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L'économie de la Grèce antique (2) : la finance

representation_kapelosDepuis 1890, on trouve principalement deux grandes écoles d'interprétation de l'économie dans l'Antiquité : les modernistes et les primitivistes. Les modernistes (Michael Rostovtzeff) ont une grande idée de développement fondée sur l’artisanat et sur le commerce à longue distance, également sur la naissance des premières banques de l'histoire. Ils expliquent donc le développement de l’artisanat et des finances par une organisation complexe. Cette école des modernistes a aujourd'hui été remplacée par celle des primitivistes...


 

Les primitivistes (Moses Finley) mettent en avant une incompréhension de la spécificité des phénomènes économiques chez les grecs, une agriculture de la subsistance, une marginalisation des marchands, un blocage des techniques en raison de l'emploi des esclaves.

Les grecs n'avaient pas de mot pour parler d'économie, ils n'ont donc pas pu fonder une politique économique. L'idéal de la cité grecque était l'idéal de l'autarcie : les cités n'ont jamais développé leur commerce extérieur. Non seulement il ne fût pas développé, mais les marchands ont toujours été regardés avec méfiance. Enfin, toujours selon cette théorie, il y aurait eu un blocage des techniques : pas d'invention de machines vu la présence d'esclaves.

Aujourd'hui, la théorie des primitivistes a été révisée. L'exemple du pressoir a révélé des innovations techniques.

Le grand commerce

Les biens échangés étaient des biens de luxe (huile d'Athènes, vin de Thasos, laines de Milet), chaque cité avait une spécialité qu'elle exportait. Également des matériaux stratégiques (bois de Macédoine, pour concevoir des navires de guerre), ce bois était exporté à Athènes. Le commerce des esclaves était quant à lui développé en Asie Mineure, au Pont Euxin, et en Syrie, principalement. Il se développe à l'époque classique, les grecs importaient des esclaves qui provenaient de régions périphériques. Enfin, des céréales, et plutôt du blé, intégraient ce commerce, l'approvisionnement s'effectuait au Pont Euxin, en Sicile et en Égypte.

Les transports terrestres étaient lents et coûteux, et la multiplicité des frontières entre les cités encourageaient le commerce maritime. Les navires de commerce (navires ronds) étaient propulsés à la voile, et ils avaient une coque pour mettre la cargaison. Ces navires naviguaient en fonction d'un calendrier saisonnier. Les grecs distinguaient deux grandes saisons dans l'année : pendant l'hiver, les marins craignaient les tempêtes, durant l'hiver il n'y avait donc jamais de grands trajets, c'était la saison dite de la « mer fermée ». A partir du mois de mai cette navigation s'intensifiait, cela durait jusqu'au mois de septembre, période de la « mer ouverte ». Cette période était celle où les échanges commerciaux étaient les plus intenses.

L'emporion était un port de cité. Le plus célèbre fût le port d'Athènes : le Pirée. Il fût fondé par un stratège athénien, Thémistocle en 493/492 et devint un port de commerce, il était au départ un port de guerre. Il disposait de trois bassins, mais le port de commerce était sur le grand bassin (Kantharos). Une séparation géographique entre le port et la ville fût assez normale dans les cités grecques. Dans certaines cités coloniales, le port était directement dans la ville (asty), par exemple Milet (Asie Mineure) ou encore Marseille.

navire_commerce_grecParmi les acteurs du grand commerce (le monde de l'emporion), on pouvait trouver le nauclère qui était le propriétaire et capitaine d'un navire de commerce et qui le louait à des marchands. Le nauclère était l'équivalent d'un armateur, il était cependant à bord de son navire. A l'époque classique, les nauclères étaient propriétaires d'un seul navire de commerce. Leur statut social était peu considéré dans la cité car ils n'étaient pas spécialement riches dans l'Antiquité. L'emporos était le propriétaire de la marchandise, le marchand. Il louait le navire à un nauclère, il voyageait avec sa marchandise, l’accompagnait. Ces marchands étaient peu considérés dans la société, ils menaient une vie aventureuse et prenaient des risques. Ils étaient donc eux aussi peu considérés car ce sont le plus souvent des étrangers. Le bailleur de fonds traitait de l'argent à intérêt aux emporoi. Ces bailleurs de fond restaient chez eux, il n'y avait pas de risque physique pour eux. Ils demandaient des taux d'intérêts extrêmement élevés. Les bailleurs de fonds et les emporoi concluaient un contrat de prêt maritime, ce qui était risqué : en cas de naufrage, de tempête, l'emporos n'avait aucune obligation de remboursements. Socialement, ces bailleurs de fonds n'étaient pas méprisés.

Enfin, n'oublions pas le kapèlos qui était le détaillant qui achetait des marchandises en gros à l'emporion et les revendait au détail sur l'agora aux consommateurs. Ils étaient accusés d'être des spéculateurs et furent les victimes d'émeutes populaires.

representation_kapelosPour les cités ouvertes vers l'extérieur (comme Athènes), l'autarcie était l'équilibre des importations par l'exportation, mais sans chercher une balance commerciale positive. Il fallait aussi assurer l'approvisionnement des citoyens et limiter l'impact des disettes (intervention des sitophylaques : nouvelle magistrature). Il fallait également accroître les rentrées fiscales issues du commerce maritime, notamment celle de la pentékostè (taxe de 2% qui rapportait le plus au budget de la cité), et favoriser l'installation des marchands.

La monnaie

La monnaie a été inventée vers 600 avant J.-C. et se diffuse dans le monde grec au VIe et Ve siècles avant notre ère. Cette diffusion fût un fait majeur dans l'histoire de l'économie de l'occident. Ce fût une nouveauté révolutionnaire.

En Grèce antique, l'économie n'était qu'une fonction parmi d'autre. C'était tout d'abord le symbole de l'indépendance de la cité. La monnaie était aussi un outil judiciaire : dans le droit grec, elle permettait l'amende. C'était aussi un instrument de politique intérieure et extérieure. A l'intérieur elle permettait de verser une indemnité aux citoyens pour leur participation à la vie politique. Également instrument de la politique extérieure car elle servait à payer des mercenaires ainsi que des alliés, et était usée afin de faire payer un tribut aux cités dominées.

tetradrachme_chouetteLe type monétaire était l'ensemble de motifs iconographiques et des légendes d'une monnaie. Chaque cité avait son type monétaire qui la caractérisait. Pour Athènes il s'agissait, d'un côté de la tête d'Athéna et de l'autre côté de la chouette. La drachme est divisée en six oboles et 1 drachme valait une journée de travail qualifié. Le statère représentait 2 drachmes, le tétradrachme 4 drachmes. Au-delà de ces subdivisions, il existait des unités de compte (ne correspondant à aucune pièce) : la Mine (100 drachmes) et le Talent (6000 drachmes). Ces pièces de monnaie étaient fabriquées en métaux précieux. Le plus courant était l'argent trouvé dans les mines du Laurion et les Cyclades (Siphnos). Le deuxième métal précieux utilisé était une alliance d'or et d'argent, on l'appelait l'électrum. Cet alliage se trouvait dans l'Asie mineure dont les cités furent les premières à l'avoir utilisé, c'est le cas de Cyzique et de Phocée. Enfin le troisième métal monétaire était l'or. On avait peu recours à l'or pour frapper des pièces de monnaie, ceci s'expliquait par le fait qu'il y avait peu de mines d'or dans le monde grec. Les seules mines d'or se trouvaient dans deux régions : la Thrace et la Macédoine. Ces deux régions étaient contrôlées par le Royaume de Macédoine. Ces métaux monétaires avaient une valeur intrinsèque, ce qui avait pour conséquence que le cours de l'or et de l'argent influait directement sur la valeur de l'argent. On ne pouvait pas frapper des pièces de monnaie avec de l'or ou de l'argent pur. Pour fabriquer des pièces durables, il fallait y ajouter un peu de cuivre. Le pourcentage de métal précieux dans une pièce de monnaie s'appelle l'aloi.

La monnaie avait donc un poids précis : l'étalon euboïco-attique. Par exemple, un tétradrachme (4 drachmes) pesait 17,2g. Les pièces utilisées quotidiennement étaient petites et légères. Ceci avait pour conséquence que la monétarisation des petits commerces fût retardée. A partir de la fin du Ve siècle, on a commencé à utiliser des monnaies de bronze, en effet le bronze est un métal vil (sans valeur intrinsèque). Les grecs ont inventé la monnaie fiduciaire, c'est-à-dire une monnaie dont la valeur n'était déterminée que par la confiance dans l'état émetteur. A partir du IVe siècle, la monnaie de bronze s'est généralisée dans l'intérieur des cités grecques. Le monde grecque n'a pas d'unité monétaire à l'époque classique, chaque cité grecque ayant sa propre monnaie.

Les métiers de la finance & la finance dans la cité

Très vite en Grèce, on voit apparaître le métier de changeur, à la fin du VIe siècle à Byzance. Vers 420, certains changeurs diversifiaient leur activité et devinrent les premiers banquiers de l'histoire. C'est probablement à Athènes que cette invention de la banque eu lieu. Un banquier était un « Trapézite » cumulant trois activités différentes :

Le change : ils continuaient à changer les monnaies étrangères qu'on leur apportait.

Le dépôt de garde ou de paiement : le dépôt de garde était un dépôt où l'on laissait de l'argent chez le banquier pour sa mise en sécurité. Il ne rapportait pas d'intérêt et même au contraire il y avait des frais de garde. On pouvait également faire des dépôts de garde dans des grands sanctuaires, l'exemple du sanctuaire d'Artémis le montre. Le dépôt de paiement était effectué lorsqu'un particulier versait une lourde somme à un autre particulier et dans ce cas de figure, il arrivait que ces particuliers décident de passer par l’intermédiaire d'un banquier qui contrôlait la valeur des pièces et la justesse de la somme.

mines_laurionLe crédit (taux de plus de 10% par an) bancaire n'était accordé que pour de fortes sommes à des gens aisés. Les taux de crédits étaient très élevés, au minimum de 10% par an. En revanche, les gens modestes qui avaient besoin qu'on leur prête un peu d'argent devaient s'adresser à d'autres professionnels des finances : les usuriers. Les banques n'ont jamais créé de réseaux. Les banquiers avaient une place à part dans la société de cette époque, car il s'agissait souvent de gens très riches et donc influents, mais également car ils étaient souvent des métèques et des esclaves. On constate donc que la banque a permis des ascensions sociales rapides, c'est le cas de Pasion.

Concernant la finance dans la cité, dans le cas exceptionnel d'Athènes il y avait les revenus du Laurion et tributs versés par les alliés d'Athènes. Athènes était une cité tout à fait exceptionnelle parmi les cités grecques de l'époque : les mines du Laurion appartenaient officiellement à la cité. Athènes était à la tête d'un Empire, et les alliés lui versaient un tribut qui est était une seconde source de revenus pour la cité. Les athéniens ont pu se contenter d'une fiscalité relativement faible, Athènes n'a pas eu besoin de demander aux citoyens de payer des impôts directs réguliers. Les métèques, en revanche, devaient en verser un : le métoikion. Le métoikion était de 12 drachmes par personne, payé par les métèques, 6 drachmes pour les femmes. Il y avait beaucoup de métèques à Athènes. En impôts indirects (taxes), existait la pentékostè sur le grand commerce (le « cinquantième », taxe de 2% sur la valeur des importations et exportations athéniennes) qui rapportait beaucoup car le port du Pirée était un port très actif. Les épônia étaient une taxe sur les transactions de l'agora. La liturgie était une charge financière pour un service public imposé par la cité à un riche particulier, ce fût l'exemple de la triérarchie qui consistait au financement de la marine de guerre athénienne et des trières, le liturge s'appelait le triérarque, chaque année un riche particulier était triérarque et prenait officiellement le commandement de cette trière dont il devait payer de sa poche l'entretien. La triérarchie coûtait plusieurs milliers de drachmes. D'autres liturgies servaient à financer les fêtes religieuses.

Ce fût le cas de l'Eisphora, un impôt sur la fortune payé par les membres des trois premières classes soloniennes instituées en 428/7 avant J.-C.

 

Bibliographie

- Amouretti & Ruzé : Le monde grec antique. Hachette supérieur, 2008.

- Chr. Chandezon : L'élevage en Grèce, l'apport des sources épigraphiques.

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