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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (3/16)

1Harpers_Ferry_VirginiaLa chute de Harper’s Ferry résonnait comme une nouvelle humiliation pour l’Union, encore une fois victime d’un choix mal avisé de commandant. Jackson ouvrait ainsi un axe de ravitaillement pour l’armée de Virginie septentrionale et éliminait la dernière menace sérieuse qui pesait sur les arrières confédérés.


 

En outre, ses hommes purent profiter des vivres et de l’équipement stockés dans la ville, et qui furent les bienvenus après des semaines de privations quasi continuelles. Toutefois, les soldats sudistes n’allaient guère avoir le temps de se reposer. Lee, qui ne se croyait pas menacé, s’est soudainement retrouvé pris à la gorge par un McClellan étonnamment hardi. Au moment même où les soldats de McLaws montaient à l’assaut des Maryland Heights, un événement, à première vue insignifiant, avait complètement changé le cours de la campagne.

 

Coup du sort

Au soir du 12 septembre, l’armée du Potomac approche prudemment de Frederick, autour de laquelle est toujours déployée la division D.H. Hill. La poursuite des Nordistes étant pour le moins lente, l’arrière-garde sudiste n’est pas réellement menacée et peut tranquillement se préparer à rejoindre les troupes de Longstreet à Boonsboro. Le lendemain à l’aube, D.H. Hill lève le camp et se retire sans hâte en direction du nord-ouest. Il ne sera pas inquiété. Quelques heures plus tard, les Fédéraux entrent à Frederick, qui leur réserve l’accueil enthousiaste dont avait vainement rêvé Robert Lee une semaine auparavant. La cavalerie confédérée masquant efficacement les mouvements de l’armée sudiste, McClellan demeure dans le flou quant aux véritables intentions de son adversaire, désormais à l’abri derrière les Appalaches.

Le même jour, vers 10 heures du matin, un détachement d’infanterie nordiste découvre le campement que l’état-major de D.H. Hill a évacué quelques heures plus tôt seulement. En cherchant des indices susceptibles de les éclairer sur les plans des rebelles, le caporal Barton Mitchell met la main sur un paquet apparemment anodin : trois cigares enroulés dans une feuille de papier qu’un aide de camp de D.H. Hill a négligemment oublié de prendre avec lui ou fait tomber en quittant les lieux. Une jolie trouvaille, la solde d’un caporal ne permettant guère de s’offrir ce genre de luxe. Toutefois, le plus important ici n’allait pas être le contenu, mais le contenant. Sur le papier est griffonné un ordre. Lorsqu’il le lit, le caporal Mitchell comprend rapidement qu’il détient une source de renseignements de la plus haute importance.

2Maryland_CampaignLa suite de la campagne du Maryland, du 10 au 15 septembre 1862. Pendant que Lee divise ses forces et que Jackson s'empare de Harper's Ferry, McClellan accélère la poursuite et attaque à South Mountain. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.org).

 

Il s’agit en fait d’une copie de « l’ordre spécial 191 », celui-là même qui indique explicitement et par le menu les routes et les objectifs des différentes parties de l’armée confédérée. Lorsqu’il a reçu cet ordre le 9 septembre, Stonewall Jackson a pris l’initiative d’en adresser une copie à ses commandants de division, sans savoir que Lee en avait déjà fait rédiger à leur attention. Selon toute vraisemblance, seule la copie faite sur l’ordre de Jackson a été transmise à D.H. Hill. L’ordre original faisant doublon, un officier de l’état-major de D.H. Hill – on ne découvrira jamais lequel précisément – aura sans doute prit la liberté de réemployer la désormais inutile feuille de papier pour son usage personnel. Toujours est-il que la découverte du fantassin nordiste remonte toute la chaîne de commandement, avant d’être finalement transmise à McClellan en fin d’après-midi.

3franklinLe chef de l’armée du Potomac, malgré sa prudence habituelle, est trop intelligent pour ne pas réaliser l’occasion unique qui s’offre à lui par ce coup du sort. Il prend immédiatement ses dispositions pour faire accélérer la poursuite, et passe la soirée à élaborer un plan d’action. Il doit néanmoins tenir compte du terrain. La partie des monts du Blue Ridge située au nord du Potomac porte, dans le Maryland, le nom de South Mountain. Trois cluses principales (« gap » en anglais) permettent d’accéder à la large vallée formée par un petit affluent du Potomac, la Conococheague : celle de Crampton, au sud, et celles de Fox et Turner, une dizaine de kilomètres plus au nord. McClellan va devoir s’en emparer pour continuer sa progression, mais il sait à présent qu’elles ne sont plus défendues que par la division D.H. Hill et les maigres forces que McLaws a laissées en arrière-garde à Crampton’s Gap.

L’idée de McClellan est de lancer une partie de ses forces aux trousses de D.H. Hill, sur la droite, pour s’emparer de Turner’s et Fox’s Gap et occuper l’aile de Longstreet. Pendant ce temps, la gauche nordiste frappera à Crampton’s Gap pour s’interposer entre Longstreet et Jackson, qui assiège Harper’s Ferry. Il pourra ainsi écraser Longstreet, isolé sur la rive nord du Potomac, avant qu’il ne soit renforcé par Jackson, réduisant la supériorité numérique supposée de l’ennemi. Pour mettre ce plan à exécution, McClellan regroupe ses corps d’armée en trois ailes ou « grandes divisions ». L’aile gauche, qui sera confiée à Franklin, comprendra son VIème Corps renforcé par la division Couch et marchera sur la cluse de Crampton. Burnside emmènera la droite, constituée par les Ier et IXème Corps, attaquer celles de Turner et Fox. Le centre, avec les IIème et XIIème Corps et sous les ordres de Sumner, restera en réserve. Quant au Vème Corps, resté plus longtemps à Washington, il n’est pas encore à pied d’œuvre.

4garlandBatailles sur South Mountain

Dès les premières heures du 14 septembre, l’armée nordiste se met en route vers les cluses à marche forcée. Le soleil est à peine levé quand la cavalerie nordiste engage les premiers avant-postes confédérés au pied de Fox’s Gap. Cette dernière, escarpée et très boisée, commande une route secondaire qui mène à Sharpsburg. Mais elle s’ouvre également sur un chemin de traverse qui permet de rejoindre Turner’s Gap sans emprunter la route principale, dite « route fédérale » (car ouverte en 1811 par le gouvernement à travers les Appalaches), qui mène à Boonsboro. Les deux passages ne sont alors défendus que par deux brigades : la cluse de Fox est tenue par celle de Samuel Garland, la cluse de Turner par celle d’Alfred Colquitt. Le reste de la division D.H. Hill est en train de se porter vers le sud-ouest pour renforcer les défenses dangereusement dégarnies de Crampton’s Gap, conformément à un ordre de Lee reçu la veille au soir.

L’engagement de cavalerie n’est qu’un prélude. Dès 9 heures, la division de tête du IXème Corps, sous Jacob D. Cox, attaque la position tenue par Garland. L’unité fédérale comprend deux brigades de l’Ohio commandées par George Crook et Eliakim Scammon. On la surnomme « division Kanawha » parce que les unités qui la composent ont servi dans cette vallée de Virginie occidentale au début de la guerre, déjà sous le commandement de Cox. Bien soutenue par l’artillerie nordiste, la brigade Scammon assaille les Caroliniens du Nord de Garland d’abord sur leur gauche, puis au centre, les mettant bientôt dans une situation critique. D.H. Hill, qui observe la scène depuis le sommet de Turner’s Gap, réalise qu’il a face à lui le gros de l’armée nordiste – en fait l’aile droite et, plus en arrière, le centre – et fait en toute hâte rappeler le reste de sa division. Il alerte également Lee et Longstreet, qui s’empressent de lui envoyer du secours.

5south-mountain-turners-andLa bataille de South Mountain, 14 septembre 1862 : les combats de Fox's et Turner's Gap. Carte de Steven Stanley pour le Civil War Preservation Trust.

À Fox’s Gap, les Confédérés s’appuient sur les murets de pierre qui servent à délimiter les rares champs cultivés des environs, et offrent une bonne protection aux défenseurs. Malgré tout, les Sudistes luttent à un contre trois. Garland est mortellement blessé, sa brigade est submergée. Elle n’échappera à l’anéantissement qu’en perçant vers l’arrière. À 10 heures, les Fédéraux sont maîtres de la cluse, la seule chose leur faisant face étant un régiment de cavalerie sudiste. Pourtant, Cox va échouer à tirer parti de la situation. Il envoie dans un premier temps des tirailleurs en direction de Turner’s Gap, mais ceux-ci sont rapidement pris à partie et n’insistent pas. Ignorant la force réelle des Confédérés, Cox préfère temporiser et attendre le reste du IXème Corps. Puisque Burnside coordonne l’action de l’aile droite, le commandement de son corps d’armée est assuré par Jesse Reno.

6coxCox offre ainsi à la cause sudiste un temps précieux. À 11 heures 30, emmenant derrière elle le reste de la division D.H. Hill, la brigade de George B. Anderson atteint Fox’s Gap. Elle attaque sans plus attendre pour en reprendre le contrôle, mais est repoussée. Pourtant, les Nordistes vont se retirer tout de suite après : craignant de se retrouver assailli sans soutien par des forces sudistes à l’effectif inconnu, Cox préfère reculer sur ses positions de départ, laissant de nouveau Fox’s Gap aux mains des Sudistes. De fait, les deux autres brigades de D.H. Hill arriveront sur le champ de bataille peu après, vers midi, alors que la division Kanawha ne sera rejointe par le reste du IXème Corps qu’entre 14 heures et 15 heures 30. D.H. Hill ne manque pas une telle aubaine, et réoccupe la cluse avec les brigades de G.B. Anderson et Roswell Ripley. Celle de Robert Rodes est envoyée plus au nord, où elle s’installe sur un pic surplombant Turner’s Gap.

L’étrange passivité des Nordistes devant Fox’s Gap n’est, en réalité, pas totalement fortuite – même si elle les prive d’une belle occasion tactique. Burnside retient le IXème Corps à dessein : en effet, plutôt que d’assaillir Turner’s Gap de front, il a mis au point une manœuvre visant à arriver sur la cluse par une autre route flanquant la gauche des Confédérés. Cette tâche incombe au Ier Corps, et Burnside veut que l’assaut sur les deux ailes sudistes soit coordonné. Le temps perdu à préparer l’attaque permet l’arrivée de nouveaux renforts confédérés. Les deux brigades de la division Hood et deux autres de la division D.R. Jones sont envoyées vers la cluse de Fox, tandis que les trois autres brigades de D.R. Jones et la brigade indépendante d’Evans vont renforcer les défenses de la cluse de Turner. Quelques minutes plus tard, la canonnade reprend, et les deux corps d’armée nordiste se mettent à gravir les pentes de South Mountain.

7renoVent de panique

À Fox’s Gap, la division Willcox attaque en plaçant ses deux brigades en chevron, évitant ainsi d’être prise en enfilade par l’artillerie sudiste. Néanmoins, la bataille devient confuse dans les épais sous-bois qui couvrent les pentes de la montagne, et les Fédéraux ne progressent guère. Face à Turner’s Gap, Hooker a fait détacher la brigade des Black Hats de Gibbon dans une attaque frontale de diversion, tandis que le reste du corps d’armée effectue un mouvement tournant contre la gauche sudiste. La division Meade frappe ainsi la brigade Rodes, bientôt renforcée par celle d’Evans, à 17 heures. Les troupes sudistes résistent aussi longtemps qu’elles le peuvent mais, dépassées en nombre, elles finissent par abandonner le sommet qu’elles défendaient. Toutefois, les assaillants ont été sévèrement malmenés eux aussi, et le soleil déclinant empêche les Fédéraux de tirer pleinement parti de leur succès.

De son côté, le reste de la division Hatch livre aux brigades sudistes de Richard Garnett et James Kemper une lutte acharnée pour une clôture et le couvert sommaire qu’elle offre. Les Fédéraux s’en emparent les premiers, mais leurs adversaires contre-attaquent furieusement en dépit de leur infériorité numérique – à tel point que ce sont les Nordistes qui auront l’impression d’être dépassés en nombre. Hatch, blessé dans l’action, est remplacé par Abner Doubleday. La lutte se poursuit jusqu’en début de soirée, les Fédéraux étant relevés par la division Ricketts et les Confédérés par la brigade de Joseph Walker. Le soleil est déjà couché lorsque les hommes de Gibbon, retardés par les tirailleurs sudistes, entrent enfin en action. Sous l’œil de Hooker et de McClellan, les Black Hats gravissent la pente qui mène à la cluse de Turner et marchent droit sur la brigade Colquitt. Bien qu’accablés de mitraille, ils ne fléchissent pas, arrachant à McClellan ce mot d’admiration : « Ils doivent être de fer ! » Un correspondant de guerre ayant eu l’heur de saisir ses paroles les transmettra à son journal, et l’article qui s’ensuivra vaudra à l’unité des « Chapeaux noirs » un nouveau surnom : Iron Brigade, la Brigade de Fer.

8south-mountain-cramptonsLa bataille de South Mountain, 14 septembre 1862 : les combats à Crampton's Gap. Carte de Steven Stanley pour le Civil War Preservation Trust.

Les « hommes de fer » atteignent le muret défendu par les soldats de Colquitt vers 21 heures, mais l’obscurité les oblige à se retirer peu après. À Fox’s Gap, Reno n’était pas parvenu à gagner de terrain face aux défenses sudistes, désormais solidement installées au sommet de la cluse. De plus, le couvert végétal, et la certitude d’avoir face à eux des forces bien plus importantes qu’en réalité, empêchent les Fédéraux de pousser pleinement leurs attaques. C’est en voulant éclairer cette situation confuse que Reno, parti mener personnellement une reconnaissance, est mortellement blessé vers 19 heures d’une balle dans la poitrine. Lorsque les derniers coups de feu épars laissent place aux cris des blessés, à 22 heures, les Confédérés tiennent toujours les deux cluses. Lee, toutefois, s’interroge sur la pertinence de rester sur place jusqu’au lendemain. Il sollicite l’opinion de ses subordonnés. Tant Longstreet que D.H. Hill sont du même avis : mieux placée, notamment grâce au sommet pris par Meade, l’artillerie nordiste les taillera en pièces dès l’aube. Qui plus est, des nouvelles alarmantes ne tardent pas à arriver au quartier général sudiste.

9hcobbTout s’est joué à Crampton’s Gap. Lorsque les Nordistes de William Franklin arrivent au pied de la cluse, vers midi, il n’y a pour la défendre que quelques éléments de cavalerie, sous Thomas Munford, et la brigade de William Parham, que McLaws a laissée en arrière. Franklin, persuadé comme McClellan que les Sudistes sont présents en force, laisse passer trois heures cruciales à préparer méticuleusement son attaque, qui n’est lancée que vers 15 heures. Les soldats confédérés sont rapidement balayés en dépit du terrain escarpé qui favorise la défense. L’arrivée opportune de la brigade de Howell Cobb, envoyée en renfort, permet à McLaws de stabiliser la situation pendant un temps, mais le reste des forces sudistes est trop étiré pour intervenir à temps. La brigade de Paul Semmes ne parvient sur le champ de bataille que pour couvrir la retraite de Cobb. À 18 heures, la cluse de Crampton est entre les mains des Fédéraux.

La journée est cependant trop avancée pour que Franklin puisse profiter plus avant de son succès. Malgré tout, la chute de Crampton’s Gap place l’armée sudiste dans une situation extrêmement périlleuse. S’il ne se replie pas immédiatement, Lee court le risque de voir son armée effectivement coupée en deux, précisément ce que McClellan cherche à faire. Avec Jackson encore occupé par le siège de Harper’s Ferry, il devrait alors faire face, seul, à toute l’armée du Potomac, alors que sa voie de retraite la plus directe est doublement coupée – par les hommes de Franklin et la garnison de Harper’s Ferry. Seule consolation pour le général sudiste : la résistance de Fox’s et Turner’s Gap a permis au précieux train de ravitaillement confédéré de se mettre hors de portée, pour le moment, de la poursuite nordiste. La campagne du Maryland, déjà un échec en tant que telle, menace de se muer en désastre pour le Sud. Lee ordonne donc à toutes ses forces de converger vers Sharpsburg. Durant la nuit, ses soldats éreintés se retirent des cluses qu’ils ont tenues toute la journée.

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