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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (4/16)

1SharpsburgLee, avec les forces combinées de Longstreet et D.H. Hill, arrive à Sharpsburg dans la matinée du 15 septembre, pendant que les cavaliers sudistes sont chassés de Boonsboro. Sa situation demeure précaire, car les Nordistes l’ont suivi de près : les premiers éléments fédéraux le rejoignent dès l’après-midi et le soir même, le gros de l’armée du Potomac lui fait face. Malgré cela, McClellan conserve sa circonspection habituelle et hésite à attaquer un adversaire qu’il croit, encore et toujours, supérieur en nombre.

Ce répit inespéré permet aux forces de Jackson de rejoindre à leur tour Sharpsburg le lendemain. Seule la « division légère » – le surnom lui est resté – d’A.P. Hill a été provisoirement laissée en arrière, le temps d’en finir avec la libération sur parole des Fédéraux capturés à Harper’s Ferry ; quant à McLaws, il est en route avec ses deux divisions. Lee met à profit la journée du 16 septembre pour améliorer ses défenses. Ceinturant Sharpsburg, celles-ci s’appuient en partie sur une petite rivière, dont le nom restera associé à la journée la plus sanglante de l’histoire des États-Unis : Antietam.

Prélude au carnage

La position qu’occupe l’armée de Virginie septentrionale est bonne, mais sans plus. La ligne confédérée est ancrée à gauche sur un méandre du Potomac, serpente parmi les basses collines situées immédiatement au nord de Sharpsburg, puis rejoint l’Antietam Creek qui, elle-même, va se jeter un peu plus au sud dans le Potomac. Le terrain est favorable à la défense : si les collines ne sont pas très hautes, les champs cultivés qui les parsèment sont entrecoupés de bois, de clôtures, de vergers, de fourrés, de ruisseaux qui constituent autant de points d’appui. Les routes à péages, notamment celles menant à Hagerstown au nord et Boonsboro à l’est, y contribuent également. Ces voies macadamisées, construites par des intérêts privés et entretenues par les revenus des péages, sont fermées par les traditionnelles barrières de rondins qui allaient devenir une des caractéristiques physiques récurrentes des affrontements de la guerre de Sécession – en premier lieu parce qu’elles offrent aux combattants un abri sommaire.

Les défenses sudistes ne sont toutefois pas exemptes de faiblesses majeures. La première puise sa source dans l’infériorité numérique de l’armée confédérée. Même en comptant sur l’arrivée prochaine d’A.P. Hill, Lee, dont les effectifs sont affaiblis par les pertes, les désertions et l’état d’épuisement des soldats après deux mois et demi de campagnes quasi incessantes, ne pourra pas espérer compter sur plus de 38.000 hommes. Face à lui, McClellan dispose d’environ le double, mais fort heureusement pour la Confédération, il l’ignore. Pour cette raison, Lee n’a pu étirer suffisamment son dispositif, si bien qu’il a dû laisser libres les collines situées plus au nord, et qui surplombent celles qu’il occupe lui-même. De même, le cours de l’Antietam n’a pu être tenu sur une plus grande longueur, laissant la gauche sudiste, en particulier, d’autant plus vulnérable. Il convient d’ajouter que l’armée a le Potomac dans son dos, ce qui implique qu’en cas de défaite, le gué de Boteler, qui permet de rejoindre Harper’s Ferry en longeant la rive droite du fleuve, sera sa seule voie de retraite.

2antietam_baseLe champ de bataille d'Antietam : disposition des troupes, juste avant l'aube du 17 septembre 1862. Cette carte, ainsi que les suivantes, ont été réalisées par l'auteur sur une carte de 1891, conservée à la Bibliothèque du Congrès à Washington et accessible en ligne.

 

3Antietam-CreekQui plus est, l’Antietam n’offre elle-même qu’une protection toute relative. La rivière n’est ni très large ni particulièrement profonde, et de ce fait elle peut être guéée facilement en de multiples endroits – des gués dont les deux armées en présence n’ont, du reste, qu’une connaissance très incomplète. En outre, l’Antietam est enjambée par trois ponts de pierre, que les combattants surnommeront en fonction de leur position géographique : le pont supérieur, le plus en amont, le pont médian, par lequel passe la route à péage de Boonsboro, et le pont inférieur, le plus en aval. L’armée du Potomac, qui est restée prudemment à l’est de la rivière, multiplie les reconnaissances au cours de la journée du 16 septembre. N’ayant plus de raison d’être puisque South Mountain est désormais franchie, McClellan abandonne le système des « grandes divisions » et revient à l’organisation classique de ses corps d’armée. La journée s’avère riche d’enseignements. Le pont inférieur est surplombé par de hautes falaises, rendant pratiquement impossible une attaque d’envergure contre la droite sudiste. Le pont médian, quant à lui, est battu par l’artillerie confédérée, ce qui en fait là aussi une voie d’accès trop précaire à la rive occidentale de l’Antietam.

En revanche, le pont supérieur est hors de portée de l’ennemi. En fin d’après-midi, McClellan ordonne à la division Meade de l’emprunter pour mener une reconnaissance en force. Un sérieux accrochage met aux prises la brigade Seymour aux Texans de Hood, mais confirme que le pont est sûr et peut être emprunté massivement pour assaillir le centre et la gauche confédérés, plus vulnérables. Le général nordiste vient de recevoir ses derniers renforts avec l’arrivée du Vème Corps. Bien que s’estimant dépassé en nombre, il sait que chaque jour qui passe risque d’accentuer encore ce désavantage supposé. Qui plus est, aucun des deux adversaires n’est désireux de mettre sans combattre un terme à une campagne dans laquelle aucun affrontement décisif n’a encore été livré. Contrairement à leurs habitudes respectives, McClellan décide donc d’attaquer dès le lendemain à l’aube, et Lee de l’attendre – d’autant plus que l’action menée par Meade a dévoilé les intentions de son adversaire au Virginien, qui s’empresse de renforcer le secteur menacé.

4lawtonDans l’arène

Le plan de McClellan prévoit l’engagement de plus de la moitié de son armée contre la gauche sudiste. Le Ier Corps, suivi par le XIIème, prendra possession des collines situées au nord des lignes ennemies, d’où l’artillerie nordiste pourra fournir un appui efficace. Le IIème Corps les soutiendra si nécessaire, ou exploitera la situation en cas de percée victorieuse. Enfin, le VIème Corps accompagnera la manœuvre en troisième échelon, pour servir de réserve en cas de besoin. Au centre, la division de cavalerie s’assurera le contrôle du pont médian, derrière lequel le Vème Corps d’armée restera en réserve générale. Quant à la gauche, elle devra se contenter d’un rôle de diversion. Burnside coordonnera – davantage de son propre chef que sur l’ordre de McClellan – les efforts du IXème Corps – dont le commandement direct échoit donc à Jacob Cox – dans des attaques limitées contre le pont inférieur, le but étant d’obliger Lee à dégarnir sa gauche pour parer à cette menace. Enfin, pour empêcher les Sudistes de déboucher sur ses arrières depuis Harper’s Ferry, McClellan envoie la division Couch occuper les Maryland Heights.

Dans la soirée du 16 septembre, et durant la nuit qui suit, d’importantes forces nordistes traversent l’Antietam par le pont supérieur en préparation de l’assaut du lendemain. Pratiquement au contact de l’ennemi par le biais de la brigade Seymour, le Ier Corps est prêt à avancer dès les premières lueurs de l’aube. Le XIIème Corps, quant à lui, se tient légèrement en retrait, mais n’en est pas moins intégralement passé sur la rive occidentale de l’Antietam. Quant au IIème Corps, s’il demeure encore côté est, il se tient prêt à franchir le cours d’eau dès que l’ordre lui en sera donné. Le VIème Corps, en revanche, n’est pas encore entièrement concentré. Dans un premier temps au moins, les Ier, XIIème et IIème Corps seront donc les seules forces immédiatement disponibles pour l’attaque principale, car l’obstacle que forme la rivière et le déploiement convexe de l’armée nordiste limitent considérablement la capacité des Fédéraux à faire passer rapidement des forces d’un bout à l’autre du champ de bataille.

Les forces sudistes tenant, à l’inverse, des lignes concaves autour de Sharpsburg, elles pourront plus aisément se soutenir mutuellement en cas de besoin. La cavalerie de Stuart ancre la position confédérée sur les rives du Potomac, tout à l’ouest du champ de bataille. Le corps d’armée de Jackson, ensuite, fait globalement face au nord et au nord-est : une moitié de la division Lawton (les brigades Early et Hays) tient la gauche, suivie par la division J.R. Jones. À partir de 22 heures, l’autre moitié de la division Lawton (avec les brigades de Douglass et James Walker) relève les hommes de Hood, que Lee laissera à la disposition de Jackson en tant que réserve. Enfin, D.H. Hill couvre le centre de l’armée confédérée, jusqu’à l’Antietam. Les effectifs sudistes étant trop ténus pour constituer une ligne de défense continue, les forces de Jackson sont généralement déployées en deux lignes, sur des points d’où elles pourraient facilement se porter vers toute brèche pour la colmater.

Étant beaucoup moins bien loti en termes de forces, Longstreet n’a guère ce loisir pour tenir l’aile droite de l’armée sudiste. La brigade Evans couvre les approches du pont médian, tandis que la division D.R. Jones est déployée le long de l’Antietam, mais un peu en retrait du cours d’eau pour échapper aux tirs de l’artillerie nordiste. Seule une petite force avancée, confiée à Robert Toombs, tient les abords escarpés du pont inférieur. Plus au sud, la division de J.G. Walker défend pour sa part l’accès aux gués de l’Antietam situés en aval. McLaws et R.H. Anderson sont en route et devraient arriver dans la matinée du 17. Quant à A.P. Hill, il a été rappelé de Harper’s Ferry et sa division est attendue à Sharpsburg d’ici la fin de la journée – moins la brigade d’Edward Thomas qui y a été laissée en garnison. Ainsi, l’armée de Virginie septentrionale sera pratiquement au complet, pour la première fois depuis une semaine.

6Battle-of-Antietam-ThulstrupLes accrochages du 16 septembre n’ont pas seulement permis aux Fédéraux de traverser en force l’Antietam, ils les ont également laissés en possession d’une colline d’une importance cruciale. Coiffée par la ferme d’un certain Joseph Poffenberger, elle domine ce secteur du champ de bataille, ce qui la rend idéale pour le déploiement de l’artillerie nordiste. La première batterie à s’y installer a été vigoureusement accueillie par une de ses contreparties confédérées, menant à un duel d’artillerie de vingt minutes, mais Hooker profite désormais de l’obscurité pour faire installer quatre batteries supplémentaires sur ce qu’on appellera par commodité la « colline Poffenberger ». Dans la nuit, ce mouvement ne sera pas remarqué par les Sudistes, ce qui leur vaudra une désagréable surprise le lendemain.

Le terrain qui s’étend au sud de la colline Poffenberger allait devenir le premier point focal de la bataille à venir, aussi convient-il de l’examiner avec soin. Au sud-ouest se trouve une autre hauteur, Nicodemus Hill, qui est restée aux mains des Confédérés. Directement au sud de la colline Poffenberger, trois ensembles de bois, baptisés après coup « bois Nord », « bois Est » et « bois Ouest », encadrent un espace ouvert assez étendu qui court le long de la route à péage de Hagerstown, formant ainsi une sorte d’arène de moins de 1.500 mètres de long sur 650 de large en moyenne. Cet espace est délimité au nord par la ferme appartenant à un certain D.R. Miller, et au sud par une petite église de briques blanchie à la chaux, utilisée par une obédience protestante originaire d’Allemagne, l’Église des Frères, dont les membres sont communément appelés Dunkards ou Dunkers en anglais. L’ensemble est constellé de barrières et de clôtures en tout genre, de champs variés, et d’affleurement rocheux qui offrent un couvert non négligeable. Le terrain est assez ondulé, ce qui limite la visibilité et rend d’autant plus importante la possession des hauteurs.

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