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Guerre de Sécession : la proclamation d'émancipation (2/3)

recruitment-broadsideÀ long terme, les soldats noirs se révélèrent précieux pour l’effort de guerre nordiste. Ils commencèrent à affluer à un moment crucial, où les volontaires commençaient à se faire rares, et où la conscription, finalement instaurée en mars 1863 et appliquée à partir de juillet, peinait à remplir son rôle – la plupart des conscrits tirés au sort parvenant tant bien que mal à payer les 300 dollars permettant d’être exemptés, à tel point qu’il fallut limiter à un an, à partir de 1864, la durée de cette exemption. Les Afro-Américains fournirent environ dix pour cent des effectifs totaux des armées nordistes, et même s’ils ne furent que rarement engagés directement au combat, leur emploi permit de libérer des unités blanches qui, elles, le furent. En émancipant les esclaves sudistes, Abraham Lincoln s’assurait de voir les fugitifs affluer de plus belle vers les positions nordistes, à l’abri desquelles ils auraient la meilleure raison possible pour s’enrôler dans l’armée fédérale : combattre pour leur liberté et celle de leur semblables. Le premier objectif stratégique de la proclamation présidentielle était donc d’alimenter en hommes les armées nordistes.

 

Un coup de maître stratégique

Il y en avait d’autres, aux répercussions autrement plus importantes – et qui, à terme, pesèrent lourdement dans la victoire finale de l’Union. Si ses plus farouches partisans se plaisaient à affirmer que l’esclavage était la pierre angulaire de la société sudiste, et que celle-ci s’effondrerait si l’asservissement venait à disparaître, il était surtout le pilier central de l’économie de guerre confédérée. La majeure partie de la population mâle adulte du Sud avait été mobilisée et servait sous les drapeaux : beaucoup moins peuplée et souffrant par conséquent d’un sévère désavantage numérique sur les champs de bataille, la Confédération avait très tôt recouru à cette impopulaire mesure, à laquelle des amendements successifs ne permirent bientôt plus d’échapper. Les hommes qui étaient à l’armée n’étaient plus dans les champs pour faire tourner l’économie essentiellement rurale du Sud, tout comme ils étaient absents de son industrie naissante, dont la guerre avait entraîné le développement à marche forcée. Les trois millions et demi d’esclaves de la Confédération compensaient ces absences – partiellement, parce qu’ils continuaient une main-d’œuvre généralement sous-qualifiée et que la majorité des foyers sudistes ne possédaient pas d’esclaves.

CSS_AdvanceToutefois, les esclaves continuaient à faire fonctionner les plantations, cultivant ces productions à forte valeur ajoutée qui faisaient la richesse du Sud. Certes, les exportations avaient chuté. L’idée d’un chantage à l’embargo sur le coton, destiné à faire pression sur les puissances européennes pour qu’elles reconnaissent la Confédération, avait conduit nombre de planteurs à fermer d’eux-mêmes le robinet de « l’or blanc », durant les premiers mois de la guerre. Ils en étaient vite revenus, car le Sud manquait cruellement de capitaux, et le coton constituait sa principale monnaie d’échange pour obtenir tout ce qu’il ne pouvait produire sur son sol – et ce n’était pas ce qui manquait. Entre temps, la Confédération avait dû faire face à deux autres problèmes. En premier lieu, le blocus des côtes par la marine fédérale commençait à faire sentir ses effets. Toutefois, en 1862, il était encore très incomplet et globalement peu efficace. En revanche, la perte de la Nouvelle-Orléans, et l’avancée des troupes de l’Union le long des principales voies navigables de l’Ouest, avaient grandement désorganisé les transports internes de marchandises, sachant que la majeure partie de celles-ci transitaient par voie fluviale avant d’être exportées.

Malgré tout, il continuait à sortir de la Confédération, grâce aux forceurs de blocus, suffisamment de coton pour permettre au Sud de l’échanger, en Angleterre et en France, contre les uniformes, les chaussures, les médicaments, les armes qui manquaient à ses armées. Ce commerce se faisait avec la bienveillance des Britanniques, qui pouvaient ainsi continuer à faire des affaires tout en alimentant leurs filatures avec le coton sudiste. Le port de Nassau, aux Bahamas, devint ainsi un havre pour les forceurs de blocus, dont  la flotte nordiste ne pouvait approcher sans risquer de violer la neutralité anglaise – avec tous les risques diplomatiques que cela comportait. Elle s’en tenait donc éloignée, ce qui facilitait d’autant la tâche des navires sudistes. Proclamer l’émancipation des esclaves du Sud, dans ce contexte, constituait aussi une tentative pour supprimer le problème à la racine. En leur donnant une incitation d’autant plus forte à fuir leur condition, Lincoln s’assurait du même coup de réduire la production, car moins d’esclaves dans les plantations signifiait moins de coton récolté. Le corollaire en serait immanquablement une réduction des exportations. Et moins de coton exporté signifiait moins d’armes pour la Confédération.

William-h-sewardMais la marche vers l’abolition était aussi une offensive diplomatique. À l’été de 1862, alors que le Sud avait repris l’initiative pratiquement sur tous les fronts et menaçait le territoire même de l’Union, le danger d’une reconnaissance officielle de la Confédération par le Royaume-Uni et la France – et son corollaire, celui d’une potentielle intervention directe en faveur des Sudistes – était peut-être plus aigu encore qu’en novembre précédent, au moment de la crise diplomatique déclenchée par l’incident du Trent. Cette menace militaire était matérialisée, depuis mars 1862, par la présence d’une puissante armée française au Mexique. L’année précédente, le nouveau président mexicain Benito Juarez avait suspendu le paiement des intérêts de sa dette extérieure. La France étant au nombre des créditeurs concernés, l’empereur Napoléon III usa de ce prétexte pour justifier une ambitieuse aventure coloniale : envahir le Mexique pour en faire un État vassal de la France. Même si leur défaite à Puebla, le 5 mai, avait obligé les Français à se mettre sur la défensive, il était clair qu’ils profiteraient de la guerre civile états-unienne pour avoir les mains libres au Mexique.

Napoléon III avait donc tout intérêt à ce que les États-Unis demeurent affaiblis et divisés, et la présence de ses troupes au Mexique était d’une proximité dangereuse pour le gouvernement fédéral. Le gouvernement de la reine Victoria n’était pas en reste, dans la mesure où cette situation lui permettait de renforcer son influence dans l’hémisphère occidental, après quatre décennies d’impérialisme américain dans la région – doctrine Monroe oblige. D’où l’aide discrète de la Grande-Bretagne et de la France à la Confédération, et le risque bien réel de voire ce soutien devenir plus affirmé. Mais si les gouvernements français et britannique regardaient la Confédération avec une bienveillance intéressée, il n’en allait pas du tout de même pour leurs opinions publiques respectives. En Grande-Bretagne comme en France, la lutte pour l’indépendance d’une nation fondée sur l’esclavage n’inspirait guère la sympathie, que ce soit des ouvriers anglais ou des paysans français. L’institution servile leur était trop étrangère, et elle était le plus souvent vue comme archaïque et barbare. C’est peut-être bien là le plus grand coup de maître de Lincoln : en transformant la guerre pour restaurer l’Union en guerre contre l’esclavage, il s’assurait d’écarter toute possibilité d’intervention étrangère en faveur du Sud, car les opinions publiques européennes n’accepteraient jamais de voler au secours de l’institution servile.

 

Emancipation_proclamationUn document ambigu

Le président nordiste, malgré les risques politiques encourus avec une telle proclamation, avait résolu d’y recourir depuis plusieurs semaines. Tout ce dont il avait besoin pour mettre son plan en application, c’était une victoire. Édicter la proclamation d’émancipation au beau milieu des revers de l’été 1862 l’aurait fait passer pour la mesure désespérée d’un gouvernement aux abois, ce qui en aurait réduit considérablement l’impact et, sous certains aspects, aurait même abouti à des effets contraires à ceux recherchés. La bataille d’Antietam fut cette victoire. C’était loin d’être une victoire franche, et peut-être même n’était-ce pas une victoire tout court. Toutefois, à long terme, la proclamation d’émancipation allait en faire un triomphe. Antietam n’avait pas permis à l’armée nordiste de refouler complètement l’ennemi sur le terrain, et encore moins de l’anéantir, alors que l’affrontement avait offert une belle occasion d’y parvenir. Toutefois, cette bataille avait finalement contraint Lee à mettre un terme à son invasion du Nord. Elle représentait donc une victoire défensive, ce qui n’était pas sans conséquences d’un point de vue symbolique et politique. En effet, cela permettait à Lincoln de montrer la Confédération non pas en nation émergente luttant pour son indépendance, mais en envahisseur, luttant pour étendre une institution malfaisante : l’esclavage. De ce point de vue, la proclamation d’émancipation arriva à point nommé.

slaves_alexandriaDans la mesure où la question de savoir si le gouvernement fédéral – ou même le Congrès – jouissait ou non de la capacité juridique d’abolir l’esclavage, avait été un des débats majeurs de l’avant-guerre, il peut sembler très surprenant qu’Abraham Lincoln se soit d’un seul coup décidé à le faire par une simple proclamation. C’est une interprétation trompeuse, tout simplement parce qu’en réalité, la proclamation du 22 septembre 1862 n’abolissait pas du tout l’esclavage. D’un strict point de vue juridique, elle ordonnait simplement aux forces armées de l’Union de traiter les esclaves rencontrés sur le territoire de la Confédération en hommes libres. Lincoln l’émettait en tant que commandant en chef des armées, une des prérogatives majeures de la fonction présidentielle. Puisque l’armée pouvait saisir les esclaves en tant que biens ennemis, conformément aux Confiscation Acts, elle pouvait tout aussi bien les affranchir automatiquement, ce faisant, sur ordre du président et sans que cela nécessite ni loi, ni amendement constitutionnel. La proclamation d’émancipation ne faisait qu’anticiper et condenser ce processus. Si les esclaves du Sud étaient émancipés, l’esclavage restait dans le même temps tout à fait légal aux États-Unis.

Ce paradoxe était à l’origine des ambiguïtés véhiculées par la proclamation, à commencer par son extension géographique. L’émancipation ne concernait pas les quatre États esclavagistes demeurés dans l’Union, qu’il s’agisse du Maryland et du Delaware, qui n’avaient jamais fait sécession sous aucune forme que ce soit, ou du Missouri et du Kentucky, dont des législatures dissidentes avaient proclamé le rattachement à la Confédération – leurs législatures majoritaires étant quant à elles restés fidèles à l’Union. Le gouvernement fédéral n’était absolument pas désireux de les obliger à abolir l’esclavage, ne serait-ce que pour ne pas les pousser inutilement à rejoindre le camp sudiste. Lincoln préférait les inciter à le faire de leur plein gré, répétant à plusieurs reprises que le gouvernement fédéral indemniserait les propriétaires d’esclaves ainsi lésés. Une résolution du Congrès fut d’ailleurs votée en ce sens le 10 avril 1862, promettant le versement d’une indemnité à toute personne qui affranchirait ses esclaves. Pour montrer sa bonne volonté, le cabinet Lincoln lui emboîta aussitôt le pas en abolissant l’esclavage dans le district de Columbia, qu’il administrait directement puisqu’il abritait Washington. La capitale fédérale comptait un peu plus de 3.000 esclaves sur ses 75.000 habitants, et leurs propriétaires furent dédommagés.

johnsona1yQuant aux onze autres États, ceux qui avaient fait sécession, ils n’étaient eux-mêmes pas forcément concernés dans leur intégralité. La proclamation excluait ainsi la ville de la Nouvelle-Orléans et treize paroisses – l’équivalent louisianais du comté – sous le contrôle des forces nordistes. Les 48 comtés qui formaient alors la Virginie occidentale n’étaient pas non plus concernés. Du reste, la Virginie occidentale – qui s’était séparée de la Virginie après avoir rejeté la sécession de celle-ci – était sur le point d’intégrer l’Union en tant qu’État. Ce serait chose faite le 20 juin 1863, avec une constitution qui autorisait la pratique de l’esclavage. Sont également exclus de la proclamation six autres comtés de Virginie : Accomack et Northampton, isolés sur la rive nord de la baie de Chesapeake et qui n’avaient jamais été sous le contrôle de la Confédération ; York et Elizabeth City, autour de la forteresse Monroe, sur la Péninsule de Virginie ; et enfin Princess Anne et Norfolk, autour de la ville du même nom. Tous sont alors solidement sous le contrôle militaire de l’Union.

Plus surprenant, la proclamation ne s’appliquait pas non plus au Tennessee. L’homme que Lincoln avait nommé gouverneur militaire de cet État après l’occupation de Nashville, Andrew Johnson, était un des principaux chefs de file des démocrates ralliés à la guerre. Johnson considérait que la sécession du Tennessee, bien que ratifiée par une majorité d’électeurs en juin 1861, était illégale et par conséquent nulle et non avenue. Il arguait ainsi que le Tennessee n’avait jamais quitté l’Union, et que la proclamation d’émancipation, comme pour les quatre autres États esclavagistes restés dans le giron nordiste, ne pouvait lui être appliquée. Lincoln se plia de bonne grâce à cette fiction juridique, alors même que le contrôle militaire de l’Union sur cet État n’était que très incomplet, essentiellement parce que cela lui permettait de se concilier les bonnes grâces à la fois de la frange du parti démocrate qui soutenait le gouvernement fédéral, et des unionistes du Tennessee oriental – bien que ceux-ci fussent encore sous la domination des Sudistes.

Slave_Quarter_Smiths_Plantation_Port_Royal

Un premier pas seulement

En définitive, sur l’ensemble du territoire auquel devait s’appliquer la proclamation d’émancipation, une infime partie était réellement occupée par les forces armées nordistes. Ce n’était le cas que de quelques comtés de l’Arkansas, dans le nord de l’État et autour d’Helena, le long du Mississippi ; de l’extrême nord de l’État du Mississippi, entre Memphis et Corinth, occupé depuis la prise de cette dernière ; de quelques positions dans le nord de l’Alabama, le long de la Tennessee. Les bastions nordistes les plus solidement tenus étaient ceux de la côte de Géorgie et des Carolines, des environs du fort Pulaski à l’île de Roanoke en passant par la passe de Port Royal. Ces zones comportaient une forte proportion d’esclaves, mais elles étaient assez peu densément peuplées, de sorte qu’en tout, la proclamation d’émancipation ne déboucha que sur quelques dizaines de milliers d’affranchissement lors de son entrée en vigueur, le 1er janvier 1863. C’était peu en comparaison des quatre millions d’esclaves vivant alors aux États-Unis, Nord et Sud confondus.

Le plus grand paradoxe du texte promulgué par Lincoln fut peut-être de parvenir à atteindre autant d’objectifs stratégiques tout en accomplissant si peu. La proclamation, en effet, libérait l’esclavage partout, sauf précisément là où le président nordiste avait le pouvoir de la faire appliquer. En résumé, c’était une coquille vide – mais peut-être une des plus puissantes coquilles vides de l’histoire des États-Unis. Sur le long terme, elle signa l’arrêt de mort de la Confédération, notamment parce qu’elle rendit improbable sa reconnaissance par les puissances européennes. Elle contribua aussi à saper l’effort de guerre sudiste, car chaque avancée des armées nordistes voyait augmenter le nombre de fugitifs ayant quitté leurs plantations. En tant que mesure de guerre, elle remplit pleinement ses objectifs.

greeleyLincoln, du reste, ne l’avait pas envisagée autrement. Un mois avant sa promulgation, il écrivait à Horace Greeley, le rédacteur en chef du journal républicain New York Tribune : « Mon objectif suprême dans cette lutte est de sauver l’Union, et n’est ni de sauver ni de détruire l’esclavage. Si je pouvais sauver l’Union sans libérer un seul esclave je le ferais, et si je pouvais la sauver en libérant tous les esclaves je le ferais ; et si je pouvais la sauver en en libérant certains et pas d’autres je le ferais également. » Il était clair que pour le président nordiste, l’émancipation était avant toute chose un moyen de la guerre qu’il menait, et non une fin de celle-ci. Le caractère restreint et apparemment « creux » de la proclamation d’émancipation était un moyen d’éviter habilement les pièges institutionnels et politiques qu’aurait fait surgir une abolition générale de l’esclavage. La proclamation n’était pas plus qu’un premier pas dans cette direction. Lincoln continua par la suite à proposer aux États esclavagistes encore dans l’Union d’abolir l’esclavage par eux-mêmes, moyennant une indemnité gouvernementale pour les propriétaires lésés. Il restait fidèle à son idée d’une institution disparaissant par elle-même, sans qu’il soit besoin de la supprimer de force.

Plusieurs États finirent par aller dans ce sens, interdisant l’esclavage sur leur territoire alors que la guerre touchait à sa fin. Le Maryland fut le premier à le faire, le 1er novembre 1864. Le Missouri lui emboîta le pas le 11 janvier 1865, suivi trois jours plus tard du Tennessee – toujours sous l’impulsion d’Andrew Johnson, qui s’apprêtait alors à abandonner son poste de gouverneur militaire de l’État pour celui de vice-président. Le 3 février, enfin, ce fut le tour de la Virginie occidentale. L’esclavage fut également aboli en Louisiane en décembre 1864 : la plus grande partie de l’État était alors occupée par l’armée nordiste, et le gouverneur militaire avait cédé sa place à une administration civile (républicaine) depuis mars de la même année. Dans le même temps, toutefois, l’idée d’une abolition générale avait fait son chemin. Entre décembre 1863 et février 1864, pas moins de quatre propositions majeures d’amendements constitutionnels allant dans ce sens furent soumises au Congrès, aussi bien par des républicains radicaux que par des démocrates pro-guerre. Une synthèse de ces projets fut votée par le Sénat le 8 avril 1864.

13thAprès avoir été rejetée une première fois par la Chambre des représentants, la proposition reçut le soutien du pouvoir exécutif. À ce stade, les armées nordistes étaient en bien meilleure posture que deux ans plus tôt. Les républicains radicaux étaient soucieux de ne pas voir la mesure de guerre que représentait la proclamation d’émancipation disparaître avec la fin, désormais proche à plus ou moins long terme, des hostilités. Lincoln fut sensible à cet argument et endossa la proposition. Avec sa réélection, en novembre 1864, l’adoption de l’amendement n’était plus qu’une question de temps, et il fut finalement voté par la Chambre le 31 janvier 1865. Le lent processus de ratification – par les législatures des États, à la majorité des trois quarts – commença aussitôt après. Ce ne fut qu’une formalité dans les États du Sud, désormais occupés par l’armée fédérale et dont les législatures avaient été mises en place sous le contrôle de l’administration militaire. Ironiquement, c’est d’ailleurs l’un d’entre eux, la Géorgie, qui fit entrer en vigueur ce treizième amendement à la constitution – interdisant l’esclavage et accordant l’égalité civique aux Afro-Américains – en le ratifiant le 6 décembre 1865.

La ratification n’alla pas sans quelques accrocs. Le New Jersey dut ainsi s’y reprendre à deux fois pour approuver l’amendement, en février 1866 seulement. Le Texas ne l’accepta qu’au moment de sa réintégration formelle au sein de l’Union, en 1870. Enfin, trois autres États le rejetèrent purement et simplement, et ne le ratifièrent symboliquement que beaucoup plus tard : le Delaware en 1901, le Kentucky en 1976, et le Mississippi – le dernier – en… 1995. Ayant été assassiné le 14 avril 1865, Abraham Lincoln ne vit jamais la fin constitutionnelle de l’esclavage. Il y avait néanmoins contribué plus que tout autre, en premier lieu par l’intermédiaire de sa proclamation d’émancipation. Le treizième amendement était aussi une grande victoire de l’égalité, car il faisait des Noirs des citoyens américains à part entière. Les républicains radicaux n’avaient pas été désintéressés dans l’adoption de cette mesure, puisqu’elle leur offrait dans le Sud une assise électorale qu’ils n’avaient jamais eue auparavant. Toutefois, cela n’allait pas aller sans heurts, ni durer bien longtemps d’ailleurs : dans les années qui suivirent, les anciens États confédérés trouvèrent toute une panoplie de moyens légaux pour priver les Afro-Américains de leurs droits civiques. Appartenant à un autre chapitre de l’histoire des États-Unis, celui de la « Reconstruction », ces événements allaient être le point de départ d’un siècle de ségrégation.

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