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Guerre de Sécession : la bataille d'Antietam, 17 septembre 1862 (15/16)

1Battlefield-MarylandLa seule partie de la ligne nordiste où l’avancée des Fédéraux ne semble pas irrésistible est celle, la plus à gauche, où la brigade Harland fait face aux Géorgiens de Robert Toombs. Déjà amputée du 11ème Connecticut, trop durement étrillé lors de sa tentative matinale contre le pont inférieur et resté sur la rive orientale de l’Antietam, l’unité nordiste se trouve réduite à trois régiments dont deux, le 16ème Connecticut à droite et le 4ème Rhode Island à gauche, participent à leur première grande bataille. Or, ce sont justement ces deux unités qui forment la première ligne de la brigade, Harland ayant gardé en réserve le 8ème Connecticut, plus aguerri.


 

Pour ne rien arranger, des retards dans l’exécution des ordres donnés par Harland ont disloqué la brigade, et les deux régiments de tête sont incapables de se soutenir mutuellement. Le 16ème Connecticut lance une première attaque, que les tirailleurs sudistes réussissent à tenir à distance. Cette situation ouvre une brèche entre la brigade Harland et celle de Fairchild, qui a progressé beaucoup plus vite – ne serait-ce que parce que les unités sudistes qui lui font face sont placées plus loin en arrière.

Arrivée salvatrice

Pour maintenir la cohésion de ses lignes, Rodman a dû affaiblir encore la brigade Harland en lui prenant le 8ème Connecticut. Ce dernier rejoint rapidement la brigade Fairchild, sur sa gauche, mais dans le même temps Harland n’a pas progressé davantage, de sorte que Rodman est cette fois contraint de faire intervenir la brigade Ewing au pas de course. Il est 15 heures 40, et dans le grand champ de maïs, les choses vont s’accélérer. En effet, Toombs est en train d’être relevé par la première brigade de la division A.P. Hill, celle de Maxcy Gregg. Toutefois, l’opération n’est pas encore achevée lorsque Toombs reçoit l’ordre expresse de se replier pour aller se placer à droite de Kemper, sur la route de Harper’s Ferry. Il s’agit de soutenir une des batteries de la division d’A.P. Hill, celle du capitaine David McIntosh. Quelques minutes plus tard, Toombs apprend que McIntosh s’est imprudemment avancé pour se déployer au plus prêt du 8ème Connecticut en train de progresser. Sans soutien, les artilleurs sudistes ont été chassés de leurs pièces. Encore 200 mètres à faire, et les Nordistes, non seulement s’empareront des canons, mais atteindront la route de Harper’s Ferry – coupant à l’armée de Virginie septentrionale sa seule voie de retraite.

2BonnieblueToombs réagit immédiatement, faisant mettre sa brigade au pas de charge, et une course mortelle s’engage. Les Fédéraux atteignent à peine les canons de McIntosh que les Géorgiens les contre-attaquent avec férocité, faisant refluer le 8ème Connecticut. Dans le même temps, dans le grand champ de maïs, le 16ème Connecticut est aux prises avec deux des régiments de Gregg, les 1er et 12ème Caroline du Sud. Le 4ème Rhode Island vient à son secours et flanque les deux unités sudistes par la droite, les obligeant à reculer. Une fusillade nourrie et confuse a lieu, au milieu des plants de maïs à hauteur d’homme. Le colonel Daniel Hamilton, du 1er Caroline du Sud : « Le feu de mon régiment était rapide et les cartouches commencèrent à faire long feu et les charges à encrasser les fusils. Dans certains cas les hommes durent utiliser des pierres pour forcer les cartouches dans le canon. » Soudain, Hamilton a la désagréable surprise de voir arriver sur sa droite un régiment en uniforme bleu. Il hésite sur la conduite à tenir, car il sait que les hommes de la division ont capturé des milliers d’uniformes fédéraux à Harper’s Ferry. Un coup de vent déploie finalement le drapeau du régiment et dévoile le Bonnie Blue Flag, un étendard sécessionniste bleu frappé d’une étoile blanche.

C’est le régiment des South Carolina Rifles – les Fusiliers de Caroline du Sud. Les soldats du 4ème Rhode Island sont victimes de la même méprise, mais eux ne la réalisent que lorsque les Sudistes sont passés sur leur gauche et commencent à les flanquer. L’unité nordiste tente de manœuvrer pour faire face, mais de nombreux officiers sont abattus, ce qui sème le désordre dans les rangs. Pris sous un tir croisé, assaillis par un ennemi qu’ils ne voient pas, les Nordistes inexpérimentés reculent, entraînant avec eux le 16ème Connecticut dans une retraite qui tourne vite à la panique, et les deux unités s’enfuient à toutes jambes jusque derrière l’Antietam. Lorsque le lieutenant-colonel Joseph Curtis cherchera à les rallier un peu plus tard, il ne trouvera que sept hommes sur la rive occidentale, qui avaient spontanément rejoint le 51ème Pennsylvanie de la brigade Ferrero.

3rodmanAlors que Toombs se débarrasse du 8ème Connecticut et que Gregg met la brigade Harland en fuite, se joue un autre combat. Dans l’interstice laissé libre entre les brigades Toombs et Gregg – en raison de la position avancée du second – s’engouffre la brigade de Lawrence Branch, entraînant celle de James Archer sur sa gauche. Les deux unités sudistes marchent vers le nord-nord-ouest, à angle droit de la ligne de bataille principale, fonçant directement sur la gauche de la brigade Ewing. Ici encore, les uniformes bleus fraîchement capturés des Sudistes jouent en leur faveur : les Fédéraux se laissent approcher et ne réalisent leur méprise que trop tard. Isaac Rodman donne aussitôt des ordres pour qu’Ewing fasse front tant bien que mal, tandis que Fairchild réclame à son supérieur l’aide de la brigade Harland. Ignorant qu’elle est déjà en train de craquer, Rodman part la chercher au galop, mais reçoit une balle dans le poumon gauche dont il ne se remettra pas. Le général nordiste mourra le 30 septembre. Pour l’heure, il laisse sa division désorganisée et dans une situation précaire.

La brigade Ewing tente de résister en s’appuyant sur un muret en pierres, mais dans la confusion qui suit la blessure de Rodman, une partie des ordres se perdent. Il en va de même dans le camp sudiste : quand Archer ordonne à sa brigade de charger avec celle de Branch, un seul de ses régiments le suit, le reste croyant à un ordre de… repli ! Malgré cela, les hommes d’Ewing sont rapidement submergés et doivent reculer, aussitôt imités par ceux de Fairchild, serrés de près par les brigades Drayton, Kemper et Toombs. Par un destin étrangement symétrique avec son vis-à-vis confédéré Alexander Hunter, le soldat nordiste David L. Thompson est fait prisonnier alors qu’il est isolé de son régiment, ayant porté secours à des blessés. L’intervention de la brigade Crook, que Burnside envoie à la rencontre des nouveaux arrivants, permet d’éviter que la retraite nordiste ne se transforme en déroute. Crook est finalement repoussé lui aussi, mais il a gagné de précieuses minutes. Celles-ci permettent à la division Sturgis – Ferrero à gauche, Nagle à droite – de s’interposer. Sturgis met sur pied une ligne de défense solide sur les hauteurs qui surplombent le pont inférieur, sur laquelle les Confédérés viennent finalement buter avec de sérieuses pertes.

4attaque_a_p_hillBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 15h30 - 17h30.

1. La brigade Gregg commence à relever les hommes de Toombs.

2. La batterie McIntosh s'installe sur une position trop avancée.

3. Elle est menacée par le 8ème Connecticut, qui oblige ses servants à reculer.

4. Ramenée en arrière pour se ravitailler en munitions, la brigade Toombs fait volte-face pour sauver la batterie McIntosh, donnant le signal de la contre-attaque.

5. Engagés par la brigade Harland, deux des régiments de la brigade Gregg sont flanqués et commencent à reculer.

6. Ils sont secourus par l'arrivée d'un troisième, qui flanque à son tour les hommes de Harland.

7. La brigade Harland déroute, laissant exposé tout le flanc gauche des Nordistes.

8. La brigade Branch attaque le flanc de la brigade Ewing.

9. La brigade Archer l'accompagne mais un seul de ses régiments a compris correctement l'ordre de son chef.

10. Ewing tente de faire face mais n'y parvient pas. Il bat en retraite à son tour.

11. Kemper et Drayton accompagnent Toombs dans sa contre-attaque, obligeant Fairchild, qui n'est plus soutenu sur sa gauche, à reculer aussi.

12. La brigade Welsh approche des premières maisons de Sharpsburg, mais sa progression est prise en enfilade par la brigade de Joseph Walker et privée de soutien par la déroute de la division Rodman. Welsh doit se replier à son tour.

13. Par effet d'entraînement, Christ, déjà contenu par l'artillerie sudiste, recule en voyant Welsh faire de même.

14. les 2ème et 10ème régiments d'infanterie régulière menacent les canons confédérés mais, pris sous le feu de leur propre artillerie et laissés sans soutien, ils interrompent leur attaque.

15. La brigade Crook intervient face à la contre-attaque sudiste et gagne de précieuses minutes avant de céder du terrain.

16. Son action permet à la division Sturgis de former une nouvelle ligne de défense, grâce à laquelle les Nordistes tiendront la tête de pont jusqu'à la nuit.

17. A.P. Hill envoie la brigade Pender en flanc-garde vers le gué Snavely...

18. ... et garde la brigade Brockenbrough en réserve, mettant un terme à l'affrontement.

 

5Sharpsburg_ChurchPlus près de Sharpsburg, l’avantage des Nordistes aura également été de courte durée. En repliant sa brigade, Joseph Walker a flairé une bonne occasion de prendre les hommes de Welsh en enfilade car ceux-ci, en marchant sur la ville, lui présentent leur flanc droit. Il replace donc ses forces en haut du ravin, sur une ligne parallèle à la route qui mène au pont inférieur, et ouvre le feu. Welsh comprend rapidement la menace qui pèse sur lui. Malgré tout, il a toutes les peines du monde à réfréner l’enthousiasme de ses hommes. Les tuniques bleues approchent des premières maisons de Sharpsburg et se voient déjà déferler dans ses rues en infligeant à leurs ennemis une défaite décisive. Il parvient, non sans mal, à les faire reculer sur une position plus sûre, en attendant du soutien sur sa droite. La manœuvre de Joseph Walker, en effet, est pour le moins osée, puisqu’elle le conduit à présenter à l’ennemi son propre flanc gauche. D’autant que Garnett n’est plus là pour le couvrir.

Celui-ci a tenté de reformer sa brigade à l’entrée de Sharpsburg, mais la rue principale est battue par l’artillerie nordiste et Garnett a dû faire replier ses hommes encore plus en arrière, jusqu’à l’abri sommaire fourni par les rues transversales et les maisons de la bourgade. Il n’y a donc plus, pour couvrir la gauche de Joseph Walker, que les artilleurs de Stephen D. Lee. Ces derniers parviennent malgré tout à tenir la brigade Christ en respect en l’accablant de mitraille. Toutefois, les soldats des 2ème et 10ème régiments d’infanterie régulière, emportés par leur élan, continuent à progresser en direction de la ville, alors qu’ils sont censés se limiter à la couverture des batteries déployées autour du pont médian. Ils commencent à abattre les artilleurs sudistes, les obligeant à abandonner la plus avancée de leurs batteries. Les réguliers sont alors prêts à s’en emparer, mais c’est sans doute vers ce moment que les hommes de Christ se replient. La division Rodman enfoncée, Burnside a en effet rappelé celle de Willcox, avec l’ordre de tenir coûte que coûte le pont inférieur et ses abords. N’ayant plus de soutien, et devant prendre garde aux obus nordistes qui tombent trop court devant eux, les réguliers reculent aussi, jusqu’à leur ligne principale. Il est 16 heures passées, l’attaque de Burnside est repoussée, et la droite sudiste est sauvée.

6Thomas-HydeLes derniers feux

La bataille d’Antietam, cependant, n’est pas encore terminée. Vers le milieu de l’après-midi – probablement autour de 16 heures – le colonel Irwin, excédé par les entreprises des tireurs confédérés qui maintiennent sa brigade sous pression, décide de s’en débarrasser. Il ordonne au 7ème régiment du Maine, qui se tient tout à gauche de ses lignes, d’aller chasser l’ennemi de la position qu’il a réoccupée, autour des bâtiments de la ferme Piper. Son chef, un jeune major de 21 ans du nom de Thomas Hyde, croit d’abord qu’il s’agit d’une simple action de tirailleurs, et détache une de ses compagnies à cet effet. Il est stupéfait lorsque son supérieur vient lui ordonner en personne d’engager son régiment dans son intégralité. L’instruction paraît si incongrue que Hyde la fait répéter, mais Irwin la lui confirme sèchement. L’affaire toute entière ressemble à une redite de la fameuse « charge de la brigade légère », un épisode de la guerre de Crimée – en 1854 – où la cavalerie britannique s’était fait massacrer par l’infanterie et l’artillerie russes, dans une attaque aussi glorieuse qu’absurde. Hyde, toutefois, n’a guère d’autre choix que de s’exécuter, et le 7ème Maine entame son attaque insensée.

Irwin n’a sans doute pas tardé à réaliser la portée de son ordre : envoyer en avant un unique régiment, sans soutien d’aucune sorte, dangereusement près de la ligne principale de l’ennemi. Il demande à un des régiments de la division French, placé immédiatement sur sa gauche, d’aller appuyer Hyde, mais son commandant refuse de s’exécuter sans un ordre exprès de son supérieur direct. Irwin observe avec anxiété le 7ème Maine traverser Bloody Lane. Chassant les tireurs ennemis des abords de la ferme Piper, les Nordistes continuent à avancer jusqu’à ce qu’une unité sudiste surgisse de derrière un mur de pierre qui longe la route à péage de Hagerstown, et tente de passer dans son dos. Pour y parer, Hyde doit changer de direction et se replier sur la colline située dans la partie nord du verger Piper. Là, les forces sudistes, dont les restes des brigades Posey, Pryor et G.T. Anderson, ne tardent pas à converger sur lui et l’assaillent sur trois côtés. Le jeune officier n’a bientôt plus d’autre choix que de se replier. Il est aidé en cela par Hancock, qui envoie à son soutien la seule batterie avancée dont il dispose.

7attaque_7_meBataille d'Antietam (17 septembre 1862), 16h - 16h30 : l'équipée du 7ème Maine.

1. Irwin envoie le régiment refouler les tirailleurs sudistes qui harcèlent sa brigade depuis les abords de la ferme Piper, au-delà de Bloody Lane.

2. Après avoir rempli sa mission Hyde est assailli de flanc par une force sudiste.

3. Il fait front et recule dans le verger Piper, où il affronte les restes de trois brigades confédérées.

4. Le soutien de l'artillerie de Hancock, qui commande désormais la division Richardson, lui permet de se dégager.

5. Le 7ème Maine regagne sa position de départ.

 

Hyde réussira finalement à ramener le 7ème Maine à sa position de départ – au grand soulagement d’Irwin, qui ne tarira pas d’éloges sur son jeune subordonné dans son rapport sur l’incident. Cette attaque – guère utile au demeurant – d’une demi-heure n’en aura pas moins coûté cher au régiment, qui y laisse 98 hommes sur 191. L’action de Hyde lui vaudra de recevoir, près de trente ans plus tard, la plus haute décoration militaire des États-Unis – la Médaille d’honneur du Congrès. On notera que D.H. Hill rapportera l’incident de manière fort différente, comparant l’attaque du 7ème Maine à une « farce ». Pour lui, les Nordistes ont été bêtement pris par surprise et se sont enfuis sans demander leur reste : « Un cri et une salve les informèrent de ce dangereux voisinage. La peur chez le Yankee est aiguë ; l’information fut vite comprise, et fut suivie par la fuite la plus rapide qu’il m’ait été donné de voir. » Connaissant le parti-pris de D.H. Hill en la matière, il est difficile de considérer sa relation comme pertinente. Il n’en reste pas moins que son humour cassant, combiné à une plume acerbe et à son irrépressible mauvaise foi dès qu’il s’agit des Nordistes, en fait un des généraux dont les rapports sont souvent les plus amusants à lire.

8PryDans la maison Pry, où McClellan a installé son quartier général, l’heure n’est cependant pas à la plaisanterie. Le chef de l’armée du Potomac s’interroge sur la suite à donner à l’engagement, et en confère avec Porter et Sykes. Ce dernier suggère de tenter une dernière attaque au centre, par le pont médian. Il fait remarquer que l’essentiel de l’aile droite sudiste a convergé sur la tête de pont tenue par Burnside, alors que l’attaque du 7ème Maine a attiré l’attention d’une partie du centre ennemi vers la gauche, dégarnissant les abords est de Sharpsburg. Ce serait, du reste, un bon moyen de soulager le IXème Corps, toujours pressé par l’ennemi. McClellan est sensible à ces arguments, mais ne peut que constater que la division Sykes elle-même n’est pas en position de mener cette attaque : la majorité des brigades de Robert Buchanan et Charles Lovell a déjà été engagée en couverture de l’artillerie disposée autour du pont médian, et celle de Gouverneur Kemble Warren s’emploie à stopper les fugitifs sur les arrières de l’armée. Dans un premier temps, McClellan fait rappeler la division Morell, qu’il a envoyée un peu plus tôt renforcer Sumner sur la droite. Porter, toutefois, s’oppose à l’attaque suggérée, faisant remarquer à son supérieur « Rappelez-vous, mon général, que je commande la dernière réserve de la dernière armée de la République ». Cet avertissement solennel, que rapportera plus tard Sykes mais que Porter niera, réveille les vieux démons de McClellan, et la prudence l’emporte sur toute autre considération. Le général en chef laisse échapper sa dernière occasion de remporter une victoire décisive.

9toombsAu quartier général de l’armée de Virginie septentrionale, situé dans une maison isolée à l’ouest de Sharpsburg, Lee et ses subordonnés se demandent de quelle manière mettre à profit la résistance inopinée de leurs troupes, et exploiter au mieux la dernière petite heure de jour qu’il leur reste encore. Jackson propose de tourner la droite nordiste en profitant de la position avantageuse que fournit Nicodemus Hill, une idée qui séduit son supérieur. Vers 17 heures, le chef de l’aile gauche sudiste effectue personnellement une reconnaissance dans le secteur concerné, tandis que des éléments d’artillerie se placent sur la hauteur et prennent à partie les canons nordistes déployés autour de la ferme de Joseph Poffenberger. En quelques minutes, l’affaire est entendue : les artilleurs confédérés sont écrasés et leurs pièces réduites au silence. De son côté, Jackson ne peut que constater que la droite fédérale est trop bien ancrée sur le Potomac pour pouvoir être tournée. Son rapport, et celui de S.D. Lee, persuadent le général en chef sudiste d’abandonner l’idée d’une attaque.

De l’autre côté du champ de bataille, face à la tête de pont tenue par les Nordistes, les attaques confédérées faiblissent. La brigade de Robert Toombs cherche à poursuivre sa progression, mais de plus en plus prudemment, car son chef craint de revenir à portée des batteries lourdes ennemies, restées sur l’autre rive de l’Antietam. Après s’être emparé d’une clôture, il fait mettre ses hommes sur la défensive. Quoi qu’on pense du personnage, il est indéniable que sa prestation à Antietam a été excellente. Obstiné, faisant preuve d’initiative, bien aidé par Benning et par ses soldats, le général politique de Géorgie a été décisif à plusieurs reprises, que ce soit devant le pont inférieur, dans le grand champ de maïs, ou le long de la route de Harper’s Ferry – à cent lieues de son indiscipline des Sept Jours. Toombs, du reste, en aura pleinement conscience. Arguant de ses états de service à Sharpsburg – le nom donné à la bataille d’Antietam par les Confédérés – il demandera à être promu au commandement d’une division. Ses espoirs seront rapidement déçus, mais Toombs retombera aisément sur ses pattes : démissionnant de l’armée, il reprendra sa carrière politique avec l’espoir d’y faire fructifier ses exploits militaires.

10Lawrence_branchDu reste, les soldats sudistes ont eux aussi souffert face au IXème Corps. Beaucoup de soldats manquent à l’appel, et pas forcément pour des raisons justifiables en regard des règlements militaires. Un des officiers de la brigade Toombs, le capitaine John McGregor, cite ainsi plusieurs sous-officiers et soldats, envoyés chercher de l’eau, mais n’ayant opportunément rejoint leur unité que le lendemain. De son côté, Richard Garnett tente de regrouper, à nouveau, des isolés dans les rues de Sharpsburg, de manière à renforcer le centre dangereusement exposé de l’armée sudiste. Les traînards, cependant, objectent qu’ils sont à la recherche de leurs unités et refusent de le suivre. Les Nordistes ne sont pas mieux lotis. Le lieutenant Samuel Benjamin, qui commande une unité d’artillerie placée en soutien de Burnside, lui fait savoir qu’il n’a plus de projectiles. En réponse, le général le prie de continuer à tirer des gargousses à blanc, afin d’attirer sur lui le tir des canons sudistes et de soulager ainsi ses troupes. Ce coup d’esbroufe réussit, mais soumet les pièces à un rude traitement : les évents de deux canons ont tellement chauffé que le métal fondu les a bouchés, les mettant hors service. Il est 17 heures 30 et le soleil est en train de se coucher ; peu à peu, fusillade et canonnade baissent en intensité. La bataille d’Antietam touche à sa fin. A.P. Hill a encore deux brigades en réserve, mais il préfère positionner celle de Dorsey Pender en flanc-garde sur sa droite, et économiser celle de John Brockenbrough, arrivée tardivement, en prévision d’une éventuelle reprise des combats le lendemain.

Quelques minutes après que le soleil ait disparu sous l’horizon, toujours afin de préparer au mieux sa division pour le jour suivant, A.P. Hill effectue une reconnaissance avancée en compagnie de ses commandants de brigades et du général Lee. Dans l’obscurité grandissante, le groupe de cavaliers est repéré par un tireur d’élite nordiste, qui les ajuste et tire. Sa balle atteint Lawrence Branch à la joue droite, traverse son crâne de part en part, détruisant au passage le cervelet et causant la mort du général sudiste, avant de ressortir au niveau de son oreille gauche. Le corps humain n’étant pas une motte de beurre, la boîte crânienne de Branch dévie suffisamment le mortel projectile pour que celui-ci aille finir sa course dans la cuisse de Maxcy Gregg, qui se tenait quelques mètres plus loin. Même si Gregg y survivra, une seule balle prive ainsi l’armée de Virginie septentrionale de deux généraux. Branch et Gregg font partie des dernières victimes de la bataille d’Antietam. Cette dernière, après douze heures sanglantes, peut-être considérée comme terminée, même si les piquets des deux camps continueront à échanger des coups de feu jusque vers 21 heures.

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