmaps.org).

 

Il n’est plus seul : Jackson et Walker sont arrivés presque simultanément dans la matinée. Les généraux sudistes sont très étonnés de trouver vides de troupes les hauteurs qui entourent la ville et entreprennent aussitôt d’y hisser leur artillerie – un exercice périlleux car le terrain est escarpé. Miles, de son côté, demeure passif. Ses subordonnés le pressent de contre-attaquer pour reprendre au moins les Maryland Heights et briser l’encerclement, mais leur chef demeure confiant. Il semble ne pas réaliser qu’avec l’artillerie sudiste dans son dos, ses positions sur les Bolivar Heights seront virtuellement intenables. Durant la nuit, quelques cavaliers nordistes parviendront à s’exflitrer de la place pour aller demander du secours à McClellan. Ce dernier a cependant ses propres soucis, s’étant mis à poursuivre les Confédérés plus franchement. Il se contente donc d’exhorter Miles à tenir aussi longtemps que possible, jusqu’à ce qu’il puisse venir délivrer la garnison assiégée.

7bfdavisLes Sudistes, hormis un bref et vain bombardement en début d’après-midi, passent l’essentiel de la journée du 14 septembre à placer leurs canons en vue de l’assaut final. Dans la même optique, Jackson envoie la division d’A.P. Hill se positionner de manière à tourner plus facilement le flanc gauche des Nordistes sur les Bolivar Heights, un mouvement auquel Miles ne réagit pas. L’officier nordiste ne remarque pas non plus que McLaws, qui a dû faire demi-tour pour faire face à l’avancée inopinée de McClellan, a fortement dégarni les Maryland Heights. Benjamin F. Davis, qui commande les quelques 1.400 cavaliers fédéraux basés à Harper’s Ferry, presse au moins son supérieur de l’autoriser à tenter une sortie. Miles refuse, mais finit par donner son accord lorsqu’il devient manifeste que son subordonné a l’intention de passer outre. La colonne Davis ne sera pas inquiétée. Non seulement elle réussira à rejoindre l’armée du Potomac, mais elle se paiera également le luxe de capturer au passage un convoi de munitions confédéré.

Au matin du 15 septembre, Jackson déclenche une préparation d’artillerie en vue de l’assaut, prévu pour 8 heures. Les positions nordistes sont prises sous un tir croisé qui ne laisse aucun abri. En quelques minutes, il devient évident que la garnison va être écrasée. Réalisant enfin que sa situation est désespérée, Miles fait hisser le drapeau blanc pour signifier qu’il capitule, au milieu de soldats consternés et furieux de son comportement – certains rapportant ensuite que Miles, de nouveau, était ivre. Quelques instants plus tard, un obus tiré d’on ne sait trop où – l’historien David Eicher considérera même plausible qu’il l’ait été, délibérément, par des artilleurs nordistes – blesse grièvement Miles en lui arrachant presque tout le mollet gauche. Les hommes sollicités pour porter son brancard refusent les uns après les autres, et un temps interminable s’écoule avant qu’il ne soit évacué. Il mourra le lendemain. Au prix de 39 tués et 247 blessés, Jackson s’empare de la place stratégique de Harper’s Ferry et de tout ce qui s’y trouve, y compris plus de 12.000 prisonniers nordistes. Ne pouvant s’encombrer d’autant de captifs, le général sudiste les fait rapidement libérer sur parole.

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