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Guerre de Sécession : la bataille de Perryville (2/3)

cheatham1qVers la mi-journée, le corps d’armée McCook commence à se déployer à gauche de celui de Gilbert. Les combats ont pratiquement cessé depuis que Sheridan a replié ses forces sur Peters Hill. Les hommes de la division Rousseau peuvent voir, à quelques encablures au nord de Perryville, d’énormes nuages de poussière s’élever dans le ciel. Le relief, toutefois, leur en masque la cause. Habitués à voir leur adversaire se retirer sans combattre, la plupart d’entre eux pensent que les Confédérés sont en train d’évacuer la ville. Il n’est toutefois pas question d’attaquer : avant d’aller rejoindre Buell à son quartier général, McCook a ordonné de ne pas bouger. Personne n’imagine, dans les rangs nordistes, que cette poussière est soulevée par la division Cheatham, en train de se positionner pour les attaquer de flanc.

 

 

Perryville, bataille de la soif

La situation est suffisamment calme pour inciter Lovell Rousseau à envoyer la brigade de William Lytle puiser de l’eau dans les mares de la Doctor’s Creek. Lytle, un avocat de l’Ohio, est aussi un homme de lettres à qui ses poésies ont valu avant la guerre une renommée nationale. À présent colonel, il envoie le 42ème régiment de l’Indiana à la corvée d’eau sous la protection du 10ème de l’Ohio, déployé en tirailleurs sur la rive opposée. Ce dernier y est rapidement pris à partie par les Confédérés : des éléments avancés des brigades de Sterling Wood et Bushrod Johnson, en train de prendre position sur une autre colline située au nord-ouest de Perryville, Chatham Hill, en vue de l’attaque sudiste à venir. Les fantassins sudistes, en fait, protègent leurs canons, qui sont en train d’être mis en batterie. Bientôt, les soldats de l’Ohio reculent, obligeant leurs camarades de l’Indiana à interrompre leur tâche. Les deux régiments retraversent le lit asséché de la Doctor’s Creek pour rejoindre leur brigade, que son commandant fait aussitôt déployer en position défensive.

lytle1dPendant ce temps, la division Cheatham se tient prête à attaquer. Ses trois brigades – la quatrième, celle de Preston Smith, a été détachée et sera finalement renvoyée à Harrodsburg pour couvrir les arrières de l’armée – sont massées près de la ferme Goodnight. Toutefois, ce que découvre Polk depuis son point d’observation n’est guère engageant : le général sudiste peut constater à loisir que de nouvelles unités nordistes continuent à arriver, et qu’elles se déploient là où aurait dû se trouver, d’après le plan de Bragg, le flanc sans protection des Fédéraux. Peu réputé pour son agressivité, Polk décide d’attendre de plus amples instructions, mais sans informer Bragg de la nouvelle situation. Lorsqu’à midi et demie les quatre batteries sudistes déployées sur Chatham Hill ouvrent le feu sur la brigade Lytle, aucune attaque ne se déclenche – à la grande incompréhension de Bragg. Le feu des canons sudistes n’a pour seul effet d’aggraver le problème, en poussant Rousseau à faire avancer la brigade de Leonard Harris et une batterie supplémentaire pour se positionner sur la gauche de Lytle. Un peu plus tard, Rousseau emprunte la brigade de George Webster à la division Jackson, pour soutenir Harris en la plaçant légèrement en arrière sur sa gauche.

De retour vers 13 heures, McCook finit par ordonner à ses artilleurs de cesser le feu, car il ne voit venir aucune attaque et souhaite appliquer à la lettre ses instructions – ne pas déclencher d’engagement le jour même. Les artilleurs sudistes, eux, continuent à tirer, mais leur feu n’est guère efficace car leurs pièces – dont une large proportion de petits canons de 6 livres en bronze – sont trop peu puissantes. Ce bombardement finit par être entendu jusqu’au quartier général de Buell, où Gilbert se trouve à nouveau. Persuadés de n’avoir rien à craindre de leur ennemi, les deux hommes interprètent les coups de canon comme des… tirs d’entraînement exécutés par les artilleurs de la division Sheridan. Excédé par ce qu’il commence à percevoir comme une insubordination manifeste, Gilbert fait ordonner sèchement à Sheridan de « cesser cet inutile gaspillage de poudre » et d’économiser ses munitions pour l’attaque du lendemain. Prévenu peu après 14 heures, Sheridan se le tiendra pour dit et restera pratiquement l’arme au pied pour le restant de la journée, alors même qu’une bataille majeure se déroulera devant ses yeux.

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La bataille de Perryville, 8 octobre 1862 : déploiement des troupes aux environs de 14 heures. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.org).

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Satisfait de son déploiement sur la route de Mackville, Alexander McCook l’est beaucoup moins de son flanc gauche. Il a notamment repéré une éminence, Open Knob, qui, entre des mains ennemies, permettrait de prendre tout son dispositif en enfilade. Il décide donc de l’occuper avec ses deux brigades restantes : celle de William Terrill (division Jackson) y prendra position avec la batterie du lieutenant Parsons, tandis que celle de John Starkweather (division Rousseau) la soutiendra sur une position légèrement en retrait, sur sa droite. À son quartier général, situé au nord-est de Perryville, Braxton Bragg attend quant à lui le déclenchement de son attaque avec une impatience grandissante. D’un tempérament sanguin, il n’y tient plus et finit par aller trouver de lui-même Polk pour savoir ce qu’il en est. Ce n’est que lorsqu’il le rejoint près de la ferme Goodnight, un peu avant 13 heures 30, que Bragg apprend que les Fédéraux ont étendu leurs lignes vers la gauche et que son plan initial est caduc. Il décide alors de déplacer la division Cheatham encore un peu plus vers sa droite, mais de quelques centaines de mètres seulement. Bragg, en effet, n’a pas vu, à cause du terrain extrêmement vallonné de cette région du Kentucky, les deux brigades nordistes en train de se diriger vers Open Knob.

La division Cheatham se dirige donc vers sa nouvelle position, située dans un méandre de la Chaplin, baptisé « méandre Walker » du nom du fermier qui y a construit sa maison – une caractéristique récurrente de la toponymie rurale états-unienne. Or, Terrill a, dans le même temps, bien l’intention de profiter de la proximité de sa nouvelle position avec la rivière pour faire remplir les gourdes de ses hommes assoiffés. Il lance donc des tirailleurs en avant pour une reconnaissance, et ceux-ci, en approchant les abords du méandre Walker, tombent sur les sentinelles confédérées qui couvrent le mouvement de la division Cheatham. Cette dernière manque d’être complètement repérée, mais les épais fourrés qui couvrent l’intérieur du méandre la dissimulent aux yeux des Nordistes. Ceux-ci ne parvenant pas à repousser leurs vis-à-vis, ils se replient sans réaliser la menace qui pèse sur la gauche fédérale. Alors que Terrill prépare une corvée d’eau en bonne et due forme, les soldats de Benjamin Cheatham finissent de se ranger en ordre de bataille, leurs trois brigades placées l’une derrière l’autre et prêtes à passer à l’action.

donelson2De la manœuvre de flanc à l’attaque frontale

La brigade de Daniel Donelson est la première à s’élancer. La traversée de la Chaplin s’avère difficile, moins en raison de l’eau, qui a pratiquement disparu, que des pentes escarpées qui s’élèvent de part et d’autre du lit de la rivière. L’opération prend du temps, et il est près de 14 heures 30 lorsque ses soldats – trois régiments du Tennessee, les deux autres ayant été envoyés en soutien de batteries – débouchent en ordre de bataille sur les hauteurs. Les officiers sudistes réalisent immédiatement qu’en fait de flanc sans protection, ils font face à une ligne solidement déployée sur une position qui surplombe la leur. Donelson décide malgré tout de marcher droit sur la batterie nordiste située devant lui, à la jonction des brigades Starkweather et Harris. À la tête du 16ème Tennessee, le colonel John Savage tient cet ordre pour suicidaire. Méprisant Donelson, qu’il tient pour un ivrogne incompétent, il ordonne à son régiment de charger au pas de course, alors que le reste de la brigade avance normalement.

Ainsi disloquée, la brigade Donelson l’est encore davantage par le feu ennemi : depuis Open Knob, la batterie Parsons l’accable sur sa droite, tandis qu’un des régiments de Harris la prend bientôt en enfilade sur sa gauche. Ces tirs croisés font littéralement fondre les effectifs en quelques minutes. Carroll Clark, un des soldats sudistes engagés, racontera dans ses mémoires : « Les gars tombaient morts et blessés autour de moi et je pensais que nous allions tous être tués. Certains de mes copains d’école et de mes camarades de jeu, des voisins et des amis, ont perdu leur vie là-bas… Si vous voulez savoir ce qu’un soldat ressent dans une bataille comme celle-là, vous allez devoir le demander à quelqu’un d’autre. Je ne saurais l’expliquer, mais je n’avais aucun espoir de m’en sortir vivant. » Alors que Savage veut changer l’axe de l’attaque pour marcher sur la batterie Parsons, Cheatham ordonne à Donelson de continuer selon le plan initial. En lieu et place, il envoie la brigade Maney étendre sa ligne vers la droite pour la réduire au silence. Son intervention sera toutefois trop tardive : lorsqu’elle entrera en jeu, la brigade Donelson aura déjà eu son compte et aura commencé à reculer, Savage récoltant une blessure au passage.

John_Houston_SavageLa situation des Nordistes est pourtant loin d’être idéale. Pour la plupart, les hommes de McCook participent à leur premier combat, faisant preuve d’une fébrilité parfois proche de la panique. Joseph Glezen, un soldat du 80ème Indiana (brigade Webster), enraye ainsi son fusil en le rechargeant par inadvertance deux fois de suite. Voulant en prendre un autre parmi ceux abandonnés par des camarades tués ou blessés, il se rend compte qu’au moins sept autres sont enrayés pour la même raison : en voulant recharger leur arme aussi vite que possible, nombre de « bleus » en oublient de tirer ! Pendant que la brigade Donelson se fait étriller, l’attaque en échelon des Sudistes commence à se développer. Thomas M. Jones a déployé sa brigade à gauche de Donelson et attaque la ligne fédérale à la jonction des brigades Harris et Lytle. Obligé de traverser un vallon encaissé, il y est accablé de mitraille par l’artillerie nordiste et ne parvient pas à progresser. Ses hommes sont relevés par ceux de John Calvin Brown au moment même où les canons nordistes doivent se retirer pour faire le plein de munitions, mais cette fois c’est l’infanterie fédérale qui se montre intraitable : Brown est blessé dans l’action et ne gagne pas davantage de terrain.

Peu avant 15 heures, c’est au tour de Bushrod Johnson d’entrer en action contre la droite de Lytle. Ses hommes franchissent le gué, complètement à sec, qui permet à la route de Mackville de passer la Doctor’s Creek à la hauteur de la ferme Bottom. Alors que sa brigade commence à remonter la pente, elle est prise à partie par sa propre artillerie, dont le tir est trop court. Elle est à ce point désorganisée que très vite, les défenseurs nordistes – pourtant limités au seul 3ème régiment de l’Ohio – ont le dessus depuis leur position en hauteur. Une fusillade sans merci se déroule au milieu des murets de pierre qui délimitent la ferme Bottom, dont la grange remplie de blessés prend feu. Les deux camps ont tôt fait d’épuiser leurs stocks de munitions. Tentant de coordonner l’action de la gauche sudiste, Hardee décide de relever la brigade Johnson par celle de Patrick Cleburne. Parallèlement, une autre brigade, celle de Daniel W. Adams, devra profiter de l’assèchement de la Doctor’s Creek pour tenter de tourner l’extrémité droite de la position nordiste.

jackson.js05Des airs d’Antietam

Pendant que l’affrontement devient peu à peu général entre le corps d’armée de McCook et le gros des forces confédérées, des combats dramatiques continuent de se dérouler tout au nord du champ de bataille. Après s’être décalée vers la droite, la brigade Maney a pu se déployer sans être repérée sous le couvert par la brigade de cavalerie de John Wharton, qui protège efficacement l’extrémité droite du dispositif confédéré. Le terrain favorise son approche : le relief ainsi qu’un bois lui permettent de s’approcher de son objectif sans être vu, d’autant plus facilement que la batterie Parsons et la brigade Terrill ont leur attention accaparée par l’engagement contre la brigade Donelson. Lorsque les hommes de Maney atteignent la clôture qui sépare le bois du pré qui s’étale au pied d’Open Knob, un peu avant 15 heures, ils se trouvent à guère plus d’une centaine de mètres de la batterie nordiste – c’est-à-dire largement à portée de fusil. Reconnaissant immédiatement le danger mortel qui pèse sur ses canons, Terrill ordonne au 123ème Illinois de charger les nouveaux arrivants, dans l’espoir de gagner le temps nécessaire au reste de la brigade pour se redéployer et faire front.

Le régiment nordiste affronte donc, seul, toute une brigade sudiste. James Streshly Jackson, le commandant de la division, observe personnellement le 123ème mener l’attaque. Il n’a guère confiance dans cette unité dépourvue d’expérience, incorporée dans l’armée fédérale un mois plus tôt, et dont le moral lui paraît chancelant. Il n’y est lui-même pas étranger, exigeant de ses recrues des marches incessantes par une chaleur caniculaire et ne prêtant aucune attention à leur bien-être, tant physique que psychologique. La veille au soir, Jackson et ses deux commandants de brigade, Terrill et Webster, avaient discuté avec d’autres officiers du risque encouru sur un champ de bataille. Les trois hommes en avaient conclu que si leurs soldats avaient compris quelque chose à la loi des probabilités, ils ne craindraient certainement pas d’aller au combat, le risque d’y être tué ou blessé étant, d’après Jackson et ses subordonnés, extrêmement faible.

Perryville_1500La bataille de Perryville, 8 octobre 1862 : situation vers 15 heures. Alors que Donelson et Jones sont repoussés, Maney attaque Open Knob avec le soutien de Stewart. Carte de Hal Jespersen (www.cwmaps.org).

 

Au pied d’Open Knob, les cinq régiments tennesséens de Maney, déployés sur deux lignes – trois devant, les deux autres réserves – accueillent les recrues de l’Illinois comme il se doit. Sam Watkins, un soldat du 1er Tennessee qui laissera plus tard des mémoires sur sa participation au conflit, résumera la lutte inégale ainsi : « Deux lignes de bataille nous affrontèrent. Nous tuâmes presque tout le monde dans la première […]. » Watkins exagère quelque peu, car en réalité le 123ème Illinois ne perdit « que » le quart de son effectif – 189 hommes sur 772. Les soldats nordistes n’ont que le temps de tirer leur première salve avant d’être accablés par la riposte confédérée. Ils perdent pied et refluent en désordre vers l’arrière. Au même moment, Jackson, qui fait une cible parfaite sur son cheval, reçoit deux balles dans la poitrine et meurt quelques minutes plus tard, laissant le commandement de la division à Terrill. L’intervention du 123ème Illinois est toutefois suffisante pour permettre aux défenseurs d’Open Knob de faire face à la brigade Maney.

maney1qDurant la demi-heure qui suit, des combats dont l’intensité n’est pas sans rappeler ceux de la bataille d’Antietam font rage. La densité du feu nordiste est telle que la clôture, loin de fournir un quelconque couvert aux Sudistes, se mue en obstacle que les hommes en gris n’osent franchir. Comme le résumera un soldat du 41ème Géorgie, « On eût dit que le monde entier n’était plus que capotes bleues, balles sifflantes, obus détonants et canons de bronze… » Rendons la parole à Sam Watkins : « […] notre ligne fut rejetée en arrière par la grêle de plomb qu’on nous vomissait à la face. Huit porte-drapeaux furent tués par une seule décharge de leurs canons. […] Jamais je n’avais vu d’affrontement aussi obstiné auparavant, et jamais je n’en revis par la suite. Les canons tiraient si rapidement qu’on eût dit que la terre entière était devenue un volcan en éruption. La tempête de fer passait à travers nos rangs, mutilant et réduisant les hommes en miettes. L’air lui-même paraissait empli d’une fumée suffocante, et d’un feu qui le faisait ressembler à la fosse même de l’enfer, peuplée de démons en furie... »

Maney tente de débloquer la situation en étendant sa ligne sur ses deux flancs, mais sa brigade reste bloquée par le feu d’enfer auquel elle est soumise. Il reçoit peu après l’appui, sur sa gauche, de la brigade d’Alexander P. Stewart, que Cheatham a fait entrer en jeu pour relever celle de Donelson. Ses soldats réussissent finalement à passer de l’autre côté de la barrière en nombre suffisamment grand pour charger la position nordiste. À l’approche des assaillants, les défenseurs commencent à craquer. Pressentant le pire, Terrill ordonne de faire évacuer la batterie Parsons, mais il est trop tard : la plupart des chevaux ont été abattus et ceux parmi les servants qui n’ont pas été tués ou blessés se sont, pour beaucoup d’entre eux, enfuis. Ils sont remplacés par des fantassins du 105ème de l’Ohio, mais ceux-ci ne pourront pas faire grand-chose pour sauver les canons. Après un bref corps-à-corps, les Confédérés s’emparent de sept des huit canons de la batterie. Le lieutenant Parsons, qui refuse d’abandonner ses pièces, doit être traîné vers l’arrière au sens littéral du terme. Terrill tente de reformer sa brigade à contre-pente, mais les hommes de Maney poursuivent les siens de trop près pour que sa manœuvre soit efficace. Il est 15 heures 30, et il revient à présent à la brigade de John Starkweather d’empêcher l’effondrement de l’aile gauche nordiste.

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