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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (13/16)

1burnsideToujours vers 13 heures, la bataille d’Antietam entre dans sa troisième et dernière phase majeure. On se souvient que le plan de McClellan prévoyait une attaque secondaire contre l’aile droite confédérée, à mener par le IXème Corps d’Ambrose Burnside, à travers l’Antietam. Toutefois, la forte résistance rencontrée de l’autre côté du champ de bataille par les Ier, XIIème et IIème Corps, et les sanglants combats qui en ont découlé, ont obligé le général nordiste à modifier son plan.


 

C’est désormais le IXème Corps qui va fournir l’effort principal, tant dans l’espoir de soulager la droite nordiste meurtrie et sous pression que dans celui de couper aux Sudistes leur seule voie de retraite. Les forces de Burnside ont l’avantage d’être encore relativement fraîches, et viennent justement de prendre pied sur la rive occidentale du cours d’eau. Le point focal de la bataille se déplace donc de nouveau, cette fois en direction du sud, vers un autre haut lieu : le pont inférieur, dont les Nordistes s’emparent à 13 heures.

 

L’autre champ de bataille

Pour comprendre par quel cheminement les événements en sont arrivés là dans la partie méridionale du champ de bataille, il est nécessaire de remonter quelques heures en arrière. Comme sur la droite nordiste, l’aube ne fut pas de tout repos pour les combattants des deux camps. Les premières lueurs du jour ont, là aussi, permis aux tireurs d’élite et aux canons de donner de la voix. Les fantassins nordistes, massés sur la rive orientale en prévision de l’attaque à venir, en souffrent le plus, certaines unités étant contraintes de changer de position pour se mettre à l’abri. Ces péripéties s’ajoutent à des conditions déjà difficiles, pour des hommes ayant dormi comme ils l’ont pu dans une nuit fraîche et humide. Ici comme ailleurs, les officiers ont interdit de faire du feu, et le réveil est aussi maussade que brutal. David L. Thompson, soldat au sein du 9ème régiment de New York, une unité surnommée « zouaves de Hawkins » et qui porte encore l’uniforme coloré qui lui a valu son surnom, racontera comment, le besoin de caféine s’avérant trop impérieux, lui et ses camarades en viendront à mélanger café moulu et sucre en poudre pour les consommer tels quels.

2station-SignalFace à eux, les hommes de la division D.R. Jones sont encore moins bien lotis – et pas uniquement parce que le café est un luxe auquel ils n’ont plus droit depuis longtemps. Au sein de la brigade de James Kemper, le 17ème Virginie n’a pas touché une ration régulière depuis le 18 août. Le soldat Alexander Hunter raconte comment, à l’instar de tant d’autres soldats sudistes, il s’est nourri avec le peu que le Maryland avait à offrir à l’armée confédérée : « Des pommes et du maïs, du maïs et des pommes, étaient notre seul régime. Nous les consommions crus, rôtis, bouillis et frits, ils nous maintenaient en vie, rien de plus. » La fatigue, les privations, les désertions, les pertes au combat ont réduit les unités sudistes à des régiments squelettiques. Francis Winthrop Palfrey, qui sera après le conflit un de ses premiers historiens, a été fait prisonnier par les Sudistes pendant les combats sur la route de Hagerstown, dans la matinée. Transféré vers l’arrière, il croise des renforts confédérés qui attirent son attention. Il demande à l’un de ses gardiens s’il est devenu habituel dans l’armée sudiste que les régiments aient plus d’un drapeau – ce qui n’était généralement pas le cas précédemment. Il se voit répondre que l’unité en question est une brigade, pas un régiment. Le 17ème Virginie se voit réduit à 48 soldats et officiers, la compagnie où sert Alexander Hunter ne comptant plus que trois hommes.

La grande majorité des témoins, civils, militaires, amis ou ennemis, qui ont pu observer les soldats sudistes au cours de la campagne du Maryland, se sont demandé comment des hommes à l’apparence souvent décrite comme miséreuse, ont pu livrer un engagement aussi brutal que la bataille d’Antietam sans que celle-ci ne débouche sur l’anéantissement de leur armée. Les combattants confédérés sont non seulement émaciés et affamés, mais ils sont également, pour la plupart, en haillons. Alexander Hunter décrit ce qu’il portait ce jour-là : «  Mon costume se composait d’un pantalon élimé, une veste sale et tachée, un vieux chapeau rond dont le rebord était épinglé par une simple épine, une couverture salie par-dessus mon épaule, un havresac graisseux rempli de pommes et de maïs, une cartouchière pleine et un fusil. J’étais pieds nus et j’avais des ampoules aux deux pieds. » Comme ses camarades, il est aussi infesté de vermine et doit épouiller quotidiennement ses hardes, opération qui ne lui apporte qu’un répit de courte durée.

3lower_bridgeBataille d'Antietam (17 septembre 1862) : déploiement des forces dans le secteur sud, face au pont inférieur.

 

Fort de quatre divisions comprenant chacune deux brigades, le IXème Corps souffre néanmoins d’une certaine confusion dans son organisation. La raison en est Burnside lui-même. Bien que McClellan ait abandonné la veille le système des « grandes divisions » expérimenté durant la marche depuis Washington et la bataille de South Mountain, Burnside refuse d’entériner ce changement. Le général aux favoris se considère toujours comme le chef de toute l’aile droite de l’armée du Potomac, alors même que le IIème Corps n’est plus sous ses ordres et que le IXème se trouve à présent tout à gauche du déploiement nordiste. Vexé, Burnside, au lieu de les donner directement, transmet ses ordres pour le IXème Corps à Jacob Cox, qui avait succédé à Jesse Reno après sa mort à South Mountain. Toute la chaîne de commandement se trouve ainsi décalée : Eliakim Scammon se retrouve à la tête de la division Kanawha à la place de Cox, et Hugh Ewing remplace Scammon au commandement de sa brigade. Du moins est-ce là théorique, car certains officiers ne sont pas au courant ou affectent de ne pas l’être. De l’aveu même de Cox, cette situation sera génératrice de désordre, nombre d’officiers nordistes ne sachant pas précisément qui commande quoi.

4benningEn dépit de ces difficultés, le IXème Corps est déployé, au matin du 17 septembre, selon les grandes lignes du plan d’attaque prévu par McClellan. Burnside a divisé ses forces en deux groupes principaux. La division de Samuel Sturgis, avec les brigades de James Nagle et Edward Ferrero, aura pour mission de s’emparer du pont inférieur. Celle d’Isaac Rodman, qui comprend les brigades Harrison Fairchild – au sein de laquelle on retrouve le 9ème New York – et Edward Harland, doit franchir la rivière un peu plus en aval, à gué. Ces deux unités sont chacune renforcées par une des brigades de la division Scammon : Sturgis se voit adjoindre celle de George Crook, tandis que la division Rodman reçoit le renfort de la brigade Hugh Ewing. Enfin, la division d’Orlando Willcox, constituée des brigades de Benjamin Christ et Thomas Welsh, restera en réserve à la hauteur du pont inférieur. Elle aura pour mission, une fois que Sturgis aura pris le pont, d’occuper les hauteurs qui surplombent la rive occidentale de l’Antietam. Une fois que le reste du IXème Corps l’y aura rejoint, l’ensemble marchera vers Sharpsburg, s’interposant ainsi entre l’ennemi et sa seule voie de retraite et prenant à revers la gauche confédérée.

Sur le papier au moins, ces forces paraissent en mesure de balayer la maigre opposition qui lui fait face. On l’a vu, la principale position confédérée dans ce secteur se trouve sur les collines au sud de Sharpsburg. Le pont inférieur et les gués ne sont couverts que par des éléments avancés, d’autant plus réduits une fois que la brigade G.T. Anderson, puis la division J.G. Walker auront été transférées vers la gauche au cours de la matinée. Le pont n’est tenu que par deux régiments détachés de la brigade de Robert Toombs, les 2ème et 20ème Géorgie. Ils sont commandés par le colonel Henry Benning, Toombs étant demeuré en retrait avec le reste de la brigade. En tout, Benning a moins de 400 hommes. La veille, il a cherché à renforcer sa position en faisant creuser à ses hommes des tranchées sommaires. Des épaulements ont été édifiés avec les rondins d’une clôture, démontée à cette fin. Le tout présente l’avantage indéniable d’être bien dissimulé par la végétation qui couvre les rives de l’Antietam. En outre, la pente escarpée où se trouvent les hommes de Benning leur donne l’avantage de la hauteur, leur permettant de commander le pont et ses approches. Sur leur droite, le 50ème Géorgie a été prélevé sur la brigade Drayton pour couvrir les gués situés en aval, avec le renfort d’une batterie – deux autres étant placées face au pont inférieur.

5lower_bridgeLe pont de Burnside

En dépit des avantages dont bénéficient les défenseurs, bien peu auraient imaginé que la petite force sudiste allait parvenir à tenir en respect tout un corps d’armée pendant trois heures. Après la bataille, d’interminables controverses, surtout dans le camp nordiste, allaient être livrées pour déterminer les responsabilités de chacun dans ce retard. En dépit des estimations erronées de McClellan à propos des effectifs ennemis, il devint vite évident aux yeux de tous que si le IXème Corps était parvenu à s’emparer du pont inférieur plus tôt, et avait exploité ce succès en même temps qu’avaient lieu les attaques de l’aile droite nordiste plutôt qu’après elles, l’issue de la bataille en aurait été radicalement changée. Burnside affirmera n’avoir reçu l’ordre d’attaquer le pont inférieur qu’à 10 heures, alors que McClellan rapportera pour sa part avoir donné cet ordre dès 8 heures. Il est probable qu’aucun des deux ne dise la stricte vérité. Dans son rapport préliminaire, rédigé dans les jours qui ont suivi la bataille, McClellan ne souffle mot de l’incident. C’est seulement dans son rapport définitif, publié en août 1863, qu’il en fait état.

Or, sa situation personnelle a, entre temps, profondément changé. Little Mac a été relevé du commandement de l’armée du Potomac en novembre 1862, pour être remplacé précisément par… Ambrose Burnside. Ce dernier a lui-même été limogé depuis, mais McClellan, près d’un an après la bataille d’Antietam, est déjà considéré par beaucoup comme le futur candidat du parti démocrate à l’élection présidentielle de 1864. Il a donc tout intérêt, pour sa prometteuse carrière politique, à rejeter sur autrui – en l’occurrence Burnside – la responsabilité de n’avoir pu remporter à Antietam une victoire décisive sur la Confédération. C’est Jacob Cox, un peu plus neutre dans cette affaire, qui nous renseigne le mieux sur ces horaires contradictoires. Selon lui, McClellan aurait donné dès 7 heures, l’ordre non pas de s’emparer du pont inférieur, mais de se tenir prêt à l’attaquer. Le signal de l’assaut proprement dit n’est venu qu’à 9 heures. Il est toutefois à peu près certain que l’attaque proprement dite n’a commencé qu’une heure plus tard. Ce fait tend à corroborer l’affirmation de McClellan, confirmée par les comptes-rendus du corps des transmissions, que l’ordre a dû être répété une première fois, par sémaphore, puis une seconde – McClellan chargeant alors l’inspecteur-général de l’armée, Delos Sackett, de le remettre en mains propres à Burnside et de rester avec lui pour s’assurer de sa prompte exécution.

6crookLe chef du IXème Corps n’était pourtant pas resté totalement inactif. Dès 9 heures, des affrontements entre éléments avancés avaient rejeté en arrière les piquets que Benning avait lancés sur la rive orientale, mais ils étaient restés sans suite. C’est seulement vers 10 heures que les choses sérieuses commencent. Avant d’envoyer Rodman vers le sud, Burnside a prélevé sur la brigade Harland le 11ème régiment du Connecticut. Déployé en tirailleurs, celui-ci approche du pont inférieur pour en sonder les défenses. En quelques minutes, les soldats nordistes sont fixés sur ce qui les attend : un feu nourri et précis, auquel ils ne peuvent que difficilement résister, leur cause des pertes considérables. Leur chef, le colonel Henry Kingsbury, est abattu. Ironie du sort, Kingsbury n’était autre que le beau-frère de D.R. Jones. La nouvelle de sa mort, aux mains de ses propres soldats, affectera considérablement le général sudiste, à la santé déjà fragile et entamée par les fatigues des campagnes de 1862. Parti en convalescence peu après la bataille d’Antietam, David Rumph Jones mourra à Richmond en janvier 1863.

Le principal problème des Nordistes est la configuration du terrain à traverser pour atteindre le pont. La rive orientale est aussi escarpée que ne l’est celle qu’occupent les Confédérés, ce qui rend difficile de s’approcher directement du pont tout en conservant une cohésion suffisante. Passer par la route n’est pas forcément une meilleure solution : avant d’atteindre le pont, elle longe la rivière sur plus de 250 mètres, contraignant un assaillant qui arriverait par ce côté-ci à exposer son flanc gauche aux tirs ennemis durant toute la marche d’approche. À 10 heures 30, Burnside tente d’abord une approche frontale en faisant avancer, cette fois en force, la brigade Crook. Cette dernière peine à maintenir sa formation en ligne de bataille à cause du relief. Désorganisée, elle offre une cible encore meilleure que le 11ème Connecticut aux fantassins géorgiens de Benning. Crook n’atteint même pas les abords du pont et doit se replier jusqu’au sommet du coteau, d’où ses hommes maintiennent leur feu, à distance, contre l’autre rive.

7attaque_burnsideBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 10h - 13h face au pont inférieur.

1. Le 11ème Connecticut subit de lourdes pertes en sondant les défenses sudistes.

2. La brigade Crook ne parvient pas à s'approcher du pont.

3. Deux régiments de la brigade Nagle lancent des assauts répétés contre le pont, en vain.

4. La division Rodman ne parvient pas à franchir le gué par où elle devait prendre pied sur l'autre rive, et doit en chercher un autre plus en aval.

5. La brigade Crook parvient à amener un canon à prximité immédiate du pont pour soutenir la prochaine attaque nordiste.

6. Deux régiments de la brigade Ferrero réussisssent à franchir le pont inférieur.

7. Dans le même temps, la division Rodman commence à franchir l'Antietam au gué Snavely.

8. Face aux hommes de Rodman, le 50ème Géorgie se retire.

9. Les deux régiments de Benning se replient à leur tour et rejoignent le reste de la brigade Toombs, tandis que la division Sturgis s'installent sur les hauteurs qui dominent le pont.

 

Burnside se décide alors à faire entrer en jeu sa force principale, la division Sturgis. C’est la brigade Nagle qui reçoit l’ordre de s’emparer du pont. Cette fois, l’attaque empruntera la route, mais l’étroitesse de celle-ci ne permet d’y faire passer que deux régiments à la fois. Pour éviter un embouteillage mortel, Nagle sélectionne le 2ème Maryland et le 6ème New Hampshire pour monter à l’assaut, tandis que le reste de la brigade les soutiendra depuis les hauteurs. Les deux unités chargent au pas de course et baïonnette au canon, mais leur flanc gauche découvert s’avère fatal aux efforts des Fédéraux. À partir de 11 heures, les hommes de Nagle vont tenter malgré tout de s’emparer du pont inférieur, vraisemblablement à trois reprises. Nagle lui-même ne précise pas le nombre de ses tentatives, parlant seulement « d’assauts renouvelés », mais les sources sudistes, pour leur part, s’accordent sur le fait d’avoir repoussé cinq assauts distincts. Si l’on estime que le 11ème Connecticut a fourni le premier et la brigade Crook le second, on en conclut que la brigade Nagle en a mené trois – ou peut-être seulement deux si les Confédérés estiment avoir repoussé aussi l’attaque menée ultérieurement par la brigade Ferrero, ce qui est, ici comme ailleurs, une question de point de vue.

8ferreroLes soldats de Nagle réussissent à atteindre le pont, mais pas à le traverser. À chaque fois, le feu ennemi est trop intense, et les pertes finissent par avoir raison de leurs assauts. Depuis son quartier général, McClellan s’impatiente. Il est midi passé, et le chef de l’armée du Potomac craint que l’incapacité de Burnside à traverser l’Antietam ne permette à Lee de masser toutes ses forces contre la droite nordiste et de l’écraser. Il renouvelle ses ordres, signifiant au commandant du IXème Corps qu’il doit s’emparer du pont à n’importe quel prix. Soucieux d’économiser ses forces, Burnside affecte la brigade Ferrero à l’attaque au lieu d’employer les deux régiments restants de Nagle. Derechef, deux régiments sont sélectionnés. Ils portent, ironiquement, le même numéro : 51ème Pennsylvanie et 51ème New York. Pour accroître leur motivation, les hommes se voient promettre le rétablissement d’une ration d’alcool qui leur a été supprimée quelques jours plus tôt, s’ils réussissent à s’emparer du pont.

D’autres facteurs, plus directs, vont jouer en leur faveur. D’une part, le feu de contre-batterie nordiste a fini par obliger les canons sudistes qui soutenaient Benning à se retirer. D’autre part, les fantassins de Crook ont réussi à placer un obusier de 12 livres directement en face du pont. Cette pièce légère à canon court, en bronze, avait été conçue pour servir sur les terrains accidentés de l’Ouest. Facile à déplacer, même à bras, cet obusier allait fournir un soutien rapproché efficace aux hommes de Ferrero. La suite, c’est Samuel Sturgis qui la raconte : « Ils entamèrent leur mortelle mission avec enthousiasme et, suivant une route moins exposée que celle des régiments ayant fourni les efforts précédents, dévalèrent au pas de course la pente menant au pont et franchirent le pont lui-même avec une impétuosité à laquelle l’ennemi ne put résister, et la bannière étoilée fut plantée sur l’autre rive à 13 heures, au milieu des acclamations les plus enthousiastes de toutes les parties du champ de bataille d’où elle pouvait être vue. » Le pont inférieur était aux mains des Nordistes. Les tentatives répétées du chef du IXème Corps pour s’en emparer dans de sanglants assauts frontaux allaient lui valoir d’être surnommé par la suite le « pont de Burnside ».

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