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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (8/16)

1ripleyIl est 8 heures 30, et le champ Miller est à nouveau sous contrôle sudiste. Toutefois, Hooker, qui est l’officier nordiste le plus élevé en grade à être toujours en vie dans ce secteur du champ de bataille, a encore des cartes dans sa manche. Ce sont à présent quatre batteries avancées qui sont déployées au nord du champ. En dépit de la déroute prématurée de la brigade Goodrich, le XIIème Corps est à présent convenablement déployé, et ses unités les moins sûres ont été laissées en soutien de batteries, en arrière.


 

La division Williams s’est décalée vers la droite, la brigade Crawford ayant sa droite ancrée sur la route à péage de Hagerstown, et celle de G.H. Gordon prolongeant la ligne jusqu’à celle de Smoketown. La division Greene a pris sa place face au bois Est, avec les brigades Tyndale à droite et Stainrook à gauche. D’autres soutiens sont attendus : deux des trois divisions du puissant IIème Corps sont en train de traverser l’Antietam au pont supérieur.

Le XIIème Corps se reprend

Les troupes sudistes ne sont pas dans une situation idéale pour soutenir cette nouvelle contre-attaque. Quelques minutes plus tôt, Roswell Ripley a reçu une balle dans le cou, et ne doit qu’à la chance d’avoir la vie sauve : le projectile a été amorti par son nœud de cravate. Bien qu’évacué, il reprendra le commandement de sa brigade au bout d’une heure et demie, après s’être fait soigner. Mais pour l’heure, son absence entraîne l’arrêt de sa brigade, qui laisse ainsi celle de Colquitt sans soutien sur sa gauche. La situation de McRae est moins enviable encore. Ses hommes, qui ont été durement éprouvés à South Mountain et y ont subi de grosses pertes, sont inquiets et leur moral est vacillant. Le terrain sur lequel ils se trouvent n’arrange pas les choses : le bois Est, avec ses épais fourrés et les affleurements rocheux typiques de la région, désorganise encore un peu plus une brigade dont la cohésion est déjà incertaine.

Rumeurs et contrordres imaginaires se répandent dans les rangs avec une rapidité déconcertante. Le capitaine Thomas Garrett, du 5ème régiment de Caroline du Nord, décrira ainsi l’atmosphère qui règne alors au sein de la brigade : « Un état de confusion difficile à décrire s’ensuivit. Différents ordres contradictoires (ou plutôt des suggestions prenant cette forme, peut-être) se diffusèrent le long de la ligne, les hommes du rang étant laissés libres de les relayer par leurs officiers, de sorte qu’il devint complètement impossible de discerner lesquels émanaient de la bonne autorité. » Les marches et contremarches qui en résultent, alors que le couvert végétal empêche les différents éléments de la brigade de se voir entre eux, ralentissent sensiblement les hommes de McRae. Ceux-ci se retrouvent du coup très en arrière par rapport à Colquitt, et celui-ci n’est donc pas non plus couvert sur sa droite.

2colquittPar conséquent, lorsque les Nordistes passent de nouveau à l’attaque, Colquitt et ses hommes doivent soutenir tout le poids de la division Williams. Le premier échappe miraculeusement aux balles, mais tous les officiers supérieurs de sa brigade sont tués ou blessés. Ses cinq régiments termineront la bataille avec des capitaines ou des lieutenants à leur tête. La brigade McRae tente d’avancer pour le soutenir, et ne tarde pas à entrer en contact avec les hommes de Greene, qui ont déjà pénétré dans le bois Est. Une fusillade éclate, mais le bruit se répand dans les lignes sudistes qu’il s’agit de la brigade Ripley – qui se trouve en réalité beaucoup plus à gauche et en avant – et les soldats confédérés cessent de tirer. Mal leur en prend, car leur silence permet aux Fédéraux de les flanquer sans opposition.

Lorsque les hommes de McRae le réalisent, c’est la panique. Certains officiers sont aussi nerveux que leurs soldats, ce qui aggrave encore le problème. Thomas Garrett : « À ce moment, et pendant que je dirigeais ce mouvement, le capitaine Thomson, compagnie G, vint à moi, et d’une manière et sur un ton très excités me cria "Ils nous flanquent ! Regardez, il doit y avoir une brigade entière !" Je lui ordonnai de garder le silence et de regagner sa place. Les hommes, jusque-là, étaient loin d’être calmes, mais quand cette indiscrétion eut lieu une panique se déclencha, et malgré les efforts des serre-files et des officiers, ils commencèrent à craquer et à s’enfuir. » La brigade s’écroule. McRae tente d’organiser une résistance à la lisière sud du bois. Il est blessé – atteint superficiellement au front – mais, bien qu’il refuse de se faire soigner, ses efforts sont vains et il ne peut tenir ses hommes plus longtemps. Ceux-ci ne s’arrêteront pas avant d’avoir atteint les premières maisons de Sharpsburg, où ils seront « cueillis » plus tard dans la journée, et ralliés en petits groupes ad hoc.

3attaque_williamsBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 8h30 - 8h45.

1. La division Williams se redéploie au nord du champ de maïs.

2. La division Greene marche sur le bois Est.

3. Ripley blessé, sa brigade est à l'arrêt.

4. Ralentie par des ordres contradictoires, la brigade McRae est isolée dans le bois Est.

5. La division Williams attaque la brigade Colquitt qui résiste.

6. La brigade McRae tente d'avancer mais elle est interceptée par Stainrook, flanquée et mise en fuite.

7. Colquitt est finalement flanqué par Tyndale et déroute après un bref corps-à-corps.

 

En dépit de l’absence de tout soutien et des pertes considérables qu’elle subit, la brigade Colquitt continue à résister. Les hommes de G.H. Gordon ont même dû suspendre momentanément leur feu, au début de l’engagement, pour attendre que les rescapés de la brigade de Robert Anderson se mettent à l’abri, et ont subi des pertes sans pouvoir riposter. C’est finalement une charge de Tyndale contre la droite de Colquitt qui emporte la décision. Le bref corps-à-corps qui s’ensuit ajoute à la violence du baptême du feu pour les soldats du XIIème Corps, dont certains ne sont même pas encore complètement équipés. Le major John Collins, du 5ème Ohio, rapporte ainsi : « […] au milieu du maïs, notre régiment engagea un régiment de Géorgie dans un combat au corps à corps, usant de la crosse des fusils, une partie des hommes n’ayant pas de baïonnettes. » Le repli de Colquitt entraîne avec lui la brigade Ripley avant qu’elle puisse se ressaisir, alors que G.H. Gordon et ses hommes poursuivent les Confédérés à travers le champ de maïs, au pas de charge et baïonnette au canon. Colquitt parviendra à regrouper ses hommes en partie et rejoindra rapidement D.H. Hill. Quant à Ripley, il ralliera une fraction de sa brigade en revenant de l’ambulance où il s’est fait soigner.

Nouveau commandant

4J_c_higginsJoe Hooker accompagne au plus près la nouvelle avancée nordiste à travers le champ Miller. Depuis le début de la bataille, les Fédéraux ne sont jamais allés aussi loin au sud, et leur général voudrait bien exploiter leur élan victorieux. Toutefois, il ignore le déploiement des forces ennemies face à la division Williams. Il se dirige alors vers le secteur tenu par un des régiments de recrues de la brigade Crawford, le 125ème Pennsylvanie du colonel Jacob Higgins, auquel il demande s’il y a des troupes quelconques dans le bois qui leur fait face – en l’occurrence, la portion la plus orientale du bois Ouest. Il y en a effectivement : les restes de la division Hood y sont toujours positionnés. Dans son rapport sur la bataille, Higgins situe alors un incident en apparence anodin : « Pendant qu’il me parlait, son cheval fut blessé par quelque tireur d’élite ennemi. Je lui fis remarquer que son cheval avait été blessé. Il répondit, "Je le vois", fit demi-tour et s’en alla. »

Ce que Hooker n’a, en revanche, pas remarqué, c’est que la même balle – ou peut-être une autre – l’a également blessé lui, au pied. Il continue à chevaucher pendant plusieurs minutes, s’informant sur la situation et donnant ses ordres, puis finit par s’effondrer : il perd du sang, et l’hémorragie l’a affaibli. Le commandant du Ier Corps doit être évacué. Sa blessure s’avérera finalement sans conséquences graves, mais elle prive l’aile droite nordiste de son coordinateur à un moment crucial. Après une courte pause, le XIIème Corps reprend néanmoins sa marche en avant. La division Williams disperse les derniers restes des brigades Colquitt et Ripley qui se trouvent encore devant elle, puis se rapproche de la division Hood. Celle-ci est trop affaiblie pour soutenir une nouvelle attaque, aussi Lee préfère-t-il temporiser en sachant que McLaws et R.H. Anderson ne sont plus qu’à quelques minutes de marche de la zone des combats. Plutôt que de laisser Hood exposé sans soutien, il le fait reculer de quelques centaines de mètres.

5retrait_williamsBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 8h45 - 9h15.

1. Menacé par la progression du XIIème Corps, Hood est replié hors du bois Ouest.

2. Sumner fait reculer la division Williams jusqu'au bois Est, pour laisser la place à la division Sedgwick.

3. Le 125ème Pennsylvanie du colonel Higgins poursuit sur sa lancée et entre dans le bois Ouest, désormais vide.

4. La division Sedgwick approche en direction de l'ouest, avec pour objectif de tourner l'aile gauche confédérée.

5. Sumner envoie des renforts à Higgins et déploie des éléments de la brigade Goodrich dans le bois Ouest pour couvrir les flancs de Sedgwick.

6. Confronté à l'avancée simultanée de la brigade Goodrich au nord et de la division Sedgwick à l'est, Early manoeuvre pour y faire face, puis se replie en deux temps sur la ferme A. Poffenberger.

 

Il ne sera pas poursuivi très longtemps. Juste avant 9 heures, Crawford – qui commande, rappelons-le, la division Williams – reçoit l’ordre de se replier jusqu’à la lisière occidentale du bois Est. Cette instruction émane vraisemblablement d’Edwin Sumner, dont le IIème Corps est en train d’arriver. Croisant un Hooker à demi inconscient en train d’être transporté sur une civière, Sumner prend la direction 6sumner
des opérations
. Les renseignements que lui fournissent les officiers du XIIème Corps indiquent que le bois Ouest est pratiquement vide de troupes. Une exploitation vigoureuse de la situation lui permettrait de s’en emparer, puis de pousser vers la colline où Stuart a déployé son artillerie. Une fois celle-ci sous contrôle nordiste, toute la gauche confédérée pourrait être tournée. D’où l’ordre de faire relever la division Williams par celle, fraîche, de Sedgwick. Afin de sécuriser le flanc droit de ce mouvement, deux régiments de la brigade Goodrich ayant pu être ralliés sont avancés vers la partie septentrionale du bois Ouest.

Toutefois, le repli de la division Williams ne se déroule pas entièrement comme prévu. Ses deux brigades ne sont pas inquiétées par l’ennemi, mais le 125ème Pennsylvanie, pour sa part, prend position dans le bois Ouest, à proximité immédiate de l’église Dunker. Assez symétrique à l’avancée de la brigade Goodrich, ce mouvement laisse à penser qu’il s’agit là d’une décision délibérée de Sumner afin de sécuriser la gauche de l’attaque à venir. Toutefois, dans son rapport sur la bataille, le colonel Knipe suggère plutôt que le 125ème n’a pas reçu l’ordre de se replier et a simplement poursuivi sur sa lancée jusqu’à ce que son chef réalise sa position isolée. Le colonel Higgins, lui, reste muet sur ce point. Le fait qu’il ait été renforcé, par un autre régiment de la brigade Crawford (le 124ème Pennsylvanie) et par la légion Purnell (un élément de la brigade Goodrich) est plutôt de nature à faire incliner vers la première hypothèse, en suggérant que Sumner a estimé que le seul 125ème était insuffisant pour cette tâche. Le propre rapport de Sumner n’est quant à lui pas assez détaillé pour permettre de trancher la question.

MummaUn peu plus à gauche du dispositif nordiste, la division Greene, elle, va rester en place. Dépassant la lisière méridionale du bois Est, elle s’est emparée de la ferme Mumma, que les Sudistes ont incendiée plus tôt dans la matinée, pour éviter qu’elle ne serve de repaire aux tireurs d’élite fédéraux. Continuant sa progression, Greene a atteint une éminence située juste à l’est de l’église Dunker. Cette position constitue un excellent emplacement pour de l’artillerie et Greene a donc reçu l’ordre de le tenir. Une batterie lui est envoyée mais malheureusement pour les Nordistes, ses caissons à munitions sont presque vides et il faut en envoyer une autre la relever. Pendant ce temps, les canons sudistes ont commencé à prendre pour cible les fantassins fédéraux. Greene les fait alors reculer de quelques dizaines de mètres afin qu’ils bénéficient du couvert fourni par la ligne de crête, et dispose ses deux brigades en chevron pour éviter qu’elles ne soient prises en enfilade.

7gormanManœuvres dans le bois Ouest

Alors que la division Williams recule, la division de tête du IIème Corps fait son apparition sur le champ de bataille. Les trois brigades de Sedgwick, commandées respectivement par Willis Gorman, Napoleon Dana et Oliver Howard (qui revient de convalescence après la perte de son bras droit à Seven Pines), passent derrière la division Greene et marchent droit vers l’ouest. Elles forment trois lignes de bataille successives séparées par des intervalles de 50 mètres environ. En dépit des obstacles en tous genres – barrières, rochers, déclivités, et même une portion du bois Est – qu’elle traverse, la division Sedgwick avance au pas de course, ce qui finit par affecter la qualité de son déploiement et par distendre les intervalles. À 9 heures, la seule force d’infanterie sudiste qui s’interpose entre elle et l’artillerie de Stuart est celle que Jubal Early a amalgamé à sa brigade.

Dans un premier temps, le général confédéré découvre, de sa position bien dissimulée dans le bois Ouest, les 60ème et 78ème New York en approche. C’est en replaçant ses troupes pour y faire face qu’il découvre la division Sedgwick en train de marcher droit sur lui en menaçant son flanc. Laissant Grigsby tenir le front, il déplace sa brigade de manière à couvrir sa droite, puis recule légèrement. Early réclame des renforts : Lee lui fait dire que l’arrivée de McLaws et R.H. Anderson est à présent imminente. Parallèlement, le chef de l’armée de Virginie septentrionale, constatant que la pression sur son aile droite n’est pas encore forte, décide d’y prélever une autre unité, en comptant sur l’immobilisme habituel de son adversaire. Ce sera la division J.G. Walker, forte de deux brigades. Mais pour l’instant, Early ne peut encore compter que sur lui-même. Il recule à nouveau jusqu’à la limite occidentale du bois Ouest, de manière à se trouver à portée immédiate du soutien de l’artillerie déployée juste en arrière.

8attaque_sedgwickBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 9h15 - 9h30.

1. La brigade Gorman débouche du bois Ouest et affronte l'artillerie de Stuart et ses soutiens ainsi que les hommes de Grigsby.

2. Early manoeuvre pour flanquer le 34ème New York.

3. Désorganisée par l'attaque d'Early, la gauche de Gorman stoppe et le 59ème New York vient tirer dans son dos, accroissant la confusion.

4. La brigade G.T. Anderson arrive au son du canon et attaque le 125ème Pennsylvanie près de l'église Dunker.

 

Ses hommes prennent appui sur les bâtiments et les clôtures de la ferme A. Poffenberger – un patronyme courant, dans cette région peuplée majoritairement, comme la Pennsylvanie voisine, de colons d’ascendance allemande ou néerlandaise. Grigsby fait face au nord-est, Early à l’est. La masse bleue finit par s’engouffrer dans le bois Ouest. Lorsque Gorman en sort quelques minutes plus tard, il est immédiatement pris à partie, face à lui par l’artillerie sudiste, sur sa droite par les tirailleurs du 13ème Virginie, auxquels se sont joints quelques cavaliers de la brigade de Fitzhugh Lee, et sur sa gauche par les hommes de Grigsby. Ces derniers opposant la plus forte résistance, la progression nordiste s’infléchit légèrement vers la gauche. Par effet d’entraînement, puisque la gauche de Gorman « cale », celle de deux autres brigades nordistes bute sur elle, entraînant une certaine confusion. D’autant plus que Jubal Early n’est pas resté inactif : pendant que les soldats de Grigsby servent d’enclume, il fait manœuvrer sa propre brigade comme un marteau pour flanquer la gauche de la progression nordiste.

9sedgwick
La manœuvre s’avère payante. Le 34ème New York, assailli, se retrouve vite à l’arrêt et isolé du reste de la brigade Gorman. Un autre régiment de cette dernière, le 15ème Massachusetts, a la désagréable surprise de se faire tirer dans le dos par le 59ème New York, de la brigade Dana, qui ouvre le feu sur l’ennemi à travers ses propres rangs. Edwin Sumner, qui chevauche en position très avancée, doit intervenir en personne pour rétablir l’ordre. En quelques minutes, la belle avance des Nordistes tourne au cauchemar, et la division Sedgwick est embouteillée dans le bois Ouest. C’est à cet instant critique que les réserves sudistes entrent en jeu. George T. Anderson est le premier arrivé. Ne trouvant personne pour le guider, il s’oriente au bruit de la fusillade. Sa brigade finit par atteindre les abords de l’église Dunker, où elle prend à partie le 125ème Pennsylvanie. Ce dernier se trouve bientôt en difficulté, et le colonel Higgins, en désespoir de cause, cède son cheval – le dernier encore indemne du régiment – à une estafette pour qu’elle puisse aller chercher du renfort.

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