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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (5/16)

1seymourLe mercredi 17 septembre 1862 commence dans la relative quiétude d’une nuit brumeuse. Pour ceux qui se sont déjà battus la veille au soir, elle n’est pas de tout repos, pourtant. Les hommes de Truman Seymour, comme leurs adversaires, ont bivouaqué là où ils se battaient lorsque l’obscurité les a surpris, dans le bois Est. La relève des soldats de Hood par ceux de Lawton n’y a rien changé.


 

En fait, les sentinelles des deux camps sont par endroits si proches les unes des autres qu’elles peuvent s’entendre chuchoter dans l’obscurité – les officiers ayant évidemment interdit de faire du feu. Vers 3 heures du matin, des coups de feu tirés par des piquets énervés dégénèrent en sérieux accrochage. Tirés d’un sommeil précaire au milieu d’un sous-bois humide, les soldats des deux camps tirent à l’aveuglette, ajustant comme ils le peuvent leur feu en se guidant sur les éclairs jaillissant des fusils ennemis. Le caractère vain de l’échange finit par prévaloir, et un semblant de calme revient sur le bois Est. Le décor ainsi planté, le soleil allait pouvoir se lever sur douze heures de carnage.

Le jour se lève

À 5 heures 30, la clarté est suffisante pour que l’artillerie fédérale entre en action. Visant toutes les cibles qui s’offrent à elle de sa position dominante, elle accable brigades et batteries confédérées depuis la colline Poffenberger, tandis que les puissants canons Parrott de 20 livres en fer forgé – au moins trois batteries – déployées sur la rive orientale de l’Antietam prennent les positions sudistes en enfilade. En quelques minutes, les canons confédérés ripostent. Stuart fait déployer son artillerie à cheval, puis d’autres batteries, sur Nicodemus Hill, tandis que l’infatigable Stephen D. Lee engage son bataillon depuis les hauteurs situées immédiatement au nord de Sharpsburg. Leurs canons tentent de défier ceux de leurs adversaires, mais les Fédéraux sont supérieurs en nombre, en qualité et en puissance de feu, si bien que les artilleurs sudistes souffriront beaucoup de ce duel.

L’infanterie nordiste, qui ne tarde pas à entrer dans l’arène à son tour, est prise pour cible elle aussi. Les deux camps déploient des batteries supplémentaires pour fournir un soutien avancé à leurs fantassins, emplissant l’air du bourdonnement de la mitraille et du sifflement des boulets. Au moins les défenseurs sudistes ont-ils la possibilité de rester allongés sous ce déluge, du moins tant qu’ils ne sont pas attaqués directement. En fait, la configuration du champ de bataille et les positions de l’artillerie sont telles que les canons des deux belligérants sont placés de manière à accabler mutuellement leurs cibles de leurs tirs croisés : les Fédéraux depuis le nord et l’est, les Confédérés à l’ouest et au sud. Dans cette symphonie meurtrière, chaque instrument joue sa propre partition : les canons en fer forgé, plus précis et à la portée accrue, cherchent à réduire au silence les batteries ennemies, tandis que les pièces en bronze vomissent leurs projectiles sur les fantassins. Des années plus tard, S.D. Lee devait se remémorer ce concert brutal comme d’un « enfer d’artillerie ».

2doubledayÀ quelques kilomètres de là, à Shepherdstown, Mary Mitchell allait aussi graver dans sa mémoire ce grondement de tonnerre ininterrompu. La petite bourgade, sise sur la rive virginienne du Potomac à quelques encablures du gué de Boteler, s’était déjà muée en hôpital de fortune au lendemain de la bataille de South Mountain. Improvisée infirmière comme le reste de ses voisines, cette habitante de la ville couchera elle aussi ses souvenirs sur le papier. De cette canonnade, elle écrira : « Mais au fond de nos cœurs nous ne pouvions croire que quoi que ce soit d’humain ait pu échapper à ce terrible feu ». Au bout de quelques heures, Shepherdstown sera submergée par un flot de blessés sans commune mesure avec le précédent. Les scènes de confusion qui accompagnent toujours les grandes batailles sur les arrières des armées, qu’elles soient vaincues ou non, marqueront durablement Mary Mitchell : « Une sensation omniprésente d’angoisse, de rêve, de pitié, et – je le crains – de haine, tels sont mes souvenirs d’Antietam. »

Dès que les batteries nordistes ont ouvert le feu, l’infanterie bleue s’est mise en marche. Le plan de Hooker prévoit une progression plein sud, sur un front étroit, avec la division Doubleday à droite, celle de Ricketts à gauche, et celle de Meade en réserve – hormis la brigade Seymour, déjà dangereusement proche de l’ennemi, comme on l’a vu. Des quatre unités de Doubleday, c’est la Brigade de Fer de John Gibbon qui mènera l’assaut, tandis que Marsena Patrick et Walter Phelps se tiendront immédiatement en arrière, respectivement à droite et à gauche de Gibbon. Quant à William Hofmann, sa brigade sera gardée en arrière pour couvrir les batteries installées autour de la ferme J. Poffenberger, et ses régiments ne seront pas engagés. Ricketts, qui n’a que trois brigades, a adopté une disposition similaire : George Hartsuff en fer de lance, appuyé par Abram Duryée sur sa droite et William Christian sur sa gauche. Son premier objectif sera de rejoindre Seymour, en position avancée tout à gauche du Ier Corps.

3Miller_HouseLe maïs de Monsieur Miller

Les premiers soldats nordistes à affronter leurs homologues sont évidemment ceux qui ont dormi le moins longtemps – les hommes de Truman Seymour. L’aube les voit renouveler aussitôt l’affrontement incomplètement interrompu par la nuit. Rapidement, les tirailleurs nordistes ont le dessus et chassent les Confédérés du bois Est. En atteignant la lisière, les Fédéraux se retrouvent confrontés à la brigade commandée par James Walker. Celle-ci se trouve dans une situation délicate, car l’artillerie ennemie prend sa droite en enfilade, et la brigade Seymour bénéficie presque entièrement du couvert fourni par la végétation – alors que les hommes de James Walker sont déployés au milieu d’un champ labouré. Toutefois, le régiment le plus à droite de Seymour est lui à découvert, et James Walker fait manœuvrer trois de ses propres régiments pour qu’ils concentrent leur feu sur ce point vulnérable.

Dans le même temps, la division Doubleday se déploie en ligne de bataille dans le bois Nord et avance vers le sud, le long de la route à péage de Hagerstown et immédiatement à l’est de celle-ci. Sous le feu de l’artillerie sudiste, les soldats de Gibbon traversent les vastes parcelles de la ferme Miller : un champ labouré, un verger attenant aux bâtiments de la ferme proprement dits, puis un vallon d’où remonte un champ de trèfle. Brumeuse, l’aube dissipe rapidement l’humidité pour faire place à une journée qui s’annonce radieuse malgré quelques nuages. Hooker, qui suit de près la progression de son corps d’armée, remarque alors que le soleil rasant se reflète dans les baïonnettes des soldats sudistes dissimulés dans le champ de maïs Miller, au-delà du champ de trèfle – sans doute les tirailleurs que Marcellus Douglass a fait déployer en avant de sa brigade. Le maïs est pratiquement à hauteur d’homme, offrant ainsi un excellent couvert visuel, mais la longueur des baïonnettes trahit ceux qui les portent.

Le champ de maïs Miller est un espace rectangulaire d’assez grandes dimensions : 400 mètres de largeur sur 230 de profondeur, soit environ dix hectares ceinturés de clôtures en rondins. C’est loin d’être le seul champ de maïs à proximité de Sharpsburg – il y en a des dizaines – mais les violents combats du début de matinée allait se focaliser sur sa possession, le transformant en un des lieux emblématiques de la bataille, avec Bloody Lane et le pont de Burnside. Lorsqu’on parle d’Antietam, « le champ de maïs » désigne presque universellement celui de D.R. Miller, alors que les rapports d’officiers sur la bataille en mentionnent au moins une bonne demi-douzaine d’autres. L’acharnement de la lutte qui allait s’y dérouler, cependant, allait complètement éclipser les autres dans la mémoire collective – et du même coup, en faire ce qui fut probablement l’espace le plus disputé de la guerre.

4attaque_doubledayBataille d'Antietam, 17 septembre 1862, 5h30 - 6h00 : l'attaque initiale du Ier Corps nordiste.

1. L'artillerie fédérale ouvre le feu depuis la colline Poffenberger et la rive orientale de l'Antietam.

2. Les canons sudistes, placés sur Nicodemus Hill et autour de l'église Dunker, rispostent et attaquent l'infanterie nordiste qui avance.

3. Seymour repousse les piquets sudistes dans le bois Est et attaque James Walker.

4. Hooker fait dégager la lisière nord du champ de maïs Miller par deux batteries avancées.

5. Gibbon entre dans le champ et affronte Douglass.

6. Menacé sur sa droite, il fait passer sa seconde ligne de l'autre côté de la route de Hagerstown.

7. Gibbon étant toujours menacé d'être flanqué, Doubleday envoie la brigade Patrick couvrir sa droite.

8. Prises sous le feu croisé de l'artillerie sudiste, les brigades Hartsuff et Christian s'arrêtent. Ricketts envoie Duryée en avant pour les relayer.

Dans le même temps, Early est envoyé soutenir Stuart sur Nicodemus Hill, tandis que Lawton emmène la brigade Hays renforcer le reste de sa division.

5gibbonÀ la vue des baïonnettes scintillant au-dessus des plans de maïs, Hooker n’hésite pas à employer les grands moyens. Retenant momentanément son infanterie, il fait avancer deux batteries qui ouvrent le feu à courte distance. Le résultat, décrit par Hooker lui-même, ne se fait pas attendre : « En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire chaque plant de maïs dans la plus grande partie septentrionale du champ fut coupé aussi nettement que s’il l’avait été avec un couteau, et les tués reposaient en lignes précisément là où ils se tenaient en rang un instant plus tôt. Jamais il ne m’avait été donné d’observer un champ de bataille aussi terrible et sanglant. » La brigade Gibbon, qui avance sur deux lignes, peut pénétrer sans opposition dans le champ Miller… provisoirement. D’autre tireurs sudistes ne tardent pas à prendre à partie son flanc droit, ancré sur la route à péage, et Gibbon préfère envoyer sa seconde ligne traverser cette route pour couvrir sa droite.

Les hommes de Douglass, appuyés sur la clôture méridionale du champ, ouvrent le feu sur un adversaire qu’ils voient à peine, mais que leur artillerie, ayant l’avantage de la hauteur, bombarde sans relâche. La gauche de Gibbon, formée par les 2ème et 6ème régiments du Wisconsin, s’en trouve fortement ralentie alors que sa droite, avec le 7ème Wisconsin et le 19ème Indiana, continue d’avancer. Elle n’ira pas beaucoup plus loin, étant rapidement confrontée à la première ligne de la division J.R. Jones : les brigades d’Andrew Grigsby et John Penn, qui résistent vigoureusement. Gibbon risquant toujours d’être flanqué, Doubleday envoie Patrick étendre sa ligne et s’emparer du bois Ouest, sur lequel s’appuie l’ennemi. Les Sudistes, dans un premier temps, tiennent bon, mais subissent de lourdes pertes. Les officiers ne sont pas épargnés : Penn, puis son successeur A.C. Page sont blessés, tandis que J.R. Jones lui-même est sonné lorsqu’un obus nordiste explose un peu trop près de sa tête. Il est aussitôt évacué, et William Starke lui succède à la tête de sa division.

6Antietam_ChristianTerreurs matinales

Un peu plus à gauche, les choses vont de travers pour les soldats de James Ricketts. Le général Hartsuff est touché à la cuisse dès le début de l’action en voulant mener une reconnaissance, et la confusion qui s’ensuit conduit sa brigade à stopper. Les deux unités qui le suivent ne sont pas mieux loties. Elles sont accablées sous le feu d’enfer de l’artillerie confédérée, et les nerfs de plus d’un lâchent. La brigade Seymour, et en particulier le 6ème régiment des Pennsylvania Reserves qui doit soutenir seul le feu de trois régiments sudistes, commence à souffrir de la situation. Dans ces conditions, toutes les occasions sont bonnes pour s’éloigner de la zone des combats. Son chef, le colonel William Sinclair, allait ainsi noter dans son rapport : « […] le régiment fut grandement réduit en nombre à cause d’hommes emmenant les blessés vers l’arrière sans mes ordres. »

Sous un tel déluge de projectiles, les galons d’officier n’immunisent pas davantage contre la peur. Le colonel Joseph Fisher, du 5ème régiment de la même brigade, signale ainsi que « Le capitaine Collins, de la compagnie K, voit par quelque étrange fatalité sa santé défaillir à l’approche de pratiquement toutes les batailles, et j’ai le regret de dire que dans notre dernière lutte, de laquelle dépendait tant, le capitaine ne s’est pas montré, et qu’il est à présent absent sans permission en règle. » Alors que Seymour aurait grand besoin de soutien, celui-ci tarde à arriver. À la tête de sa brigade, le colonel Christian cède lui aussi à la panique : il met pied à terre et, abandonnant ses hommes, s’enfuit terrorisé vers l’arrière. Convoqué par son supérieur le soir même, il est contraint de démissionner pour éviter la cour martiale. Sa santé mentale ne se remettra jamais de son expérience à Antietam et de l’humiliation qui s’ensuivit, et il mourra interné en 1887. Toujours est-il que privés eux aussi de chefs, ses soldats s’arrêtent à leur tour.

Il y a toutefois urgence pour les Nordistes, car la situation de Ricketts laisse une brèche importante entre Gibbon et Seymour. Ricketts fait donc avancer sa seule brigade encore immédiatement disponible, celle de Duryée, qui passe en première ligne. Celle-ci progresse finalement vers le sud, son aile droite dans le champ de maïs et son aile gauche dans le bois Est. Duryée est frappé par le spectacle de désolation qui accompagne sa progression : « Les morts laissés par l’ennemi dans le champ étaient presque alignés comme à la parade », écrira-t-il. Parallèlement, Walter Phelps a commencé à soutenir Gibbon, dont la gauche est débordée par brigade Douglass et se trouve dangereusement exposée. Phelps, qui se tient à une vingtaine de mètres seulement en arrière, peut ainsi intervenir très rapidement. Bientôt, la pression des Fédéraux commence à devenir trop forte pour la brigade Douglass, qui se met à reculer. Son chef est tué en tentant de la rallier. Les soldats sudistes, toutefois, se ressaisissent rapidement grâce à l’arrivée de renforts.

7attaque_haysBataille d'Antietam, 17 septembre 1862, 6h - 6h30 : la contre-attaque des Tigres de la Louisiane (brigade Hays).

1. James Walker fait concentrer le feu de trois de ses régiments contre le 6ème Pennsylvania Reserves, le régiment le plus exposé de la brigade Seymour.

2. Attaqué par l'aile gauche de Gibbon appuyé par Phelps, Douglass est tué et sa brigade recule.

3. Hays contre-attaque et fait reculer Duryée, emmenant avec lui les hommes de Douglass.

4. Le 6ème Pennsylvania Reserves craque, entraînant avec lui le reste de la brigade Seymour.

5. James Walker, voyant avancer Hays sur sa gauche, avance lui aussi.

6. Assailli par Phelps et la brigade Hartsuff, et accueilli par les salves de mitraille d'une batterie avancée nordiste, Hays doit se replier.

7. La brigade Douglass est entraînée dans leur retraite par les soldats de Hays.

8LouisianaisDès l’aube, en effet, Lawton a anticipé une attaque contre sa division et a rappelé à lui ses deux autres brigades. Jackson a retenu celle de Jubal Early pour l’envoyer soutenir les batteries que Stuart a fait déployer sur Nicodemus Hill, mais celle d’Harry Hays est à présent à pied d’œuvre. Les Tigres de la Louisiane, car c’est d’eux dont il s’agit, se déploient à droite de la brigade Douglass, et les deux unités lancent une vigoureuse contre-attaque. Celle-ci perd rapidement en coordination, car Lawton est grièvement blessé, mais les hommes de Douglass n’en attaquent pas moins la Brigade de Fer tandis que les Louisianais s’enfoncent dans le champ de maïs, obligeant les hommes de Duryée à reculer et menaçant une des batteries avancées de Hooker au nord du champ. Les canonniers doivent même abandonner momentanément leurs pièces. À peu près simultanément, l’aile droite accablée de Seymour craque et se replie, entraînant avec elle reste de la brigade. Constatant l’arrivée de Hays, James Walker décide d’avancer lui aussi et pénètre dans le bois Est.

La situation des Nordistes est d’autant plus critique que Ricketts est lui aussi blessé quand son cheval est tué sous lui. Il n’est pas gravement atteint mais se trouve temporairement indisponible, ce qui ne facilite pas la coordination de ses réserves. Toutefois, les hommes de Hartsuff, désormais commandés par Richard Coulter, arrivent en soutien de Duryée malmené, face aux Louisianais, tandis que Walter Phelps engage massivement le reste de sa brigade sur leur gauche. Ces tirs croisés, ajoutés à la mitraille vomie à coups redoublés par une autre batterie, obligent Hays à se replier précipitamment, entraînant ce qui reste de la brigade Douglass dans le même mouvement. Les soldats sudistes trouvent refuge dans le bois Ouest et au-delà, et les deux brigades sont hors de combat pour le reste de la journée. Lancés à leurs trousses, les Fédéraux réoccupent le champ Miller, qui change de mains pour la troisième fois en moins d’une heure.

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