Rechercher dans le site
Lettre d'information

Découvrez notre lettre hebdomadaire avec toute l'actualité du site, ainsi que des éditions spéciales pour les concours que nous organisons !

S'inscrire à la lettre

Accueil Histoire Universelle Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (7/16)

Inscrivez-vous à notre lettre hebdomadaire: nouveaux articles, programmes télé, débats ! Lettre hebdo:   |  Ajoutez ce site à vos favoris !  |  HpT sur  |  

Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (7/16)

1hookerHooker, en effet, avait déjà demandé des renforts depuis un certain temps. Le XIIème Corps de Joseph Mansfield, qui a campé à un mile en arrière des forces de Hooker, s’est tenu près dès l’aube. La résistance acharnée qu’il a rencontrée a conduit le chef du Ier Corps à largement surestimer les effectifs de l’ennemi, aussi n’a-t-il pas tardé à faire appel à Mansfield.


 

Le XIIème Corps est une unité de valeur très inégale. Formé initialement par les unités qui ont servi dans la vallée de la Shenandoah et en Virginie septentrionale sous les ordres de Banks, il a laissé une partie de ses régiments les plus expérimentés à Washington, tandis que d’autres nouvellement créés sont venus compléter ses rangs. Ainsi, la majorité de ses soldats sont sous l’uniforme depuis quelques semaines tout au plus, et les officiers ne sont guère plus expérimentés. Cinq des régiments du corps d’armée n’ont même suivi aucune espèce d’entraînement, et un autre – le 1er du district de Columbia – est intégralement absent, officiers compris, en raison des désertions ou des maladies.

Bref commandement

Le XIIème Corps, cinq brigades articulées en deux divisions, progresse le long de la route de Smoketown, une artère secondaire en provenance du nord-nord-est qui rejoint la route à péage de Hagerstown à la hauteur de l’église Dunker, après avoir traversé le bois Est. La division d’Alpheus Williams, composée des brigades de Samuel Crawford et George Henry Gordon, ouvre la marche, suivie par la division George Greene et ses trois brigades, respectivement commandées par William Goodrich, Henry Stainrook et Hector Tyndale. Mansfield, qui s’est forgé en quelques jours une réputation de meneur d’hommes parmi la troupe, dirige personnellement son corps d’armée de l’avant. Toutefois, une série d’erreurs de sa part, et la confusion qui en résultera, vont révéler son inexpérience du terrain et celle de ses soldats.

Dès qu’il arrive à proximité des combats, Mansfield ordonne que ses forces soient déployées en ordre de bataille. Quelques instants plus tard, il se ravise : le général nordiste craint en effet que l’inexpérience de ses hommes ne les rende difficiles à contrôler et la formation en ligne de bataille, très étirée, ne facilite pas la transmission des ordres. La nature hachée du terrain qu’il traverse risque de désorganiser ses brigades, particulièrement dans le cas des nouvelles recrues, encore peu habituées à manœuvrer. Il leur fait donc adopter une formation prévue par les manuels, mais assez peu usitée dans les faits, la colonne par compagnie, dans laquelle chaque régiment présente un front d’une compagnie et se trouve donc déployé sur vingt rangs de profondeur au lieu de deux. Ils sont ainsi plus resserrés, ce qui permet aux officiers supérieurs de les encadrer plus facilement.

2knipeMalheureusement, la colonne par compagnie offre aussi une meilleure cible à l’artillerie ennemie, qui peut concentrer ses feux sur un front plus réduit, et dont chaque coup au but est assuré de faire plus de victimes. Des hauteurs où ils sont déployés, les canonniers sudistes ne ratent pas l’occasion que leur offre involontairement Mansfield. Dès que le XIIème Corps arrive à portée de tir, ils l’accablent de projectiles, lui infligeant des pertes non négligeables avant même qu’il ne soit effectivement entré dans la bataille. Autre erreur commise par Mansfield : les intervalles qu’il a laissés entre ses différentes unités sont insuffisants. Lorsqu’il leur ordonne, cette fois pour de bon, de passer à la ligne de bataille, régiments et brigades empiètent les uns sur les autres, et une confusion considérable paralyse momentanément le corps d’armée nordiste – le tout sous le feu de l’ennemi.

La troisième erreur de Mansfield lui coûtera plus cher encore. Le général nordiste ignore la position de réelle de l’ennemi. À sa décharge, il était déjà en marche lorsque Hood a déclenché son attaque, et peut difficilement être informé en temps réel de la progression adverse. Aussi est-il très surpris lorsque la brigade Crawford, en pointe, stoppe devant un petit champ de maïs situé juste au nord du bois Est et commence à ouvrir le feu. Craignant que ses soldats ne soient en train de tirer par erreur sur des unités du Ier Corps, Mansfield galope vers le front des troupes. Il lui faut plusieurs minutes pour s’assurer que ce sont bien des Sudistes – en l’occurrence les brigades Law et James Walker – que les soldats de Crawford affrontent. Quelques instants plus tard, il reçoit une balle dans la poitrine, du côté droit, qui lui cause une blessure fatale dont il décèdera le lendemain. C’était son troisième jour seulement à la tête du XIIème Corps. En-dessous de lui, toute la chaîne de commandement remonte d’un cran : Williams prend la tête du corps, Crawford récupère sa division, et la brigade de ce dernier échoit à Joseph Knipe.

Hood est repoussé

3crawfordLa blessure mortelle de Mansfield n’arrange pas les affaires, déjà mal engagées, de son corps d’armée. Pendant que Williams met de l’ordre dans ses lignes et commence à presser timidement l’ennemi qui lui fait face, un aide de camp, envoyé par le général Gibbon pour réclamer le premier renfort qui passera à sa portée, lui demande de l’aide. Williams lui confie aussitôt la brigade Goodrich, qui part vers la droite. La situation de la brigade Crawford n’est guère brillante. Trois régiments de recrues de Pennsylvanie, les 124ème, 125ème et 128ème, éprouvent les pires difficultés à se mettre en ligne. Le premier perd très vite le contact avec les autres et son chef est blessé. Le 128ème n’arrive pas à se déployer correctement alors qu’il est pris sous le feu de l’ennemi, et perd le colonel Croaksdale, tué d’une balle dans la tête, et le lieutenant-colonel Hammersly, blessé de deux balles dans le bras. Knipe vient à son secours avec son propre régiment, le 46ème Pennsylvanie, et suggère au major Wanner, qui commande désormais le 128ème, de l’accompagner dans la charge qu’il s’apprête à lancer : mieux vaut que les recrues aillent de l’avant, fût-ce en désordre, plutôt que de rester immobiles à se faire tuer.

Les deux régiments s’exécutent, mais le reste de la brigade ne leur fournit guère de soutien et le feu de l’ennemi – le 5ème Texas et ce qui reste des forces de James Walker – est trop intense. Les Pennsylvaniens doivent reculer. Pour ne rien arranger, la brigade G.H. Gordon arrive derrière celle de Crawford, et elle n’est guère moins confuse. Alors qu’il reforme ses rangs, le 46ème a la désagréable surprise de se faire tirer dans le dos par le 27ème Indiana, un des régiments de G.H. Gordon. La méprise est rapidement dissipée mais ajoute à la confusion. Williams préfère alors ramener la brigade Crawford en arrière pour qu’elle se mette en ligne correctement. Il va lui falloir un moment, et beaucoup d’efforts, avant que le XIIème Corps ne soit convenablement déployé et prêt à entrer efficacement dans le combat.

Heureusement pour l’Union, George Meade, de son côté, est parvenu à reprendre ses hommes en main. La brigade de Robert Anderson se regroupe rapidement, et marche à nouveau sur la position tenue par le 1er Texas en approchant par sa gauche. Le régiment sudiste est toujours privé de soutien sur ses deux flancs, et la force nordiste qui l’assaille tient une ligne beaucoup plus longue que la sienne. Tant et si bien que les Texans se trouvent bientôt exposés à un tir croisé qui leur cause des pertes effrayantes, et n’ont plus d’autre choix que de retraiter au pas de course à travers le champ de maïs. Ils y laissent leur drapeau : son porteur est abattu au milieu du champ, où le maïs est encore suffisamment dense pour empêcher les autres survivants de s’en apercevoir. Lorsque les Sudistes se regroupent derrière le couvert précaire fourni par une hauteur immédiatement au sud du champ, le lieutenant-colonel Work n’a plus avec lui que 40 hommes. Ils étaient 226 le matin même. Cela représente un taux de pertes supérieur à 80%. Durant tout le reste de la guerre, aucun autre régiment ne perdra une telle proportion de ses effectifs en un seul engagement.

4attaque_mansfieldBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 7h30 - 8h.

1. L'attaque initiale du XIIème Corps s'effectue dans la confusion, Mansfield est mortellement blessé au bout de quelques minutes.

2. Alors que la brigade Crawford cale sous le feu ennemi, le 124ème Pennsylvanie perd le contact avec elle.

3. Le colonel Knipe parvient à rallier le 128ème Pennsylvanie et à le faire charger avec le 46ème New York, sans succès.

4. Le 27ème Indiana (brigade G.H. Gordon) tire dans le dos du 46ème New York, ajoutant à la confusion.

5. La brigade Robert Anderson se regroupe et attaque le 1er Texas, l'obligeant à s'enfuir.

6. Le reste de la brigade Wofford se replie et se rallie au sud du champ de maïs.

7. Gibbon retire le reste de sa brigade et la batterie Campbell sur le bois Nord.

8. Magilton regroupe ses forces et flanque la brigade Law, obligeant le reste des Confédérés à battre en retraite.

5magiltonLa retraite du 1er Texas entraîne rapidement celle du reste de la brigade Wofford, dont les régiments décrochent les uns après les autres pour se regrouper à l’orée du bois Ouest, juste au nord de l’église Dunker. Enfin soulagé de la pression exercée par les Confédérés, Gibbon fait d’abord replier les canons de la batterie Campbell, dont les pertes ont été à ce point élevées qu’une seule de ses trois sections peut être servie efficacement. Puis, ce qui reste de la brigade Gibbon recule jusqu’au bois Nord, sous la protection des hommes de Patrick – qui, eux, continuent à tenir les abords du bois Ouest. La brigade de Robert Anderson poussera jusqu’au sud du champ de maïs Miller, mais sera ensuite contenue par la Texas Brigade regroupée et ne poussera pas beaucoup plus loin.

Plus à l’est, la brigade Magilton s’est aussi ralliée, grâce au sang froid du 8ème Pennsylvania Reserves qui n’a pas craqué et a gardé sa cohésion. Tandis que Robert Anderson assaille le 1er Texas, Magilton s’abat sur la gauche de la brigade Law et l’oblige à reculer. Par effet d’entraînement, son repli entraîne avec lui la brigade de James Walker, et finalement le 5ème Texas. Alors que Magilton poursuit les Sudistes à travers le bois Est, la division Hood se concentre, dans un relatif bon ordre, à proximité de l’église Dunker. Elle y restera encore un moment, tenant en respect les tirailleurs avancés par la division Meade. Sur les quelques 2.000 soldats que Hood a emmenés au combat à peine une heure auparavant, la moitié d’entre eux git à présent, morts et blessés confondus, dans le champ de maïs et le bois Est. Plus tard dans la journée, lorsque Nathan Evans croisera John Hood sur le champ de bataille et lui demandera où se trouve sa division, le Texan d’adoption (Hood était né au Kentucky) lui répondra laconiquement « sur le terrain, morte ».

D.H. Hill entre dans la danse

6patrickÀ l’approche de 8 heures, le sursis que la division Hood a payé au prix fort est écoulé. Le Ier Corps nordiste est certes en grande partie hors de combat, mais la division Meade est toujours à pied d’œuvre. De surcroît, la situation du XIIème Corps s’améliore de minute en minute. L’attaque de Hood, puis son repli suit en fait un schéma qui deviendra récurrent tout au long de la journée : malgré son succès initial, elle n’apportera aucun avantage décisif faute de soutien. Les deux belligérants souffriront du même problème mais pour l’heure, c’est Jackson qui se retrouve de nouveau en difficulté. Les renforts promis par Lee ne sont pas encore arrivés, et Stonewall n’a plus d’autre choix que de jouer son va-tout : dégarnir le centre de l’armée confédérée, tenu par D.H. Hill, pour en soulager la gauche. Parallèlement, il racle aussi les fonds de tiroir, ordonnant à Early de faire avancer sa brigade et de rameuter ce qui reste de la division Lawton, dont il a désormais la charge, pour la faire remonter en ligne.

Ne laissant à Stuart qu’un seul de ses régiments – le 13ème de Virginie – pour couvrir ses batteries, Early emmène les six autres, dans un premier temps, vers l’arrière, derrière le bois Ouest. De sa division, il ne trouve nulle trace : les survivants sont éparpillés à travers la campagne et ne forment rien qui ressemble à une unité militaire. En revanche, il rejoint les quelques centaines d’hommes de la division J.R. Jones qui ont pu être reformés et que commande désormais le colonel Grigsby. Prenant la tête de cette petite division ad hoc, Jubal Early l’emmène à travers le bois Ouest, d’où elle débouche en arrière et sur la droite de la brigade Patrick, toujours appuyée sur l’affleurement rocheux d’où elle a affronté la brigade Wofford. Prise à revers, sa position n’est plus tenable, et Patrick se replie en bon ordre vers un muret de pierre qui court entre le bois Ouest et la ferme Miller. Early ne cherche pas à les y presser, de sorte que la première préoccupation des soldats nordistes, une fois en position, sera de… faire le café.

7earlyDans l’intervalle, le mouvement d’Early a attiré l’attention de Hooker, qui a fait détacher un des régiments de Robert Anderson, le 10ème Pennsylvania Reserves, pour l’envoyer en flanc-garde sur la droite. L’unité se retrouve bientôt engagée par des tirailleurs confédérés, puis isolée, et l’officier qui la commande est blessé dans l’action. Le capitaine Jonathan Smith, qui lui succède, décide de sa propre initiative de continuer à avancer contre une batterie sudiste qui s’en prend à la brigade Patrick. Repoussant les hommes du 13ème Virginie, les soldats nordistes s’approchent suffisamment pour commencer à abattre les artilleurs confédérés. Ils reçoivent même le soutien inattendu d’une batterie fédérale qui prend les canons ennemis pour cible. Malheureusement, cette intervention se retourne contre eux, car le tir est trop court et les obus tombent dans leurs propres rangs. Smith n’a pas d’autre choix que de faire reculer ses hommes pour éviter qu’ils ne soient massacrés par leur propre artillerie.

D.H. Hill, lui, prépare son entrée en jeu avec trois de ses cinq brigades, les plus avancées. Elles sont commandées par Roswell Ripley, Alfred Colquitt et Duncan McRae, ce dernier ayant remplacé Garland tué à South Mountain. Préservant leur ligne de bataille, les trois unités se décalent vers l’ouest, puis montent à l’assaut. Le général sudiste l’ignore, mais le moment est particulièrement bien choisi : Magilton, en effet, a commencé à reculer, conformément aux instructions de Hooker, pour être relevé par des éléments du XIIème Corps. Son repli ouvre une brèche dans la ligne nordiste, de sorte que Robert Anderson va devoir soutenir seul le choc de l’attaque sudiste. Pendant que Ripley l’assaille de front, Colquitt passe dans le champ de maïs et s’abat sur sa gauche. C’en est trop pour la brigade nordiste, qui se replie en désordre à travers le champ. La brigade Goodrich avance alors pour s’interposer, mais son chef est tué, et les hommes de Robert Anderson en pleine déroute la font paniquer elle aussi. Elle ne sera que partiellement et difficilement ralliée.
8attaque_dhhillBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 8h - 8h30.

1. Laissant un de ses régiments en soutien de batteries, Early va rejoindre les fores de Grigsby.

2. Les deux unités combinées attaquent la brigade Patrick.

3. Prise à revers, la brigade Patrick se reforme juste au sud de la ferme Miller.

4. Envoyé en flanc-garde, le 10ème Pennsylvania Reserves approche d'une batterie avancée sudiste, mais doit se replier à cause de sa propre artillerie.

5. Pendant que la division Williams se réorganise, la brigade Magilton se retire en vue d'être relevée par le XIIème Corps.

6. Privé de soutien, Robert Anderson est assailli de front et de flanc par les brigades de D.H. Hill.

7. Envoyée vers la droite, la brigade Goodrich tente d'intervenir, mais son chef est tué et elle se replie également.

8. Le reste de la division Greene se déploie sur la gauche des Nordistes.

A lire sur le forum



Discuter de cet article sur notre Forum Histoire